Bilan plan Orsec et films d’octobre

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Un mois d’octobre bien rempli au niveau des lectures avec huit livres à mon compteur dont quatre étaient issus de ma PAL. Celle-ci baisse gentiment mais sûrement ! En tout cas, les huit livres d’octobre furent très variés, très différents les uns des autres et d’excellente qualité.

J’ai pour une fois plus lu que je n’ai été au cinéma et comme pour la littérature, le maître-mot fut l’éclectisme.

Mon coup de cœur :

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Nouvellement arrivé sur le campus, un professeur de philo dépressif, Abe Lucas (Joaquin Phoenix), charme une jeune et intelligente étudiante (Emma Stone). C’est l’été, Emma Stone rayonne de fraîcheur et de spontanéité face à un Joaquin Phoenix aussi sombre que torturé. Le début du film semble nous emmener du côté de la bluette universitaire classique, du déjà vu. Mais Woody Allen est encore capable à bientôt 80 ans de surprendre son public. L’intrigue bascule totalement dans le thriller lorsque Abe décide de réaliser un crime parfait pour des raisons altruistes et philosophiques.  Nous sommes ici dans la veine de « Match Point » et Woody se régale avec un scénario plein de surprises et deux acteurs absolument convaincants. Le cru Allen 2015 est excellent et il est plaisant de voir que Woody s’amuse toujours autant à réaliser ses films.

Et sinon :

  • Miss Hohusai de Keiichi Hara : Il s’agit d’un film d’animation japonais qui met en avant la vie de l’une des filles, O-Ei, du célèbre peintre. Celle-ci a marché dans les pas de son génie de père. Elle était également peintre, vivait et travaillait avec lui. Nous sommes plongés dans le Edo de 1814, nous visitons des maisons de thé, de geishas et nous nous promenons avec O-Ei et sa jeune sœur aveugle. Ce film montre l’incroyable liberté et détermination de la jeune O-Ei qui reste célibataire, vit avec des hommes et peint des prostitués. Une belle évocation du Japon de cette époque et de l’art de la famille Hokusai.
  • The visit de Night Shyamalan : Becca (Olivia DeJonge) et son jeune frère (Ed Oxenbould) vont pour la première fois rendre visite à leurs grands-parents maternelles. Leur mère est fâchée avec eux depuis sa fugue pour épouser le père des enfants. Aujourd’hui divorcée, elle essaie de renouer avec son passé. Les deux enfants décident pour l’occasion de réaliser un film documentaire sur leurs vacances. Au départ, tout se passe à merveille, les grands-parents sont aux petits soins. Mais petit à petit, leur comportement est de plus en plus étrange. Night Shyamalan réalise un vrai-faux film d’horreur et joue avec tous les codes du genre. J’ai totalement marché à ce projet, j’ai sursauté dans mon fauteuil mais j’ai également beaucoup ri.
  • Much loved de Nabil Ayouch : Noha, Randa, Soukaina et Hlima sont prostituées à Marrakech. Elles sont très organisées et participent à de nombreuses soirées avec des touristes français, saoudiens, etc… Elles sont toujours accompagnés de Saïd, leur fidèle chauffeur. Ces jeunes femmes dynamiques, joyeuses cachent au fond d’elle une profonde mélancolie, une douleur à devoir se vendre pour vivre et élever leurs enfants. La société les rejette à l’image de cette mère qui accepte l’argent de sa fille mais refuse de la voir chez elle. Nabil Ayouch nous fait partager au plus près le quotidien de ce quatuor de femmes aux caractères bien trempées et nous montre l’hypocrisie de la société marocaine à leur égard.

Le principe de Jérôme Ferrari

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Un ancien étudiant en philosophie tente au travers de la vie du physicien allemand Werner Heisenberg de comprendre sa propre trajectoire et celle du monde contemporain. Le physicien allemand inventa le principe d’incertitude (« (…) la vitesse et la position d’une particule élémentaire sont liées de telle sorte que toute précision dans la mesure de l’une entraîne une indétermination, proportionnelle et parfaitement quantifiable, dans la mesure de l’autre. ») et obtint le prix Nobel de physique en 1932 à l’âge de 31 ans. Une jeunesse scientifique exaltante, bouillonnante puisque Heisenberg confronta ses théories aux plus grands comme Einstein. Jeunesse dorée qui fut rattrapée par l’Histoire, par la montée inexorable du nazisme. Heisenberg n’a pas su y faire face, n’a pas su prendre la mesure de l’horreur qui se mettait en place sous ses yeux. Qu’est-ce que l’indétermination, les failles d’un génie de la physique nous disent sur notre monde, sur nous-même ? En quoi la chute d’Heisenberg est un reflet de la nôtre ?

Beaucoup d’articles ont souligné la forme de ce roman. Il est vrai que la superbe langue de Jérôme Ferrari hypnotise son lecteur, l’envoûte par ses longues volutes de mots exigeants, sa poésie subtile, ses vérités nettes et douloureuses. Une langue qui est capable de rendre l’ineffable de la beauté comme de l’horreur. Le travail d’écriture de Jérôme Ferrari est absolument remarquable, il demande de la concentration à son lecteur mais la beauté de ce livre vaut que l’on se donne du mal.

Mais la splendeur de la langue ne doit pas faire oublier le fond. Le roman de Jérôme Ferrari est celui d’une chute, d’une faillite, celle de Werner Heisenberg, mais également celle du progrès. Le monde du physicien était celui de l’abstraction, de l’irréalité que le langage ne peut retranscrire que par la métaphore, la poésie. « Ils voulaient comprendre, regarder un instant par-dessus l’épaule de Dieu. La beauté de leur projet leur semblait la plus haute qu’on pût concevoir. Ils étaient arrivés là où le langage a ses limites, ils avaient exploré un domaine si radicalement étrange qu’on ne peut l’évoquer que par métaphores ou dans l’abstraction d’une parole mathématique qui n’est, au fond, elle aussi, qu’une métaphore. Ils devaient sans cesse réinventer ce que signifie « comprendre ». » Heisenberg évolue dans sa jeunesse dans un idéal de beauté, dans le rêve d’une Athènes scientifique mondiale. Une beauté, une naïveté qui lui servirent de refuge mais qui l’ont également aveuglé à l’heure où l’ignominie gagnait l’Europe. Jérôme Ferrari ne juge à aucun moment Werner Heisenberg, l’incertitude de son principe gagne ses propres actions et le génie semble incapable de comprendre le monde réel et le mal qui le ronge. Le 20ème siècle est celui du dévoiement des idéaux de la jeunesse d’Heisenberg, de la science. La bombe atomique les a pulvérisés. La perte de l’innocence est sans doute également ce qui caractérise les 20ème et 21ème siècles, ce qui pourrit notre civilisation, ce qui est le germe de notre soif absolue et aveuglante de progrès.

Comme il est difficile de parler d’un tel livre qui porte en lui tant de thèmes, tant de questions, tant de talent. Comme j’aimerais savoir mieux vous exprimer la beauté de la langue de Jérôme Ferrari. Ce roman est d’une exigence, d’une intelligence et d’une lucidité rares.

 

Profession du père de Sorj Chalandon

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A la crémation du père, André Choulans, ne sont présents que la mère et le fils, Émile.La famille donne une image particulièrement marquante de désolation et de tristesse.  La mort du père fait remonter de bien tragiques souvenirs dans la tête d’Émile.

Nous sommes en pleine guerre d’Algérie, le putsch des généraux se prépare. André Choulans se pense membre de l’OAS, en mission pour assassiner De Gaulle. Avant cela, il dit avoir été pasteur, parachutiste en Indochine, créateur des Compagnons de la chanson ou professeur de judo. Il entraîne sa famille dans sa mythomanie et sa paranoïa. Émile a alors treize ans, passionné de dessins et grand asthmatique, il est lui aussi un soldat. Son père lui confie des missions, l’entraîne physiquement en pleine nuit, le bat lorsqu’il échoue ou l’enferme dans une armoire toute la nuit. André est un tyran domestique, personne ne franchit la porte de leur appartement, laissant la famille en vase clos. La mère, dominée et maltraitée, ne réagit pas. Émile, tellement plongé dans l’univers de son père, va reproduire ce qu’il vit à l’école.

« Profession du père » a été écrit par Sorj Chalandon à la mort de son propre père. Ce roman est en effet fortement autobiographique et est un exutoire, un exorcisme à cette blessure d’enfance.

La lecture de ce roman est douloureuse. On tourne les pages en ayant sans cesse peur pour Émile. On craint, comme lui, les coups qui vont s’abattre, les punitions mais on s’inquiète aussi de le voir sombrer dans le même univers de mensonges que son père. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Émile ne peut voir la fantasmagorie inventée par son père, il grandit dedans et rien ne vient la contredire. Dans un entretien, Sorj Chalandon compare d’ailleurs la famille Choulans à une secte. L’atmosphère du livre est étouffante, l’enfermement est presque palpable et l’asthme d’Émile en est un symptôme visible. De manière significative, il dit n’avoir pas un « asthme d’effort » mais un « asthme d’effroi« . Plus que les douleurs physiques, ce sont celles de l’âme qui seront difficiles à oublier et à dépasser.

Comme dans ses précédents romans, l’écriture de Sorj Chalandon est bien loin du pathos qu’une telle histoire aurait pu appeler. Son style est sec, les phrases sont courtes et sans fioritures inutiles et parfois à bout de souffle comme Émile.

« Profession du père » confirme, s’il en était besoin, mon admiration pour l’écriture et le talent de Sorj Chalandon. Bouleversante, l’histoire du petit Emile Choulans ne peut que vous saisir, vous prendre aux tripes.

Merci à NetGalley pour cette lecture.

Le bouddha de banlieue de Hanif Kureishi

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Karim a 17 ans, il est le fils d’une mère anglaise et d’un père indien, Haroon. Nous sommes à la fin des années 70 dans la banlieue de Londres. Haroon décide d’enseigner le bouddhisme et la sagesse indienne aux londoniens en manque de spiritualité. Il organise des séances de méditation avec l’aide d’Eva, une femme fantasque et riche dont il ne tarde pas à tomber amoureux. Haroon a trouvé sa voix et une nouvelle femme. Karim, lui, se cherche, tiraillé entre ses deux cultures, ses deux parents.  il veut tout essayer : la drogue, le sexe, le théâtre, le militantisme, le show business. Dans le Londres des années 70, tout est permis, tout est ouvert.

En partie autobiographique, « Le bouddha de banlieue » nous plonge dans le Londres des années 70 en compagnie du jeune Karim et de sa famille. Hanif Kureishi fait le portrait d’une famille aux membres atypiques et extravagants. Du côté « paki », nous avons Haroon reconverti en gourou new age, l’oncle traditionaliste qui tient une épicerie et est prêt à faire la grève de la faim pour imposer un mari à sa fille, la cousine Jamila féministe et émancipée mais qui devra céder à son père, Changez, le mari de Jamila, qui est handicapé, paresseux et libidineux. Du côté anglais, ce n’est pas tellement mieux puisque la tante est alcoolique et l’oncle apprend à Karim à vandaliser un train à l’occasion de matchs de foot. Un joyeux chaos où Karim doit trouver sa place. Son personnage est le reflet de l’atmosphère de l’époque, de sa liberté. Ce sont les milieux underground, le théâtre d’avant-garde qui l’intéressent et il sort aussi bien avec des filles qu’avec des garçons.

Malgré ses allures de comédies, le roman n’oublie pas les côtés sombres de la vie d’un jeune « paki » à Londres. Karim est né en Angleterre, il n’a jamais mis un orteil en Inde mais cela ne l’empêche pas de se faire insulter, violenter à l’école. Son premier rôle, celui de Mowgli, lui sera proposé en raison de sa couleur de peau. Ce que montre également Hanif Kureishi, c’est que la parenthèse enchantée va se refermer de manière brutale. La fin du roman nous montre la multiplication des manifestations contre le racisme, l’arrivée des yuppies et bientôt celle de Margaret Thatcher. L’ultra libéralisme va sonner le glas de la fête.

« Le bouddha de banlieue » est un roman rythmé, drôle, cru qui montre bien le bouillonnement culturel et sociétal de la capitale londonienne dans les années 70. La deuxième partie (le début de la carrière théâtrale de Karim) est un peu moins réussie mais ma lecture fut tout à fait réjouissante.

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Une photo, quelques mots (192ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

11054675936_5c572206a0_k© Julien Ribot

Tout le monde lui avait dit de ne pas y aller. Mais il fallait qu’elle y aille, qu’elle voie par elle-même pour stopper l’emballement de son imagination.

L’ancien bureau de poste se situait un peu à l’écart de la ville. Le lieu était devenu un terrain vague mangé par les mauvaises herbes. Certaines étaient si hautes qu’elles masquaient en partie le bâtiment. Elle y pénétra en enjambant les ronces, il fallait vraiment avoir envie de s’isoler pour venir ici. Elle demeura en arrêt dans l’entrée. C’était encore pire que ce qu’elle imaginait. La décrépitude du lieu donnait froid dans le dos. Le papier-peint décollé, moisi, les vitres absentes, le métal gangréné par la rouille, la mousse à la place de la moquette, le bâtiment était une ruine absolue. Elle se sentit soudain gagnée par un fort sentiment de solitude, par la mélancolie des lieux désaffectés. A part le vent qui s’engouffrait dans les ouvertures béantes des fenêtres, le bâtiment était étrangement silencieux comme si toute vie l’avait quitté. Le néant. Le mutisme des murs déliquescents.

Quelques traces de passages ponctuels jonchaient le sol. Des bouteilles vides, des mégots de cigarettes ou de joints ponctuaient l’espace. Un point de rendez-vous pour les jeunes du coin, à l’abri des regards et des adultes. Un lieu d’expériences en tout genre… ne pouvaient-ils pas trouver un endroit moins sordide ? Les larmes commençaient à monter, la douleur sournoise, assourdie par les cachets, se réveillait. L’incompréhension était toujours vive. Comment Chloé avait-elle pu en arriver là ? Quel mal-être invisible avait poussé sa fille à venir ici et à mourir une seringue dans le bras ? Ses amis avaient raison, elle n’aurait jamais dû venir ici.

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La fractale des raviolis de Pierre Raufast

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 « Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. »

Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation, par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. Pourtant, ce substantif vint spontanément à l’esprit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse.

Définition d' »inadvertance » : défaut accidentel d’attention, manque d’application (à quelque chose que l’on fait.

Faut-il le dire ? Quand j’ouvris cette porte, ce que je vis n’avait rien d’un manque d’application. Bien au contraire. Il s’agissait d’un excès de zèle érotique caractérisé. En tout cas, le porc qui vit à mes côtés ne m’a pas sautée avec autant d’inadvertance depuis longtemps… »

Une femme, lassée par les infidélités récurrentes de son mari, décide de l’empoisonner avec des herbes rajoutées à son plat de raviolis. Malheureusement pour elle, les choses se compliquent avec l’arrivée du fils de la voisine qu’il faut garder. Il faut réagir et vite. Ce qui rappelle à notre narratrice une situation délicate où son père avait dû faire preuve de beaucoup de réactivité…

Comment résister au début de ce roman cité plus haut ? Comment ne pas être attirée par le titre aussi original que surprenant ? Impossible de ne pas lire « La fractale des raviolis » d’autant plus que le roman avait reçu un accueil plus que chaleureux lors de sa sortie l’année dernière.

La première digression de la narratrice va en entraîner une autre puis  une autre et encore une autre. « La fractale des raviolis » est un roman poupées gigognes. Chaque chapitre ouvre sur un autre monde et pourrait être une nouvelle en soi. On y croise un homme qui voit les infra-rouges, un arnaqueur de vieilles dames, un écrivain cherchant à éliminer des rats-taupes, un enfant cruel, un fin stratège et bien d’autres encore.

Tout cela s’enchaîne merveilleusement bien, il n’y a rien d’artificiel dans la succession des histoires. On suit un fil d’Ariane qui finit par nous ramener à notre point de départ : le plat de raviolis empoisonnés. Pierre Raufast fait montre dans son premier roman d’une grande originalité, d’un art indéniable de conteur. C’est drôle (de l’humour noir souvent), enlevé et parfaitement bien mené.

« La fractale des raviolis » est un roman réjouissant qui se dévore (mais sans herbes incomestibles) et que je vous conseille pour réchauffer ce début d’automne.

Un grand merci aux éditions Folio pour cet envoi.

Portraits à la cour des Médicis au musée Jacquemart-André

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Le musée Jacquemart-André met à l’honneur le portrait à la cour des Médicis et plus précisément ceux peints par les artistes maniéristes comme Pontormo, Andrea del Sarto, Bronzino ou Salviati. Petit rappel sur ce mouvement artistique peu connu : le maniérisme suit la Renaissance et commence aux alentours de 1520. C’est un mouvement anti-naturaliste, qui pousse à l’excès les choix esthétiques de Raphaël mais surtout de Michel Ange ce qui se traduit par des figures allongées, des couleurs saturées et des poses tourmentées.

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L’exposition montre la correspondance entre l’Histoire et l’évolution du portrait mais également son développement à la cour des Médicis à partir de 1539, date du mariage de Cosme Ier et d’Éléonore de Tolède.  L’Histoire de Florence est à l’époque des plus mouvementée. L’exposition débute avec la 1ère République (1494). Le symbole de cette période est le moine Savonarole dont le portrait est présent dans l’exposition. Dominicain et grand prédicateur, il fit régner une terreur morale sur la ville et fut la cause de la disparition d’un grand nombre d’œuvres d’art notamment de Botticelli qui suivait ses préceptes à la lettre et brûla une partie de son travail. Les portraits aux couleurs sombres de la première salle soulignent bien l’austérité et la gravité  imposées par Savonarole.

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La deuxième salle montre que le portrait servait de propagande et était porteur d’un projet politique. C’est le moment d’un bref retour de la famille Médicis à la tête de la ville, elle cherche à glorifier ses ancêtres, son passé par des portraits et particulièrement de personnages héroïques, en armure. La famille ne revient véritablement qu’en 1530 (en 1527, une deuxième République est instaurée) avec Alexandre puis Cosme Ier qui aura besoin du portrait pour asseoir son autorité. Il est en effet issu d’une branche secondaire de la famille.

06_-_salviati_-_portrait_de_jean_des_bandes_noiresPortrait de Jean des Bandes Noires (père de Cosme)-Salviati-1546-48

La suite de l’exposition montre la mise en place d’une cour et du développement de riches portraits d’apparat.  Ils sont également le moyen d’affirmer la dynastie avec des portraits des héritiers. Le peintre emblématique de cette période est Bronzino qui réalise de nombreux portraits de Cosme, de sa femme et de leurs enfants. Ces portraits affirment le pouvoir et l’essor du Grand Duché de Toscane.  Les portraits témoignent également de la volonté de mécène de Cosme et de la culture raffinée de sa cour. Cosme fut mécène des académies des belles-lettres et fondateur avec Vasari de l’Académie des arts et du dessin. Sont présents dans l’exposition, deux portraits inspirés par les poèmes de Pétrarque et plusieurs de musiciens (de luth principalement).

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La dernière salle est consacrée à de grands portraits officiels, des portraits d’état comme celui de Marie de Médicis par Santi di Tito. Ces portraits sont plus tardifs, ils datent de la fin du 16ème/début 17ème siècle. Ils n’ont plus rien de maniériste et se tournent vers le naturalisme, l’allégorie. Beaucoup plus froids, hiératiques et impersonnels, ces grands portraits ont l’avantage de montrer l’originalité, la fantaisie  du maniérisme à défaut de plaire à l’œil.

Même si je suis restée quelque peu sur ma faim, « Portraits à la cour des Médicis » a le mérite de mettre en lumière un mouvement artistique peu connu en France et donne à voir les différentes significations que pouvait avoir le portrait au 16ème siècle.

Challenge Lart dans tous ses états 2015

Partners in crime BBC 2015

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« Partners in crime » est une série en six épisodes diffusée par la BBC. Ils sont tirés des aventures de Tuppence et Tommy Beresford. Les trois premiers épisodes sont adaptés de « The secret adversary » et les trois derniers de « N or M ? ».

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« The secret adversary », traduit en français par « Mr Brown », est la première aventure où apparaît le couple Beresford. Dans le roman, ils se retrouvent après la première guerre mondiale. Il s’étaient perdus de vue et étaient tous deux bien démunis pécuniairement, d’où l’idée de Tuppence de mettre une petite annonce dans le journal pour proposer leurs services de jeunes aventuriers. Agatha Christie a, par la suite, fait vieillir Tuppence et Tommy au fur et à mesure des quatre romans et la vingtaine de nouvelles qu’elle leur a consacrés.

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Dans la série, nous avons tout de suite à faire un couple avec enfant qui s’encroute et qui s’ennuie au quotidien. Les personnages sont donc plus âgés que dans le premier roman. L’intrigue a également été remaniée, je suppose qu’il en est de même pour « N or M ? » que je n’ai pas encore lu. Malgré ses modifications, la série est très fidèle à l’esprit des romans d’Agatha Christie. Les épisodes sont plein de rebondissements, rythmés et émaillés d’humour.

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Comme dans les romans, Tuppence est la plus aventurière, elle n’a pas froid aux yeux et on l’imagine mal comme mère au foyer. Tommy la suit bon gré mal gré, il est plus prudent, plus maladroit mais il s’affirmera petit à petit. J’ai bien retrouvé les caractères des deux personnages inventés par Agatha Christie, la prudence de l’un contre-balançant la témérité de l’autre. Le couple, incarné par Jessica Raine (« Call the midwife ») et par David Walliams, est pétillant, charmant et le duo d’acteurs fonctionne à merveille.

Encore une série de la BBC qui est réussie, soignée, réjouissante et  avec un duo d’acteurs impeccables. A voir naturellement !

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Seul l’assassin est innocent de Julia Székely

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« Quelque chose de pesant, d’angoissant flottait dans l’air de l’appartement. Quelque chose de tellement épouvantable et sinistre qu’on aurait voulu hurler de terreur, comme si des fauves inconnus se tenaient aux aguets quelque part aux environs, prêts à bondir, avides de sang frais et de tiède chair humaine. » Une maison, la neige, l’horloge qui égrène les heures inexorablement, quatre membres tourmentés d’une famille : le père Tumas qui passe ses soirées à jouer, la mère Magda obsédée par sa beauté et sa peur de vieillir, Poupée la jeune nymphette insolente et Petit qui cherche à attirer l’attention des uns et des autres désespérément. Beaucoup d’indifférence, de tension se développe entre les murs de la demeure familiale. Beaucoup de rancœur entoure un autre personnage : Robert, ami d’enfance du père et amant de la mère. Et le drame survint.

« Seul l’assassin est innocent » de Julia Székely est un petit roman très étonnant. L’auteur prend plaisir à faire perdre ses repères au lecteur. L’époque, le lieu sont indéterminés. On se situe probablement dans la première partie du 20ème siècle, peut-être à l’époque où il a été écrit, c’est-à-dire vers 1940. Les personnages sont par moments également plongés dans le flou et l’incertitude. Ils ne sont pas toujours nommés, à nous de nous y retrouver. Le lecteur est donc un peu mal à l’aise, mis dans une posture inconfortable. Cela ne fait que renforcer l’ambiance oppressante, étrange de ce drôle de roman policier.

Toute l’intrigue se déroule sur une seule journée et presque entièrement  dans la demeure familiale où se nouent et se dénouent les fils de ce drame. Ce livre m’a évoqué la manière dont George Simenon pouvait écrire ses romans noirs notamment en raison de l’importance donnée à l’atmosphère d’un lieu et de la manière froide avec laquelle est traitée la psychologie des personnages. Il y a un côté entomologiste dans la façon qu’a Julia Székely d’épingler les travers de ses personnages et de mettre au jour leurs faiblesses. A la famille, il faut ajouter un savoureux lieutenant de police, auteur sous pseudo de romans policiers. Toujours partagé entre ses deux activités, il analyse les situations à l’aune de ce qu’il pourrait en faire sur le papier, attristé par la réalité et excité par la possibilité de fiction.

Il faut accepter de se perdre un peu pour profiter de ce surprenant petit roman policier de Julia Székely  qui nous sort des sentiers battus.

Un grand merci aux éditions Phébus pour cette découverte.

Une photo, quelques mots (190ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Il savait bien que ce n’était pas une bonne idée. Hier soir, à son retour du bureau, Matthieu s’était tranquillement installé dans son canapé avec pour seule compagnie son livre du moment. Il lui restait moins de cent pages et il comptait bien les dévorer avant de se mettre à table. Mais Nina rentra plus tôt. Matthieu se leva pour embrasser sa femme, espérant honteusement qu’elle n’aurait pas envie de lui raconter toute sa journée au bureau. Nina avait en effet l’art de transformer le moindre micro-évènement en récit épique. Ce qu’il appréciait en temps normal. Lui, le taiseux, admirait cette qualité chez sa femme et se délectait de ses croustillants récits.

Mais pas ce soir. Matthieu voulait finir son livre. Il était totalement accroché par l’intrigue, impossible de le lâcher. Nina lui fit un récit assez succinct pour une fois de sa vie de fonctionnaire au ministère de la Culture. Elle devait appeler une amie pour convenir d’une date pour un dîner. Parfait, deux bavardes ensemble au téléphone, Matthieu allait pouvoir achever sa lecture.

Et là, patatra, tout fut gâché en un instant. Un gros bruit sourd suivi de jurons de Nina.

 » Matthieu, tu peux venir s’il te plaît ?

– Oui ? Qu’est-ce qui se passe ?

– Je peux savoir ce que les cartons de nos futurs meubles de salle de bain font encore en plein milieu du couloir ?

– …

– Tu avais promis de t’en occuper. Ça fait quinze jours que nous avons été livrés.

– Je sais, je sais.

– Tu pourrais t’en occuper maintenant ? Deux meubles de salle de bain, ça devrait aller vite, non ? »

Matthieu se laissa fléchir au nom de la paix des ménages. Il allait les monter ces fichus meubles. Nina était contente, elle partit téléphoner. Après 30 minutes de calme absolu, un cri douloureux retentit. Nina raccrocha et accourut dans le salon où elle trouva son mari sautillant dans la pièce en se tenant l’index de la main gauche. Un marteau gisait à ses pieds.

 » Mon pauvre chéri, tu t’es tapé sur le doigt, fais-moi voir… mais qu’est-ce que ton livre ouvert fait sur cette planche ? Ne me dis pas que tu lisais en bricolant ?

– Ben euh… si… il faut bien que je sache qui a tué Roger Ackroyd !!!

Regard de pitié de Nina. Pas une bonne d’idée d’allier lecture et bricolage.

– Allez viens, je vais te faire un pansement. »

Et finalement, ils passèrent la soirée à monter et à fixer leurs meubles.

Le lendemain matin, Matthieu se réjouissait de son futur trajet dans le métro : il allait enfin pouvoir finir son roman et connaître l’identité du meurtrier. Il grimpa dans la rame, se précipita sur une place assise et ouvrit  son livre avec délectation.

« – Hey Matthieu ! Comment ça va ? »

Jérôme, un collègue, s’installa à côté de lui pour discuter.

-« Le meurtre de Roger Ackroyd », excellent ! Elle nous embobine bien Agatha Christie dans ce bouquin, quand tu penses que c’est xxx qui a fait le coup ! « 

En soupirant, Matthieu ôta le marque-page de son livre.

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