Bonne nuit, Monsieur Tom! de Michelle Magorian

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Au début de la deuxième Guerre Mondiale, les enfants de Londres et de sa banlieue sont envoyés à la campagne pour les protéger. William Beech se retrouve ainsi à Little Weirwold. Il est emmené dans la maison de Tom Oakley, à côté du cimetière du village. Tom vit seul avec son chien et il accueille le jeune garçon en grognant. Le vieil homme s’est refermé sur lui-même après la mort de sa femme Rachel. Mais Tom ne va pas rester bourru bien longtemps devant William. Il va rapidement comprendre que l’enfant, réservé et craintif, a été maltraité par sa mère. Tom va alors tout faire pour mettre à l’aise William et lui permettre de se sentir mieux.

« Bonne nuit, Monsieur Tom ! » est un roman extrêmement touchant. Les deux personnages principaux sont émouvants et on s’attache à eux immédiatement. Chacun a souffert, chacun s’est éloigné du monde extérieur. Tom et William vont s’apprivoiser, se rapprocher. Tous les deux vont s’ouvrir, s’épanouir au contact de l’autre. Michelle Magorian les entoure bien avec toute une galerie de personnages également attachants à commencer par Zach, lui aussi un enfant londonien réfugié à la campagne, qui deviendra le meilleur ami de William.

Mais Michelle Magorian ne nous raconte pas une jolie histoire sucrée. Elle n’oublie pas que son intrigue se déroule pendant la guerre. Son roman est émaillé de drames terribles. William va traverser des épreuves physiques et morales horribles pour un si jeune garçon. L’une des scènes m’a véritablement fait froid dans le dos. « Bonne nuit, Monsieur Tom ! » est un roman dur qui ne cache pas les horreurs de la guerre et qui montre la résilience de William.

« Bonne nuit, Monsieur Tom ! » est le terrible roman d’apprentissage d’un jeune garçon en temps de guerre. Un très joli roman jeunesse aux personnages extrêmement attachants.

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Billet récapitulatif du mois anglais 2019

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Les billets de présentation :
Les billets du Read-a-thon de l’Ascension du 30 mai au 2 juin :
1er juin :

2 juin : 

3 juin : 

4 juin : 

5 juin : 

6 juin : 

7 juin : 

8 juin : 

9 juin : 

10 juin : 

11 juin :

12 juin : 

13 juin : 

14 juin : 

15 juin : 

16 juin : 

17 juin : 

18 juin :

19 juin : 

20 juin : 

21 juin : 

22 juin : 

23 juin : 

24 juin :

25 juin : 

26 juin : 

27 juin : 

28 juin : 

29 juin : 

30 juin : 

L’étang de Claire-Louise Bennett

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On sait peu de choses sur la narratrice de « L’étang ». C’est une jeune femme solitaire qui a récemment renoncé à sa thèse. Elle a choisi de vivre à la campagne en Irlande où elle loue un cottage. Près de sa nouvelle maison, se trouve un lac où elle aime se rendre pour se promener.

Le premier roman de Claire-Louise Bennett est assez déroutant. l’auteure nous plonge dans les pensées, les rêveries de son personnage. En vingt chapitres assez courts, elle nous décrit le quotidien de cette femme seule qui s’absorbe dans chaque détail de sa vie. Chaque chapitre pourrait presque exister sans les autres puisqu’il s’agit de pensées disparates. Et c’est ce qui nous désoriente car il n’est pas si facile de pénétrer dans le cerveau de quelqu’un.

« Vous n’avez pas idée comme ça bouillonne de passion là-dedans. » La protagoniste s’intéresse aussi bien aux plantations dans son jardin, qu’au concentré de tomates ou aux boutons de réglage de sa cuisinière qu’il faudrait remplacer. Elle semble s’être volontairement retirée du monde et tend à communier avec la nature, avec cette maison qui lui a plu immédiatement. Elle repense également à d’anciens amants, retrouve dans ses affaires une lettre d’un ancien amoureux. Souvent, la narratrice nous interpelle comme si elle se confiait à nous, lecteurs. Le ton est tour à tour drôle, grave, mélancolique. Le personnage souffre-t-il de la solitude ou en jouit-il ? Les deux à la fois selon l’évolution de ses sentiments, de ses rêveries.

« L’étang » est un premier roman étonnant qui m’a fait penser aux « Vagues » de Virginia Woolf. Nous sommes plongés dans le flot de conscience de la narratrice qui se concentre sur les détails de son quotidien, sur ses humeurs. Un voyage singulier au cœur d’une âme solitaire.

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Bilan livresque et cinéma de mai

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Mon mois de mai littéraire aura été bien rempli avec 6 romans et 4 BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable roman de Shelby Foote sur un épisode de la Guerre de Sécession, du premier roman prometteur de Sara Collins qui revisite le roman gothique et du touchant et juste roman de Pete Fromm qui nous raconte une histoire d’amour hors norme sur fond de maladie. J’ai commencé mes lectures pour le mois anglais et je vous reparle rapidement de « Bonne nuit, monsieur Tom ! » de Michelle Magorian, de « L’héritier, une histoire d’amour » de Vita Sackville-West et de « Love » de Angela Carter. Du côté des BD, j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Posy Simmonds avec « Le chat du boulanger » qui s’adresse plutôt aux enfants et que j’ai beaucoup apprécié, et celui de Catherine Meurisse avec « Mes hommes de lettres » qui est une histoire de la littérature française. Je vous ai récemment parlé des « Nymphéas noirs » de Cassegrain et Duval inspiré d’un roman de Michel Bussi et dont l’intrigue et le dessin m’ont beaucoup plu.

Et du côté du cinéma : 7 films à mon compteur avec du très bon et une belle déception.

Mes films préférés du mois :

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Stevie, 13 ans, se fait malmené par son grand-frère. Il essaie donc de passer plus de temps en dehors de chez lui. Un jour, il croise un groupe de skateurs qui le fascine immédiatement. Il réussit à intégrer le groupe alors qu’il n’a jamais fait de skate. Les quatre copains, plus grands que lui, seront à l’origine de tous les apprentissages : l’alcool, la drogue, le sexe et bien évidemment le skate. La petite bande est constituée de membres disparates, aux origines et aux milieux sociaux  très différents. Des excès, des expériences, de la joie et surtout une formidable amitié vont lier à jamais les cinq garçons.

« 90’s » est le premier film en tant que réalisateur de Jonah Hill et c’est une réussite. L’histoire de Stevie est en partie autobiographique ce qui se sent parce que l’époque est parfaitement rendue (notamment au niveau de la musique qui tient une place importante dans le film) et que le film est finalement emprunt de nostalgie pour cette période bénie du début de l’adolescence, celle de tous les possibles et de toutes les transgressions. Stevie s’éveille, s’épanouit aux contacts de ses nouveaux amis. Il y a de l’émerveillement chez le jeune garçon lorsqu’il comprend qu’il est accepté dans le groupe, lorsqu’il regarde les exploits des skateurs. Sunny Suljic, qui interprète Stevie, est pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à regarder ce film. Son visage est plein de candeur, de naïveté et de volonté de s’émanciper. Jonah Hill réalise un premier film sobre, juste sur l’apprentissage d’un jeune garçon vers le monde adulte.

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Salvador est un réalisateur à bout de souffle. L’envie d’écrire n’est plus là, les maladies l’envahissent. Il reste enfermé dans son luxueux appartement madrilène. La projection d’un des ses films à la cinémathèque l’oblige à sortir. Et il part à la recherche de l’acteur principal du film avec lequel il s’était fâché lors du tournage. Les retrouvailles en amènent d’autres et Salvador se retrouve plongé dans ses souvenirs et notamment ceux de sa mère dans une Espagne rurale et pauvre.

Pedro Almodovar joue avec l’autofiction dans son dernier film. Antonio Banderas est ici son alter-ego, son double de cinéma. Le personnage est cerné par la nostalgie : celle de son enfance, de sa mère forte et lumineuse, celle de sa gloire en tant que cinéaste, celle des premiers émois sensuels, celle d’anciens amours. Cette dernière catégorie nous offre une scène merveilleuse de retrouvailles pudiques, tendres et déchirantes. Le film comporte des éléments de la vie du réalisateur espagnol mais aussi des échos de ces autres films. Le jeu est savamment orchestré en ces différents niveaux de narration, les passages entre le présent et les souvenirs d’enfance sont d’une grande fluidité. Le casting est parfait avec deux des acteurs préférés d’Almodovar : Antonio Banderas et Penelope Cruz qui sont eux-mêmes des réminiscences des autres films du réalisateur. Avec « Douleur et gloire », on retrouve un Pedro Almodovar au sommet de son cinéma avec un film très personnel et très touchant.

 

Et sinon :

  • Mais vous êtes fous de Audrey Diwan : Roman et Camille sont mariés et ont deux filles. Ils gagnent bien leurs vies, habitent un bel appartement parisien. Tout semble harmonieux jusqu’à ce que l’une de leur fille se retrouve à l’hôpital pour des convulsions. De la cocaïne est détecté dans son organisme. Il s’avère que Roman est drogué depuis des années à hautes doses. La romancière Audrey Diwan s’essaie au cinéma. Son film est très intéressant, il montre l’effet d’une terrible révélation sur une famille à priori normale. Camille oscille entre rejet absolu de son mari et amour fou pour lui. Céline Sallette incarne cette femme entre fragilité et force. Elle se bat pour sa famille et surtout pour son homme. Mais le film est bien plus qu’un simple combat pour retrouver l’équilibre familial. Dans une scène étourdissante, Audrey Diwan nous montre que les choses sont plus complexes que ne le voudrait Camille et que la confiance est au cœur d’un couple. Pio Marmaï qui joue Roman montre lui aussi toute l’étendue de son talent et de sa profondeur de jeu. Un essai parfaitement transformé par Audrey Diwan.

 

  • Le jeune Ahmed de Luc et Jean-Pierre Dardenne : Ahmed a décidé de tuer sa professeure de soutien scolaire. celle-ci veut faire apprendre l’arabe de tous les jours, différent de celui du Coran et elle compte le faire à l’aide de chansons. L’imam local la condamne fermement. Ahmed, voulant montrer la force de sa foi, décide alors de passer à l’acte. Fort heureusement, il rate son coup et sera enfermé dans un centre pour adolescents délinquants. Mais Ahmed n’a pas l’intention d’oublier son projet. C’est à chaque film, un immense plaisir de retrouver les frères Dardenne. « Le jeune Ahmed » montre une garçon de 13 ans totalement radicalisé et totalement emprisonné par ses idéaux. L’autre n’existe pas pour lui et les frères Dardenne nous montre l’obstination, la spirale de mensonges dans laquelle il s’enferme. Ce film m’a beaucoup fait penser à « Rosetta ». Ahmed est un garçon extrêmement solitaire, borné et une scène de course dans les bois évoque la même scène avec Emilie Dequenne. Comme souvent chez les réalisateurs belges, leur film est l’occasion de voir éclore un nouveau talent, ici Idir Ben Addi interprète de manière magistrale Ahmed.  Les frères Dardenne, en s’attachant à ce personnage au parcours radicalisé, ne le jugent pas, ils l’accompagnent avec une grande humanité et cherche à la détecter chez lui.

 

  • 68, mon père et les clous de Samuel Bigiaoui : Pour ceux qui habitent, comme moi, dans le quartier de la rue Monge depuis de nombreuses années, le nom de Bricomonge vous sera familier. C’est le père du réalisateur qui a créé la boutique et l’a tenue pendant trente ans. Samuel Bigiaoui filme son père dans son magasin au moment où celui-ci est obligé de prendre sa retraite. Il montre les employés, présents depuis des années, les clients habitués ou non qui viennent dans la quincaillerie pour chercher tout et n’importe quoi et discuter avec son propriétaire. Jean Bigiaoui est un ancien militant actif de la gauche prolétarienne, un intellectuel qui est venu se cacher dans une quincaillerie. Ce magasin était pour lui le meilleur moyen d’échapper à un travail classique, à un quotidien plan-plan qu’il n’aurait pas supporter. Le travail manuel était également une nécessité pour lui. Il se raconte avec pudeur et cet homme se révèle d’un très grand humanisme. Son fils lui rend un bel hommage avec ce documentaire plein de tendresse.

 

  • Gloria Bell de Sebastian Lelio : Gloria adore danser. Divorcée, la cinquantaine, Gloria ne veut pas renoncer aux plaisirs de la vie. C’est sur la piste de danse qu’elle croise un homme avec lequel elle aura une relation plus sérieuse. Malheureusement, il s’avérera peu fiable et incapable de tourner la page de son divorce. Sebastian Lelio offre un magnifique rôle à Julianne Moore. Il ne la lâche pas de tout le film et nous dévoile les difficultés qu’elle peut rencontrer avec ses enfants, avec le travail où une amie proche est licenciée, avec les hommes. Gloria est une femme seule et on sent parfaitement son désarroi. Elle essaie pourtant de ne pas l’être : elle sort seule dans les bars, appelle régulièrement ses enfants. Sa vie est chaotique mais Gloria ne baisse pas les bras. Julianne Moore est, comme toujours, splendide et montre que l’on peut offrir de très beaux rôles aux actrices de plus de cinquante ans. John Turturro est lui aussi parfait, juste comme à son habitude dans ce rôle d’homme amoureux mais lâche.

 

  • The dead don’t die de Jim Jarmusch : Dans une petite ville des Etats-Unis, des événements étranges se déroulent : les montres et horloges s’arrêtent et la nuit refuse de tomber. L’un des policiers du coin en est sûr : ça va mal se terminer. Rapidement, des meurtres sont commis. Ils sont si horribles que l’on pense à une attaque d’une ou plusieurs bêtes sauvages. Mais rapidement, les coupables sont trouvés : ce sont des morts-vivants cannibales qui sont responsables des meurtres. Jim Jarmusch tente un hommage aux films d’horreur et malheureusement c’est raté. Le casting était pourtant extrêmement prometteur : les placides Adam Driver Et Bill Murray ne pouvaient que bien s’entendre, les vieux copains de Jarmusch Iggy Pop et Tom Waits sont de la partie, ainsi que Chloé Sévigny et la toujours fantasque Tilda Swinton. Si voir Iggy Pop en mort-vivant est un grand moment de cinéma, si la raison de l’apparition des morts-vivants est intéressante, le reste laisse à désirer. Il aurait fallu plus de second degré, plus d’humour et de distance pour que le film fonctionne. Le film est plat, très plat, sans rythme, atone comme le duo de policiers. Une vraie déception pour ce film qui s’annonçait pourtant extrêmement prometteur.

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm

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Maddy est une jeune femme qui n’est pas pressée de s’engager. Elle préfère les hommes plus âgés et refuse de faire des plans pour son avenir. Elle aime pêcher, faire du rafting sur la Buffalo Fork dans le Wyoming. Mais un jour, elle croise la route du séduisant Dalt qui a le même âge qu’elle et qui est guide de rivière. C’est un amour absolu qui naît entre eux et qu’ils scellent sur les rives de la Buffalo Fork. Rien ne peut les séparer, rien ne peut entamer ce lien qui les relit et leur passion pour le rafting. La vie prend malheureusement un malin plaisir à contrarier cette idylle. Alors qu’ils s’apprêtent à fonder leur famille, Maddy apprend une terrible nouvelle : elle est atteinte de la sclérose en plaques.

« Mon désir le plus ardent » est le premier roman de Pete Fromm que je lisais, mais il ne sera assurément pas le dernier. Une histoire d’amour sur fond de maladie, on ne peut pas imaginer sujet plus risqué. Et Pete Fromm évite tous les écueils du genre. Il n’appuie jamais sur le mélo, sur le tire-larmes qui aurait été si facile à utiliser. Tout le roman sonne juste et nous serre la gorge au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Maddy et Dalt forment un couple qui sort de l’ordinaire, ils s’appellent « Les veinards » et il n’y a aucune d’ironie là-dedans ! La force du roman tient dans la personnalité des deux protagonistes. C’est Maddy qui en est la narratrice et elle affronte sa maladie avec force et surtout avec un humour dévastateur. Elle continue à refuser de penser à l’avenir, à imaginer l’évolution inéluctable de sa maladie. Face à elle, Dalt est d’un optimisme forcené ce qui ne l’empêche pas d’anticiper  les difficultés liées à la sclérose en plaques et d’aménager la maison malgré les hurlements de Maddy. Au fil des chapitres, qui font défiler la vie du couple, Pete Fromm nous montre le quotidien mis à mal par la maladie, les rêves que l’on doit remiser au fond d’un placard, les disputes, les enfants qui doivent faire avec une mère diminuée, la frustration liée aux souvenirs de la vie d’avant. L’histoire de Maddy et Dalt est de celle que l’on oublie pas et elle est magnifiée par la plume de Pete Fromm.

Ma première lecture de Pete fromm est une réussite, j’ai adoré « Mon désir le plus ardent » qui arrive à nous parler d’une histoire d’amour hors norme sur fond de maladie sans misérabilisme et avec beaucoup de justesse.

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Nymphéas noirs de Cassegrain, Duval et Bussi

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Dans le paisible village de Giverny, est retrouvé, baignant dans un ru, le corps d’un homme qui a été manifestement assassiné. C’est une vieille dame qui a trouvé le corps lors de sa promenade matinale avec Neptune, le chien du village. Mais elle passe sa route et laisse quelqu’un d’autre prévenir la police. L’inspecteur Sérénac est chargé de l’enquête avec son adjoint. Le cadavre est celui de Jérôme Morval, ophtalmologue à Rouen et originaire de Giverny. Ce dernier était connu pour ses nombreux adultères. Il faisait notamment la cour à l’institutrice, la très séduisante Stéphanie Dupain. Sur le corps, a été retrouvée une mystérieuse carte postale adressée pour l’anniversaire d’un enfant de 11 ans. Or, le couple Morval n’avait pas d’enfants. Autre piste pour l’inspecteur, Jérôme Morval était un grand amateur d’art qui était à la recherche d’un tableau de Claude Monet légendaire : les Nymphéas noirs.

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Je n’ai jamais lu de roman de Michel Bussi, je ne connaissais donc pas l’intrigue des « Nymphéas noirs » avant d’ouvrir cette bande-dessinée. La bande-dessinée s’ouvre comme un conte : « Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante… La deuxième était menteuse… La troisième était égoïste. » Voilà un commencement fort intriguant ! C’est l’une de ces trois femmes qui va devenir la narratrice des événements qui frappent Giverny. Les trois femmes seront au centre de l’enquête policière. La narratrice a 80 ans, bientôt veuve ; elle cache manifestement quelque chose. Elle est une observatrice redoutable et à ce titre, elle en sait forcément long sur les autres habitants. La deuxième est Stéphanie Dupain, 30 ans, institutrice malheureuse en amour et qui joue de ses charmes auprès de l’inspecteur. La troisième est Fanette Morel, elle a 11 ans et un talent inné pour la peinture. Les trois femmes semblent, au début, n’avoir aucun lien les unes avec les autres, jusqu’à ce que le lecteur découvre, stupéfait, le fin mot de cette histoire.

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L’histoire est extrêmement bien menée et le suspense entretenu jusqu’à la fin. La mort de Jérôme Morval n’est pas la seule à émailler le quotidien du village de Giverny. D’ailleurs, les meurtres ne sont pas tous contemporains, le scénario joue avec les époques. Comme dans toute bonne intrigue policière qui se respecte, nous sommes entraînés sur de nombreuses fausses pistes et il impossible de démêler les fils de cette histoire. Ce qui m’a beaucoup plu dans l’intrigue, ce sont les nombreuses références à Claude Monet (à Giverny, c’est presque une obligation !). Et j’ai bien aimé l’idée des Nymphéas noir, Monet en tant peint qu’imaginer un tableau caché et inconnu n’a rien d’irréaliste. Et bien évidemment, à de nombreuses reprises, l’histoire nous emmène dans la maison et les jardins du peintre où j’ai toujours plaisir à me rendre. Ce décor est formidablement bien rendu par le dessin de Cassegrain, très lumineux et coloré à l’image des toiles de Monet.

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Je suis ravie d’avoir lu cette bande-dessinée qui m’a permis de faire un tour du côté de Giverny et dont l’intrigue, parfaitement maîtrisée, nous emmène à un dénouement pour le moins inattendu.

Les confessions de Frannie Langton de Sara Collins

Le 5 avril 1826 s’ouvre, au Old Bailey, le procès de Frances Langton. Elle est jugée pour le meurtre prémédité de George et Marguerite Benham chez qui Frannie était une servante. C’est la gouvernante, Mme Linux, qui a trouvé les deux corps couverts de sang. Frannie se trouvait dans le lit de Mme Benham et dormait très profondément. Elle dit ne se souvenir de rien et se déclare innocente des deux assassinats. C’est pour aider son avocat que Frannie décide d’écrire son histoire, celle d’une mulâtresse née en Jamaïque dans une plantation d’esclaves.

« Les confessions de Frannie Langton » est le premier roman de Sara Collins et il revisite le roman gothique. La référence première de l’auteure pour son roman est « Jane Eyre », ici  l’héroïne ne tombe pas amoureuse de Mr Rochester mais de la folle dans le grenier ! On retrouve dans ce roman l’ambiance pleine de mystère des romans gothiques. Il m’a également évoqué « Frankenstein » puisque le premier maître de Frannie était un scientifique réalisant des expériences douteuses sur des corps. Sara Collins évoque les recherches réalisées à l’époque sur les personnes noires. Il est question d’abolir l’esclavage mais dans le même temps, les scientifiques continuent à vouloir prouver que les noirs ne sont pas vraiment humains. Frannie est elle-même au cœur de l’expérience puisque Langton décide de l’éduquer afin de tester les limites de son intelligence.

La grande force du roman de Sara Collins, c’est son personnage principal. Frannie s’adresse à nous à la première personne, le ton de son récit est celui de la colère. Sa voix est forte, elle est parfaitement crédible. Ce n’est pas un personnage angélique, Frannie n’est pas qu’une victime et c’est son ambivalence qui fait le sel de son personnage. Sara Collins fait également d’elle une grande lectrice. Une fois qu’elle a appris à lire, elle est avide de savoir, de livres ce qui nous la rend hautement sympathique !

Enfin, on peut dire que « Les confessions de Frannie Langton » est un roman féministe qui met en lumière deux oppressés aux destinées différentes : Frannie et Marguerite Benham. Issues de milieux sociaux opposés, les deux femmes n’en restent pas moins des victimes des hommes qui décident de leurs vies. Les deux femmes aimeraient devenir écrivains et en sont empêchées. Marguerite n’a certes pas les sols à récurer mais sa vie dépend entièrement du bon vouloir de son mari. Frannie et Marguerite sont embarqués dans la galère et sont privées de liberté.

« Les confessions de Frannie Langton » est un livre qui possède de nombreuses qualités, en tête desquelles se trouve son héroïne principale. Le roman aborde des thématiques variées : les races, les classes sociales, la sexualité, les sciences, l’éducation, la drogue, la servitude. Et c’est sans doute ici que se situe pour moi son défaut, Sara Collins a voulu trop en mettre dans son premier roman. Il n’en reste pas moins que sa lecture est très agréable et que sa manière de revisiter le roman gothique est pertinente.

 

Le mois anglais, le retour !

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Après une absence trop longue, j’ai décidé de reprendre du service pour le mois anglais auprès de ma comparse Lou. Comme chaque année, nous allons célébrer avec vous notre chère Angleterre.

Comme nous, vous aimez les cream tea, l’ambiance exubérante des pubs, les cozy mysteries et la littérature victorienne  ? Le Brexit vous désespère ? Alors rejoignez le mois anglais !

Et pour fêter ce beau pays, vous pouvez nous parler de littérature, de cuisine, de voyages, tout est permis pourvu que vous nous parliez de l’Angleterre ! Le mois anglais débutera le 1er juin et se terminera le 30 (oui ma Belette, j’ai bien dit le 30 !).

Nous mettrons en place un billet récapitulatif sur nos blogs et vous pouvez également nous rejoindre sur notre groupe facebook.

Comme vous vous en doutez, j’ai une liste longue comme le bras de livres à lire pour ce mois anglais :

  • L’étang de Claire-Louise Bennett
  • Love de Angela Carter
  • L’héritier de Vita Sackville-West : le 6 juin 
  • Une fille formidable de Mary Wesley : le 24 juin
  • Le messager de L.P. Hartley
  • Rendez-vous avec le mystère de Julia Chapman
  • Une saison à Hydra de Elizabeth Jane Howard
  • Bonne nuit, monsieur Tom de Michelle Magorian : le 4 juin
  • Le fantôme de Thomas Kempe de Penelope Lively : le 20 juin
  • La biographie des sœurs Brontë de Jean-Pierre Ohl : le 27 juin 
  • Cassandra Drake de Posy Simmonds

Il semble que se dessinent des lectures communes autour des sœurs Brontë et de Julia Chapman. N’hésitez à me dire si vous souhaitez m’accompagner sur d’autres lectures et à nous en proposer d’autres sur le groupe facebook.

Sur Instagram, vous pouvez utiliser #lemoisanglais et nous taguer pour nous aider à vous suivre (@lou_myloubook et @plaisisacultiver).

Lou a mis en ligne un programme très détaillé sur son blog.

See you in june !

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Shiloh de Shelby Foote

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Les 6 et 7 avril 1862 se déroula une des batailles les plus sanglantes de l’histoire des Etats-Unis : 3000 morts, 16000 blessés de part et d’autre des deux camps qui s’affrontent. Cette bataille, opposant l’armée confédérée à celle de l’Union, est connue sous le nom de Shiloh, nom de la chapelle méthodiste en rondins qui se situait en plein milieu du champ de bataille. Celle-ci servit aussi bien de QG que d’hôpital pendant ces deux journées sanglantes.

Shelby Foote était un romancier et un historien américain. Il publia ce roman sur cet épisode de la Guerre de Sécession en 1952. Il retrace cette bataille dans un roman choral. L’auteur se place à hauteur d’hommes et utilise la 1ère personne du singulier. Alternativement, des membres chaque camp exprime ce qu’il vit. Ce sont six soldats, du gradé en passant par l’éclaireur, au cavalier ou au simple soldat, dont nous entendons la voix. De chaque côté, les troupes sont constituées d’hommes inexpérimentés qui découvrent l’art de la tactique militaire et les combats. Ce que ces hommes découvrent également, c’est la peur qui s’empare d’eux et les pétrifie face à l’horreur des combats. « Malgré le bruit des coups de feu, je les ente,dais, autour de moi, qui hurlaient comme la chasse au renard mais avec de la folie en plus, comme des chevaux piégés dans une grange en feu. Je crus qu’ils avaient tous perdu la boule. Il fallait les voir : le visage ouvert en deux, la bouche tordue dans tous les sens, et ces cris de déments qui sortaient. Comme s’ils ne criaient pas avec leur gorge mais ouvraient simplement la bouche pour laisser s’échapper une chose retenue en eux. Ce fut à ce moment-là que je mesurai à quel point j’avais peur. » Certains désertent devant cet amoncellement de corps comme « (…) les feuilles à la saison des moissons. » D’autres voient leur courage décuplé comme ce général qui seul avance vers les troupes ennemies la sabre à la main.

Les personnages de Shelby Foote croisent les personnages historiques comme le général Johnston ou le général Grant. Certains vont se croiser à travers les chapitres. Ce que montre parfaitement Shelby Foote, c’est l’humanité confrontée à la violence absurde de la guerre. Une humanité fatiguée, affamée, blessée qui semble perdue. Et d’ailleurs, à la fin du roman, nous ne sommes pas certains de savoir qui l’a emporté tant chaque camp semble perdant.

« Shiloh » est un roman remarquablement documenté, minutieux dans les sentiments des différents acteurs et dans les descriptions du cadre et des changements météorologiques qui influent sur le moral des troupes. Avant la lecture du roman, je conseillerais la lecture de quelques infos sur la Guerre de Sécession et sur cette bataille en particulier afin de profiter pleinement du travail de Shelby Foote.

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Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rébecca Dautremer

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C’est l’histoire d’un petit lapin, Jacominus Gainsborough, que Rébecca Dautremer nous montre de sa naissance à sa mort. En douze tableaux qui traversent les saisons et les époques, nous découvrons une vie avec tout ce qu’elle comporte de joie et de peine, de petits riens et de grand tout. Jacominus est introverti, blessé enfant, il est resté boiteux. Il fera son chemin dans la vie, discrètement, doucement, entouré de sa famille et de ses amis Policarpe, César, Agathon, Byron, etc… Et il en créera une à son tour avec Douce.

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Cette bande-dessinée pour enfants est une splendeur qui régalera également les plus grands. Esthétiquement, c’est un régal aux riches couleurs vives. Chaque planche regorge de détails ; on s’y plonge totalement, on y cherche Jacominus et son gilet vert. Les adultes y retrouveront des références picturales notamment à la peinture, on pense à Brueghel l’Ancien ou à Eugène Boudin pour certaines pages. Mais Rébecca Dautremer ne s’est pas contenté de réaliser de magnifiques dessins, elle a également écrit un très beau texte emprunt de poésie et de mélancolie. L’histoire de Jacominus est faite des palpitations de son cœur, nous sommes au plus près de ses émotions. Et même si sa vie a été bien remplie, les dernières pages nous serrent le cœur tant nous nous sommes attachés à ce petit lapin blanc.

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« Les riches heures de Jacominus Gainsborough » est un bijou de bande-dessinée qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands et qui montre qu’une vie ordinaire a son importance.

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