La couleur du lait de Nell Leyshon

 

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« ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main. nous sommes en l’an de grâce mille huit trente et un, je suis toujours assise à ma fenêtre et j’écris toujours mon livre.

je vois mon visage dans la vitre. mes cheveux et ma peau sont clairs.

je suis penchée sur ma table avec mon encrier devant moi et un tas de feuilles à ma gauche.

et vous savez maintenant que j’ai dû apprendre chaque lettre que j’écris. ça me fait deuil de vous raconter tout ça. il y a des choses que je n’ai pas envie de dire.

mais je me suis juré que je dirais tout exactement comme ça s’est passé. j’ai promis alors je dois continuer. »

Mary, une jeune fille de quinze ans, écrit son histoire, sa confession. Cadette d’une famille de quatre enfants, elle est élevée par un père brutal et une mère indifférente. Toute la famille travaille aux champs dans la campagne du Dorset. Du lever au coucher, pas de repos pour les quatre filles qui subissent la loi de leur père. Seul le grand-père infirme compatit à la difficile vie de Mary. Lorsque le pasteur Graham propose au père de Mary d’embaucher celle-ci pour s’occuper de sa femme malade, il n’y a aucune hésitation : le père prend l’argent et se débarrasse bien vite de sa fille boiteuse. Mrs Graham est pleine de gentillesse et de bonté envers Mary. Celle-ci découvre les livres, l’écriture et son horizon s’élargit. Son sort semble évoluer au mieux jusqu’à la mort de Mrs Graham.

« La couleur du lait » est le premier roman traduit en français de Nell Leyshon. Il est court, serré et dense. L’auteur l’a écrit en se mettant totalement dans la peau de la jeune Mary. La langue employée est celle d’une personne qui vient tout juste d’apprendre à écrire, qui ne maitrise pas encore le vocabulaire et la grammaire. L’ironie de la situation de Mary est qu’elle n’écrira que ce témoignage, cette confession puisque c’est en prison qu’elle écrit. Elle semble n’avoir appris à écrire que pour ce texte, pour s’expliquer aux yeux du monde. L’écriture ne la libère que de sa conscience, pas de sa condition sociale. « La couleur du lait » est un roman d’apprentissage qui s’achève dans la douleur et la drame. La jeune paysanne pleine d’aspirations et de curiosité, n’aura qu’effleurer les possibilités offertes par l’écriture et la lecture. L’émancipation de Mary ne sera malheureusement que de courte durée.

« La couleur du lait » est le récit poignant de la vie de la jeune Mary, paysanne et servante qui n’aura connu que la violence et l’humiliation.

Merci aux éditions Phébus pour cette découverte.

Une photo, quelques mots (141ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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© Romaric Cazaux

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir prendre en entrée ? La terrine de campagne ? C’est déjà ce que j’ai pris le mois dernier. Voyons…me laisserai-je tenter par l’assiette de saumon fumé ? Ou par le foie gras au chutney de mangue ? Je ne sais même pas ce que c’est que le chutney ! Depuis le temps que nous venons ici, je n’ai jamais osé poser la question. Tous les premiers dimanches du mois, depuis des années et je m’interroge encore sur le menu. Je ne voudrais pas me faire rabrouer par Jeanne pour mes questions idiotes ! Du chutney… non vraiment, je ne vois pas. C’est un peu trop raffiné pour moi ici. Le menu, le décor art déco… C’est Jeanne qui a choisi ce lieu la première fois. Je crois que c’était lorsque les enfants ont quitté la maison. Une manière de célébrer notre travail de parents dûment accompli ! C’est rapidement devenu un rituel, notre sortie mensuelle dans le monde. Honnêtement, je préfèrerais aller au petit troquet à côté de chez nous. Je m’y sens plus à mon aise. C’est à la bonne franquette chez Eugène ! Je ne serais pas obligé de m’habiller aussi convenablement. Jeanne pense que c’est bien de me sortir de mes habitudes. Enfin, si ça peut lui faire plaisir, je veux bien faire un petit effort une fois par mois.

– Tu as choisi Henri ?

– Oui, je vais prendre la terrine de campagne pour commencer.

Toujours sa terrine de campagne, il prend à chaque fois la même chose. On ne peut pas dire qu’il soit plein de fantaisie Henri ! Il n’avait déjà pas l’âme d’un aventurier à 20 ans, alors à 78… Il pourrait quand même changer de plat de temps à autre. Cela fait bien longtemps que j’ai fait le tour de la carte. Les produits sont de qualité mais je commence à me lasser de venir toujours ici. C’est un peu démodé l’art déco, non ? D’autant plus que Huguette m’a parlé d’un nouveau restaurant au croisement de l’avenue Pasteur et de l’avenue du Général Leclerc. C’est un trois étoiles au décor assez contemporain semble-t-il. La cuisine doit être plus recherchée, plus originale qu’ici. Mais Henri ne voudra jamais y mettre les pieds. Il trouve déjà cette brasserie chic alors un restaurant trois étoiles ne risque pas de le tenter. Henri a toujours été plus traditionnel que moi ; il a besoin de certitudes, de stabilité pour être bien. C’est pour cela que nous revenons toujours ici. Une brasserie toute simple en bord de mer. Henri adore regarder la mer, son ressac, ses reflets brillants au soleil, ses vagues fougueuses quand le vent se lève.  C’est un rêveur Henri. Ça m’a toujours plu cette capacité à s’évader, à s’échapper du réel. Et puis c’est vrai que la vue est plaisante ici, été comme hiver. Je peux bien revenir ici si ça fait plaisir à Henri et c’est toujours mieux que chez Eugène ! Je proposerai à Huguette d’aller un soir dans le nouveau restaurant.

– L’assiette de saumon fumé, c’est pour ?

– C’est pour madame, merci.

– Et voici la terrine de campagne.

– Merci. Bon appétit Jeanne !

– Merci, à toi aussi Henri !

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Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kapriélian

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 « 800 pièces. Autant d’indices qui révèlent une facette de l’icône, pièces d’un puzzle à travers lequel elle signe sans s’en douter son autoportrait. La garde-robe qu’une femme porte serait comme le testament de ce qu’elle fut intimement, puisqu’elle témoigne de son goût, et qu’il n’y a peut-être rien de plus révélateur d’une vie intérieure. Toutes ces pièces disaient sa façon de vivre, d’appréhender son existence, le monde et elle-même. Après la mort de Garbo, sa garde-robe était devenue l’ultime corps qui attesterait de ce que fut vraiment le premier. Le duplicata de son corps réel – son ombre matérialisé. » Partie à Los Angeles pour réaliser un reportage sur la vente des vêtements et accessoires de Greta Garbo, Nelly Kapriélian en revient avec l’un des manteaux de la star. L’achat de ce manteau rouge, le manteau d’une étoile morte, l’entraîne dans une réflexion sur l’importance du vêtement, de l’apparence. Son livre est constitué de fragments, il s’agit d’un puzzle faisant s’entrecroiser l’essai et l’autofiction. Elle cite de nombreux auteurs pour étayer ses idées : Daphné du Maurier, Marcel Proust, Joris-Karl Huymans, Truman Capote, Oscar Wilde, HG Wells, Alfred Hitchcock….

Le vêtement est ce que nous montrons de nous aux autres. C’est notre vernis social, notre manière de nous présenter au monde. Il peut nous cacher ou au contraire nous montrer, souligner notre présence. La garde-robe vendue de Garbo montre ces deux aspects à la fois. Elle portait des vêtements d’homme (c’est d’ailleurs une pionnière du port du pantalon), discrets et sobres. Ses armoires étaient remplies de robes étincelantes, de manteaux aux couleurs vives comme celui acheté par Nelly Kapriélian. Ce masque social qu’est le vêtement peut nous permettre de nous réinventer, de nous transformer. L’auteur s’approprie l’aura de Garbo à travers son manteau comme Maria Callas s’était emparée de celle d’Audrey Hepburn. Et cela modifie l’image que l’on donne à voir aux autres. Cette transformation de soi peut aller jusqu’à la révolte. Oscar Wilde se faisait faire des manteaux pourpres, des vêtements allant à l’encontre de la mode victorienne et de l’ordre établi. Les punks hurlaient leur critique de la société anglaise par leur manière de se vêtir, de se coiffer.

Ces réflexions sur le vêtement s’inscrivent totalement dans la vie de Nelly Kapriélian et dans celle de sa famille. Il faut remonter jusqu’à son arrière-grand-mère pour expliquer son lien aux vêtements. Le mari de celle-ci mourut pendant le génocide arménien. Elle ne récupéra pas le corps de son mari mais uniquement sa chemise, qu’elle va enterrer au cimetière. La grand-mère et la mère de l’auteur travaillèrent ensuite dans le textile. Les histoires d’amour de Nelly Kapriélian évoquent « Vertigo » d’Hitchcock où James Stewart rhabille Kim Novak pour qu’elle ressemble à la femme de ses rêves. Et l’auteur se plie aux demandes de ses hommes, comme l’héroïne de « Rebecca », pour plaire, correspondre à l’image rêvée. Mais on ne peut se nier indéfiniment, renoncer à soi pour les autres.

« Le manteau de Garbo » est un livre passionnant, intelligent et riche. Un éloge du vêtement qui pose des questions sur notre identité, sur ce qui reste de nous, sur l’importance de l’art dans nos vies.

William Eggleston, from black and white to color

Le photographe américain William Eggleston est à l’honneur à la Fondation Cartier-Bresson. L’exposition met en valeur son passage du noir et blanc à la couleur. Par ce changement, Eggleston rompt avec la tradition photographique et créa un véritable séisme dans ce milieu. Mais ce passage à la couleur n’est pas la seule transgression du photographe.

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William Eggleston s’intéresse à ce qui l’entoure, au quotidien des gens. Il cherche des territoires nouveaux, inexplorés par la photographie. Il les trouve dans les supermarchés, d’ailleurs sa première photo en couleur est « Supermarket boy with carts » en 1965. Un simple employé de supermarché est au cœur de la photo. La couleur s’impose à lui naturellement, après tout le monde qui nous entoure n’est pas en noir et blanc. Par la suite, Eggleston continue à explorer la banalité du quotidien, le trivial dans des lieux ordinaires comme les bars, les drive-in, les stations essence ou les hôtels mais aussi par le biais des objets comme une tv, un lavabo ou un four. La couleur donne un côté abrupt, un fort réalisme à ces objets du quotidien qui illustrent pour Eggleston l’aliénation de notre monde contemporain.

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Les clichés de Eggleston sont emprunts d’une forte mélancolie. Ils représentent des personnes seules, des objets que l’on vient de laisser, des lieux abandonnés à la décrépitude avancée. La présence de l’homme se sent partout, elle est fantomatique. Le temps semble s’être arrêté dans les images de William Eggleston.

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Ce qui fait également l’originalité de l’œuvre du photographe, ce sont les compositions de ses photos. Il aime à changer de points de vue et en adopte d’audacieux. Nous nous retrouvons au niveau des roues d’une voiture, d’un chien ou carrément au plafond ! Les cadrages sont donc travaillés mais les clichés de Eggleston donnent une impression de spontanéité, ce sont presque des instantanés.

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William Eggleston, qui aura passé sa vie à prendre en photos le Sud des États-Unis où il vit toujours, est un artiste intrigant et passionnant. J’ai découvert grâce à cette exposition une œuvre originale par ses points de vue et par sa manière de traiter le quotidien de ses contemporains. J’espère vous avoir donné envie d’aller faire un tour dans ce beau lieu qu’est la Fondation Cartier-Bresson.

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Une photo, quelques mots (140ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

main© Maman Baobab

Je ne me souviens évidemment pas de cette photo. Trop petite pour me souvenir de ce premier contact avec ma mémé. Mes petits doigts lisses dans sa grande main rugueuse. J’aimais regarder ses mains, sa peau comme un parchemin, un paysage accidenté fait de crevasses et de ravins.

Ses mains me racontaient sa vie : la dureté du travail à l’extérieur, le manque de confort, les années qui s’accumulent et qui se font pesantes. Les rides de son visage me disaient ses peines, ses joies, ses rires. Tant d’expériences qu’il fallait découvrir à mon tour.

Son regard fatigué mais si doux me disait que l’on pouvait trouver la sérénité et l’apaisement. La vieillesse sert à cela. Arrêter de chercher, de se battre et se laisser vivre, enfin.

Et son plaisir, c’était de s’occuper de ses petits-enfants. Essayer de comprendre nos lubies du moment, participer à nos jeux, nous donner au goûter des gâteaux toujours trop secs, nous raconter sa jeunesse si éloignée de la nôtre, partager sa tendresse. Elle avait du mal à nous suivre, la société changeait maintenant trop vite pour elle. Dépassée, c’est comme ça qu’elle se sentait face à notre jeunesse, notre vitalité.

Bien sûr, nous n’avons pas assez écouté ce qu’elle nous disait, pas assez profité de son expérience et de son sourire malicieux. Elle avait toujours été là pour nous, nous avions le temps.

Hier soir, ma mémé s’en est allée, doucement, juste en fermant les yeux.

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Bilan plan Orsec et films d’octobre

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La réalité est parfois difficile à affronter mais il faut savoir être honnête avec soi- même. Mon bilan plan Orsec en octobre est aussi bon que le bilan carbone du périph parisien un dimanche soir de retour de vacances. Un seul des six livres lus faisait partie de ma PAL. Autant vous dire qu’il va falloir que je me remue avant la fin de l’année pour réussir à régler le problème épineux (insoluble ?) de ma PAL !

Passons aux films du mois :

Mes coups de cœur :

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Voici le deuxième biopic consacré à Yves Saint Laurent en moins d’un an. Je vous épargnerai les comparaisons puisque je n’ai pas vu le premier. Celui-ci est consacré aux années 1967-1976. Les années où l’entreprise YSL arrive à son apogée. Le travail du couturier est alors salué dans le monde entier. Paradoxalement, ce sont des années noires pour Yves Saint Laurent (Gaspard Ulliel). Trop de pression l’entraîne vers toujours plus d’excès, de drogue et de sexe (avec le magnétique Jacques de Basher (Louis Garrel) qui était également l’amant de Karl Lagarfeld). Saint Laurent est avant tout un artiste, un esthète que le commerce enfonce dans la dépression. Le film de Betrand Bonello est tout en va-et-vient entre l’enfance, la vieillesse et l’instant présent. Une construction subtile et très proustienne dont YSL était un fervent admirateur. Gaspard Ulliel est saisissant de justesse. Bertrand Bonello reconstitue formidablement bien une époque, une atmosphère (la musique y joue un rôle essentiel). Son film est intelligent, extrêmement bien construit et rend un vibrant hommage à un homme sensible et complexe.

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 Dans les années 20, le célèbre magicien Wei Ling Soo (Colin Firth) est mis à contribution pour démasquer une médium (Emma Stone). Cette dernière s’est installée dans une riche famille américaine du Sud de la France. Le magicien, de son vrai nom Stanley Crawford, tombe peu à peu sous le charme de la jeune femme. Le dernier film de Woody Allen est un véritable délice. Colin Firth incarne un personnage proche de celui de Mr Darcy dans la célèbre série BBC. Il est cynique, arrogant, snob et fait une déplorable demande en mariage. Emma Stone joue de son joli minois et de son charme pour adoucir le pessimiste patenté. Notre cher Woody réalise un film plein d’espoir, de lumière et d’esprit.

 

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Geronimo, c’est le surnom de l’éducatrice (Céline Sallette) qui tente de faire son métier dans un quartier difficile du sud de la France. Lorsque le film s’ouvre, Nil, une jeune femme turque s’enfuit de son mariage arrangé. Elle part retrouver Lucky, son amoureux gitan. La guerre est déclarée entre les deux familles. Tony Gatlif nous offre sa vision de Romeo et Juliette et il s’approche de « West Side Story » par des scènes de combats chorégraphiés et mis en musique. Comme tous les films du réalisateur, c’est foutraque mais tellement vivant et énergique. Céline Sallette fait merveille, elle incarne avec force Geronimo. Un souffle de liberté et de musique bienvenu en ces temps tristounes.

 

Et sinon :

  • « Bande de filles » de Céline Sciamma : Marieme est en échec scolaire et vit en banlieue parisienne. Elle s’occupe de ses deux sœurs pendant que sa mère travaille. Son frère, violent, vit de petits trafics. Marieme veut sortir de ce rôle imposé et pour ce faire elle rallie un groupe de trois filles exubérantes et castagneuses. Céline Sciamma filme toujours l’adolescence, ce moment où tout se noue. Ici elle choisit des filles contraintes par leur milieu social à n’être que de faibles femmes, des futures épouses et mères de famille. Comment grandir dans un milieu aussi violent et fermé qu’une cité de banlieue ? L’énergie débordante et le naturel des quatre jeunes actrices fait plaisir à voir. Malheureusement le film s’étire en longueur. Il aurait gagné à laisser plus ouverte la destinée de Marieme.

 

  • « National Gallery » de Frederik Wiseman : Le documentariste nous entraine pendant plus de deux heures dans les coulisses du grand musée londonien. Aucun commentaire, aucune présentation du musée et de ce qui nous est présenté. Nous assistons à des visites guidées, des réunions de conservateurs, des restaurations de tableaux. Nous sommes au cœur de la vie du musée, de ses enjeux, de ses impératifs et de ses devoirs pédagogiques. C’est passionnant mais cela aurait gagné à être un peu plus court, certaines scènes sont un peu répétitives.

 

  • « Near death experience » de Benoit Delépine et Gustave Kervern : Paul (Michel Houllebecq), père de famille et alcoolo notoire, se lève un matin avec la ferme intention de se suicider. Il enfourche son vélo, abandonne femme et enfants direction la Montagne Ste Victoire où les précipices ne manquent pas. Le dernier film de Kervern et Delépine est un sommet d’humour noir et de décalage. Michel Houllebecq est quasiment seul durant tout le film. Il soliloque, marmonne quelques pensées essentielles. L’écrivain offre à Paul son corps usé, fatigué, incarnant visuellement la dépression. Par moments réjouissant, à d’autres un peu long, « Near death experience » n’est pas le meilleur film du duo grolandais mais la prestation de Michel Houllebecq vaut le détour.

La fille dans l’escalier de Louise Welsh

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Jane, une libraire écossaise enceinte, débarque à Berlin pour s’y installer avec son amie Petra. Cette dernière est allemande et les deux femmes ont décidé d’élever leur enfant à Berlin plutôt qu’à Londres ou elles vivaient auparavant. Malheureusement Petra travaille beaucoup et Jane ne parle pas encore l’allemand. Elle est un peu désœuvrée dans le grand appartement que Petra vient d’acquérir. Jane finit par guetter les va-et-vient de ses voisins et notamment de la jeune Anna vivant à côté avec son père médecin. L’adolescente semble avoir un comportement étrange et Jane entend de violentes disputes entre elle et son père. Elle s’inquiète, s’interroge sur la manière dont est traitée Anna. La vie de l’adolescente finit par l’obséder totalement.

J’avais déjà souligné dans mon billet sur « De vieux os », le talent de Louise Welsh à rendre, à créer une atmosphère. Son dernier roman « la fille dans l’escalier » en est encore l’illustration. Elle s’attaque cette fois au genre du thriller et met en place un cadre très sombre. En face de l’immeuble où habitent Petra et Jane, se trouvent un bâtiment délabré, à l’abandon mais également un cimetière inquiétant où se rassemblent les corbeaux : « Les corbeaux s’étaient calmés,  leurs cris refluant pour n’être plus qu’un murmure (…). Mais voilà qu’ils recommençaient, leur croassement enflait pour devenir un chœur inquiet. Jane leva les yeux, se demandant ce qui les avait perturbés. Le vent commençait à souffler et la cime des arbres tourbillonnait pour entamer une danse. » La vue de ce morne paysage aggrave le sentiment de solitude et de malaise de Jane.

Ce dernier va s’accentuer lorsque Petra part pendant une semaine à Vienne pour son travail. Le malaise, diffus jusque là, s’affirme pleinement. L’obsession de Jane pour Anna se transforme en paranoïa qui la ronge et l’aveugle complètement. Sa mission est de sauver Anna contre tous et contre son gré. Mais est-ce vraiment Jane qui est aveuglée par sa paranoïa ? Quelle vérité est la bonne ? À la manière de Dennis Lehane dans « Shutter Island », Louise Welsh laisse planer le doute quant à la santé mentale de son héroïne. Qui doit-on croire dans cette histoire ?

J’avais beaucoup aimé « De vieux os » mais « La fille dans l’escalier » est plus réussi. Tenu de bout en bout, le récit monte peu à peu en puissance et se fait haletant et angoissant. Mais Louse Welsh arrive également à semer le doute dans l’esprit de son lecteur. Un thriller parfaitement maitrisé.

Une photo, quelques mots (139ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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Suivis. Caroline et Laurent sont suivis. Elle en est sûre. Depuis dix minutes elle sent une présence derrière eux. Des pas résonnent sur le trottoir. Le son ne faiblit pas, ne change pas de direction. La rue est étonnamment vide pour ce début de soirée. Le bruit n’en est que plus perceptible.

En passant devant la vitrine d’un magasin, Caroline en profite pour entrapercevoir la personne qui se trouve derrière eux. C’est un homme assez grand, ses bras sont recouverts de tatouages. Caroline frissonne et serre plus fort la main de Laurent. Le corps de cet individu n’a rien pour la rassurer. Probablement un voyou, peut-être même fait-il partie d’un gang.  Tant de tatouages n’inspirent pas confiance.

Heureusement que Caroline ne se promène pas seule. Elle accélère néanmoins le pas, entraînant Laurent avec elle. Que la station de métro lui semble loin ! Vite s’y engouffrer, retrouver la sécurité de la foule des voyageurs.

Caroline dresse l’oreille. Elle se focalise tout entière sur le bruit des pas de l’individu. Elle guette leur fréquence, leur rythme. L’homme avance vite. Le cœur de Caroline s’emballe. L’inquiètude l’étreint.  Elle sursaute en sentant une main sur son épaule.

– Mademoiselle, vous avez oublié votre foulard dans le bar dont vous sortez.

– Me..me..merci !

-De rien. Vous marchez vite, dites donc, j’ai eu du mal à vous rattraper ! Allez, bonne soirée !

L’homme fit demi-tour. Caroline sentit la honte lui rougir les joues.

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Freedom de Jonathan Franzen

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Patty et Walter Berglund forme un couple modèle avec leurs deux enfants  Joey et Jessica. Ils résident à St Paul, Minnesota, dans une banlieue privilégiée où ils font des envieux auprès de leurs voisins tant ils semblent unis et heureux. Mais cela ne dure pas. La vie des Berglund semble se désagréger subitement lorsque Joey décide de s’installer chez les parents de sa copine qui se trouvent habiter juste en face. « La douleur qui émanait de la maison des Berglund était proprement sui generis. Walter (…) admit maladroitement à plusieurs voisins que lui et Patty avaient été « virés » comme parents et qu’ils faisaient de leur mieux pour ne pas le prendre trop personnellement. » Jessica quitte également le foyer familial pour ses études. Sans ses enfants, Patty perd totalement pied et ne sait plus quoi faire pour que Joey revienne vivre sous son toit. Walter, plus radical, refuse de parler à nouveau à son fils. Comment cette famille, qui semblait parfaite, en est arrivé là ?

« Freedom » est une grande saga familiale qui nous raconte, depuis sa genèse, la relation de Walter et Patty. Les Berglund forme une famille américaine moyenne, démocrate, sûre de ses valeurs jusqu’à ce que l’implosion ne les questionne sur leurs choix. Car le centre du livre de Jonathan Franzen, comme l’indique son titre, c’est bien la liberté ou son absence car avons-nous tant de liberté que ça dans nos choix de vie ? Walter et Patty se demandent en tout cas s’ils ont fait les bons. A travers les récits des différents protagonistes (dont le centre est le journal de Patty), nous découvrons la vie des Berglund, leur jeunesse, leurs espoirs et surtout leurs désillusions. Patty, ignorée par ses parents, se replie sur le basket et devient une compétitrice acharnée. Toute sa vie est menée par son envie de gagner. Lorsqu’elle rencontre Walter, c’est de son meilleur ami, Richard Katz, qu’elle tombe amoureuse. Mais celui-ci est musicien de rock, instable et dragueur impénitent. C’est donc Walter qu’elle choisit pour correspondre à l’image de la famille américaine modèle : « Mais même si elle était finie comme joueuse inter-universités, elle avait toujours un chrono des trente secondes dans la tête, elle était toujours sous l’emprise de la sonnerie de fin de match, elle avait plus que jamais besoin de continuer à gagner. Et la plus belle façon de gagner -de toute évidence son meilleur tir décisif contre ses sœurs et sa mère- c’était d’épouser le garçon le plus gentil du Minnesota, de vivre dans une maison plus grande, plus belle et plus intéressante que quiconque dans la famille, d’enchaîner les bébés et d’accomplir, en tant que parent, tout ce que Joyce avait raté. » Mais elle sera rattrapé par ce choix et sombrera dans la dépression.

Walter, quant à lui, est rattrapé par son idéal politique. Démocrate, écologiste convaincu, il se retrouve à travailler pour une société qui dévaste des paysages soit disant pour sauver une espèce rare d’oiseaux. Comme Patty, le fait d’ouvrir les yeux sur sa situation va engendrer une grande déception et une remise en cause.

Le portrait de la famille Berglund est aussi celui de l’Amérique contemporaine. Un pays plein d’idéaux qui les voit se fracasser les uns après les autres. « Freedom » est un roman d’une ampleur rare où l’on suit les personnages de l’adolescence à l’âge adulte. Récit choral non linéaire, « Freedom » est un roman passionnant, captivant de bout en bout.

 

L’île au trésor de Robert Louis Stevenson

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C’est à l’auberge de la famille Hawkins que le pirate Billy Bones a échoué. Il est violent, boit beaucoup et se méfie de ses anciens amis. Il craint surtout un homme à la jambe de bois. Il demande au jeune Jim Hawkins de le prévenir si l’individu se présente à l’auberge. Lorsque Billy Bones passe l’arme à gauche, Jim et sa mère découvrent dans ses affaires une carte au trésor. Ils la montrent au docteur Livesey et à Sir Trelawney. Ce dernier s’enflamme pour cette quête et décide de partir à la chasse au trésor. Grâce à ses biens, il achète un bateau, l’Hispniola, et monte un équipage avec le capitaine Smolett. Le cuisinier, Long John Silver, a une jambe de bois ce qui inquiète Jim. « Durant mon hésitation, un homme surgit d’une pièce intérieure, et un coup d’oeil suffit à me persuader que c’était Long John. Il avait la jambe gauche coupée au niveau de la hanche, et il portait sous l’aisselle gauche une béquille, dont il usait avec une merveilleuse prestesse, en sautillant dessus comme un oiseau. Il était très grand et robuste, avec une figure aussi grosse qu’un jambon – une vilaine figure blême, mais spirituelle et souriante. » Mais il est bien trop aimable et agréable pour être celui que craignait Billy Bones. Tout l’équipage, Jim Hawkins compris, embarque vers l’aventure, vers la fameuse île au trésor.

Voilà un beau roman d’aventures classique, tous les ingrédients sont réunis pour nous dépayser : une île déserte, un trésor caché, de viles pirates, un perroquet jacassant. Stevenson a vraiment écrit ce que l’on attend d’un récit de ce type. A partir du moment où l’Hispaniola prend la mer, de nombreux rebondissements nous attendent, relançant sans cesse le suspens. L’aventure nous est majoritairement racontée par le jeune Jim  Hawkins pour lequel on éprouve tour à tour de la sympathie, puis de l’inquiétude et l’on finit par admirer sa bravoure et son intelligence. Long John Silver est devenu l’archétype du pirate : cupide, rusé, manipulateur, à la réputation terrible mais avec du panache et un certain sens de l’honneur. Le parfait méchant que l’on n’arrive pas à détester totalement.

« L’île au trésor » est un roman palpitant, rythmé qui vous emmènera loin de votre quotidien aux côtés du terrifiant Long John Silver.