Une photo, quelques mots (201ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Romaric Cazaux

Elizabeth rêvait depuis toujours de visiter Paris. Cette habitante de la banlieue de Manchester avait étudié « Paris est une fête » d’Ernest Hemingway à l’école et elle était tombée amoureuse de la ville. Certes, la capitale française avait changé depuis les années folles. Mais à la seule évocation de la Closerie des Lilas ou des cafés du boulevard Saint-Michel, Elizabeth se mettait à rêver. Elle se voyait attablée à une terrasse avec un café et un croissant admirant l’élégance bohème des parisiennes. Elle s’imaginait longeant la Seine après une belle journée d’été et finissant chez Shakespeare & Co où elle achèterait des livres qu’elle lirait le lendemain au jardin du Luxembourg. Bien entendu, dans ses rêves Elizabeth parlait français couramment avec une pointe d’accent anglais qui ravissait ses interlocuteurs.

Un rêve qu’Elizabeth avait mûri durant de longues années et qui lui avait permis d’échapper à un quotidien souvent morose. Mariée et mère jeune, elle avait connu, comme son mari, des périodes de chômage difficiles. Depuis trois ans, tous deux avaient trouvé une certaine stabilité qui leur permettait de souffler un peu. Mais de là à se rendre à Paris, Elizabeth préférait économiser au cas où les mauvais jours reviendraient. Elle ne s’attendait donc pas à se voir offrir une semaine à Paris pour ses quarante ans par son mari et sa fille. Une folie mais elle était aux anges !

Avant le voyage, Elizabeth avait compulsé tous les guides possibles et imaginables. Son programme jour après jour était établi, quasiment à la minute près. Ce serait probablement son unique voyage à Paris, Elizabeth voulait en profiter au maximum.

Le grand jour était arrivé et Elizabeth ne tenait plus en place. A peine arrivés à l’hôtel et il fallut repartir. Le programme d’Elizabeth n’attendait pas ! Les jours et les visites s’enchainèrent à un rythme endiablé. Elizabeth passait son temps à secouer sa fille et son mari, à les pousser à avancer, à se dépêcher. Au cinquième jour, ils prirent la direction du château de Versailles. Elizabeth comptait bien visiter le château, le Grand et le Petit Trianon et elle se délectait de la vue de la ferme de Marie-Antoinette. Mais la journée ne tourna pas comme elle voulait. Au moment de sortir pour se promener dans les jardins, le mari et la fille d’Elizabeth voulurent se reposer. Son mari commença même à s’endormir sur elle !  Quel culot alors qu’il y avait tant à voir ! Elizabeth fit une scène à son mari, lui expliquant la chance qu’il avait d’être ici. Ce dernier, exténué par tant de visites, finit par quitter les lieux avec sa fille laissant plantée là Elizabeth et son programme infernal. Et tous deux allèrent s’installer en bord de Seine en terrasse d’un café près de la fontaine Saint-Michel.

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Passé imparfait de Julian Fellowes

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Recevoir une invitation de Damian Baxter après plus de quarante ans de fâcherie fut une surprise pour le narrateur de « Passé imparfait ». Par curiosité, il se rend au rendez-vous et découvre un Damian au seuil de la mort. Celui-ci a besoin de son ancien ami pour réaliser une mission : retrouver son enfant dont il a appris l’existence par le biais d’une lettre anonyme. La mère est forcément une des conquêtes de Damian à l’époque où ils étaient amis à la fin des années 60. Notre narrateur devra donc retrouver ses anciennes camarades qu’il n’a plus jamais revues après les évènements survenus lors de vacances au Portugal en 1970.

Scénariste de « Gosford Park » et créateur de « Downton Abbey », Julian Fellowes s’intéresse dans ce roman au même milieu, le sien, celui de l’aristocratie anglaise. A la fin des années 60, pendant que le Swinging London battait son plein, l’aristocratie anglaise tachait de sauver les meubles. Sentant la fin de leurs privilèges arriver, la haute société anglaise organisait la saison des débutantes. Les mères tentaient de marier leurs filles à de beaux partis avant que leurs propres comptes en banque ne s’assèchent. De tea parties en réception à Ascot, Julian Fellowes nous montre la fin d’un mode de vie, d’une noblesse anglaise qui n’allait pas résister aux capitalistes aux dents longues. Damian Baxter semble être l’un d’entre eux. Loin de faire partie de ce monde, il va y entrer de force, gâchant parfois les fins de soirées où il n’a pas été invité. Un ver infiltré dans la pomme. Le narrateur commence à l’admirer avant de le détester totalement d’autant plus que tous deux convoitent la même jeune femme.

Mais le cœur du roman de Julian Fellowes est le temps et il est finalement très proustien. Le narrateur (qui n’a pas de nom comme celui de la « Recherche du temps perdu » et qui est lui aussi écrivain) est plongé dans son passé à la recherche de ce qu’il a vécu, de ce qu’il était. Ses souvenirs, comme ceux de Marcel Proust, redonnent vie à une société, à des mœurs aujourd’hui disparues. Son regard, mâtiné de regrets, est lucide et acide sur cette société sur le point de s’éteindre. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit du temps de sa jeunesse, des espoirs en l’avenir, des possibles qui semblent infinis. Et, malgré leurs destinées parfois douloureuses, les protagonistes de l’histoire resteront figés dans les souvenirs du narrateur dans leur juvénilité et leur beauté.

« Passé imparfait » est le portrait de la bonne société anglaise de la fin des années 60 en train de s’éteindre. Un monde que Julian Fellowes connaît parfaitement et qu’il décrit finement. Malgré quelques longueurs et répétition dans la construction, « Passé imparfait » reste un livre délicieux à parcourir.

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Mrs Palfrey, Hôtel Claremont de Elizabeth Taylor

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« Une tâche épuisante, vieillir. C’est comme être un bébé, mais à l’envers. Dans la vie d’un nourrisson, chaque jour représente une nouvelle acquisition ; et pour les vieux, chaque jour représente une nouvelle petite perte. On oublie les noms, les dates ne signifient plus rien, les évènements se confondent, les visages s’estompent. La petite enfance et la vieillesse sont des périodes harassantes. » Mrs Palfrey arrive à l’Hôtel Claremont de Cromwell Road un dimanche pluvieux de janvier. Veuve ne pouvant plus rester seule chez elle, elle décide de s’installer dans cet hôtel où de nombreuses personnes âgées viennent vivre. L’Hôtel Claremont finit par ressembler à une anti-chambre de la maison de retraite ou pire, il s’avère parfois être la dernière demeure de ses locataires. Cela ne plaît guère au patron qui préfèrerait une autre clientèle. Toute une petite société s’organise : Mrs Post et sa timidité maladive, Mr Osmont et ses blagues grivoises, Mrs Burton l’alcoolique flamboyante, Mrs Arbuthnot et ses médisances. Mrs Palfrey craint terriblement le jugement de cette dernière. Ne voulant se montrer faible et admettre que son petit-fils ne vient jamais la voir, Mrs Palfrey fait passer Ludo, un jeune homme croisé dans la rue, pour son petit-fils et l’invite à l’Hôtel Claremont.

C’est grâce à Emjy que j’ai découvert ce court roman de Elizabeth Taylor et j’ai été enchantée par ma lecture. C’est avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et d’humour que l’auteur dépeint la vieillesse. Mrs Palfrey est un personnage très attachant. Malgré son arrivée à l’Hôtel Claremont, elle essaie de garder sa dignité, un certain standing pour résister à la vieillesse et à la solitude. La fille de Mrs Palfrey habite en Ecosse et son petit-fils Desmond est trop occupé par son au travail British Museum pour penser à tenir compagnie à sa grand-mère. Fort heureusement, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain sans le sou qui prend plaisir à être en compagnie de la vieille dame. Lui aussi est seul, loin de sa mère excentrique. Deux solitudes se rencontrent et s’unissent pour quelque temps, pour se réchauffer. Cette relation est très touchante et ne tombe jamais dans la mièvrerie ou les bons sentiments. Elizabeth Taylor a l’art de croquer ses personnages et la galerie des résidents de l’Hôtel Claremont en est la preuve. Fantaisiste, renfermé, dominateur, chacun tente finalement d’oublier que la fin approche et de sauver la face.

« Mrs Palfrey, Hôtel Claremont » est le joli et tendre portrait d’une femme arrivant au crépuscule de sa vie et qui tente de combler la solitude inhérente à la vieillesse.

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Une photo, quelques mots (200ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

buste-femme-lingerie-768x1156© Romaric Cazaux

Denise mettait la dernière touche à son mannequin. Sa dernière mise en place dans le magasin. Ce soir, Denise part à la retraite. Elle se recule pour regarder les différents ensembles de lingerie qu’elle a choisi de mettre en avant. Elle les trouvait de plus en plus chargés. Tous ces froufrous sur la culotte, cette grosse fleur entre les deux seins, c’était trop pour Denise qui préférait la simplicité, l’épure. Elle n’en a jamais rien dit à ses collègues pour ne pas paraître hérétique mais finalement rien ne vaut une culotte en coton Petit Bateau ! Au moins, c’est confortable et il n’y a pas de dentelle qui chatouille ou qui grattouille.

Et malgré cela, Denise a toujours été une vendeuse exemplaire. Elle a toujours aimé le contact humain, écouter les petites histoires des clients et elle en avait vus défiler dans sa carrière ! Des jeunes filles rougissant qui venaient accompagnées de leur mère pour choisir leur premier soutien-gorge. Des jeunes maris attentionnés qui voulaient faire plaisir à leur femme, des plus âgés qui voulaient pimenter leur couple ou achetaient des cadeaux pour leurs maîtresses. Avec le temps, elle a vu de plus en plus de femmes s’offrir de la lingerie sexy pour se plaire à elle-même plus qu’aux hommes. Denise admire cette nouvelle génération de jeunes femmes fortes et sûres d’elles.

A la fin de la journée, les collègues de Denise lui avaient préparé un pot de départ. Elle s’y attendait un peu, on ne passe pas trente ans dans une entreprise sans que l’on vous dise au revoir ! Mais Denise est quand même émue par le discours de la responsable de rayon, par les applaudissements de ses collègues.  Beaucoup d’émotions et de sourires que Denise grave dans sa mémoire pour y repenser plus tard. Après avoir trinqué à sa retraite que toutes lui souhaitaient longue et heureuse, Denise reçoit des mains de sa chef un cadeau. Très touchée, elle défait fébrilement l’emballage. Et là, la surprise, l’embarras, ses collègues lui avaient offert un ensemble de lingerie plein de dentelles. Celui-là  même qu’elle avait installé le matin sur un mannequin !

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Paris est une fête de Ernest Hemingway

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« Paris est une fête » est un recueil de textes qu’Ernest Hemingway a écrit à la fin de sa vie et qui fut publié en 1964, trois ans après son suicide. Il y parle des années qu’il passa à Paris dans les années 20 avec sa première femme Hadley et leur fils Jack surnommé Bumby.

Les années passées à Paris sont celles de la vie de bohème, de la pauvreté et de la faim qui tenaille le ventre mais aiguise l’esprit. A l’époque Hemingway écrivait des articles, des contes, des nouvelles pour des journaux américains ou canadiens. Il s’agit presque de son apprentissage du métier d’écrivain. Il retravaille sans cesse ses textes cherchant à écrire la phrase la plus vraie possible. On assiste vraiment à la création, à la découverte de son style. La vérité recherchée donne naissance à un style sec, aride, sans fioriture ou effet de style facile.

Les chroniques nous entraînent dans le bouillonnement du Montparnasse des années folles. On y croise quelques personnages illustres : Gertrude Stein, James Joyce, Blaise Cendrars, Pascin, Francis Scott et Zelda Fitzgerald ou encore Sylvia Beach la propriétaire du Shakespeare & Code la rue de l’Odéon. Montparnasse est à l’époque une ruche de talents, d’artistes en tout genre qui se croisent au Dôme, à la Coupole ou à la Closerie des Lilas, le café préféré de Hemingway qui aime à écrire à l’ombre de la statue du Maréchal Ney. Ça discute, ça boit, ça crée, les poches sont vides mais la joie de vivre est bel et bien là. « La génération perdue », comme Gertrude Stein appelait les jeunes gens revenus de la guerre, profite de la légèreté retrouvée sans se soucier du lendemain.

« Paris est une fête » est un bel hommage à l’effervescence des années folles, aux cafés de St Michel, de la place de la Contrescarpe et de Montparnasse, à la frivolité et à l’écriture. Je vous conseille de regarder après la lecture de ce livre, « Midnight in Paris » de Woody Allen qui se passe à la même époque et qui rend bien compte de l’éphorie créatrice des années folles.

Une lecture commune organisée par Eliza.

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Va et poste une sentinelle de Harper Lee

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Jean Louise Finch rentre à Maycomb, Alabama. Elle a 26 ans et habite à New York. Dans la ville de son enfance, l’attendent son père avocat, Atticus, son petit ami Hank qui travaille avec son père, sa tante Alexandra et son oncle. Jean Louise, surnommée Scout, a perdu sa mère enfant et son frère Jem est décédé d’une crise cardiaque quelques années plus tôt. Scout se réjouit de passer du temps dans sa famille où elle retrouve ses souvenirs d’enfance. Mais elle va découvrir Atticus sur un nouveau jour et cela va totalement la bouleverser.

Avant de parler du contenu du livre, il faut évoquer son étonnante publication. Harper Lee était jusqu’à présent l’auteur d’un seul et unique ouvrage « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », prix Pulitzer en 1961. L’auteur a aujourd’hui 89 ans et les lettres américaines se sont étonnées de la sortie de ce roman cinquante ans après le premier. « Va et poste une sentinelle » se situe vingt ans après l’intrigue de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Et pourtant, ce roman est le premier à avoir été écrit par Harper Lee, il fut refusé par les éditeurs et l’auteur retravailla son texte pour donner naissance à l’oiseau moqueur. Les critiques à l’égard de ce nouveau roman furent assassines. « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », portant  sur l’enfance de Scout Finch, est un monument aux États-Unis, un classique qui est le symbole de l’antiracisme. Atticus Finch est un père et un avocat exemplaire qui défend un jeune noir accusé à tort. ce qui a fait scandale dans ce nouvel opus, c’est que l’on y apprend qu’Atticus a participé à des réunions du Ku Klux Klan et qu’il est membre d’une association locale très conservatrice. Harper Lee a fait tomber Atticus de son piédestal et les américains ne lui pardonnent pas.

Mais parlons du roman en lui-même. Il est étonnant que ce livre ait été rejeté par les maisons d’édition car, même s’il est parfois maladroit, il reste de qualité. « Va et poste une sentinelle » est le roman de l’émancipation. Scout semble ouvrir les yeux sur la communauté qui l’a vue grandir. Ce retour dans le Sud est extrêmement douloureux, sa vie à New York l’a changée. Elle comprend que les gens ne sont pas aussi tolérants qu’elle l’imaginait. Sa relation avec Calpurnia, leur ancienne servante noire, n’est plus non plus celle qu’elle avait gardé en mémoire. Scout va lui rendre visite et la scène est particulièrement poignante. Scout voyait en elle une mère de substitution, Calpurnia a toujours su qu’elle n’était qu’une domestique. Un fossé s’est creusé entre Scout et la ville de Maycomb. Elle ne comprend plus le Sud des États-Unis, ne comprend plus son père. C’est toute l’incompréhension du Nord du pays envers le Sud dans les années 50 qui s’exprime ici par le regard de Scout. L’image qu’elle gardait de Maycomb n’est qu’un souvenir. Il y a d’ailleurs déjà de très belles évocations de l’enfance, annonciatrice de ce que sera « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».

« Va et poste une sentinelle » est le roman du passage à l’âge adulte alors que « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » était celui de l’enfance. Il montre qu’il faut savoir s’émanciper de ses modèles pour grandir et devenir soi-même. Un beau roman, peut-être plus complexe et nuancé que le premier publié, et qui complète bien le formidable « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».

Merci à NetGalley pour cette lecture.

Philippe Halsman au musée du Jeu de Paume

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Son nom ne vous est sans doute pas familier et pourtant vous avez forcément déjà vu l’une de ses photos. Philippe Halsman, originaire de Lettonie, arrive à Paris dans les années 1930 et il y commence sa carrière en autodidacte. Rapidement, il se spécialise dans les portraits de personnalités. Mais il travaille également dans le milieu de la publicité et collabore à de grands magazines comme Vogue ou Harper’s Bazaar. Son travail sur les portraits montre déjà une forte originalité et une volonté de caractériser les personnes qu’il photographie. Son portrait de Winston Churchill dans un parc en est un exemple significatif. L’homme d’état est photographié de dos, sa carrure imposante et reconnaissable dominant le parc.

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A partir des années 40, il fuit l’Europe pour New York. Il continue son travail sur les portraits qui lui apporte une très forte notoriété. Il réalisera une centaine de couverture pour le magazine Life. C’est par le biais de ce magazine qu’il fit la connaissance de Marilyn Monroe en 1949, elle était alors une jeune actrice et il la photographia jusqu’en 1959. Les nombreuses photos présentent dans l’expo montrent l’évolution de l’actrice, de la starlette timide à la star glamour.

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Son humour, sa fantaisie amenèrent Philipe Halsman à inventer un genre très particulier de portraits à partir des années 50 : la jumpology. Il propose à de très nombreuses personnalités de les prendre en photo en train de sauter. Halsman estimait que les modèles se concentraient sur leur saut et laissaient ainsi transparaître leur personnalité avec plus de naturel. Et il est vrai que chacun saute d’une manière bien particulière. Audrey Hepburn exprime la joie et la fraîcheur, Dean Martin et Jerry Lewis laissent exploser leur folie, Grace Kelly reste sophistiquée, le duc et la duchesse de Windsor ne s’affranchissent pas du protocole et de leur rang, etc…

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C’est aux côtés de Salvador Dali que s’exprime au mieux l’imaginaire de Philippe Halsman. Leur collaboration était placée sous le signe de l’expérimentation, de la folie et de l’humour. Certaines œuvres sont directement inspirée de tableaux de Dali comme Dali Atomicus qui a demandé 28 prises pour que le cliché soit parfait. L’exposition montre également la série de clichés autour de la moustache de Dali où le célèbre attribut du peintre répond à des questions posées par le photographe.

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Les photographies de Philippe Halsman sont particulièrement réjouissantes. Drôles, excentriques, étonnantes, elles respirent la légèreté et la joie de vivre. L’exposition rend hommage à ce grand photographe et nous permet de mettre un nom sur certains portraits très célèbres. Je ne peux que vous encourager à vous rendre au Jeu de Paume pour profiter de cette bulle de fantaisie.

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Challenge Lart dans tous ses états 2015

Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier

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Le jeune Philip Ashley a grandi auprès de son cousin Ambroise dans son domaine de Cornouailles. Les deux hommes sont très proches, Philip est amené à être l’héritier de son cousin. Ce dernier, en vieillissant, doit se rendre en Italie pendant l’hiver. C’est là-bas qu’il rencontre Rachel, une cousine éloignée. Et, à la grande surprise de Philip, ce vieux garçon d’Ambroise épouse sa cousine très rapidement. Philip voit d’un mauvais œil l’arrivée de cette inconnue dans la famille et dans le duo qu’il forme avec Ambroise. Et ce ressentiment se transforme en haine lorsque Philip apprend la mort d’Ambroise en Italie.

Le prologue de « Ma cousine Rachel » est remarquable et s’ouvre ainsi : « Dans l’ancien temps, l’on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins. » L’idée d’un drame, d’une tragédie plane donc durant tout le roman. A qui s’adresse ce prologue ? Sur qui va s’abattre le destin ? Nous ne le saurons qu’à la toute fin du roman, Daphné du Maurier jouant avec les nerfs de son lecteur et réussissant à maintenir la tension jusqu’aux dernières pages.

« Ma cousine Rachel » est le roman du doute, de l’ambiguïté. Philip est l’unique narrateur de cette histoire. C’est par son prisme que nous découvrons et apprenons à connaître Rachel. Est-il un narrateur fiable ? Il est difficile de répondre positivement tant Philip se laisse emporter par sa fougue de jeune homme qui n’a quasiment rien vécu. Il passe de la détestation à la passion en peu de temps et sans aucune nuance. Notre vision de l’histoire est donc biaisée, nous n’avons aucun recul et cela nous plonge dans l’incertitude totale.

Il nous est donc impossible de nous faire un avis tranché sur Rachel, victime ou coupable ? C’est en tout cas un très beau personnage qu’a créé Daphné du Maurier. Rachel est fantasque, légère, dépensière et inconséquente. Mais elle sait également être généreuse, on le constate dans la très belle scène de Noël où elle distribue des cadeaux à chacun : amis, voisins ou domestiques. Les différentes facettes de Rachel nous questionnent tout au long du roman sans que l’on puisse déterminer avec certitude sa nature profonde. Et c’est vraiment la force du roman et l’intelligence de l’auteur que de nous laisser dans le doute et l’irrésolution.

« Ma cousine Rachel » démontre, s’il en était encore besoin, le formidable talent de conteuse de Daphné du Maurier et sa capacité à manipuler son lecteur tout au long du roman.

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Malee avait du mal à garder les yeux ouverts ce matin. Elle était si fatiguée. Elle était rentrée chez elle vers 1 heure du matin. Pour un vendredi soir, elle était rentrée tôt. En général, elle finissait plutôt sa journée vers 3 heures. Le restaurant thaï de ses parents marchait bien et ne désemplissait pas le vendredi soir. Mais ce soir, les clients étaient venus moins nombreux. Malee avait eu un nuit un peu plus longue. Elle en avait bien besoin, elle était en plein partiels. Les derniers étaient heureusement ce matin. Elle n’en pouvait plus de cette vie, de ce rythme.

Tous les soirs, elle aidait ses parents dans leur restaurant. Elle avait déjà réussi à s’éloigner de l’appartement familial situé au-dessus du restaurant pour un petit studio bien à elle. Les négociations avaient été âpres, les disputes nombreuses mais elle n’avait pas cédé. Alors recommencer aujourd’hui était au-dessus de ses forces, elle devait prendre sur elle et tenir bon jusqu’à la fin de ses études. Après, elle pourrait enfin avoir sa propre vie. Bien-sûr, ça serait compliqué, ses parents étaient persuadés qu’une fois son diplôme de comptable en poche, Malee viendrait travailler au restaurant. Il était évident pour eux qu’elle reprendrait l’affaire après leur retraite.

Et ils commençaient même à se mêler de sa vie sentimentale ! Il ne manquait plus que ça ! A 24 ans, il était grand temps qu’elle se marie et ils avaient bien évidemment une idée sur l’identité du prétendant idéal. Insupportable…Malee ne voulait pas de cette vie-là mais comment le faire comprendre à ses parents ? Comment leur faire accepter une vie si différente de celle qu’ils imaginaient pour leur fille ?

En attendant, il fallait qu’elle se concentre pour rester éveillée, pour ne pas rater sa station. Il était hors de question qu’elle rate ses partiels, sa porte de sortie.

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Bilan plan Orsec et films de novembre

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Un mois de novembre tout à fait satisfaisant au niveau du nombre des lectures avec un coup de cœur pour « Sourires de loup » de Zadie Smith et la découverte de Elizabeth Taylor avec le très joli « Mrs Palfrey, Hôtel Claremont » dont je vous parle très bientôt. Un mois de novembre qui était également placé sous le signe de Shakespeare en raison d’un MOOC passionnant de Future Learn.

Six film au compteur de ce mois de novembre dont deux sortent du lot :

Mes coups de cœur :

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Dans une banlieue, les habitants d’un immeuble vivent des rencontres inhabituelles. Sternkowitz (Gustave Kervern), bougon et asocial, rencontre une infirmière de nuit (Valeria Bruni-Tedeschi). Le jeune Charly (Jules Benchetrit) discute avec sa voisine nouvellement arrivée et découvre qu’elle fut une actrice reconnue (Isabelle Huppert). Mme Hamida (Tassadit Mandi) doit héberger un astronaute américain (Michael Pitt) tombée sur le toit de l’immeuble. Le film de Samuel Benchetrit fait l’éloge du lien, de la rencontre. Ses personnages sont touchants, drôles, pathétiques, lunaires. Il y a une tendresse infinie dans le regard que le réalisateur porte sur eux. Mention spéciale au couple formé par Mme Hamida et l’astronaute et qui offre les plus beaux, les plus émouvants moments du film.

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Edith Cushing (Mia Wasikowska) est une jeune femme indépendante et qui se rêve écrivain. Elle vit avec son père, un riche industriel new-yorkais. Malgré son fort caractère, elle cède rapidement au charme de Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston) venu d’Angleterre pour tenter de relancer ses affaires. Il est accompagné de sa mystérieuse sœur (Jessica Chastaing). Après la mort brutale de son père, Edith se marie et part habiter dans l’immense et délabré manoir de la famille Sharpe. Comme toujours avec Guillermo del Toro, l’esthétique du film est extrêmement soigné avec notamment une recherche  sur les couleurs. Le manoir est le lieu rêvé pour un film gothique, pour les apparitions de toutes sortes et pour les endroits secrets. L’intrigue, classique pour ce genre de films, est bien mené. Les trois acteurs principaux sont parfaits et jouent avec subtilité leurs différentes partitions.

Et sinon :

  • « Macbeth  » de Justin Kurzel : Je ne vous ferai pas l’affront de vous raconter l’intrigue de « Macbeth ». Après la version de Orson Wells et celle de Roman Polanski, Justin kurzel se lance dans l’adaptation de la pièce de Shakespeare. Il y a du bon et du moins bon dans ce film. L’esthétique est extrêmement travaillée, trop sans doute car il y a beaucoup de tics (les ralentis) et d’images inutiles. Mais les paysages splendides de l’Écosse compense les excès. Le gros point positif du film est l’interprétation de Michael Fassbender que j’ai trouvé particulièrement habité par le rôle. Marion Cotillard est excellente également mais je n’adhère pas à la Lady Macbeth de Kurzel que je n’ai pas senti sombrer dans la folie. Un autre point m’a dérangé, pourquoi Kurzel a-t-il rajouté un enfant mort à ce couple sanguinaire ? Je trouve que cela n’apporte rien à leur histoire. Un Macbeth à voir essentiellement pour la prestation de Fassbender.
  • « Le fils de Saul » de Laszlo Nemes  : Le premier film de Laszlo Nemes nous entraine dans l’horreur du camp d’Auschwitz à la suite de Saul, un prisonnier affecté aux Sonderkommandos. Ces prisonniers étaient chargés des basses œuvres : entraîner les nouveaux arrivants dans les chambres à gaz, récupérer les objets précieux dans les vêtements des morts, nettoyer les chambres à gaz, jeter les corps dans les fosses communes. En découvrant le corps d’un enfant encore vivant dans une chambre, Saul se persuade qu’il s’agit de son fils et qu’il doit lui offrir un enterrement digne. La caméra est collée à Saul, les monstruosités qui l’entourent sont en arrière-plan, floues souvent ou elles ne sont que des bruits, des cris. Ce choix évite à Laszlo Nemes de tomber dans le piège de la représentation des camps de la mort, il nous propose un film irréprochable, sobre et respectueux. Mais le film tourne un peu à l’exercice de style, la virtuosité du réalisateur finit par lasser.
  • « Ni le ciel, ni la terre » de Clément Cogitore  : A la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan, une section de soldats français vieille. Mais lors de tours de gardes, des soldats disparaissent mystérieusement. Aucune trace, aucune volonté de déserter, le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) est perplexe. Il pense aux talibans mais découvre qu’eux aussi cherchent des hommes. L’intrigue commence comme « Le désert des Tartares » de Buzzati et se tourne vers le fantastique. La peur, l’angoisse et la panique s’insinuent chez les soldats et notamment Antarès qui ne sait plus comment réagir face à une menace invisible. Jérémie Renier y est comme toujours absolument impeccable.
  • « Lolo » de Julie Delpy : Violette (Julie Delpy) passe des vacances à Biarritz avec sa copine Ariane (Karine Viard). Toutes les deux sont célibataires, quarantenaires avec de bonnes situations professionnelles. Violette y rencontre Jean-René (Dany Boon), un informaticien bien loin du milieu de la mode où elle travaille. Ils se retrouvent à Paris et contre toute attente, ils nouent une relation durable. Mais le fils de Viollette, Lolo (Vincent Lacoste) ne la voit pas d’un bon œil. Le combat entre Dany Boon et Vincent Lacoste est l’atout de cette comédie, tous les deux excellent. Malheureusement, je trouve que Julie Delpy a toujours du mal à finir ses comédies, elle semble ne pas savoir quelle fin donner à son histoire qui s’étire trop.