Bilan plan Orsec et films de septembre

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Un mois de septembre tourné entièrement vers les États-Unis grâce à mon challenge, vous trouverez mon bilan ici.

Un mois de septembre cinématographiquement sympathique mais avec un seul vrai coup de cœur :

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En 1954, Dennis Stock est un photographe en mal de reconnaissance. Il est à Hollywood, participe aux soirées mais toujours pour son travail, à l’écart du glamour. C’est lors du lancement de « A l’est d’Eden » d’Elia Kazan qu’il repère un jeune premier : James Dean. Stock sent tout de suite le potentiel et le charisme du jeune homme. Il le harcèle pour réaliser une séance photo avec lui. L’excellente idée de Anton Corbijn (réalisateur d’un précédent et superbe biopic sur Ian Curtis intitulé « Control ») est de consacré son film à Dennis Stock et non à James Dean. Les photos qui ont été réalisées font aujourd’hui partie de la légende de l’acteur. Le film montre la manière dont le photographe finit par obtenir une connivence, un laisser-aller chez ce jeune premier qui refuse les codes du système. Les deux hommes se lient, se rapprochent malgré leurs différences : l’attitude cool et détachée de Dean s’opposant à l’angoisse et au mal être de Stock. Robert Pattinson et Dane DeHaan contribuent à la réussite du projet, deux belles compositions d’acteurs qui redonnent vie à Stock et Dean.

Et sinon :

  • « Dheepan » de Jacques Audiard : Trois Sri Lankais arrivent en France après avoir fui la guerre civile. Un couple et une petite fille qui se sont constitués en famille pour pouvoir quitter leur pays, ils ne se connaissaient pas avant. Ils se retrouvent en banlieue parisienne, l’homme, Dheepan, devient gardien d’une barre d’immeuble. Le film sera celui de leur lente acclimatation à un nouveau pays, une nouvelle langue et une nouvelle famille. Jacques Audiard pose subtilement sa caméra sur ses étrangers qui tentent de comprendre ce nouveau monde où ils viennent d’arriver et de créer l’illusion d’une famille. On est proche des frères Dardenne et de leur cinéma humaniste et social. Et d’un seul coup, le film bascule dans le polar de manière incompréhensible et artificielle. C’est bien dommage car les 3/4 du film sont vraiment réussis et servis par trois acteurs au jeu tout en pudeur et en finesse.
  • « Marguerite » de Xavier Giannoli : Marguerite aime passionnément le chant, il est sa raison de vivre face à un mari qui la délaisse et la trompe. Elle organise des galas de charité où elle peut exercer son art. Ce que personne ne lui dit, c’est qu’elle chante affreusement faux. Mais Marguerite est riche, très riche. Tout le monde lui ment par peur, par hypocrisie, par amour. Le film de Xavier Giannoli est inspiré de la vie de Florence Foster Jenkins, cantatrice américaine calamiteuse du début du 20ème siècle. « Marguerite » est particulièrement bien léché, les décors et costumes sont splendides. L’intrigue aurait mérité d’être débarrassée de certaines scories inutiles comme l’histoire d’amour du journaliste et de la jeune chanteuse. Le film vaut surtout pour la prestation de Catherine Frot, absolument parfaite et juste.
  • « Agents très spéciaux, code UNCLE » de Guy Ritchie : Si vous cherchez un divertissement sympathique, sans prétention et rythmé, les agents très spéciaux sont pour vous. Le film est l’adaptation d’une série des années 60. Napoleon Solo, ancien cambrioleur recruté par la CIA, se retrouve contraint de travailler avec Illya Kuryakin, agent du KGB, autour de l’enlèvement d’un chercheur dans le domaine du nucléaire. Pétillant, glamour, le film de Guy Ritchie vous fera passer un bon moment avec un petit plus : un humour so british.
  • « Queen of earth » de Alex Ross Perry : Une trentenaire new-yorkaise vient se réfugier dans la maison de campagne de sa meilleure amie après le décès de son père, un artiste reconnu pour qui elle travaillait. Son petit ami vient également de la larguer. Les deux amies semblent sans cesse chercher l’affrontement et l’on se rend compte qu’un an auparavant les rôles étaient inversés. C’est un film très étrange, très troublant de part la relation entre les deux femmes. Les deux actrices, Elisabeth Moss et Katherine Waterston, sont très bien, très impliquées. Mais je ne suis pas rentrée dans le film, j’ai eu l’impression qu’il tournait en rond sans que je puisse en comprendre le sens.

Bilan du mois américain

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Nous voici déjà au 30 septembre, date de clôture du mois américain. Le temps du bilan est donc arrivé.

J’ai publié 13 billets durant ce mois de septembre allant du roman, à la biographie, à  la bande-dessinée en passant par les séries. Des confirmations et des découvertes ont émaillé ce mois de septembre :

-définitivement, j’aime le travail de Jeffrey Eugenides qui construit de livre en livre, une œuvre originale et variée ; la langue âpre et le féminisme de Toni Morrison continuent à me séduire et il me faut poursuivre la découverte de son œuvre ;

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-les découvertes sont toutes tournées vers un genre que j’adore : le roman noir/polar. Après avoir été enchantée par la BD consacrée au personnage de Richard Stark, il  faut donc maintenant que je m’attaque aux romans. J’ai enfin découvert le fameux Harry Bosch en mots et en images, il était temps ! Un écrivain que j’avais écouté au festival America de Vincennes et que j’ai enfin lu : Richard Price, sa noirceur, son talent de dialoguiste m’ont emportée ;

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-le coup de cœur du mois américain 2015 aura attendu le dernier moment pour faire son apparition : « Le fils » de Philipp Meyer, parfaitement construit et mené, ce roman sur les origines du Texas nous emporte loin et fait montre d’un grand talent d’écrivain.

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Un grand merci à tous les participants de ce mois américain (le billet récap des nombreux billets ici), je vous retrouve dans un an pour notre virée annuelle aux États-Unis ! 2016 sera l’année du Festival America qui aura lieu du 8 au 11 septembre, save the date !

Le fils de Philipp Meyer

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Né en 1836, Eli McCullough grandit dans un pays en pleine mutation, un pays où chacun vole les terres des autres pour s’imposer. Le Texas vient d’être arraché au Mexique et est indépendant. Mais les indiens n’ont pas abandonné leur territoire. A l’âge de treize ans, Eli est kidnappé par des Comanches et il les a vu assassiner sauvagement sa mère, sa sœur et son frère. Pendant trois ans, il apprend à devenir un vrai Comanche. Il reste avec eux jusqu’à ce que la variole décime les troupes. Il doit alors rejoindre la civilisation, travailler, fonder une famille et un empire grâce à l’élevage puis au pétrole. Sa descendance, son fils Peter et son arrière petite-fille Jeanne-Anne, suivront-ils la voie tracée par Eli ?

C’est une véritable et formidable saga familiale qu’a écrit Philipp Meyer dans son deuxième roman. Les trois membres de la famille McCullough prennent successivement la parole au fil des chapitres. Eli est le fondateur de cette dynastie, celui qui, parti de rien, lèguera une fortune à ses descendants même si celle-ci est tachée de sang. Son fils, le doux Peter, ne pourra jamais accepter les méthodes de son père. Il est hanté par un évènement : la manière brutale dont une famille mexicaine a été abattue sous un prétexte fallacieux de rébellion pour que les McCullough récupèrent leur terrain. Jeanne-Anne a moins de scrupules. Sa vie nous emmène jusqu’à notre époque, elle est la conclusion, la fin de l’empire construit par Eli. Trois époques, trois personnages qui nous sont présentés sous un prisme narratif différent : Eli s’adresse à nous à la première personne du singulier, Peter se raconte au travers de son journal intime tandis que Jeanne-Anne est vue par un narrateur extérieur. Les destins de Eli et Peter m’ont totalement passionnée, celui de Jeanne-Anne un peu moins  même si son combat féministe pour accéder au pouvoir est loin d’être sans intérêt. Les différentes voix, leur alternance en fonction des chapitres donnent beaucoup de rythme et de vie à ce roman de presque 700 pages.

L’évolution de la famille McCullough est également celle du Texas, le roman traverse toute l’histoire de cet état. De l’indépendance à l’éradication des tribus indiennes, en passant par les « bandits wars » de 1915 contre les rebelles mexicains, c’est toute la violence de la construction de l’Ouest des États-Unis qui se déploie devant nos yeux. Philipp Meyer nous dépeint cette période sans complaisance et après un énorme travail documentaire. Nous sommes ici loin des images d’Épinal véhiculées par la plupart des westerns et loin de leur manichéisme. On voit également la transformation du Texas qui passe de l’agriculture, des grands espaces sauvages aux derricks, à l’appauvrissement de la terre. L’or noir coule à flots et emporte tout sur son passage.

« Le fils » est une épopée qui vous entrainera aux origines du Texas et au cœur de la famille McCullough. Formidablement construit et documenté, Philipp Meyer a écrit un roman palpitant, dense et ambitieux qui place son auteur dans la liste des écrivains américains à suivre.

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Une photo, quelques mots (189ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Le rituel du dimanche matin. Les étalages aux couleurs vives, les odeurs qui embaument la place et mettent l’eau à la bouche, les sacs et caddies qui se remplissent. Les allées sont pleines à craquer, il y a la queue partout. Les gens viennent en famille, croisent leurs voisins, leurs amis. C’est joyeux, animé une place un jour de marché. Qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? Elles sont comment vos tomates ? Et vos cerises, elles viennent d’où ?

A midi, le brouhaha des voix bat son plein, il emplit tout l’espace. Les marchands vendent à tour de bras. Mais dans une heure, il faudra tout remballer, ranger les cageots dans les camions, défaire les étals, plier les toiles. Les retardataires, les lève-tard se précipiteront avant que tout soit démonté.

C’est le moment que j’attends, le moment où moi aussi je vais participer à cette grand-messe gustative du week-end. Je guette ce qui tombe des cageots, ce qui traîne au sol. Je ramasse, je remplis à mon tour mon sac. Je glane ce qui ne pourra plus être vendu, ce qui est trop mûr, ce que les autres ne voudront pas.

Ne croyez pas que je sois seule à envahir la place une fois le marché terminé, nous sommes légion. Il y a ceux qui luttent contre le gaspillage, ceux qui font attention à leurs dépenses, ceux qui n’ont pas le choix. J’aurais pu faire partie des premiers mais j’ai tout de suite rejoint  les deuxièmes. De petites économies à droite à gauche pour essayer de s’en sortir, de tenir. Mais cela n’a pas suffi.

Aujourd’hui, ma récolte a été bonne : deux pommes, quelques feuilles de salade et une orange. Un vrai repas de fête ! Que je vais déguster au bord de l’eau. Sous les ponts.

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Souvenez-vous de moi de Richard Price

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A Manhattan, le Lower East Side est un quartier melting-pot : ancien quartier juif, il est aujourd’hui peuplé de communautés noire, latinos mais aussi de clandestins chinois et de trentenaires bobos. Eric Cash y est gérant d’un restaurant à la mode. Un soir, il se trouve entraîné par deux jeunes barmen dans une tournée alcoolisée des bars du quartier. Au bout de la nuit les attendent deux braqueurs. Eric tend son portefeuille mais le jeune Ike s’y refuse et défie ses agresseurs. Il finira sur le pavé, une balle dans le ventre. Eric est interrogé par la police mais il est tellement embrouillé qu’il passe rapidement de témoin à suspect. Et pendant qu’il est au poste, le véritable coupable prend le large.

Contrairement à ce que pourrait faire penser ce résumé, je ne qualifierais pas « Souvenez-vous de moi » de roman policier car nous connaissons dès le départ le meurtrier et nous le suivons tout au long du roman. Le suspens n’est pas ce qui intéresse Richard Price. Au travers des voix des différents protagonistes, c’est la vie quotidienne des habitants du quartier  que nous présente l’auteur. Richard Price a été scénariste de l’excellente série « The wire » et son roman m’y a beaucoup fait penser. Comme dans « The wire », les dialogues sont très présents et surtout l’enquête de police est très réaliste. Il n’y a aucune facilité, au contraire Richard Price montre bien les difficultés des policiers à mener leur enquête : les faux et imprécis témoignages, le manque de moyens, la hiérarchie qui se défile. Il me semble que « Souvenez-vous de moi » donne une idée très juste de ce qu’est une enquête policière, loin des clichés hollywoodiens.

Plus largement, ce roman nous donne un panorama du Lower East Side au travers d’une galerie de personnages paumés. Chacun est insatisfait de sa vie, cherche à l’améliorer ou à la changer : Eric Cash qui pique dans les pourboires de ses serveurs pour quitter la ville, le meurtrier qui voudrait se débarrasser de son violent beau-père, Matty Clark le policier consciencieux qui ne connaît pas ses fils, le deuxième barman braqué avec Cash qui profite du meurtre pour relancer sa carrière d’acteur. Tous semblent pris au piège de ce quartier, de leurs vies.

« Souvenez-vous de moi » est un excellent roman noir, foisonnant, multipliant les points de vue et qui est au plus près de la vie des habitants du Lower East Side.

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Bosch – la série

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Le premier épisode s’ouvre sur une course poursuite entre Bosch (Titus Welliver), son coéquipier (Jamie Hector) et un supposé serial killer. Bosch se retrouve à courir seul après le suspect et finit face à lui au fond d’une ruelle mal éclairée. L’homme sort une arme et Bosch l’abat. Il est blanchi par le LAPD mais deux ans après les faits, la veuve du suspect attaque Bosch en justice en arguant du fait que son mari n’avait pas d’arme sur lui.

Parallèlement à cela, Bosch est appelé par un médecin dont le chien a ramené un os humain d’une balade en forêt. C’est en fait le squelette d’un enfant de treize ans qui est retrouvé dans le sous-bois. Le garçon avait disparu en 1989 et il a été visiblement assassiné.

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La série mélange deux romans de Michael Connelly : « Wonderland avenue » (dont le titre original est « City of bones ») et « La blonde en béton ». L’intrigue se déroule sur les dix épisodes de la série. Elle est très fidèle au roman et pour cause Michael Connelly en est l’un des producteurs. Ce qui, me semble-t-il, est un gage  de respect de l’œuvre initiale et de son esprit. Parmi les producteurs, on trouve également Eric Overmeyer qui a précédemment officié pour « The wire » (Jamie Hector et Lance Reddick, l’adjoint au chef de la police, étaient tous deux acteurs dans cette géniale série) et « Treme ».

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« Bosch » est une série aussi soignée que les deux sus-nommées au niveau de la réalisation et du casting. L’ambiance est sombre, tendu et glauque. Los Angeles tient une véritable place dans la série avec notamment beaucoup de scènes de nuit et de vues de la maison de Bosch sur les hauteurs de la ville.

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Le choix de l’acteur principal est excellent, Titus Welliver incarne parfaitement le détective de Connelly : obsédé par son travail, solitaire, bourru et surtout intègre. Pendant toute la saison 1, il nous démontre également son peu d’amour pour la hiérarchie. Les scénaristes nous permettent de découvrir le personnage par petites touches : le meurtre de sa mère, son enfance dans une maison de redressement, sa difficulté à trouver du temps pour voir sa fille. Un personnage qui se révèle complexe et hanté par un passé douloureux.

« Bosch » est une série policière classique à l’image des romans de Michael Connelly, c’est sombre et efficace. Mention spéciale à Titus Welliver qui donne chair au personnage de Bosch de belle manière.

Les égouts de Los Angeles de Michael Connelly

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Appelé sur une scène de crime, Harry Bosch découvre, dans une canalisation de Hollywood, le corps d’un ancien compagnon du Vietnam : Billy Meadows. Tous deux faisaient partie des « rats de tunnel ». Les Vietcongs avaient creusé énormément de galeries sous les villages. Les rats y pénétraient pour les nettoyer. Ce qu’il a vécu là-bas hante toujours Harry Bosch et la découverte du corps de Meadows ne va pas l’aider à faire disparaître ses cauchemars. Il semble que celui-ci soit mort d’une overdose. Trop simple, trop évident, plusieurs détails invitent Bosch à creuser, à mener l’enquête.

Mon intérêt pour Bosch est venu de deux raisons : son nom bien évidemment, un policier américain se nommant Hieronymus Bosch (Harry est un diminutif) ne pouvait que piquer ma curiosité ;  la série qui est sortie cette année avec Titus Welliver dans le rôle titre et qui m’a été fortement conseillée par ma copine Shelbylee. Je voulais découvrir le personnage sous la plume de Michael Connelly avant de visionner la série.

Bosch est l’archétype du policier solitaire et ténébreux. Né d’un père inconnu, sa mère était une prostituée qui a été assassinée lorsqu’il avait douze ans. Bosch ne respecte pas le règlement, son enquête passe avant même s’il doit se retrouver au tribunal ou devant les affaires internes. Il va toujours jusqu’au bout de ses investigations. Un lourd passé, des failles mais aussi beaucoup d’intuitions et d’intelligence, un cocktail classique mais qui rend Bosch intéressant et attachant.

L’intrigue des « Égouts de Los Angeles » est extrêmement bien menée. Chaque pièce du puzzle finit par faire sens, rien n’est laissé au hasard dans cette enquête. Le meurtre de Billy Meadows, anodin au départ, va se révéler complexe et permet de développer de nombreuses pistes et ramifications. Le tout est rythmé, Michael Connelly nous entraine d’un rebondissement à un autre au fil des découvertes de Bosch.

« Les égouts de Los Angeles » est un polar totalement classique mais avec  un personnage principal charismatique et une intrigue suffisamment bien menée pour me donner envie de lire les autres volumes des aventures de Harry Bosch.

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Une photo, quelques mots (188ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Elle est moins effrayante que ce que je m’imaginais. Ce n’est qu’une vieille baraque qui tombe en ruines. Le mur s’émiette, les plantes envahissent tout. La porte refuse de s’ouvrir, pas étonnant quand on voit l’état du bois et la rouille sur les gonds ! Pareil pour les volets, ils sont complètement bloqués. Y va falloir que je trouve un autre moyen de rentrer dans cette satanée maison. Je vais faire le tour, les autres ont bien réussi à y entrer, y a pas de raison que j’y arrive pas.

A l’arrière, je découvre un grand jardin totalement sauvage, abandonné depuis trop longtemps, bien avant ma naissance. Ma grand-mère se souvient des habitants de cette maison. Elle était jeune fille lorsqu’ils sont partis. Les Durance étaient de grands bourgeois possédant de nombreux terrains dans la région. Ils avaient une fille unique, Eléonore. Ma grand-mère m’a dit qu’elle était très belle. Elle la voyait parfois en ville dans de belles robes blanches. Tous les garçons étaient sous le charme mais les parents attendaient un bon parti. Mais Eléonore ne l’entendait pas de cette oreille. Elle était amoureuse du garde-chasse qui le lui rendait bien. Ils se voyaient en cachette. Mais ils n’ont pas été très prudents et Eléonore tomba enceinte. Une honte pour la famille. Ses parents voulurent la marier avec le fils d’un de leurs amis qui fut grassement payé pour accepter l’enfant. La situation était insupportable pour Eléonore et un matin ses parents la trouvèrent pendue dans sa chambre. Ma grand-mère m’a dit que ça avait fait un sacré scandale dans le coin. Les Durance décidèrent de quitter la région et la maison est restée fermée depuis. Impossible de la vendre.

La nuit commence à tomber, faudrait que je trouve un moyen de rentrer. La porte de derrière a l’air mal fermée. Un petit coup d’épaule et me voilà à l’intérieur. La porte ouvre sur la cuisine, la poussière recouvre tout. Voyons plus loin, salle à manger, salon, encore une autre pièce… waou ! C’est immense ici ! Si ma mère voyait ça, elle qui veut toujours plus de place, elle serait servie !

Je vais m’installer sous l’escalier, l’endroit n’est pas trop sale, je vais pouvoir y déplier mon sac de couchage. Ça va être du gâteau ce défi, les autres vont bien être obligés de m’accepter dans leur bande ! Une maison hantée, n’importe quoi !

Hé mais c’est quoi ce bruit ? Ne sois pas ridicule, c’est le bois qui craque ou le vent… non, ça a l’air de venir d’au-dessus… ça recommence, on dirait que quelqu’un marche à l’étage… ce sont forcément les chambres qui sont là-haut… ça serait donc vrai ? Eléonore est toujours là ? Le bruit ne s’arrête pas, il s’amplifie… Oh et puis merde, j’en trouverai d’autres des copains ! Je rentre à la maison !

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Truman Capote de Liliane Kerjean

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Mon intérêt pour Truman Capote est ancien, il remonte à la première fois où j’ai vu « Breakfast at Tiffany’s » qui est devenu un film culte pour moi. J’ai découvert petit à petit l’écrivain, un personnage aussi attachant qu’agaçant. Et un jour, le choc, j’ai lu « In cold blood » que je considère comme un chef-d’œuvre. Venant alimenter ma lecture, l’adaptation du roman par Richard Brooks puis deux films : « Scandaleusement célèbre » en 2006 et « Capote » en 2005 qui tous deux évoquent l’écriture de « In cold blood » et ont renforcé ma fascination pour le roman et son écriture. L’impact de ce roman pour Capote et son implication dans ce fait divers sont véritablement passionnants.

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Je ne pouvais donc pas passer à côté de la biographie de Liliane Kerjan sortie récemment chez Folio biographies. L’auteur choisit d’évoquer l’auteur américain par thématiques en faisant des aller-retours dans la vie de Truman Capote. C’est une biographie très classique, très factuelle qui du coup laisse le lecteur un peu à distance de l’écrivain. Néanmoins l’essentiel du personnage est bel et bien là et il peut se résumer en deux mots : charme et écriture et en deux lieux : la Nouvelle Orléans et New York. Truman est né à la Nouvelle Orléans, il passe son enfance dans le Sud entre des parents instables et distants et ses tantes célibataires de Monroeville en Alabama (c’est là qu’il fait connaissance avec Harper Lee, auteur d’un autre grand chef-d’œuvre de la littérature américaine : « To kill a mockingbird » où elle évoque leur enfance). Totalement délaissé par ses parents, Truman aura toute sa vie la peur de l’abandon et déploiera des trésors de charme et de séduction pour attirer l’attention et l’affection des autres. Quand sa mère épouse en seconde noce Joe Capote (il adoptera Truman), la famille déménage à New York dont Capote tombera amoureux.

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L’écriture fut très tôt présente dans sa vie. Il lit beaucoup, met en place un atelier d’écriture avec Harper Lee. Sous ses dehors de dandy, Truman Capote est un travailleur acharné, reprenant sans relâche ses textes, y scrutant la moindre virgule. Son premier roman édité, « Les domaines hantés », en 1948 est un énorme succès et fait de Truman le jeune prodige des lettres américaines. C’est grâce à son charme et à son talent qu’il accède au gratin de la haute société new-yorkaise. Son carnet d’adresses est celui du gotha mondain et littéraire de l’époque. L’apogée de sa vie mondaine aura lieu en 1966 lorsqu’il organise son célèbre bal en noir et blanc à l’hôtel Plaza, tout le monde veut en être.

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1966 est également l’année de la sortie de son plus grand livre et de son plus grand succès : « In cold blood ». Un roman inspiré d’un fait divers de 1959 : une famille de fermiers du Midwest a été assassinée par deux vagabonds. Pendant cinq ans, l’écrivain va enquêter, interroger les différents acteurs du drame. Il va surtout s’attacher à Perry Smith, l’un des meurtriers, en qui il reconnait sa solitude et son enfance gâchée. Toute la tragédie qui minera Truman Capote est là : pour pouvoir terminer son roman, il faut que Perry Smith et son acolyte soient exécutés.

Après cela, la vie de Truman Capote n’est que déclin : alcoolisme, drogue et suicide social avec « Prières exaucées » où il brocarde tous ses brillants et riches amis qui bien entendu l’abandonnent instantanément.

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Brillant, sensible, mondain, exigeant, Truman Capote est une personnalité de la littérature américaine qui ne peut laisser indifférent et dont la vie est intimement liée à son œuvre. La biographie de Liliane Kerjean donne une idée juste de ce que fut cette vie passée à vouloir entrer et rester dans la lumière.

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

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La nuit descend sur Manhattan de Colin Harrison

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Après une journée de travail, Jin Li, manageuse d’une entreprise de nettoyage, emmène deux de ses employées mexicaines en bord de mer. C’est là qu’elle assiste impuissante à leur assassinat. Les deux pauvres femmes se sont retrouvées bloquées dans la voiture qui fut ensuite remplie d’excréments. Jin Li comprend immédiatement qu’elle était la personne visée par cette attaque. L’entreprise de nettoyage appartient à son frère et permet l’espionnage de grandes entreprises new-yorkaises. Jin Li transmet à son frère ce qu’elle trouve dans les poubelles afin qu’il puisse influencer les mouvements de la bourse. Jin Li doit absolument se cacher. Rapidement de très nombreuses personnes seront à sa poursuite : les assassins des deux employées, son frère arrivé de Shanghai, Ray Grant son ex petit ami forcé par le frère à la trouver, la police et des mexicains voulant venger les victimes. Heureusement pour Jin Li, New York est une grande ville.

C’est à une véritable traque que nous assistons tout le long du roman de Colin Harrison. On découvre les différents protagonistes au fur et à mesure des chapitres et le puzzle s’assemble sous nos yeux : les motivations, les magouilles, le passé des uns et des autres finissent par former un tout. « La nuit descend sur Manhattan » est un polar sombre, violent, nerveux et bien mené. La cavalcade s’accélère au fil des chapitres. Je regrette juste quelques longueurs dans les parties explicatives sur les malversations financières du frère de Jin Li et la manière dont un patron lésé récupère son argent. On sent que Colin Harrison s’est documenté mais il n’était peut-être pas nécessaire d’entrer dans les détails à ce point. La dernière partie du roman aurait gagné en intensité avec ces quelques passages en moins.

« La nuit descend sur Manhattan » est un polar, un vrai qui vous entraînera dans les zones les plus sombres de New York et de la finance mondiale.

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