Lady Chatterley’s lover – BBC 2015

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En cette rentrée 2015, la BBC a choisi de mettre à l’écran plusieurs adaptations littéraires : « An inspector calls », « Cider with Rosie », « The go-between » et « Lady Chatterley’s lover ». C’est grâce à cette dernière que je me suis enfin décidée à lire le roman de D.H. Lawrence. Après ma lecture, j’ai eu envie de revoir l’adaptation de la BBC qui m’avait beaucoup plu lors de mon premier visionnage.

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Le téléfilm de Jed Mercurio n’a pas eu très bonne presse en Angleterre, à tort car elle met en lumière un aspect du roman peu exploité dans les adaptations précédentes : les différences de classes sociales. L’ouverture donne tout de suite le ton avec l’explosion d’une mine appartenant aux Chatterley. Oliver Mellors (Richard Madden), le futur garde-chasse, y travaille ce qui donne immédiatement une idée de ses origines. Ce début dramatique place l’adaptation sous le signe de l’injustice sociale et de la lutte des classes. Cette scène n’existe pas dans le roman (d’ailleurs, je vais vous épargner le catalogue comparatif des scènes entre le roman et l’adaptation), mais je la trouve vraiment intéressante et pertinente. L’un des enjeux de la liaison entre Constance Chatterley (Holliday Grainger) et Mellors est leur grande différence de classe sociale. D.H. Lawrence insiste beaucoup sur cet aspect et Jed Mercurio a choisi cet angle d’approche pour traiter le roman. Ce qui est assez original et audacieux mais peut déstabiliser le spectateur qui attendait des scènes sulfureuses de galipettes dans les bois. Le roman avait choqué par la crudité de son langage sexuel mais peut-on encore choquer les spectateurs aujourd’hui avec des scènes de sexe entre une lady et son garde-chasse ? Cela semble difficile et je trouve que Jed Mercurio a bien fait d’éviter cet écueil pour privilégier le côté social et l’histoire d’amour, les sentiments.

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J’ai trouvé les acteurs très bons : Holliday Grainger incarne une Constance toute en fraîcheur, en spontanéité et en délicatesse tandis que Richard Madden incarne un Oliver Mellors mutique, misanthrope et fragile. Mais celui qui crève l’écran, c’est James Norton (de là à penser que je ne vous parle de cette adaptation que pour le plaisir de vanter ses talents d’acteur…). Jed Mercurio offre une véritable  place à Clifford Chatterley contrairement à la plupart des adaptations. On le voit dans les tranchées, s’obliger à des séances d’électro-chocs pour retrouver sa motricité, mépriser Mellors, négliger ses devoirs conjugaux. James Norton donne une vraie épaisseur à son personnage qu’il joue tour à tour décidé, torturé, fragile ou totalement pathétique. Il s’agit bien dans cette adaptation d’un trio amoureux complexe et compliqué par la différence de classe des protagonistes. La fin, qui va au delà de ce qu’avait écrit DH Lawrence, nous offre un terrible et très réussi affrontement entre ces trois-là.

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Certes, 90 minutes c’est un peu court pour montrer toute la subtilité du roman de D.H. Lawrence mais elle a vraiment le mérite de mettre en avant le côté social et la personnalité de Clifford Chatterley. Le trio d’acteurs, les paysages et les costumes sont plus que plaisants à regarder et j’ai revu avec grand plaisir cette adaptation.

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Sourires de loup de Zadie Smith

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Archibald Jones et Samad Iqubal se sont rencontrés durant la seconde Guerre Mondiale et se sont liés d’une amitié indéfectible. Chacun est revenu de la guerre avec un handicap : Archie boite et Samad a perdu l’usage d’un bras. Le premier est un cockney, l’autre un indien du Bangladesh. Tous deux vivent dans le nord de Londres, Archie est employé dans une entreprise où il effectue de la mise sous plis, Samad est serveur dans un restaurant indien du quartier. Ils ont également tous les deux épousé une femme beaucoup plus jeune : Alsana, indienne et musulmane comme son mari et Clara une exubérante jamaïcaine. Les deux femmes tombent enceinte en même temps ce qui les rapproche. Alsana donne naissance à des jumeaux, Millat et Magid tandis que Clara met au monde une fille prénommée Irie. Les destinées des trois enfants, comme celles de leurs pères, vont être intimement liées.

« Sourires de loup » est le premier roman de Zadie Smith et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Sur plus de 700 pages, elle nous raconte la saga des familles Jones et Iqubal de la seconde Guerre Mondiale à 1999. Son roman est truculent et dramatique à la fois, il foisonne d’anecdotes, de digressions, de retour en arrière sans que jamais le lecteur ne soit perdu.

Zadie Smith y aborde de nombreux sujets mais celui qui lui tient le plus à cœur est celui de la mixité puisqu’elle même est née d’un père britannique et d’une mère jamaïcaine. En découle, la question des racines et de la façon dont on peut conjuguer celles-ci à la vie occidentale. Samad a peur que ses fils perdent leur identité et oublient leurs origines. Lui même a du mal à s’intégrer et la société anglaise ne l’aide puisque tout le monde le traite de « paki » en se moquant bien de son véritable pays d’origine.  « Plus je vais et plus j’ai l’impression qu’on fait un pacte avec le diable quand on débarque dans ce pays. On tend son passeport au contrôle, on obtient un tampon, on essaie de gagner un peu d’argent, de démarrer… mais on n’a bientôt qu’une idée en tête : retourner au pays. Qui voudrait rester ? Il fait froid et humide ; la nourriture est immonde, les journaux épouvantables – qui voudrait rester ; je te le demande ? Dans un pays où on passe son temps à vous faire sentir que vous êtes de trop, que votre présence n’est que tolérée. Simplement tolérée. Que vous n’êtes qu’un animal qu’on a fini par domestiquer. Il faudrait être fou pour rester ! Seulement voilà, il y a ce pacte avec le diable… qui vous entraîne toujours plus loin, toujours plus bas, et qui fait qu’un beau jour on n’est plus apte à rentrer ; que vos enfants sont méconnaissables, qu’on n’appartient plus à nulle part. » Samad est déboussolé et ira jusqu’à séparer ses jumeaux pour « sauver » l’un d’eux en l’envoyant au Bangladesh. Mais le résultat ne sera pas forcément celui qu’il attendait.

Ce que montre également « Sourires de loup », c’est une société en pleine mutation, en plein changement où chacun a du mal à trouver sa place. Dans les années 80, les années Thatcher où un fort individualisme se met en place, plusieurs personnages se réfugient dans des groupes aux valeurs fortes et souvent radicales. Magid rejoint des musulmans radicaux ; Joshua, un ami d’Irie et de Magid, adhère à un groupe d’activistes écologistes ; la grand-mère d’Irie tente de la faire rentrer chez les témoins de Jéhovah ; Millat ne reconnaît que les bienfaits de la science et des modifications génétiques. Chacun se cherche une cause à défendre, un engagement lui donnant une identité, une utilité. Une crise identitaire et sociétale que l’on a d’ailleurs toujours pas régler et qui en a laissé beaucoup sur le bord de la route.

« Sourires de loup » est une fresque passionnante, remarquablement construite, au style fluide, aux personnages attachants que j’étais bien triste de quitter à la dernière page.

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Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle

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Pauline Dubuisson écrit une lettre à Jean qui vient de la demander en mariage. Elle a besoin de lui raconter sa vie, sa vérité avant d’accepter de l’épouser. Et il y a beaucoup à raconter. Pauline est exilée au Maroc depuis la sortie en 1962 du film de Henri Georges Clouzot « La vérité » qui porte sur un épisode de sa vie. En 1953, elle fut condamnée à la perpétuité pour le meurtre de Félix Bailly, son ex-fiancé à qui elle avait avoué avoir été tondue, violée à la libération (elle n’avait pas 18 ans). Félix, fils de bonne famille, rejeta de manière violente et humiliante Pauline, ce qu’elle ne put supporter. Libérée au bout de neuf ans, elle pensait pouvoir recommencer sa vie mais le film de Clouzot met fin à ses illusions de renaissance.

Jean-Luc Seigle écrit une biographie romancée à la première personne. « Je vous écris dans le noir » est un livre qui ne juge pas mais qui n’excuse pas non plus. La vie de Pauline Dubuisson est celle d’une femme trop moderne pour la société française des années 40-50. Une femme à qui aucune deuxième chance n’aura jamais été donnée.

Jean-Luc Seigle analyse finement ce qui me semble être le nœud du destin de Pauline Dubuisson : sa relation avec son père. Elle l’adore, le vénère et elle est prête à tout pour lui. C’est lui qui la pousse dans les bras d’un médecin allemand apte à fournir des victuailles à la famille ou plutôt à la mère. Celle-ci s’est totalement cloitrée depuis la mort au front de deux de ses fils. Seul moyen pour la ramener à la vie : l’obliger à cuisiner. Le père sacrifie donc sa fille pour sauver sa femme. Ce que Pauline a vécu à la libération ne peut s’oublier, s’effacer, la scène dans le livre est d’ailleurs terrifiante, déchirante. Cette odieuse humiliation faite aux femmes en 45 (quid du comportement des hommes pendant la guerre ?) entache à jamais Pauline Dubuisson. Lors de son procès en 1953, cet épisode de sa vie l’incrimine encore plus. Ce sont toutes les lâchetés de la collaboration qui semblent lui être reprochées, imputées. Cette période de notre histoire n’a pas été digérée. Lui est également jeté au visage son statut de brillante étudiante de médecine et le fait qu’elle ne s’évanouisse pas durant les autopsies. Comment une femme peut-elle rester insensible devant un tel spectacle ? Il faut forcément qu’elle soit perverse, froide pour être à la hauteur des hommes. C’est donc une société également machiste qui juge et condamne Pauline Dubuisson. Le procureur voulait sa tête, il n’obtint que la perpétuité.

Le roman de Jean-Luc Seigle souligne remarquablement le poids des préjugés, des jalousies, des aigreurs d’une société qui peut faire basculer une vie. Celle de Pauline Dubuisson laisse un goût de grand gâchis dans la bouche. Son destin tragique est servie par la belle et prenante écriture de Jean-Luc Seigle. il me reste maintenant à découvrir ce que Philippe Jaenada a fait de cette histoire dans son dernier livre « La petite femelle ».

Une photo, quelques mots (196ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Vincent Héquet

Le froid s’était intensifié depuis une dizaine de jours. Il s’insinuait douloureusement sous les couches de vêtements, nous saisissait jusqu’à la moelle. Même les animaux avaient du mal à le supporter. Ils se terraient, se cachaient tant que la faim ne les obligeait pas à sortir. Mes parents et moi tentions de faire de même. Mais la faim ne nous laissait que peu de repos. Elle nous tenaillait, nous obsédait. Il fallait sans cesse tenter de combler ce vide, ce manque qui était devenu notre unique moteur.

Mais la neige, la glace rendaient les choses plus difficiles. La végétation s’était elle aussi mise à hiberner. Tout autour de nous, les paysages étaient figés dans une mort glacée, rien ne semblait avoir survécu.

Il nous fallait avancer toujours, inlassablement en espérant trouver quelques baies, quelques noix pour calmer nos crampes d’estomac. Pas de quoi nous remplumer suffisamment pour résister à la morsure du froid. Les abris se faisaient rares également, il fallait toujours se méfier des prédateurs, animaux ou humains.

A force de marcher, nous arrivâmes dans un ancien bâtiment. Mon père inspecta chaque recoin, l’endroit était vide et nous allions enfin pouvoir nous reposer. Mes parents semblaient pourtant bien tristes. Ils m’expliquèrent alors que ce bâtiment en ruines avait été un supermarché dans le monde d’avant, que l’on y trouvait tout ce dont on avait besoin et bien plus encore. Les gens y venaient régulièrement pour s’acheter à manger, pour se vêtir. Un lieu de profusion, un lieu où rien ne manque…

Mes parents me racontaient parfois comment était la vie dans le monde d’avant mais leurs regards se teintaient toujours d’une intense mélancolie. Je ne posais alors aucune question, je n’insistais pas.

Cette nuit nous allions pouvoir dormir à l’abri, protégés du froid et du vent, peut-être allions-nous réussir à dormir, peut-être allais-je rêver de cet endroit qu’avant on appelait supermarché, peut-être allais-je rêver du monde d’avant.

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Un automne à Cambridge

A la demande d‘Eliza, je vous fais profiter de ma journée passée à Cambridge lors d’un week-end à Londres. A moins d’une heure de la capitale anglaise, la ville est célèbre pour ces colleges. Impossible de tous les voir en une seule et unique journée (ce qui donne une excellente excuse pour y retourner !), quatre furent à mon programme : Clare College fondé en 1326 l’un des plus anciens, King’s College fondé en 1441 par Henry VI et sa sublime chapelle, Trinity College fondé en 1546 par Henry VIII et St John’s College fondé en 1511 par la mère d’Henry VII, Lady Margaret Beaumont. A noter dans ce dernier college, le très beau Pont des soupirs qui enjambe la Cam pour relier les deux parties de l’université.

Cambridge, c’est également les punts, ces barques à fond plat dirigées à l’aide d’une perche qui permettent de se balader sur la Cam. Symboles de la ville, les punts permettaient autrefois le transport de marchandises et offrent aujourd’hui de jolies balades aux visiteurs.

J’ai été totalement séduite par Cambridge qui dégage énormément de charme et les couleurs de l’automne l’ont mises particulièrement en valeur. La preuve en images :

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King’s College

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Trinity College

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St John’s College sous le signe des Tudors

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Une jolie fenêtre du St John’s College

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Les punts

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Du rouge, du rouge

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Un beau magasin du centre ville

Toutes les couleurs de l’automne

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Le flamboiement des feuilles en bord de Cam

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L’amant de Lady Chatterley de DH Lawrence

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Lors d’une permission en 1917, Constance Reid épouse Clifford Chatterley. Ce dernier revient du front en 1918 en fauteuil roulant. Le couple s’installe dans la propriété familiale de Wragby au cœur des houillères. La vie au château devient rapidement morne pour la jeune épouse. Son mari ne voit leur mariage que sur un plan intellectuel et n’accepte les mains de Constance que pour ses soins. Ce que Clifford ne voit pas, c’est la passion frémissante de Constance qui a besoin de s’exprimer, de s’enflammer. Loin de la tristesse de Wragby et de sa vue sur les mines, Constance s’échappe dans la forêt environnante. C’est en se promenant qu’elle fait la connaissance du garde-chasse de Clifford, Oliver Mellors.

Écrit en 1928, cette troisième et définitive version de « L’amant de Lady Chatterley » provoqua un véritable scandale dans l’Angleterre pudibonde de ce début de siècle. Le livre fut condamné pour obscénité et pornographie, accusation qui a dû en émoustiller plus d’un et a contribué à la sulfureuse réputation du roman.  A sa lecture, l’accusation semble ridicule tant on est loin de toute vulgarité ou pornographie facile et gratuite. Il est ici question de sensualité, d’éveil à celle-ci et de joie de vivre. Rien de trivial, rien de mièvre dans l’histoire qui unit Constance à Oliver.

Ce qui m’a frappé à la lecture du roman, c’est sa grande modernité sociétale et sociale. « L’amant de Lady Chatterley » est tout d’abord un roman féministe. Le personnage de Constance est incroyablement libre. Elle n’est plus vierge lorsqu’elle épouse Clifford et le garde-chasse n’est pas son premier amant. Pour elle, le fait de coucher avec un domestique n’est pas un problème en soi contrairement à sa sœur qui est choqué par l’appartenance sociale d’Oliver. Constance ne voit pas les barrières sociales, seule l’intéresse la personne de Mellors, cet ancien officier des Indes qui a préféré quitter l’armée plutôt que de s’élever dans la hiérarchie. Le sexe entre eux est quelque chose de très naturel, de très joyeux et surtout la jouissance est partagée. Ce qu’Oliver apporte à Constance est une véritable relation physique où les deux partenaires sont parfaitement en accord.

Le roman de DH Lawrence porte également un discours social très marqué et qui donne de la profondeur à cette histoire d’amour. Oliver Mellors est le porte-parole des idées de l’auteur. Il fustige l’industrialisation à outrance de l’Angleterre, ses ravages sur les ouvriers dont il a fait partie et surtout le pouvoir dominateur de l’argent. Celui-ci pourrit tout (notamment les relations humaines) et on voit que ce discours est malheureusement toujours d’actualité.

Oliver Mellors reproche également aux industries de détruire les paysages de l’Angleterre rurale, de transformer le visage du pays. La nature tient une place essentielle dans le roman. DH Lawrence parle des saisons, de la forêt avec une poésie infinie. La forêt est pour Mellors le seul endroit encore protégé, libre et sauvage.

« L’amant de Lady Chatterley » est un roman surprenant de modernité et d’engagement social. Loin d’être une bluette sulfureuse, ce roman de DH Lawrence est un hymne à la joie de vivre, au partage.

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Une photo, quelques mots (195ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

14468577975_34250fcbd5_o© Romaric Cazaux

Tenir. Ne pas flancher. Garder le rythme. Oublier les douleurs, les ampoules qui éclatent, oublier son corps pour mieux le sublimer. Répéter inlassablement chaque pas, chaque mouvement pour qu’ils deviennent automatiques.

La semaine de Mathilde se concentrait sur ce but unique : la perfection de ses pointes, de ses entrechats, de ses jetés. De l’élégance, du maintien, de quoi parfaire son allure. Rien d’autre ne pouvait compter, Mathilde était déterminée.

Il le fallait. Elle n’avait pas le choix. Elle avait été repérée dans son école de danse à Bourges. Depuis tout petite, elle rêvait de tutus, de lacets en satin lui enlaçant la cheville, de chignon impeccable. Ses parents avaient longtemps cru à une passion enfantine, toutes les petites filles voulaient être ballerines, un cliché. Mais Mathilde avait continué, intensifiant les entrainements avec l’âge. Elle se voyait évoluer sur de grandes scènes, danser les plus grands ballets. Ses parents ne voyaient pas l’avenir de la même façon. Ouvriers tous les deux, ils voulaient un véritable métier pour leur fille. Impossible de leur faire comprendre, il n’y avait jamais eu d’artiste dans la famille. Ça n’était pas pour eux.

Mais lorsque la recruteuse de l’Opéra de Paris l’avait choisie, ils n’eurent plus le choix que de se rendre à l’évidence : Mathilde serait danseuse. Il fallait la laisser partir, la laisser quitter le foyer à 13 ans pour l’inconnu. Ils n’en dirent rien mais Mathilde savait que sa vie de petit rat à Paris allait leur coûter cher, qu’il leur faudrait sacrifier de leur confort pour satisfaire son rêve. C’est pour cela que l’échec lui était interdit. Elle ne pouvait pas laisser passer sa chance, ne pouvait pas les décevoir.

Il fallait tenir, cambrer le pied malgré la douleur, rester sur les pointes aussi longtemps que les autres. Tenir.

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Courir après les ombres de Sigolène Vinson

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Paul Deville aide une multinationale  à compléter le collier de perles de la Chine en Afrique. Il s’agit en fait d’une stratégie géopolitique qui consiste à posséder le plus de bases navales à travers le monde. Chacune constitue une nouvelle perle au collier. En échange, la Chine propose ses services comme reconstruire une route, rénover un hôpital. Paul, ancien professeur en économie à Montpellier, poursuit un but à travers son métier : faire s’effondrer l’occident et son système économique en participant activement au système. « Paul avait compris qu’il demeurerait impuissant face à l’obscénité des décideurs. Les articles qu’il publiait, les conférences qu’il donnait ne pouvaient rien contre la course permanente au profit, cette quête d’argent qui se faisait contre le travail, les travailleurs et les êtres humains. Ses derniers espoirs foulés aux pieds, il avait cessé de s’acharner. Il avait renié et méprisé toutes se études. Puis l’idée lui était venue, presque trop facile, de participer au modèle existant pour en précipiter la perte. » Mais au fur et à mesure, du détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, il se rend compte que c’est la corne de l’Afrique qui est détruite et pas l’occident. Pour continuer à se voiler la face, Paul poursuit des chimères comme celle de croire que Arthur Rimbaud à continué à écrire lorsqu’il était en Afrique, que le vendeur de café, le trafiquant d’armes n’avaient pas englouti le poète. Alors, il cherche désespérément ses écrits africains.

« Courir après les ombres » est un magnifique roman sur les méfaits de la mondialisation, du capitalisme à outrance. Sigolène Vinson nous rappelle, d’une plume sobre et élégante, que nos modes de vie ont un impact sur des peuples à qui on ne laisse pas le choix. L’idéalisme retors du personnage central Paul Deville en est le témoignage. En pensant détruire le système, il ne fait qu’y participer et contribue à sa pérennité. Autour de lui se déploie une belle galerie de personnages : Mariam la petite pêcheuse somalienne, image même du courage et de la débrouillardise ; Harg le berger Afar qui au contact de Paul et de sa multinationale décide de devenir pirate ; Cush le cousin de Hard, qui paie des passeurs et risque sa vie pour s’échapper et rejoindre un monde « meilleur » ; Louise la française apatride, qui a perdu le goût et le sens de la vie. Des personnages qui sont tous broyés par le système ; certains se battent avec rage, d’autres ont déjà baissé les bras. « Courir après les ombres » est un constat lucide mais jamais revendicateur. Et puis, il y a la splendeur des paysages de Djibouti où Sigolène Vinson a grandi, de cette corne de l’Afrique méconnue, pauvre parce que spoliée et méprisée, à qui l’auteur rend un vibrant hommage.

« Courir après les ombres » se déploie avec langueur, mélancolie mais aussi avec colère, celle des dépossédés de notre système économique. Un très beau roman désespéré.

Merci aux éditions Plon pour cette découverte.

Bilan plan Orsec et films d’octobre

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Un mois d’octobre bien rempli au niveau des lectures avec huit livres à mon compteur dont quatre étaient issus de ma PAL. Celle-ci baisse gentiment mais sûrement ! En tout cas, les huit livres d’octobre furent très variés, très différents les uns des autres et d’excellente qualité.

J’ai pour une fois plus lu que je n’ai été au cinéma et comme pour la littérature, le maître-mot fut l’éclectisme.

Mon coup de cœur :

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Nouvellement arrivé sur le campus, un professeur de philo dépressif, Abe Lucas (Joaquin Phoenix), charme une jeune et intelligente étudiante (Emma Stone). C’est l’été, Emma Stone rayonne de fraîcheur et de spontanéité face à un Joaquin Phoenix aussi sombre que torturé. Le début du film semble nous emmener du côté de la bluette universitaire classique, du déjà vu. Mais Woody Allen est encore capable à bientôt 80 ans de surprendre son public. L’intrigue bascule totalement dans le thriller lorsque Abe décide de réaliser un crime parfait pour des raisons altruistes et philosophiques.  Nous sommes ici dans la veine de « Match Point » et Woody se régale avec un scénario plein de surprises et deux acteurs absolument convaincants. Le cru Allen 2015 est excellent et il est plaisant de voir que Woody s’amuse toujours autant à réaliser ses films.

Et sinon :

  • Miss Hohusai de Keiichi Hara : Il s’agit d’un film d’animation japonais qui met en avant la vie de l’une des filles, O-Ei, du célèbre peintre. Celle-ci a marché dans les pas de son génie de père. Elle était également peintre, vivait et travaillait avec lui. Nous sommes plongés dans le Edo de 1814, nous visitons des maisons de thé, de geishas et nous nous promenons avec O-Ei et sa jeune sœur aveugle. Ce film montre l’incroyable liberté et détermination de la jeune O-Ei qui reste célibataire, vit avec des hommes et peint des prostitués. Une belle évocation du Japon de cette époque et de l’art de la famille Hokusai.
  • The visit de Night Shyamalan : Becca (Olivia DeJonge) et son jeune frère (Ed Oxenbould) vont pour la première fois rendre visite à leurs grands-parents maternelles. Leur mère est fâchée avec eux depuis sa fugue pour épouser le père des enfants. Aujourd’hui divorcée, elle essaie de renouer avec son passé. Les deux enfants décident pour l’occasion de réaliser un film documentaire sur leurs vacances. Au départ, tout se passe à merveille, les grands-parents sont aux petits soins. Mais petit à petit, leur comportement est de plus en plus étrange. Night Shyamalan réalise un vrai-faux film d’horreur et joue avec tous les codes du genre. J’ai totalement marché à ce projet, j’ai sursauté dans mon fauteuil mais j’ai également beaucoup ri.
  • Much loved de Nabil Ayouch : Noha, Randa, Soukaina et Hlima sont prostituées à Marrakech. Elles sont très organisées et participent à de nombreuses soirées avec des touristes français, saoudiens, etc… Elles sont toujours accompagnés de Saïd, leur fidèle chauffeur. Ces jeunes femmes dynamiques, joyeuses cachent au fond d’elle une profonde mélancolie, une douleur à devoir se vendre pour vivre et élever leurs enfants. La société les rejette à l’image de cette mère qui accepte l’argent de sa fille mais refuse de la voir chez elle. Nabil Ayouch nous fait partager au plus près le quotidien de ce quatuor de femmes aux caractères bien trempées et nous montre l’hypocrisie de la société marocaine à leur égard.

Le principe de Jérôme Ferrari

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Un ancien étudiant en philosophie tente au travers de la vie du physicien allemand Werner Heisenberg de comprendre sa propre trajectoire et celle du monde contemporain. Le physicien allemand inventa le principe d’incertitude (« (…) la vitesse et la position d’une particule élémentaire sont liées de telle sorte que toute précision dans la mesure de l’une entraîne une indétermination, proportionnelle et parfaitement quantifiable, dans la mesure de l’autre. ») et obtint le prix Nobel de physique en 1932 à l’âge de 31 ans. Une jeunesse scientifique exaltante, bouillonnante puisque Heisenberg confronta ses théories aux plus grands comme Einstein. Jeunesse dorée qui fut rattrapée par l’Histoire, par la montée inexorable du nazisme. Heisenberg n’a pas su y faire face, n’a pas su prendre la mesure de l’horreur qui se mettait en place sous ses yeux. Qu’est-ce que l’indétermination, les failles d’un génie de la physique nous disent sur notre monde, sur nous-même ? En quoi la chute d’Heisenberg est un reflet de la nôtre ?

Beaucoup d’articles ont souligné la forme de ce roman. Il est vrai que la superbe langue de Jérôme Ferrari hypnotise son lecteur, l’envoûte par ses longues volutes de mots exigeants, sa poésie subtile, ses vérités nettes et douloureuses. Une langue qui est capable de rendre l’ineffable de la beauté comme de l’horreur. Le travail d’écriture de Jérôme Ferrari est absolument remarquable, il demande de la concentration à son lecteur mais la beauté de ce livre vaut que l’on se donne du mal.

Mais la splendeur de la langue ne doit pas faire oublier le fond. Le roman de Jérôme Ferrari est celui d’une chute, d’une faillite, celle de Werner Heisenberg, mais également celle du progrès. Le monde du physicien était celui de l’abstraction, de l’irréalité que le langage ne peut retranscrire que par la métaphore, la poésie. « Ils voulaient comprendre, regarder un instant par-dessus l’épaule de Dieu. La beauté de leur projet leur semblait la plus haute qu’on pût concevoir. Ils étaient arrivés là où le langage a ses limites, ils avaient exploré un domaine si radicalement étrange qu’on ne peut l’évoquer que par métaphores ou dans l’abstraction d’une parole mathématique qui n’est, au fond, elle aussi, qu’une métaphore. Ils devaient sans cesse réinventer ce que signifie « comprendre ». » Heisenberg évolue dans sa jeunesse dans un idéal de beauté, dans le rêve d’une Athènes scientifique mondiale. Une beauté, une naïveté qui lui servirent de refuge mais qui l’ont également aveuglé à l’heure où l’ignominie gagnait l’Europe. Jérôme Ferrari ne juge à aucun moment Werner Heisenberg, l’incertitude de son principe gagne ses propres actions et le génie semble incapable de comprendre le monde réel et le mal qui le ronge. Le 20ème siècle est celui du dévoiement des idéaux de la jeunesse d’Heisenberg, de la science. La bombe atomique les a pulvérisés. La perte de l’innocence est sans doute également ce qui caractérise les 20ème et 21ème siècles, ce qui pourrit notre civilisation, ce qui est le germe de notre soif absolue et aveuglante de progrès.

Comme il est difficile de parler d’un tel livre qui porte en lui tant de thèmes, tant de questions, tant de talent. Comme j’aimerais savoir mieux vous exprimer la beauté de la langue de Jérôme Ferrari. Ce roman est d’une exigence, d’une intelligence et d’une lucidité rares.