Constellation d’Adrien Bosc

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Le 27 octobre 1949, le quadrimoteur Constellation EBAZN d’Air France quitte Orly pour les États-Unis. À son bord, la star de la boxe française, Marcel Cerdan,  qui va rejoindre Edith Piaf avant son combat décisif contre Jack La Motta. Ginette Neveu, la plus virtuose des violonistes de son temps, prend également place dans le Constellation. Une tournée l’attend aux États-Unis. Des anonymes complètent l’assemblée. L’avion doit faire escale dans les Açores. Arrivé dans la zone, le Constellation s’écrase sur la crête du mont Redondo sur l’île de Säo Miguel. Aucun des passagers ne survit à la catastrophe.

« Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat. Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante-huit fragments d’histoires forment un monde. Un sondage mouvant et précipité dépassant par sa description le conformisme même des études. Une recension d’hommes, de femmes. »

Adrien Bosc s’est intéressé à cette constellation de passagers, il a regardé de près leur destin et ce qui les a amenés à prendre l’avion d’Air France. Le cas de Marcel Cerdan est le plus connu et le plus emblématique de cet accident. Lui qui n’aimait pas prendre l’avion et qui devait traverser l’Atlantique en bateau, a changé son voyage pour satisfaire Edith Piaf qui le pressait de venir la rejoindre.

Adrien Bosc rend hommage également aux autres passagers du Constellation. Certains destins sont profondément émouvants. C’est le cas de Amélie Ringler, bobineuse à Mulhouse qui vient de voir son destin bouleversé. Une tante, vivant aux États-Unis, lui lègue toute sa fortune. La traversée devait amener Amélie vers une nouvelle vie, radieuse et luxueuse. Cinq bergers basques espéraient également changer de vie et de condition en prenant place dans le Constellation. Comme nombre d’entre eux a l’époque, ils tentaient l’aventure, le rêve américain. Et puis, il y a ceux à qui la chance à souri le 27 octobre 1949. Ceux qui peuvent remercier la passion amoureuse dévorante d’Edith Piaf. Trois personnes, dont un couple en lune de miel, sont obligées de laisser leur place à Cerdan et ses managers, échappant ainsi à leur destin tragique.

Les différents passagers sortis de l’oubli par Adrien Bosc forment une constellation perdue au-dessus des Açores. Ils constituent également un échantillon de ce qu’était la société française, des possibles, des espoirs qui s’offraient aux gens de leur époque.

Adrien Bosc est très attentif et sensible à ces lignes de vies brisées, interrompues par la chute du Constellation. Il s’attache avec son étude de ces destins à ce que Breton nommait les hasards objectifs. Ces coïncidences, ces événements qui font que l’on se retrouve au bon ou au mauvais endroit. La fragilité du destin, les forces mystérieuses du hasard qui semblent régir nos vies, sont au cœur du premier roman de Adrien Bosc.

J’ai été très touchée par cette réflexion sur le destin, sur ces vies restées en suspens sur le mont Redondo. La poésie de l’écriture de Adrien Bosc m’a totalement séduite. Une très belle réussite. 5/5

 

Une photo, quelques mots (145ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Kot

« Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Je suis comme le personnage de « L’homme qui aimait les femmes », je pourrais passer mon temps à les regarder marcher.

Je m’installe dans un café rue de Rivoli et je regarde les passantes. Leurs démarches en disent long lorsque l’on sait les observer. Il y a les flâneuses qui avancent tranquillement, qui prennent le temps de regarder les boutiques ; les rêveuses qui manquent de se cogner aux poteaux, aux autres passants, elles ont le nez en l’air et la tête pleine de mille et un projets ; les débordées qui foncent et se fraient un passage en zigzagant, elles se donnent des airs d’importance pour montrer que leur temps est précieux.

Les saisons agissent aussi beaucoup sur les jambes des femmes. L’été nous les découvre et sans le poids des pantalons ou des collants, elles se font légères. Le rythme des pas se ralentit, s’alanguit. L’hiver les blottit sous des couches molletonnées de laine, de coton et de longues bottes.  Le galbe délicat des mollets s’efface face au frimas.

Nous sommes en novembre. Le froid s’installe doucement, la pluie domine nos journées de sa grise morosité. La jeune femme sur le trottoir d’en face a revêtu son camouflage de saison : chaud et sombre. L’averse lui fait accélérer le pas. Elle sort peut-être de son travail, elle est pressée de retrouver la chaleur de son foyer, de sa famille. Son parapluie l’encombre, elle a hâte de s’engouffrer dans la bouche du métro. Hâte de se mettre à l’abri, d’être au sec, loin des intempéries. Sa marche rapide, vive aura contribué à l’harmonie de ma journée. La regarder avancer m’aura apporté un certain contentement, un certain apaisement.

La rue de Rivoli s’est peu à peu vidée, c’est la fin de la journée. La pluie a fait fuir les passantes. Je n’ai plus rien à observer, plus de jambes arpentant le pavé. Je vais rentrer. Retrouver ma femme que je ne vois plus marcher depuis dix ans, depuis notre accident de voiture.

Bilan plan Orsec et films de novembre

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Ce mois-ci mon bilan plan Orsec est positif : 3 livres de ma PAL et un livre prêté. Tout doucement la PAL diminue, tout doucement…

En novembre, il fait froid, il faut donc se réfugier au cinéma !

Mes coups de cœur :

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 Gary Hook (Jack O’Connell), jeune engagé dans l’armée anglaise, se retrouve à Belfast pour sa première mission. Nous sommes en 1971, la guerre civile ravage les rues et chaque déplacement de l’armée est à haut risque. Tout peut rapidement basculer. Hook le constate dès sa première sortie. Il est pris à part avec un camarade par un groupe de catholiques. Le deuxième soldat est abattu d’une balle dans la tête. Hook s’échappe et commence pour lui une cavalcade dans les rues labyrinthiques de Belfast. La course-poursuite est haletante, captivante. Hook se trouve plongé dans la complexité d’un conflit dont il ne sait rien et est rapidement poursuivi également par des flics anglais véreux. Le film permet de rendre l’ampleur de cette guerre, la dévastation de la ville. Le spectateur retient son souffle pendant 1h39 en espérant que Hook réussira à sortir vivant de cette mission. Il faut souligner qu’il s’agit du premier long métrage de Yann Demange et saluer la maîtrise parfaite de sa mise en scène.

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Steve (Antoine-Olivier Pilon) est exclu du centre où il séjournait. Diane (Anne Dorval), sa mère, récupère son fils hyperactif et violent. Elle pense que l’amour et l’attention vont suffire à le soigner. Rapidement dépassée, Diane reçoit l’aide inattendue de Kyla (Suzanne Clément) la nouvelle voisine. Au début, je me suis dit que les excès, la violence des sentiments et des mots allaient finir par me lasser. Mais ce ne fut pas le cas, j’ai été happée par l’émotion, par la prouesse et la force des trois comédiens. La mise en scène de Xavier Dolan est flamboyante, lyrique. Une idée toute simple qui permet de faire comprendre beaucoup : l’écran change de taille, lorsque l’horizon se dégage pour Steve, l’image s’agrandit. Des instants de bonheur simple, de répit pour ces trois personnages fêlés, blessés qui vous marqueront pour longtemps.

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Lou (Jake Gyllenhaal) trouve un soir sa vocation. Des « journalistes » filment au plus près un carambolage pour vendre les images aux journaux locaux. Lou achète le matériel nécessaire et se met en chasse des faits divers sanglants. Lou est un personnage nauséabond, sans morale aucune comme nous le montrera la suite du film et donc fait pour ce voyeurisme ignoble. Jake Gyllenhaal réalise une performance éblouissante avec ce personnage cynique, froid, prêt à tout pour la gloire et passablement effrayant. Un être détestable qui permet de dénoncer cette recherche de sensationnalisme, cette exploitation scandaleuse du malheur d’autrui.

Et sinon :

  • « De l’autre côté du mur » de Christian Schwochow : En 1978, Nelly (Jördis Triebel) réussit à quitter Berlin-Est avec son fils. De l’autre côté du mur, l’attend toute une série d’examens médicaux et d’interrogatoires. Nelly est la veuve d’un scientifique soviétique dont la mort questionne. En attendant, Nelly doit vivre dans un camps de réfugiés. Je ne connaissais pas l’existence de ces camps entre les deux pays où les allemands de l’est vivaient dans la précarité avant de découvrir la liberté tant souhaitée. Nelly apporte avec elle toute la paranoïa de l’Allemagne de l’Est. Se méfiant de tout, paralysée par sa peur, c’est un personnage sur le fil en permanence. Une tension bien tenue de bout en bout par Christian Schwochow.
  • « Love is strange » de Ira Sachs : Après 39 ans de vie commune, George (John Lithgow) et Ben (Alfred Molina) se marient. Les amis et la famille des deux new yorkais louent leur amour et leur bonheur. Malheureusement, Ben, chef de chorale dans une école catholique, est victime de l’hypocrisie sociale et est licencié. Les deux vieux amants sont obligés de vendre leur appartement et de vivre séparés chez leurs amis en attendant de trouver une solution. Le portrait de ce couple de sexagénaires est extrêmement touchant. Ben n’arrive plus à dormir sans George à ses côtés. Leur séparation douloureuse nous bouleverse grâce à l’interprétation fine et délicate des deux acteurs principaux.
  • « Une nouvelle amie » de François Ozon : Claire (Anaïs Demoustier) vient de perdre son amie d’enfance. C’est un choc pour elle et le mari de son amie disparue David (Romain Duris). Claire lui rend une visite pour prendre de ses nouvelles et de celles de son bébé. Elle découvre avec effarement un David habillé et maquillé comme sa femme décédée. François Ozon s’intéresse une nouvelle fois à l’identité, à l’ambiguïté d’un personnage et au détournement de la réalité. Une relation trouble se noue entre Claire et David qui est parfaitement rendue par le cinéaste. Autant j’ai trouvé Anaïs Demoustier parfaite (comme toujours), autant j’ai eu du mal à adhérer à Romain Duris en talons aiguille même s’il fait tout ce qu’il peut pour rendre son personnage crédible.

Une photo, quelques mots (144ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Romaric Cazaux

Je suis maudit. Vous le voyez à mon visage marqué, désolé. Je porte sur moi le poids de mon malheur. Les tendons de mon cou sont saillants ; ma main est crispée dans un geste de désespoir ; mon front plissé, ma bouche entrouverte sont signe de ma douleur.

C’est ainsi que le grand sculpteur m’a créé. Il a malaxé la glaise longuement, vigoureusement. Il a fait de moi des versions miniatures. Des morceaux en plâtre de mon corps gisaient au sol : des bras, des jambes, des mains, des têtes, des versions antérieures de ce que je suis devenu. Des témoignages de la recherche du geste précis, de la pose parfaite.

Mais je devais aussi m’harmoniser avec les autres. Je devais faire partie d’un groupe monumental. Nous étions un groupe d’homme prêts au sacrifice, résignés face au sort terrible qui nous attend. Nous devions incarner un drame humain, l’intensité de nos expressions devait vous le signifier. Nos visages émaciés, nos regards perdus devaient frapper les esprits.

Un bel ensemble, saisissant… dont je ne ferai finalement pas partie. L’assemblage final n’était pas satisfaisant, ma posture ne s’accordait pas à celle des autres. Mon âme affligée se retrouve seule. Maudit,  toujours. J’ai quand même eu l’honneur d’être coulé en bronze. Je n’ai donc pas été remisé au fond de l’atelier comme une vulgaire esquisse.

Je l’ai en fait été dans une allée secondaire d’un jardin public. Je sers de reposoir aux oiseaux de passage. Les araignées tissent leur toile dans les interstices de mon corps. Les intempéries accentuent mes traits torturés. Les gens passent devant moi sans me voir. J’assiste à leur promenade du dimanche, à leurs discussions futiles ou enflammées. Mais aucun ne me regarde vraiment.

Jusqu’à ce qu’il arrive. Il s’est arrêté devant moi. Il a tourné autour de moi. Il a sorti son appareil photo. Et il s’est approché tout près de mon visage pour m’immortaliser. Son regard m’offre une nouvelle vie.

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Le directeur de Anthony Trollope

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Septimus Harding, révérend à Barchester, est également le maître de musique de la cathédrale et le directeur d’un hospice de vieillards. Pour cette dernière fonction, il touche huit cents livres par an. C’est ce revenu qui va être au cœur d’un scandale. John Bold, une jeune homme réformateur,  décide de demander l’examen du testament à l’origine de l’hospice. En effet, les vieillards touchent une somme très modique en plus du logement et il semble bien qu’ils aient été lésés pendant de nombreuses années. Le pauvre directeur ne comprend rien à cette action, lui qui pensait vivre dans la légitimité la plus totale. C’est d’autant plus surprenant pour lui que l’attaque vient du prétendant de sa deuxième fille Eleanor. Le scandale va s’étendre, prendre de l’ampleur et bientôt ne pourra plus être stoppé.

« Le directeur » est le premier roman de la série consacrée aux chroniques du Barsetshire. Il fait partie des premiers romans écrits par Trollope et cela se sent. L’auteur n’a pas encore atteint la quintessence et la finesse de son art.  » Le directeur » est en prise directe avec l’actualité de 1855 où de nombreux scandales dans le monde religieux avaient émaillé les journaux. La question épineuse de l’argent dans ce milieu est au centre du scandale : le révérend Harding peut-il recevoir autant d’argent à ne rien faire alors que les pauvres ne touchent quasiment rien ? Le personnage de Harding est intéressant. Falot et timide, le scandale lui permet enfin de  s’imposer et d’affirmer son sens moral. Trollope sait déjà bien analyser et décortiquer l’âme humaine.

De même, il fait déjà montre d’un humour, d’une ironie redoutable. Qu’il ne se contente pas de retourner contre l’Eglise anglicane, mais également contre les journaux trop prompts à vouloir détruire la réputation d’un homme. On constate que le parfum du scandale a toujours affolé les journalistes. Son ironie lui permet également de décrire implacablement la petite société de Barchester : « Mme Goodenough, la femme du recteur au visage rubicond, déclara au directeur en lui serrant la main qu’elle ne s’était jamais autant amusée, ce qui témoignait du peu de plaisir qu’elle s’autorisait ici-bas car elle était restée assise toute la soirée sur la même chaise sans rien faire, sans parler et sans qu’on lui adresse la parole. » Ce fripon de Trollope se permet même de se moquer de mon cher Dickens qu’il rebaptise « Monsieur Sentiment » ! Je lui pardonne cette petite insolence puisque c’est fait avec beaucoup d’humour.

Manquant un peu de subtilité par endroits, « Le directeur » reste fort agréable à lire et donne envie d’ouvrir la suite, à savoir « Les tours de Barchester ».

Une photo, quelques mots (143ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

flamme©Romaric Cazaux

L’hiver est bel et bien là. A 19h, la nuit est d’un noir profond, un noir absolu, sans nuances. Une nuit hostile qui pousse à rentrer chez soi, à trouver le réconfort sous le halo doré du plafonnier.

Le froid s’insinue sous mon pull. Mon épiderme est parcouru de frissons, il se dresse, se contracte en réaction.

Ma respiration se matérialise sous la forme de volutes blanches. Le froid, soudain, devient concret au sortir de ma bouche.

La nuit a envahi les pièces de mon appartement. Les meubles ont disparu dans l’ombre. Leurs formes se sont estompées.

La pénombre trompe mes sens. Je perds mes repères, me cogne et avance les mains en avant. Je marche à l’aveugle dans cet environnement qui m’est pourtant si familier.

Je tente d’explorer mes placards. Mes recherches sont laborieuses.

Je devine seulement les objets qui s’y trouvent : la douceur de la laine de mes manteaux, la rugosité du tweed de mes vestes, la souplesse du cuir de mes bottines, la dureté du plastique de l’aspirateur, le froid du métal des outils…

J’ai l’impression de jouer à colin-maillard. Mais l’amusement aurait tourné à la mauvaise blague. Les autres participants m’auraient laissé seule rendant ma quête vaine.

Je n’y vois presque rien. Je fouille, cherche, retourne mes affaires. J’examine minutieusement tous les recoins.

Et enfin je trouve. Je sens sous mes doigts cette matière collante, grasse et épaisse : mes bougies !

Enfin, je vais retrouver la lumière en attendant la fin de cette coupure de courant qui a plongé le quartier dans le noir et le froid.

Enfin… mais où ai-je bien pu mettre mes allumettes ?

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Michael Kenna, Paris au musée Carnavalet

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Michael Kenna est un photographe anglais qui fit à plusieurs reprises des donations au musée Carnavalet. A l’occasion de l’une d’elle et de la sortie d’un livre sur la France, le musée nous propose une exposition d’une cinquantaine de ses œuvres consacrées à Paris.

Les photographies de Michael Kenna sont exclusivement en noir et blanc et les tirages sont extrêmement travaillés, fins. Ce sont toujours de petits formats.

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L’homme n’apparait jamais sur les photos. Michael Kenna présente une ville de Paris mystérieuse, fantomatique. Une capitale qui semble du coup totalement hors du temps, rien n’indique l’époque à laquelle les photos ont été prises. D’ailleurs l’artiste parcourt la ville depuis une trentaine d’années et il est impossible de classer chronologiquement les photographies exposées au musée Carnavalet.

Michael Kenna a des motifs favoris : les ponts qui permettent les jeux de reflets et qui sont des traces du travail des hommes ; la tour Eiffel le symbole absolu de Paris que le photographe montre sous toutes ses coutures.

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Les œuvres de Michael Kenna sont extrêmement graphiques, les contrastes entre ombre et lumière sont accentués. Les cadrages sont bien entendu très soignés, très étudiés. Les poses sont longues, ces photographies sont loin de l’esthétique instantanée d’Henri Cartier-Bresson ou de Christopher Eggleston.

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Les photographies épurées de Michael Kenna sont empruntes de poésie, d’intemporalité. La ville de Paris est magnifiée par la qualité des cadrages et des tirages du photographe anglais. N’hésitez pas à y aller, l’exposition est en effet gratuite puisqu’elle est mélangée aux collections permanentes du beau musée Carnavalet.

Jim d’Harold Cobert

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La collection miroir des éditions Plon permet à des écrivains de se glisser dans la peau de personnages historiques, d’artistes ou de héros de fiction. Harold Cobert s’est emparé de Jim Morrison.

Le début du livre se déroule à Paris en 1971, Jim Morrison y a rejoint sa compagne Pamela. Il est méconnaissable : cheveux grisonnants, grosse barbe, de nombreux kilos en trop. On est loin du sex symbol en couverture du livre. On sait que c’est là qu’il va mourir à l’âge de 27 ans. Entre les deux, le chanteur des Doors se confie et raconte sa vie, ses frasques. Enfant de militaire qui ne cessa de déménager et de défier l’autorité de ses parents, Jim Morrison a passé sa vie à tester les limites, les siennes et celles des autres. « Ça m’a toujours éclaté de pousser les limites, toutes les limites. C’est confrontés à des circonstances extrêmes ou inhabituelles que le vernis social, moral et culturel craque et que les choses et les êtres se révèlent tels qu’ils sont vraiment. » L’alcool, la drogue, le sexe sont ses terrains de jeu favoris. Il est de tous les excès, il ne connaît aucune barrière, sa liberté est totale. Mais la société de la fin des années 60 n’est pas prête à accepter tous ses débordements.

Les provocations répétées et toujours plus violentes sur scène de Jim Morrison se terminent à Miami : insultes aux flics, exhibitionnisme, le chanteur est arrêté sur scène. Sans le savoir, Jim Morrison a suicidé le roi lézard et les Doors avec. Mais c’est au fond ce qu’il cherchait à faire depuis longtemps. L’histoire de Morrison est celle d’un malentendu. C’est celle d’un jeune homme féru de poésie, de cinéma, de chamanisme qui se voulait poète. La musique a croisé sa route et l’a consacré roi lézard. Lui, au départ, ne voulait même pas chanter et encore moins être une star. En six albums, les Doors ont créé une musique atypique, originale et donné naissance à un mythe.

Harold Cobert rend bien justice au personnage sauvage et excessif de Jim Morrison. L’atmosphère de l’époque est également bien décrite. Mon problème avec ce livre, c’est que je n’ai rien appris sur Jim Morrison. Je m’étais beaucoup intéressée à lui au moment du film d’Oliver Stone sur les Doors. Harold Cobert n’omet certes rien mais il ne rajoute rien non plus à la légende. Peut-être était-ce périlleux de choisir un personnage sans zone d’ombre, sans mystère à éclaircir.

Merci aux éditions Plon pour cette lecture.

Une photo, quelques mots (142ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Kot

Châtelet-les Halles. Pour les autres passagers de la rame, ces mots signifient une station de RER, un carrefour de plusieurs lignes au centre de Paris, un endroit à éviter après 1h du matin. Pour Fatoumata, c’est l’Eldorado, le cœur de cette capitale si hautaine et pourtant tant désirée. Elle y était déjà venue avec sa bande de  copines mais sans argent, l’après-midi s’était révélé frustrant. Pas question de voler quoique ce soit contrairement à ce qu’avait suggéré Oumou. Fatoumata ne voulait pas causer de problème à sa mère qui faisait ce qu’elle pouvait pour élever ses trois enfants. Elle avait attendu son heure, le moment où elle pourrait déambuler dans le labyrinthe des Halles en sachant qu’elle pourrait acheter ce qu’elle voulait.

Et ce moment, c’était aujourd’hui. Fatoumata était euphorique. Elle était partie tôt de chez elle pour bien profiter de sa journée et parce qu’elle n’en pouvait plus d’attendre. Dans son lecteur mp3 tournait en boucle le tube interplanétaire de Pharrell Williams, « Happy ». La parfaite illustration de son humeur.

Fatoumata avait trouvé un boulot chez IKEA le week end. Elle était caissière. Rien de bien glorieux mais ça allait aider sa mère à payer ses études à l’IUT. Enfin, c’est ce qui était prévu…

Le problème, c’est que Fatoumata n’a pas résisté lorsque sa première paye est tombée. Elle s’est précipitée aux Halles. Tout son argent y est passé en jeans, petits hauts décolletés pour les soirées et bijoux fantaisie. Elle a réussi à en cacher une partie dans son sac en toile. L’essentiel est que sa mère ne voie pas tout. Fatoumata ne savait pas comment elle allait se justifier si sa mère lui demandait des comptes. Mieux valait ne pas y penser maintenant, ne pas gâcher ce moment.

Because I’m happy

Clap along if you feel like a room without a roof

Because I’m happy

Clap along if you feel like happiness is to you

Because I’m happy

Clap along if you feel like that´s what you wanna do

                                                   une-photo-quelques-mots1-300x199

Un livre…un lieu

Martine's Legs. 1967.  © Henri Cartier Bresson

Notre chère Romanza nous a proposé un joli tag autour des lieux de nos lectures : « L’endroit où on découvre un roman, où on le lit et où on l’aime reste longtemps gravé en nous. Faisons-les revivre … durant quelques secondes. »

Comme ma copine Eliza, j’ai eu quelques difficultés à y répondre, vous pouvez également m’appeler Doris ! En y réfléchissant longuement, j’ai quand même réussi à associer certaines lectures avec un lieu précis :

-« Crime et châtiment » lu dans des conditions à l’opposé de l’atmosphère du roman : au bord d’une piscine au mois d’août près de Grasse.

-« A la recherche du temps perdu » dont les sept tomes furent lus dans l’herbe du jardin de mes parents en Anjou à raison d’un volume par an en été.

-« Anna Karénine » lu dans ma petite chambre universitaire tourangelle, de quoi élargir mon horizon !

-« Les mémoires d’Hadrien » lu au printemps dans le jardin du Luxembourg, un roman lumineux pour les premiers rayons du soleil. J’en profite pour vous dire que ce livre est un chef-d’œuvre. L’arrivée du mois anglais 2014 m’a empêché d’écrire mon billet, je le regrette tant je l’ai aimé. Merci à Eliza pour ce magnifique cadeau.

-« Le vol du faucon » lu à St Ives, l’ironie de cette lecture, c’est qu’il s’agit d’un roman de Daphné du Maurier qui ne se passe pas en Cornouailles !

-« Neige » lu dans un TGV en direction de Pau, le voyage le plus long de toute ma vie puisque je n’arrivais pas à venir à bout de ce roman ! J’ai fini par sauter des chapitres et je n’ai jamais relu Oran Pamuk !

Merci à Romanza de m’avoir proposé ce tag que vous pouvez reprendre si le cœur vous en dit !