Les dieux de Howl Moutain de Taylor Brown

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Rory Docherty est revenu de la guerre de Corée avec une jambe en moins. Il vit avec sa grand-mère, Ma, dans les montagnes occidentales de Caroline du Nord. Rory gagne sa vie en faisant de la contrebande de bourbon. Il parcourt les lacis de virages de montagne à bord de son mythique coupé Ford entretenu par son ami Eli. Ce dernier est le neveu de Eustace Uptree qui possède l’ensemble des alambics des montagnes. Mais les agents fédéraux voudraient faire cesser la contrebande et surveillent le trafic d’Eustace.

L’ambiance du roman de Taylor Brown est noire, poisseuse. Les Appalaches sont dominées par le trafic illégal d’alcool. La région a été totalement modifiée par l’homme. La vallée a été inondée par un barrage et pour ce faire des maisons ont été brûlées, des opposants au projet pendus. Les alambics sont allés se cacher dans les montagnes. Ils sont pour beaucoup le seul moyen de manger, de gagner de l’argent. Les autorités locales profitent d’ailleurs largement de la contrebande. Pour accentuer cette ambiance, cette vallée engloutie renferme un terrible secret de famille. Celui de la mort du père de Rory, bien avant sa naissance, et devant les yeux de sa petite amie. Celle-ci, traumatisée, se mura dans un mutisme qui l’envoya à l’asile psychiatrique. De retour dans sa région Rory va chercher à comprendre ce qu’il est arrivé à son père et sa mère.

Entre la distillation du bourbon, l’inquiétant Eustace Uptree, les affrontements entre Rory et les fédéraux, les courses automobiles, un prédicateur illuminé qui manipule les serpents venimeux, « Les dieux de Howl Mountain » est un livre très masculin. Et pourtant, le personnage le plus marquant du roman est une femme : la grand-mère de Rory. Ma est considérée comme une guérisseuse, elle dit tenir ses secrets des indiens cherokee. Elle est une force de la nature, une survivante. Son mari est mort en France lors de la 1ère guerre mondiale, sa fille a passé la plupart de sa vie en asile psychiatrique et son petit-fils est revenu amputé d’une jambe de la guerre de Corée. Elle est le pivot du roman, celle vers qui Rory, Eustace convergent toujours. Ancienne prostituée, elle a un tempérament bien trempé et le langage qui va avec ! Elle vole littéralement la vedette à tous les hommes du roman.

Avec une prose lyrique, Taylor Brown nous plonge dans la région des Appalaches dans les années 50 au milieu de la contrebande d’alcool et de sombres secrets de famille. C’est noir, très noir, l’atmosphère est pesante et presque gothique (cérémonies religieuses hystériques et marronnier protecteur contre les mauvaises esprits). Ce roman possède une grande force évocatrice ce qui le rend très cinématographique.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture.

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Une fille formidable de Mary wesley

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Après avoir raccompagné à la gare ses deux voisins et amis, Jonty et Francis, Junon Marlowe, 17 ans, erre dans les rues de Londres alors que les bombardements du Blitz font rage. « Lorsque le chapelet de bombes tomba, elle se tapit près des grilles des maisons, son sac et ses chaussures plaqués sur les oreilles. Elle se mit à courir lorsque la dernière bombe explosa ; il fallait qu’elle atteigne le bout de la rue. (…) Quand l’homme la saisit par le coude et lui fit gravir le perron d’une maison, elle poussa un cri de terreur et d’indignation. Elle ouvrit la bouche pour protester tandis qu’il claquait la porte d’entrée derrière eux. » C’est ainsi que Junon fait la connaissance d’Evelyn Copplestone qui va l’abriter chez lui pour la nuit. Celui-ci est bien mal en point, il a été gazé pendant la 1ère guerre mondiale. Il décède d’ailleurs pendant la nuit. Junon s’enfuit mais elle ne sait pas où aller. Evelyn lui avait remis une lettre pour son père en Cornouailles. Junon va donc s’y rendre et ainsi fuir sa mère et son nouveau mari, Jonty et Francis qui sont bien plus que de simples amis.

Voilà bien longtemps que je souhaitais découvrir l’oeuvre de Mary Wesley et j’ai enfin franchi le pas avec « Une fille formidable ». C’est un roman qui m’a charmée par son humour, son côté irrévérencieux et ses deux personnages principaux. Mary Wesley situe son action en plein cœur de la guerre et nous montre bien les terribles ravages engendrées par celle-ci mais également par la précédente. Le cadre bucolique de Cornouailles, le ton de comédie n’empêchent pas les avions de s’abîmer en mer et les jeunes hommes de s’engager et de mourir trop tôt. Un personnage revient souvent dans le texte, le père de Junon, objecteur de conscience lors de la 1ère guerre mondiale, emprisonné pour cette raison. Il est mort depuis et son attitude a été beaucoup critiquée dans la famille. Néanmoins, Junon prend peu à peu conscience de son courage. Un antimilitarisme sous-jacent qu n’était pas pour me déplaire !

Mary Wesley parle aussi beaucoup du destin des femmes. Junon n’a reçu aucune éducation concernant son corps.  Sa mère , peu aimante, ne lui avait même pas expliqué qu’elle aurait un jour des règles. Junon est bien évidemment totalement ignorante de la sexualité. La naïveté de Junon se fracassera sur le mur de la réalité et sur la rouerie de soi-disant amis. Mais Junon n’est pas un personnage faible. En Cornouailles, dans la ferme de Robert Copplestone, elle se montre d’une grande force physique et mentale. Elle accomplit notamment des travaux d’homme et s’occupe des animaux allant ainsi à contresens de l’image de la femme dans les années 40. Heureusement en face d’elle, Robert Copplestone est un homme peu conventionnel, très ouvert d’esprit et près à faire fi de toutes les conventions sociales. Sa façon d’accueillir une Junon perdue nous le rend instantanément sympathique.

Mary Wesley aborde des thématiques modernes, mène son intrigue avec rythme et humour. « Une fille formidable » est un roman très plaisant dont les deux personnages principaux sont attachants et prêts à braver la morale. Il ne mes reste plus qu’à découvrir le reste de l’oeuvre de cette auteure.

Merci aux éditions Héloïse d’Ormesson pour cette découverte.

 

Une enfant de l’amour de Edith Olivier

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Agatha Bodenham vient d’enterrer sa mère. Elle séjourne dans la maison de son enfance pour régler la succession, trier et donner les vêtements de sa mère, répondre aux lettres de condoléances. « Et puis un jour, alors qu’Agatha, paisiblement installée sur le banc blanc tout au bout de l’allée verdoyante, reprisait un bas de laine noire qu’elle comptait mettre pour se rendre à l’église le lendemain, plus absorbée pour une fois par son raccommodage que par ses rêves, Clarissa vint soudain s’asseoir à ses côtés sur le banc. Elle était plus petite encore que ne l’avait imaginé Agatha, et elle faisait moins que son âge, qui devait approcher des dix ou onze ans. » Le problème, c’est que Clarissa n’est pas réelle. Agatha s’était inventée une amie imaginaire lors de son enfance et voilà que celle-ci refait son apparition.

Le roman d’Edith Olivier a été publié en 1927 et il est édité aujourd’hui pour la 1ère fois en France. C’est un livre assez déroutant puisque je m’attendais à une intrigue plus étrange, plus tournée vers le surnaturel avec le retour de Clarissa. L’amie imaginaire de l’héroïne devient en effet visible par tous tant sa présence est désirée par Agatha. Le début du roman montre comment celle-ci va devoir expliquer et faire accepter la présence de cette enfant de 10 ans dans sa vie. Une fois Clarissa acceptée de tous, le roman prend un tour plus classique et nous voyons l’enfant grandir, s’épanouir et chercher à s’émanciper.

Finalement, « Une enfant de l’amour » est plus un portrait de femme qu’un roman surnaturel comme le laissait présager le début de l’intrigue. Certes Clarissa sera toujours qualifiée d’elfe à la peau transparente mais son quotidien est très concret. Elle est l’incarnation de ce que n’a pas vécu Agatha. Son enfance fut austère et surtout d’une extrêmement solitude. Elle fait de Clarissa une enfant joyeuse, gourmande, sociable, aimant les couleurs vives et souhaitant vivre des aventures (comme apprendre à conduire une voiture). Toutes ces caractéristiques ne peuvent, au fil du temps, qu’éloigner Clarissa d’Agatha. Elle est alors gagnée par la jalousie, la volonté de posséder entièrement de sa créature. Clarissa comble le vide dans la vie d’Agatha qui ne peut accepter de la voir s’éloigner et a peur de la perdre à jamais. Le portrait d’Agatha est touchant et triste tant il est emprunt de solitude, de manque d’amour et notre héroïne est finalement peu faite pour les joies de la vie.

« Une enfant de l’amour » est un roman surprenant puisqu’il déjoue les attentes de son lecteur passant d’une intrigue surnaturelle à une relation plus classique entre mère et fille. J’avoue que l’étrangeté du début m’a manquée dans le reste du roman.

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Le fantôme de Thomas Kempe de Penelope Lively

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La famille Harrison vient d’emménager dans une nouvelle maison, dans la grande rue de Ledsham, la villa East End. « James apercevait la fenêtre de sa mansarde, qui donnait sur l’église. La maison était petite, carrée et confortable ; venir y habiter, cela avait été comme enfiler un vieux manteau. Elle avait un toit d’ardoises qui s’affaissait, une saillie à un bout, occupée autrefois par un four à pain, de grosses poutres, des escaliers qui grinçaient et des sols de pierre lézardés de fissures intéressantes, d’où surgissaient des cafards majestueux. » Le jeune James va rapidement comprendre qu’il n’y a pas que des cafards qui vivent dans sa chambre sous les toits. Tout commence par une pancarte portant le mention « Sorcellerie – Astrologie – Géomancie – Algémie ». Puis ce sont des portes qui claquent, des objets qui bougent tout seul. James finit par en déduire que la villa East End est hantée. Bientôt ce fantôme signera ses messages : Thomas Kempe. Et il va mettre un sacré bazar dans la famille Harrison. James va chercher un moyen de s’en débarrasser.

« Le fantôme de Thomas Kempe » de Penelope Lively est un classique jeunesse en Angleterre. Il allie histoire de fantômes et roman d’apprentissage. L’histoire de Thomas Kempe est très bien menée, elle monte en puissance au fur et à mesure de la lecture. Le fantôme finit en effet par totalement gâché la vie de James. Ce dernier est un enfant farceur ayant tendance à accumuler les bêtises. Les méfaits de Thomas Kempe vont malheureusement lui être imputés. James sait que ses parents sont très cartésiens et qu’ils n’accepteront jamais l’existence d’un fantôme. Le pauvre se trouve donc puni à tort et il supporte difficilement l’injustice. Et il ne peut parler de son problème car personne, y compris son meilleur ami Simon, n’arrive à croire à l’existence de Thomas Kempe. James doit se débrouiller seul. Il découvre dans les débris de sa maison, un journal datant du siècle dernier. Celui-ci appartenait à une femme vivant dans la villa East End et attendant l’arrivée de son neveu, Arnold. La tante et son neveu ont également reçu la visite de Thomas Kempe et à la lecture du journal, James se sent moins seul. Il développe même une amitié imaginaire avec Arnold. Il apprend alors à profiter de la nature, du plaisir de la pêche comme Arnold l’avait fait précédemment. Les descriptions de la nature de l’Oxfordshire sont d’ailleurs très belles et apportent beaucoup de douceur à l’histoire. Le personnage de James est très attachant et l’on suit ses aventures avec plaisir.

« Le fantôme de Thomas Kempe » est une charmante histoire de fantôme dont le personnage principal est très attachant.

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1832, Anne Lister revient chez elle à Halifax dans la propriété que son oncle lui a légué, Shibden Hall. Il s’avère qu’Anne s’est trouvée forcée à retourner chez elle après une histoire d’amour malheureuse. Malgré cette contrariété, Anne va se réacclimater à la région et elle décide de reprendre le domaine en main. Elle s’occupe du paiement des loyers, des renouvellements de bail de ses métayers et surtout elle veut se mettre à exploiter la mine de charbon qui se trouve sur ses terres. Elle va alors se confronter aux frères Rawson, ses voisins, qui pillent sa mine depuis des années. En plus de rétablir son domaine, Anne veut une vie personnelle heureuse. Elle cherche donc la femme idéale pour partager sa vie. Anne veut s’affranchir de toutes les conventions sociales mais elle éprouvera quelques difficultés à trouver quelqu’un d’aussi courageux qu’elle.

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Sally Wainwright aime les personnages féminins forts et indépendants comme elle nous l’a précédemment montré dans « Happy valley » et « Walk invisible » (deux séries que je vous conseille vivement si vous ne les avez pas déjà vues). Dans cette nouvelle série, son personnage principal ne déroge pas à cette règle. Sally Wainwright s’est inspirée de la véritable Anne Lister (1791-1840) qui était surnommée Gentleman Jack (d’ailleurs la série a été tournée dans la véritable propriété de Anne Lister, Shibden Hall). Elle a laissé un journal très fourni (on la voit dans la série écrire chaque jour) et surtout codé. Ses relations féminines devaient rester un minimum secrètes, Anne les assumait mais elle protégeait ainsi ses amantes d’autant plus que certaines étaient mariées.

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Anne Lister est un personnage extraordinaire, indépendante, aimant voyager, capable de tenir tête aux hommes dans les affaires et s’intéressant à de nombreux domaines. Elle est surtout quelqu’un qui refuse les concessions. Lorsqu’une amie lui suggère d’épouser un homme pour faire taire les rumeurs, elle lui dit vouloir vivre avec quelqu’un qu’elle aime. Et elle pense l’avoir trouvé en la personne de Ann Walker, une riche héritière qui peine à trouver un mari au grand dam de sa famille. Ces deux personnages féminins sont interprétés par deux actrices remarquables : Suranne Jones (« Docteur Foster ») et Sophie Rundle (« Happy valley », « The Blentchley circle », « Brief encounters » et « Peaky Blinders »). Le reste du casting est à la hauteur des deux actrices principales.

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Sally Wainwright apporte beaucoup d’humour dans cette histoire. Anne Lister m’a fait penser à Fleabag puisqu’elle s’adresse directement aux spectateurs pour des apartés. Le rythme est enlevé à l’image de son personnage principal qui ne peut rester en place. Les séries contemporaines ont déjà abordé la thématique de l’homosexualité, des transgenres mais il est original de voir ces mêmes thématiques dans une série historique. J’aurais un seul petit bémol, il porte sur une intrigue secondaire, celle de Thomas Sowden, métayer de Anne Lister. Cette histoire ne me semble pas apporter grand chose à l’intrigue principale. Et surtout elle nous éloigne d’Anne qui est un personnage tellement fort et énergique que l’on aimerait ne pas la quitter une seconde.

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Avec « Gentleman Jack », Sally Wainwright nous montre à nouveau l’étendue de son talent et elle nous présente un personnage féminin charismatique, puissant et incroyablement indépendant pour le 19ème siècle.

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Le dimanche des mères de Graham Swift

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C’était le 30 mars 1924, le jour du dimanche des mères. Chaque année à cette date, les aristocrates donnaient une journée de congé à leurs domestiques pour qu’ils rendent visite à leurs mères. Ces familles, portant pour nombre d’entre elles le deuil de leurs fils partis au front, voient le monde changé autour d’eux et essaient de s’accrocher à leurs traditions : « Étrange coutume que ce dimanche des mères en perspective, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les Sheringham y tenaient encore, comme tout le monde d’ailleurs, du moins dans le bucolique Bershire, et cela pour une même et triste raison : la nostalgie du passé. Ainsi les Niven et les Sheringham tenaient-ils sans doute encore plus les uns aux autres qu’autrefois, comme s’ils étaient fondus en une seule et même famille décimée. » Jane Fairchild, la bonne des Niven, est orpheline. Ce n’est donc pas sa mère qu’elle ira voir ce 30 mars 1924 mais son amant, Paul Sheringham, fils de l’aristocratie qui va bientôt se marier. Ce 30 mars 1924, ils se retrouvent, pour la dernière fois et cette journée restera  à jamais gravée dans l’esprit de Jane.

Je découvre avec bonheur la plume de Graham Swift avec ce roman. A travers les détails de cette journée de 1924, l’auteur dessine le destin de Jane et nous montre en quoi ce 30 mars fut décisif dans sa vie. La lumière, les odeurs, les sensations s’inscrivent durablement dans son esprit et ils cristallisent ses envies, son ambition. Graham Swift, à travers quelques phrases disséminés dans le roman, nous projette dans le futur de Jane lorsqu’elle est très âgée. Le texte est sa réminiscence de ce jour crucial, les mots sont lumineux et nimbés d’une douce nostalgie.

Bientôt, après cette belle et chaude journée de 1924, Jane quittera les Niven et connaîtra une belle destinée. A l’apogée de Jane répond le déclin des grandes familles aristocratiques. L’après 1ère Guerre Mondiale sonne le glas d’un monde. La modernité va peu à peu balayer les traditions de cette classe sociale qui se pensait éternelle. Les domestiques, comme Jane, peuvent aspirer à une autre vie. La série « Downton Abbey » ou « La partie de chasse » de Isabel Colegate montraient bien ce basculement, cette disparition lente mais inéluctable des traditions de l’aristocratie anglaise. Un monde disparaît pour laisser sa place à un autre.

« Le dimanche des mères » est un roman remarquable de concision éclairé par une écriture splendide, sensible et subtile.

 

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Rendez-vous avec le mystère de Julia Chapman

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A la mort de sa mère, Jimmy Thornton découvre avec surprise son testament. Mrs Thornton lègue bien entendu ses biens à son fils mais également à sa fille Olivia. Le problème, c’est ce que Livvy Thornton est décédée dans un accident de voiture vingt quatre ans plus tôt. Le notaire de la famille, Matty Thistlethwaite, ne trouvant pas de certificat de décès, il décide d’engager Samson O’Brien, détective privé, récemment de retour à Bruncliffe. Le notaire insiste pour que Samson travaille avec Delilah Metcalfe. Contrairement à Samson, sa famille est originaire de la ville et elle saura mettre en confiance les habitants. L’affaire devrait cependant se régler rapidement. Il ne s’agit certainement que d’un problème administratif… Samson et Delilah vont découvrir que la mort de Livvy Thornton cache bien des secrets.

« Rendez-vous avec le mystère » est le 3ème tome de la série de Julia Chapman, les détectives du Yorkshire. Comme dans les deux précédents tomes, ce qui est plaisant pour le lecteur, c’est de retrouver les habitants de Bruncliffe. Julia Chapman a le don de créer des personnages attachants que l’on a plaisir à retrouver : Delilah, son fort caractère, son indépendance et son chien Calimero, Samson et ses multiples secrets sur sa vie passée de policier infiltré, les pensionnaires de la maison de retraite de Fellside Court, Will Metcalfe, le frère rugueux de Delilah, Ida Capstick, la femme de ménage de Samson et Delilah qui ne parle jamais pour ne rien dire, etc… L’univers de Bruncliffe permet aux lecteurs de se sentir en terrain conquis, dans une ambiance cosy à souhait !

Dans ce troisième tome, l’intrigue commençait très bien. Cette histoire de certificat de décès était intéressante et permettait beaucoup de développements et de pistes (fausses ou véritables). Mais malheureusement, Julia Chapman nous donne beaucoup trop d’indices évidents et l’on comprend rapidement quel va être le dénouement. Et à certains moments, Samson et Delilah m’ont semblé vraiment lents à comprendre ou à faire le lien entre différentes informations. En tant que lectrice, j’ai besoin d’être surprise par le dénouement ou par la qualité de déduction de l’enquêteur. Un peu plus de mystère, de suspens ne nuirait pas à l’intrigue.

« Rendez-vous avec le mystère » nous permet de replonger dans l’univers sympathique de Bruncliffe dont les personnages sont attachants. L’enquête, même si elle partait bien, se révèle trop évidente à élucider. Le tout manque singulièrement de mystère contrairement au titre du roman…

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Love de Angela Carter

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Lee et Buzz sont frères, ils ont été élevés par leur tante après que leur mère ait été internée dans un hôpital psychiatrique. Les deux frères sont très indépendants, originaux et inséparables. Pourtant à 18 ans, Buzz part en Afrique du Nord sans son frère. Lorsqu’il revient Lee a épousé une jeune femme prénommée Annabel. Buzz habite chez eux, n’ayant aucunement l’intention de travailler. Annabel et Buzz deviennent rapidement complices car ils ont une certaine étrangeté en commun. Le trio devient au fil du temps très toxique.

« Love » est le premier roman d’Angela Carter que je lisais et je dois avouer en être ressortie perplexe. L’univers de cette auteure est assez déroutant. « Love », dont le titre est extrêmement ironique, est une histoire d’amour cruelle marquée par les névroses de ses personnages. Le mariage de Lee et Annabel est voué à l’échec dès le départ. Elle est « (…) capable de toutes les nuances de la mélancolie, depuis la tristesse indolente jusqu’au désespoir le plus noir. » Lui, place la liberté au-dessus de tout et il « (…) montrait la même froideur et le même détachement dans ses relations avec les femmes car, pour accéder à la liberté, il fallait obligatoirement être dégagé de toute responsabilité. » Ils se marient pourtant pour satisfaire les parents d’Annabel. Le fait de se plier aux conventions sociales va d’emblée pourrir les relations des deux partenaires. La présence de Buzz, toxique et totalement barré, accélère la désintégration du couple. Le trio est mu par des pulsions violentes et morbides. Angela carter crée un véritable malaise, une ambiance mortifère qui met mal à l’aise à la lecture de son roman. La quatrième de couverture parle d’un féminisme radical, je dois avouer avoir plaint autant Annabel que Lee qui sont tous les deux embarqués dans un véritable cauchemar.

« Love » est un roman déstabilisant tant l’histoire de ce trio est étouffante et tant leurs relations sont imprégnées de perversité.

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Fleabag, saison 1 et 2

 

Je n’avais pas eu l’occasion de vous parler de « Fleabag », la saison 2 me permet heureusement de le faire. « Fleabag » (sac à puces) a tout d’abord été crée par Phoebe Waller-Bridge sur scène. La créatrice et actrice, à l’origine également de la formidable série « Killing Eve », a ensuite décidé de tirer une série de son spectacle. Et je l’en remercie car « Fleabag » est une série vraiment originale, drôle et tragique à la fois.

Fleabag a la trentaine, elle tient un café qu’elle a créé avec sa meilleure amie Boo. Celle-ci est malheureusement morte dans des conditions que nous découvrons au fur et à mesure de la première saison. La jeune femme est proche de la dépression et son entourage ne va pas beaucoup l’aider. Sa mère est décédée ; son père est en couple avec la marraine de ses filles qui ne perd aucune occasion de les rabaisser ; sa sœur Claire est psychorigide et elle est mariée à un homme détestable. Pour couronner le tout, le café,  de Fleabag, qui a pour thématique les cochons d’Inde, est désespérément vide. Pour oublier ses problèmes, l’héroïne se console en ayant de très nombreux amants qui valent le détour ! Entre celui qui a les dents de Bugs Bunny, celui qui aime les petits seins et celui qui collectionne les dinosaures, le tableau est des plus réjouissant ! Cette première saison culminait dans une sexhibition où sont exposés les œuvres de la belle-mère et où l’humiliation de Fleabag sera à son comble.

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La deuxième saison s’ouvre de manière magistrale avec notre héroïne le nez en sang dans les toilettes dans restaurant. Nous découvrirons à travers l’épisode que cette scène est la conclusion d’un repas de famille ! Tout a l’air pourtant d’aller mieux pour notre trentenaire, elle semble avoir repris les choses en main et son café fonctionne à merveille. Le seul hic, c’est qu’elle tombe sous le charme du prêtre catholique (qui a peur des renards…) qui doit unir son père et sa belle-mère et qu’elle rencontre lors du dîner (jeu de massacres) familial.

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« Fleabag » est une série originale par sa forme. En effet, l’héroïne crée un lien tout particulier avec les spectateurs en faisant des apartés à la caméra. Tout au long des deux saisons, elle commente ce que nous voyons à l’écran, ce qu’elle vit. Le ton de ces apartés est très libre, très ironique et plein d’autodérision. Phoebe Waller-Bridge parle de tous les sujets sans aucun tabou ce qui peut parfois donner des scènes ou des dialogues assez trash. Les règlements de compte en famille sont à chaque fois des moments d’anthologie où l’ironie, la violence verbale et physique sont à leur summum. C’est cru, cynique et terriblement réjouissant ! Les dialogues sont extrêmement rythmés et ciselés ce qui est essentiel à une bonne comédie. Mais « Fleabag » n’est pas qu’une comédie. La verve et l’humour de l’héroïne ne servent qu’à masquer sa culpabilité, sa tristesse et son immense sentiment de solitude. Et le casting de la série est absolument fabuleux à commencer par Phoebe Waller-Bridge qui est formidable, Olivia Colman qui réalise encore une performance incroyable, Bill Paterson, Sian Clifford, Andrew Scott dans la saison 2 et tous les autres qui participent pleinement à la réussite de cette série (mention spéciale au discours féministe de Kristin Scott-Thomas dans la saison 2).

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« Fleabag » est une comédie au goût amer, féministe et au ton particulièrement cru. Les acteurs, les dialogues, la mise en scène, tout concoure à faire de cette série une oeuvre originale, drôle et touchante à la fois. Une réussite totale qui malheureusement ne durera que deux saisons. J’ai hâte de découvrir la suite du travail de Phoebe Waller-Bridge.

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L’héritier, une histoire d’amour de Vita Sackville-West

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Miss Chase, propriétaire du domaine de Blackboys, vient de mourir. La propriété revient à son unique neveu qu’elle connait peu, Mr Chase, qui réside et travaille à Wolverhampton. Les notaires de Miss Chase s’empressent de régler la succession et surtout la vente du domaine et de ses dépendances qui leur rapportera un bon pourcentage. Mr Chase est un homme morne, pauvre, vivant dans un appartement et ne sachant que faire d’une demeure dans le plus pur style élizabéthain. Contraint à rester à Blackboys en attendant la vente, Mr Chase découvre sa propriété, ses jardins, les agriculteurs qui cultivent ses terres. Il sent confusément qu’il s’inscrit dans une tradition et se sent soudainement serein.

« L’héritier, une histoire d’amour » est un roman où l’on retrouve de manière flagrante son auteure derrière la trame de l’histoire. Vita Sackville-West était extrêmement attachée aux lieux où elle a vécu. Ce fut le cas du château de Sissinghurst qu’elle acheta en 1930 avec son mari Harold Nicolson et qu’ils aménagèrent à leur goût. Mais l’achat de ce château était le résultat d’une séparation douloureuse : celle de Vita avec le château élizabéthain où elle avait grandi, Knole. Son père décède en 1928 et n’ayant pas d’héritier mâle, le château revient à un oncle selon la loi anglaise.

Ce que Vita exprime dans « L’héritier », c’est un attachement viscéral à une terre, à une propriété. Mr Chase n’a aucun lien avec sa famille. Il savait qu’une fois sa tante décédée, il allait hériter de Blackboys. Mais cela restait très lointain, la propriété était désincarnée. Les jours passés là-bas vont lui apprendre l’importance de sa lignée, de son appartenance à Blackboys et à sa famille. La maison symbolise ses racines, la tradition à laquelle appartiennent les Chase. Il découvre également la beauté des jardins : « Il connut l’odeur âcre de l’herbe coupée, et la caresse de la rosée sur ses chevilles. (…) Il connut le coup de bec du pivert sur les troncs d’arbres et à midi, le roucoulement fort énamouré, fort ensommeillé, des pigeons dans les hêtres.  Il connut le bourdonnement repu de l’abeille qui butinait, le grincement de la sauterelle le long des haies. Il connut le giclement du lait dans les sceaux, les meuglements indolents dans les étables. Il connut le merveilleux éclat d’un pétale dans un rayon de soleil, sa limpidité fibreuse, semblable à la transparence de cornaline de doigts de femme devant une lampe puissante. » 

« L’héritier, une histoire d’amour » est un texte qui ressemble à Vita Sackville-West et qui souligne son attachement à ses origines, à sa terre.

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