Underground railroad de Colson Whitehead

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En Géorgie, Cora, 16 ans, est esclave sur une plantation de coton. Sa grand-mère, Ajarry et sa mère Mabel y ont également été exploitées. Cora a pourtant grandi seule puisque sa mère est la seule esclave a avoir réussi à s’échapper du domaine. La jeune fille a du se forger un caractère fort pour affronter la violence, les mauvais traitements de la plantation. Malgré cela, lorsque Caesar, un esclave nouvellement arrivé, lui propose de fuir, elle commence par refuser. La plantation est divisée en deux, chaque partie étant gouvernée par l’un des frères Randall. Lorsque le moins violent des deux décède, Cora sait que l’enfer dans lequel elle vit, va encore s’aggraver. Elle accepte alors la proposition de Caesar. Les deux esclaves s’échappent au risque de leurs vies. Pour rejoindre les états du Nord, ils vont pouvoir emprunter l’underground railroad.

Le roman de Colson Whitehead a reçu le Prix Pultizer et le National Book Award. Ce qui semble parfaitement normal tant il est ambitieux et abouti. « Underground railroad » est un mélange d’imagination et de longues recherches sur le sort des esclaves avant la guerre de Sécession. L’auteur a matérialisé le réseau d’aide des esclaves en fuite nommé underground railroad. Colson Whitehead en fait un véritable réseau ferré sous-terrain avec des chefs de gare prêts à aider et recueillir les fugitifs au péril de leurs vies. L’idée est brillante et fonctionne parfaitement. L’odyssée de Cora, à travers différents états ,montre le sort réservé aux noirs à cette époque. La Caroline du Sud semble plus tolérante et offre une certaine liberté à Cora et Caesar. Le racisme s’y fait plus insidieux ( vitrines où l’on présente de manière édulcorée le sort des esclaves, stérilisation des femmes noires). La Caroline du Nord bannit totalement les noirs et certaines villes les lynchent et les pendent lors de cérémonies hebdomadaires. Dans les plantations, la violence, les actes odieux sont légion et sont intrinsèques au lieu. Cora découvre que les noirs ne sont pas mieux traités à l’extérieur. Colson Whitehead montre à quel point les Etats-Unis se sont construits dans le sang et la violence. Les indiens ont été massacrés, leurs terres volées, les africains ont été kidnappés et mis en esclavage, vendus comme de vulgaires marchandises.

Les personnages de Colson Whitehead sont très forts. Cora est une jeune fille intelligente, au tempérament bien trempé. Enfant, elle a su résister à certains chefs de la plantation, défendant bec et ongle le minuscule jardin créé par sa grand-mère. Elle ne pardonne pas à sa mère, Mabel, de l’avoir abandonnée. Pourtant, Mabel est devenu un véritable mythe, elle donne de l’espoir aux autres esclaves et fait enrager Ridgeway, le chasseur d’esclaves en fuite. Ce dernier ne peut donc pas laisser Cora dans la nature. L’aventure de Cora et Caesar se transforme rapidement en chasse au goût amer de vengeance. Caesar est un esclave à part. Il travaillait avec sa famille chez une vieille dame qui avait promis de les affranchir. Ce qu’elle ne fit pas avant sa mort. Caesar, qui sait lire, n’a pas l’habitude des tortures de la plantation. Il y a beaucoup d’autres personnages croisés sur le trajet de Cora et tous sont très incarnés.

« Underground railroad » est un roman passionnant, l’évasion de Cora est captivante et nous montre les différents visages de l’Amérique au moment de l’esclavage.

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Sauvage de Jamey Bradbury

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Tracy Petrikoff a 17 ans, elle vit avec son père et son frère en Alaska. Le père est un champion de courses de traîneau. Mais depuis la mort de sa femme, il s’est laissé aller et a transgressé les règles de la célèbre course l’Iditarod. Il est donc exclu pendant plusieurs années. Mais la relève est assurée puisque Tracy est également mordue de courses de traîneau. Mais malheureusement, les fonds manquent pour qu’elle puisse s’inscrire. Un jour où elle part relever ses pièges en forêt, elle se fait attaquer par un homme. Elle réussit à se défendre et blesse l’homme avec son couteau. L’homme s’enfuit mais Tracy trouve son sac à dos. Dans celui-ci, elle découvre des liasses de billets. Assez d’argent pour qu’elle puisse s’inscrire à des courses. Mais Tracy a peur que l’homme, qu’elle a blessé, la retrouve.

« Sauvage » est un roman extrêmement singulier et original. Pour son premier roman, Jamey Bradbury frappe fort et marque durablement l’imaginaire de ses lecteurs. Comme la maison des Petrikoff qui est à la lisière de la forêt, le roman est à la lisière de plusieurs genres littéraires. « Sauvage » est tout à la fois un conte, un thriller, un roman fantastique et d’initiation, il rentre également sans peine dans la catégorie nature writing. Et l’ensemble se marie parfaitement bien. Tracy Petrikoff est la grande sœur de Turtle dans « My absolute darling » mais aussi celle de Nelle et Eva dans « Dans la forêt ». Elle est elle aussi capable de vivre seule dans une forêt qu’elle décrypte parfaitement. « J’ai appris à lire la forêt avant d’apprendre à lire les livres. Je me suis accroupie le dos contre un tronc d’arbre et j’ai appris pourquoi les écureuils descendaient à terre alors qu’ils pouvaient se déplacer de branche en branche. J’ai appris que le tamia creuse l’entrée de son terrier sous une pierre ou un arbre abattu pour qu’aucune motte de terre n’attire l’attention de ses prédateurs naturels. »  Tracy est d’autant plus proche de la nature qu’elle est musher comme son père. Elle est passionnée par les courses de traîneau, les chiens et est prête à beaucoup pour pouvoir participer à la célèbre Iditarod. Et ce qui rend Tracy vraiment particulière, c’est un don dont elle a hérité de sa mère. Mais il est impossible d’en parler pour laisser la surprise aux futurs lecteurs. Jamey Bradbury décrit avec force les expéditions dans la forêt ou les courses de chiens. Son roman prend de l’ampleur au fur et à mesure des chapitres et la tension s’accroît jusqu’aux dernières pages.

« Sauvage » est un premier roman atypique, à la croisée des genres qui nous conte avec force la destinée d’une jeune fille qui possède un don des plus étonnants. Un roman troublant et parfaitement maîtrisé.

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Les animaux de Christian Kiefer

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Au fin fond de l’Idaho, Bill Reed s’occupe d’un refuge pour animaux sauvages blessés : un loup, des ratons laveurs, une chouette, etc… Et surtout un ours, Majer, qui est presque aveugle et avec qui Bill discute régulièrement. Il représente un véritable point d’ancrage pour Bill car il le connaît depuis son enfance. Adulte, il est venu travailler dans ce refuge qui appartenait à son oncle et dont il est devenu propriétaire à la mort de celui-ci. Il s’est bien établi dans la région et va bientôt épouser une vétérinaire, mère d’un jeune garçon. Mais un coup de téléphone va bouleverser ses plans. Au bout du fil se trouve Rick, un ami d’enfance de Bill. Il sort de prison et semble avoir des comptes à régler…

Le récit de Christian Kiefer oscille entre deux époques : 1984 et 1996, douze années qui ont totalement changé la vie des deux amis. Ils viennent tous les deux d’un milieu pauvre, ils ont grandi dans des mobile-homes dans le Nevada. Bill voit sa vie basculer très vite avec la mort de son père puis celle de son frère. Lui et Rick se laissent alors aller à la petite délinquance, des petits cambriolages. Les deux jeunes garçons ne prennent pas la bonne voie dans la vie. Et ce sera Rick qui en paiera les conséquences. Les retrouvailles entre eux seront marquées par l’amertume et la rancœur. Le personnage de Bill est vraiment très intéressant dans ce duo central. Il nous apparaît sous un excellent jour, il sauve des animaux et semble avoir une vie stable. Au fur et à mesure, il se montrera sous un jour plus sombre et beaucoup plus ambigu. C’est son ambivalence qui fait tout le sel de cette histoire.

Le cadre où se déroule le roman est également un point fort. Ce refuge pour animaux estropiés créé une ambiance particulière. Les descriptions des lieux sont très cinématographiques, on visualise parfaitement le site. La fin du roman est marqué par une tempête de neige sur le refuge ce qui renforce l’étrangeté du lieu. Elle donne un petit côté fin du monde qui est particulièrement réussi. Un bon polar est un polar dont l’ambiance est marquante et singulière, c’est bien le cas ici avec le roman de Christian Kiefer.

« Les animaux » est un polar à la construction maîtrisée, au personnage principal ambivalent et à l’atmosphère étrange. Un polar réussi en somme.

 

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Une saison ardente de Richard Ford

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« A l’automne de 1960, alors que j’avais 16 ans et que mon père était momentanément sans emploi, ma mère rencontra un homme du nom de Warren Miller et tomba amoureuse de lui. C’était à Great Falls, Montana, à la grande époque du gisement pétrolifère de Gipsy. » Jerry, le père du narrateur Joe, est renvoyé du golf où il était professeur. Ne trouvant pas d’autre travail et tournant en rond, il décide de s’engager dans les équipes qui combattent les feux de forêt qui sévissent à l’époque. Sa femme, Jeannette, se retrouve seule et elle doit envisager sa vie autrement. Elle commence par trouver du travail en tant que maître-nageuse et c’est là qu’elle croise la route de Warren Miller. Jeannette semble à la dérive aux yeux de Joe et elle s’accroche à cet homme comme à une bouée de sauvetage.

J’ai découvert ce roman après avoir vu la formidable adaptation réalisée par Paul Dano avec Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal. Cet automne 1960 sera un moment suspendu dans la vie de cette famille, un moment où tout part à vau-l’eau. La famille vient d’emménager à Great Falls après avoir vécu dans plusieurs villes. Ils ne connaissent donc personne, Joe n’a pas d’amis. Tout se resserre, se concentre sur les trois personnages qui constituent la famille. Joe est le narrateur-observateur de l’histoire de ses parents. Il voit avec une grande perplexité leur couple se déliter devant ses yeux. Le départ de son père, pour s’occuper des feux de forêt, accélère le processus. Les trois personnages de Richard Ford semblent vraiment très seuls, perdus dans cette nouvelle ville et dans leurs sentiments. Et le roman dégage un fort sentiment de mal-être et une grande mélancolie. Joe se rend compte qu’une famille n’est pas un tout indivisible. Il découvre cet automne-là toute la complexité des sentiments, il observe ses parents sans pouvoir comprendre leurs réactions. Il est plongé dans un profond désarroi que retranscrit parfaitement l’écriture de Richard Ford avec une belle économie de moyens.

Ce court roman était le premier roman de Richard Ford que je lisais et je l’ai beaucoup apprécié. Emprunt d’une grande mélancolie, il dépeint le délitement d’un couple, le passage à l’âge adulte avec une grande délicatesse.

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Sans foi ni loi de Marion Brunet

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Garrett Black, 16 ans, voit débarquer chez lui une hors-la-loi blessée qui lui réclame de l’eau. Il obéit sans réfléchir, tétaniser par la peur de l’arme qu’elle pointe sur lui. Elle est malheureusement suivie par le marshall et ses acolytes. Garrett apprend alors le nom de la jeune femme : Abigail Stenson. Cette dernière n’a qu’un seul moyen de s’évader : kidnapper Garrett. L’adolescent tombe rapidement en admiration devant cette femme indépendante et indomptable : « Cette femme a tué deux hommes, n’a pas hésité à tirer sur Jim ; elle vient de m’éclater le nez et pourtant je la bouffe des yeux avec une fascination que je ne comprends pas moi-même. Je l’observe, toujours allongé dans l’herbe, le visage douloureux. Elle n’est pas vieille du tout mais trimbale une assurance que je n’ai jamais connue. » Voyager auprès de Ab Stenson va changer totalement la vie de Garrett.

Marion Brunet nous plonge dans un western classique avec hors-la-loi, saloon, courses poursuites à cheval, chasseur de primes, etc… Dans cet univers traditionnellement très masculin, Marion Brunet met au cœur de son roman une sorte de Calamity Jane. Ab Stenson est habillée comme un homme et elle se comporte comme l’un d’eux. Elle n’a pas d’autres choix pour vivre sa vie comme elle l’entend et restée indépendante. Orpheline, ballottée de famille en famille, Ab a du faire sa place par la force et les armes. Elle est libre mais elle connait aussi le lourd prix à payer pour le rester.

« Sans foi ni loi » est également un roman d’apprentissage, d’émancipation pour Garrett. Fils d’un pasteur brutal, il n’a aucune idée des possibilités que peut lui offrir la vie. Le voyage aux côtés de Ab va lui ouvrir l’esprit, lui montrer qu’une autre vie est possible et qu’il peut se rebeller. Il apprend surtout ce que signifie être libre.

Marion Brunet nous offre un western bien mené, très plaisant à lire, très classique dans la forme et le fond avec deux héros hautement sympathiques et attachants.

Merci Babelio pour cette lecture.

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L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich

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En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich, 25 ans, est étudiante en droit à Harvard. Elle fait en stage dans un cabinet d’avocats où on lui montre la vidéo d’un homme qui avoue le meurtre d’un enfant. L’homme, Ricky Langley, a été condamné à la peine de mort en 1994. En 2003, un nouveau procès a lieu pour demander la perpétuité. Un troisième procès aura lieu en 2009 pour que Ricky soit déclaré irresponsable de ses actes pour cause de maladie mentale, ce qui n’arrivera pas. Revenons à 2003, lors du visionnage des aveux de Ricky Langley, Alexandria Marzano-Lesnevich souhaite sa mort alors qu’elle a toujours été une farouche opposante à la peine de mort. Pourquoi cette confession ébranle-t-elle à ce point ses profondes convictions morales ?

C’est ce qu’elle va essayer de découvrir et « L’empreinte » est le fruit de cette recherche. Ce livre a été mûri et écrit durant douze ans. Un long travail d’enquête autour de l’affaire de Ricky Langley a bien entendu été nécessaire. Mais « L’empreinte » n’est pas qu’un non-fiction novel comme « De sang froid » de Truman Capote. Alexandria Marzano-Lesnevich entremêle à son enquête sur Ricky Langley, sa propre histoire personnelle. Les deux fils narratifs s’entrecroisent et entrent en résonance pour plusieurs raisons. Ricky Langley est pédophile, il en a parfaitement conscience et avant l’assassinat du petit Jeremy Guillory, il a à plusieurs reprises demander de l’aide. Il n’a pas été entendu et sa déviance est allée jusqu’au meurtre. Si Alexandria Marzano-Lesnevich est aussi marquée par cette affaire, c’est qu’elle a été elle-même victime d’abus sexuels lorsqu’elle était enfant par son grand-père, qui lui n’a jamais eu à répondre de ses actes.

Et pourtant la famille d’Alexandria Marzano-Lesnevich était au courant. Et là vient un deuxième point commun avec Ricky Langley. Les deux familles ont vécu des drames terribles, notamment la mort d’enfants en raison d’une maladie ou d’un accident. Et les deux familles choisissent le secret, le silence absolu sur les drames  qu’elles ont connus. Il ne faut pas regarder en arrière, toujours aller de l’avant. Sauf que les blessures se transmettent aux générations suivantes, en l’occurrence sur Alexandria Marzano-Lesnevich et Ricky Langley (les conditions de sa conception, de la grossesse de sa mère sont proprement ahurissantes.) C’est ce mutisme que Alexandria Marzano-Lesnevich veut faire éclater à travers son travail dans ce livre, elle veut connaître l’histoire de sa famille, comprendre pourquoi ses parents ont continué à voir son grand-père même après avoir eu connaissance des faits.

Et « L’empreinte » n’est qu’une volonté de compréhension, ce n’est en aucun cas une recherche de vengeance. Et ce qu’elle comprend, c’est à quel point l’âme humaine est complexe. Les êtres ne sont jamais fait d’un seul tenant. Ricky Langley et son grand-père ne sont pas que des pédophiles. Ricky Langley a essayé de vivre une vie normale avec des amis, en prison il a passé des diplômes et avait une conduite exemplaire. Le grand-père de l’auteure est aussi celui qui lui a appris a dessiné, a joué au backgammon. « Que là où était le silence, soit la parole. Que là où étaient les secrets, j’ouvre la voie à la complexité de la vérité. » 

« L’empreinte » mélange un travail d’enquête sur un fait divers et une autobiographie. Le texte est d’une grande fluidité, d’une grande pertinence. Alexandria Marzano-Lesnevich fait preuve de beaucoup de recul et de lucidité dans son travail d’analyse. Remarquable.

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My absolute darling de Gabriel Tallent

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Julia Alveston, dite Turtle, vit seule avec son père en Californie. Leur maison est isolée, proche de l’océan et d’une faste forêt. Son père pense que la civilisation américaine ne va pas tarder à s’effondrer et il apprend à sa fille à survivre dans la nature. Un enseignement qui se fait à la dure, souvent de manière brutale. Turtle ne connait rien d’autre que l’éducation de son père et se plie à ses exigences. A 14 ans, elle sait manier une arme à feu à la perfection, elle tire à l’arc et est capable de survivre seule dans une forêt. Les seules moments où elle est loin de son père, sont ceux qu’elle passe à l’école. Mais Turtle est trop asociale, trop revêche pour se laisser approcher. Elle n’a pas d’amis et se braque lors de ses cours. Les choses vont pourtant changer lorsqu’elle va rencontrer deux jeunes lycéens lors d’une de ses escapades en forêt.

« My absolute darling » est le premier roman de Gabriel Tallent, il a été acclamé aux Etats-Unis et également chez nous lors de sa sortie. Après l’avoir lu, je comprends parfaitement les éloges qu’il a reçus. Ce roman est d’une très grande force et il est très difficile de le lâcher une fois qu’on l’a ouvert. Le cœur du roman est la relation entre Turtle et son père. La mère est morte quelques années avant le début du roman. La relation entre les deux est toxique, mortifère et totalement exclusive. Même si le grand-père n’est pas loin, le père et la fille semblent vivre en huis-clos, repliés dans une maison dans un état déliquescent. Gabriel Tallent nous fait découvrir petit à petit à quel point cette relation est violente, abusive. Certaines scènes du livre sont très difficiles à lire et je me suis sentie oppressée par cet univers. Mais l’auteur sait aussi nous montrer que c’est également une relation très ambiguë. Turtle aime passionnément son père malgré tout ce qu’il lui inflige. Gabriel Tallent fait montre d’une grande acuité psychologique dans le traitement de son personnage principal et de son évolution. « My absolute darling » est un roman initiatique, l’éveil de la conscience de Turtle qui se débat avec sa culpabilité vis à vis de son père. A sa quête d’indépendance et d’émancipation va se transformer en thriller, la scène finale est glaçante et elle prend aux tripes.

Gabriel Tallent fustige à travers son roman la détention d’armes aux Etats-Unis et le survivalisme. Le père critique le modèle de vie de ses compatriotes expliquant à sa fille que ce monde consumériste court à sa perte. La nature est donc le seul refuge possible. Même si elle regorge de dangers, Gabriel Tallent nous offre de superbes descriptions de cette nature foisonnante que parcourt Turtle. « L’aube est à peine levée. Les longues tiges humides des fétuques rouges s’inclinent au-dessus d’elle. Turtle est allongée et observe à travers la lunette. Tout près du fusil, elle sent l’odeur de graisse et de poudre. Autour d’elle, le pré est lourd de rosée, la brume se détricote le long de la colline. A mesure que la journée se réchauffe, les longues tiges voûtées par les gouttes de rosée se démêlent soudain et jaillissent vers le ciel, leurs têtes gonflées de graines s’agitent. Il n’y a pas le moindre nuage dans le ciel, à l’exception d’un unique et lointain lenticulaire que la brise ballote et déchire en lambeaux. » La langue de Gabriel Tallent est à la fois précise et formidablement poétique pour décrire cette nature dans laquelle Turtle se réfugie.

« My absolute darling » est une véritable claque littéraire. Un roman initiatique se transformant en thriller dont de nombreuses scènes restent gravées longtemps dans l’esprit du lecteur. Ambitieux, âpre, étouffant et magnifique, « My absolute darling » est un roman que je ne suis pas prête d’oublier.

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Billet récapitulatif du mois américain 2019

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Présentation du mois :
1er septembre :

Thème : dystopie, roman d’anticipation

Autres :
2 septembre :

3 septembre : 

Thème : Nature, environnement

Autres :

4 septembre :

5 septembre :

6 septembre : 

Thème : document, récit

Autres :

7 septembre :

8 septembre :

Thème : album ou roman jeunesse
Autres :

9 septembre : 

10 septembre : 

Thème : L’adolescence
Autres :

11 septembre : 

12 septembre : 

13 septembre : 

Thème : Polar/roman noir
Autres :
14 septembre :
15 septembre :
En cuisine :

16 septembre : 

17 septembre : 

Thème : un roman ayant reçu le prix Pulitzer

Autres :

18 septembre :

19 septembre : 

20 septembre :
Thème : le Grand Ouest
Autres :
21 septembre :
22 septembre :
Thème : les minorités
Autres :

23 septembre : 

24 septembre :

Thème : 1er roman
Autres :

25 septembre : 

26 septembre :

 

Thème : un classique de la littérature américaine

Dans la forêt de Jean Hegland

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Nell, 17 ans, et sa sœur Eva, 18 ans, vivent dans la maison familiale sur la côte ouest des Etats-Unis. Elles vivent dans une maison isolée à côté d’une vaste forêt. Elles sont d’autant plus coupées du monde que celui-ci a radicalement changé : plus d’électricité, plus d’essence, plus de téléphone et plus d’internet. Elles ne savent pas ce qui s’est passé, des rumeurs de catastrophe, de guerre, de virus ont couru. « Pendant tout l’hiver dernier, les journaux – quand nous arrivions à les avoir – croulaient sous les nouvelles de désastres, et je me demande si ce n’est pas la convergence de toutes ces catastrophes qui nous a conduits à cette paralysie. » Malheureusement pour les deux jeunes filles, leurs parents sont morts : la mère d’un cancer avant les événements et le père d’un accident quelques mois auparavant. Nell et Eva sont totalement livrées à elles-mêmes et les réserves, faites par leur père, diminuent dangereusement.

« Dans la forêt » a été publié en 1996 aux Etats-Unis et a été sorti des limbes de l’édition par les éditions Gallmeister en 2017. Lire le roman d’anticipation de Jean Hegland en pleine canicule, le rend encore plus réaliste et glaçant. « Dans la forêt » est bien entendu également un roman d’apprentissage et de survie pour Nell, la narratrice, et sa sœur. Le mode de vie des deux jeunes femmes n’est, au départ, pas si différent de d’habitude. Il faut dire que leur quotidien a toujours été l’isolement. Comme la maison était très reculée par rapport à la ville la plus proche, Nell et Eva n’allaient pas à l’école. Elles n’ont donc pas d’amis (ou très peu), ne connaissent pas leurs voisins, les contacts avec le monde extérieur ne leur manque donc pas tant que ça. Elles ont l’habitude de vivre en vase-clos. La mort de leur père a néanmoins changé totalement la situation. Elles doivent dorénavant apprendre à vivre, à se nourrir totalement seules. Ce qui leur permet de tenir, ce sont leurs envies pour leurs vies futures car la situation va forcément finir par revenir à la normale. Nell veut entrer à Harvard et lit toute l’encyclopédie. Eva veut devenir danseuse et elle continue à s’entraîner sans musique et avec des chaussons qui tombent en lambeaux.

Bien évidement, la situation ne va pas s’arranger et Jean Hegland sème de nombreuses embûches sur le chemin de ses deux personnages. La forêt qui les entoure, se montre aussi menaçante qu’accueillante. « Il n’y a aucune échappatoire. Même le feu dans le poêle semble menaçant. (…) Nous sommes cernées par la violence, par la colère et le danger, aussi sûrement que nous sommes entourées par la forêt. La forêt a tué notre père, et de cette forêt viendra l’homme -ou les hommes- qui nous tueront. » Et effectivement, la violence va interrompre le quotidien que Nell et Eva avaient mis en place pour tenir. Mais cela va les obliger à enfin s’adapter, à se rapprocher de cette forêt, de cette nature qui peut tant leur apporter. Et finalement, la conclusion du roman devrait être une leçon, être plus proche de la nature, la respecter et la connaître peut nous permettre de mieux vivre.

« Dans la forêt » est un roman totalement réussi et maîtrisé de bout en bout. L’écriture est fluide, la tension savamment distillée, le rapport avec la nature puissant et les deux personnages centraux sont absolument incarnés.

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Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien rempli avec sept livres à mon actif. J’ai continué mes lectures pour le mois américain avec « My Absolute darling » de Gabriel Tallent, un roman à couper le souffle, « Les altruistes » de Andrew Ridker, un premier roman prometteur dans la lignée de Jonathan Franzen, « Sauvage » de Jamey Bradury qui se trouve à la croisée des genres, « Le chant des plaines » de Kent Haruf qui décrit avec beaucoup de sensibilité une communauté et « Sans foi ni loi » de Marion Brunet qui revisite le western. Et je vous ai déjà parlé de « Oyana », qui m’a permis de continuer à découvrir le travail d’Eric Plamondon, et de « Rien n’est noir » de Claire Berest où j’ai retrouvé avec plaisir le couple tumultueux Frida Kahlo/Diego Rivera. J’ai hâte que le mois américain commence pour pouvoir vous parler des excellents livres que j’ai lu durant les deux mois d’été !

Et côté cinéma ? Mon coup de cœur du mois revient à un de mes réalisateurs préférés, Arnaud Desplechin :

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A Roubaix, le commissaire Daoud arpente inlassablement les rues de sa ville natale, même le soir de Noël. Dans son commissariat se croisent un pauvre bougre essayant d’arnaquer son assurance, une adolescente violée dans le métro, de jeunes délinquants, une jeune femme fuguant de l’appartement familiale. Et un soir, une maison brûle dans une impasse. Daoud envoie un nouveau lieutenant, Louis, pour enquêter. Celui-ci interroge deux voisines, Claude et Marie, pour savoir ce qu’elles ont vu. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et les policiers vont bientôt découvrir dans la même impasse un crime bien plus grave.

Arnaud Desplechin retrouve à nouveau sa ville de Roubaix après y avoir réalisé « Un conte de Noël », « Trois souvenirs de ma jeunesse » et « Les fantômes d’Ismaël ». Il montre ici toute la misère sociale, la pauvreté de cette ville qui fut autrefois prospère et qui garde  » (…) le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». La nouveauté chez Desplechin est double. « Roubaix, une lumière » est un polar et le fait divers central est bien réel. Le réalisateur avait vu un documentaire sur celui-ci « Roubaix, commissariat central, affaires courantes » de Mosco Boucault. On retrouve dans le film de Desplechin le réalisme des documentaires, on suit au plus près la vie de ce commissariat (notamment les scènes d’interrogatoires qui sont très fortes). Nous sommes assez loin de l’univers habituel du réalisateur mais le personnage de Louis nous renvoie à ses héros habituels (il voulait rentrer dans les ordres et a changé de vocation, il lit de la philosophie). Les trois acteurs principaux du film sont absolument remarquables. Roschy Zem incarne un commissaire débordant d’humanité, de compassion, droit mais aussi hanté par son histoire familiale. Léa Seydoux et Sara Forestier sont également parfaites, leur jeu est intense et nuancé. Un film noir qui sort des sentiers habituels empruntés par Arnaud Desplechin mais qui est totalement réussi et maîtrisé.

Et sinon :

  • « Once upon a time… in Hollywood » de Quentin Tarantino : Eté 1969, Rick Dalton est un acteur de western, notamment de séries tv. Il est abonné aux rôles de méchant. Lorsqu’un producteur lui propose de tourner dans un western spaghetti en Italie, Rick sait que sa carrière est sur le déclin. Heureusement, il est soutenu par Cliff Booth, son cascadeur attitré qui lui sert aussi de chauffeur et d’homme à tout faire. Parallèlement à Rick, nous suivons le parcours d’une jeune starlette à la carrière montante : Sharon Tate. Dans ce film, Quentin Tarantino rend hommage au cinéma des années 60, à la légèreté et l’insouciance de ses années là qui vont se terminer aux USA dans un bain de sang. Sans vraiment d’intrigue, « Once upon a time… in Hollywood » est un film d’ambiance : cocktails, villas avec piscine, belles voitures et vitesse. Le réalisateur s’amuse follement à recréer cette atmosphère et il va jusqu’à retourner des scènes de ses films préférés avec les acteurs de son film (« La grande évasion » avec Leonardo di Caprio à la place de Steve McQueen). En revanche, Sharon Tate n’est pas remplacée par Margot Robbie dans l’extrait que nous découvrons dans un cinéma. Quentin Tarantino rend un bel hommage à cette actrice en la montrant souriante, dynamique, légère et lumineuse à l’image des années 60. Les acteurs sont tous épatants et semblent aussi se régaler dans leur rôle respectif. Le duo Leonardo Di Caprio et Brad Pitt fonctionne à merveille. A noter la scène incroyablement drôle entre Bruce Lee et Cliff Booth qui restera dans les annales ! « Once upon a time…in Hollywood » est un conte comme son nom l’indique et la fin du film le confirme. Je dois avouer qu’elle m’a un peu chiffonnée mais je pense que Quentin Tarantino voulait justement sauver les années 60 et son insouciance à travers cette revisitation de l’histoire.

 

  • « Wild Rose » de Tom Harper : A Glasgow, Rose-Lynn sort de prison mais son rêve est intact : elle sera chanteuse de country ou rien. Elle est bien décidée à reprendre son job de chanteuse dans un bar de la ville pour mettre de l’argent de côté et partir à Nashville. Mais son tempérament excessif n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses anciens patrons. Et surtout, Rose-Lynn a deux enfants dont sa mère s’est occupée pendant son absence. Cette dernière voudrait bien que sa fille prenne enfin ses responsabilités et s’occupe de sa fille et de son fils. « Wild Rose » a une intrigue classique et le dénouement n’est pas une surprise. Mais ce film a plusieurs atouts qui le rendent extrêmement agréable à regarder. Le premier est l’idée tout à fait originale de mélanger film social à la Ken Loach et country music. Le deuxième est son actrice principale : Jessie Buckley. J’avais déjà pu admirer son talent dans l’adaptation de « Guerre et paix » de la BBC, ou dans celle de « La dame en blanc » et dans la formidable série « Chernobyl ». Ici, son talent éclabousse l’écran, sa présence est magnétique et sa voix sublime. Jessie Buckley est à elle seule une excellente raison d’aller voir ce film !

 

  • « Perdrix » de Erwan Le Duc : De passage dans les Vosges, Juliette se fait voler sa voiture, avec toutes ses affaires dedans, par une naturiste. Elle va porter plainte à la gendarmerie où l’affaire n’étonne personne puisqu’un commando de naturistes révolutionnaires sévit dans la région. Juliette fait la connaissance du capitaine Perdrix chez qui elle décide de s’incruster en attendant de retrouver sa voiture. Erwan Le Duc réalise ici une comédie charmante au ton décalé qui rappelle Wes Anderson. L’atmosphère, les personnages sont assez incongrus pour une comédie romantique. Le capitaine Perdrix est un doux rêveur, un cœur tendre qui se trouve confronté à la volubile et fantasque Juliette qui parcourt la France pour éviter de se fixer. Swann Arlaud (décidément toujours juste) et Maud Wyler (une découverte) interprète ce duo mal assorti qui va de chamailleries en chamailleries. La famille de Perdrix est magnifique de singularité : la mère (Fanny Ardant) est une veuve inconsolable qui anime un courrier du cœur radiophonique dans son garage, le frère (Nicolas Maury) est passionné par les lombrics, sa fille rêve de quitter sa famille et de devenir championne de ping-pong. Tout ce joyeux monde vit ensemble ! Les collègues de Perdrix sont également croustillants et pour couronner le tout une reconstitution d’une bataille de 39/45 doit avoir lieu dans le village. L’ensemble crée une comédie romantique cocasse, drolatique aux personnages attachants.

 

  • « Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller : Lee Israel a écrit des biographies de femmes célèbres et a rencontré un certain succès. Mais aujourd’hui, ses sujets n’intéressent plus, son agent ne veut plus lui faire d’avance. Lee ne joue pas non plus le jeu de la promotion et elle en serait d’ailleurs bien incapable. Irascible, mal-aimable et asocial, Lee ne supporte pas la bêtise et la facilité. Elle a pourtant un grand besoin d’argent, elle n’a même plus de quoi payer les médicaments de son chat. Pour s’en sortir, une idée lui vient : écrire de fausses lettres d’écrivains. Elle sera aider par un complice aussi alcoolique qu’elle : Jack, un homosexuel aussi caustique qu’elle. Lee Israel a véritablement existé et elle a été arrêté par le FBI en 1993. Bien que désagréable, le personnage est très attachant. On la sent totalement inadapté au monde dans lequel elle vit. Elle s’intéresse à des actrices de second plan du cinéma hollywoodien, voue un culte à Dorothy Parker et Noel Coward. Elle est interprété par Mélissa McCarthy qui surprend dans ce rôle et montre enfin l’étendu de son talent. Richard E. Grant était l’acteur idéal pour le fantasque Jack qui a la dignité de ne jamais reconnaître à quel point il est dans la dèche. L’histoire est en elle-même très intéressante et le film rend également hommage à la littérature, aux librairies où les passionnés s’arrachent les fausses lettres de Lee.

 

  • « Give me liberty » de Kirill Mikhanovsky : A Milwaukee, Vic vit avec son grand-père qui perd doucement mais sûrement la mémoire. Vic et sa famille sont d’origine russe. Vic transporte dans un mini-bus des personnes handicapées. Mais il a quelques difficultés à contrôler son grand-père qui devient de plus en plus imprévisible. Et surtout, Vic ne sait pas dire non. Il se retrouve donc à devoir emmener dans son bus toute un groupe de personnages âgées russes qui veulent assister à un enterrement à l’autre bout de la ville. S’ajoute à ce groupe, un jeune russe oisif et pique-assiette. Les pauvres usagers de Vic ne savent pas dans quelle aventure ils s’embarquent… Voilà un film qui est extrêmement sympathique et vivant. Kirill Mikhanovsky tourne son film comme un documentaire, caméra à l’épaule. Il y montre l’Amérique des laissés-pour-compte, des personnages cassés, blessés par la vie mais qui ne baissent jamais les bras (les scènes où Vic parle avec un tétraplégique noir sont magnifiques, l’homme allongé prodigue des leçons de vie au jeune homme). Le film est un très joyeux bordel, foutraque et plein de la verve des personnages. Tout ce petit monde finit par s’accorder, chacun finit par adopter la cause de l’autre. C’est tour-à-tour hilarant et émouvant, un tourbillon permanent qui nous entraîne.