En cette rentrée 2015, la BBC a choisi de mettre à l’écran plusieurs adaptations littéraires : « An inspector calls », « Cider with Rosie », « The go-between » et « Lady Chatterley’s lover ». C’est grâce à cette dernière que je me suis enfin décidée à lire le roman de D.H. Lawrence. Après ma lecture, j’ai eu envie de revoir l’adaptation de la BBC qui m’avait beaucoup plu lors de mon premier visionnage.
Le téléfilm de Jed Mercurio n’a pas eu très bonne presse en Angleterre, à tort car elle met en lumière un aspect du roman peu exploité dans les adaptations précédentes : les différences de classes sociales. L’ouverture donne tout de suite le ton avec l’explosion d’une mine appartenant aux Chatterley. Oliver Mellors (Richard Madden), le futur garde-chasse, y travaille ce qui donne immédiatement une idée de ses origines. Ce début dramatique place l’adaptation sous le signe de l’injustice sociale et de la lutte des classes. Cette scène n’existe pas dans le roman (d’ailleurs, je vais vous épargner le catalogue comparatif des scènes entre le roman et l’adaptation), mais je la trouve vraiment intéressante et pertinente. L’un des enjeux de la liaison entre Constance Chatterley (Holliday Grainger) et Mellors est leur grande différence de classe sociale. D.H. Lawrence insiste beaucoup sur cet aspect et Jed Mercurio a choisi cet angle d’approche pour traiter le roman. Ce qui est assez original et audacieux mais peut déstabiliser le spectateur qui attendait des scènes sulfureuses de galipettes dans les bois. Le roman avait choqué par la crudité de son langage sexuel mais peut-on encore choquer les spectateurs aujourd’hui avec des scènes de sexe entre une lady et son garde-chasse ? Cela semble difficile et je trouve que Jed Mercurio a bien fait d’éviter cet écueil pour privilégier le côté social et l’histoire d’amour, les sentiments.
J’ai trouvé les acteurs très bons : Holliday Grainger incarne une Constance toute en fraîcheur, en spontanéité et en délicatesse tandis que Richard Madden incarne un Oliver Mellors mutique, misanthrope et fragile. Mais celui qui crève l’écran, c’est James Norton (de là à penser que je ne vous parle de cette adaptation que pour le plaisir de vanter ses talents d’acteur…). Jed Mercurio offre une véritable place à Clifford Chatterley contrairement à la plupart des adaptations. On le voit dans les tranchées, s’obliger à des séances d’électro-chocs pour retrouver sa motricité, mépriser Mellors, négliger ses devoirs conjugaux. James Norton donne une vraie épaisseur à son personnage qu’il joue tour à tour décidé, torturé, fragile ou totalement pathétique. Il s’agit bien dans cette adaptation d’un trio amoureux complexe et compliqué par la différence de classe des protagonistes. La fin, qui va au delà de ce qu’avait écrit DH Lawrence, nous offre un terrible et très réussi affrontement entre ces trois-là.
Certes, 90 minutes c’est un peu court pour montrer toute la subtilité du roman de D.H. Lawrence mais elle a vraiment le mérite de mettre en avant le côté social et la personnalité de Clifford Chatterley. Le trio d’acteurs, les paysages et les costumes sont plus que plaisants à regarder et j’ai revu avec grand plaisir cette adaptation.



























