Alma, l’enchanteuse de Timothée de Fombelle

J03549_Alma_T2_Lenchanteuse_COUV_proue_30082021.indd

Au début du deuxième tome de la trilogie de Timothée de Fombelle, nos trois jeunes héros se croisent dans une auberge de St Domingue. Après la mort de son père, Amélie Bassac est venue pour voir ses plantations de canne à sucre des Terres Rouges. Alma et Joseph Mars ont réussi à s’échapper de La Douce Amélie et accompagne le pirate Luc de Lerne, toujours en quête du fabuleux trésor des Bassac. Mais Alma n’a toujours qu’une seule idée en tête : retrouver son petit frère Lam qui a quitté leur vallée d’Afrique. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que sa mère et son frère aîné ont également du quitter leur paisible environnement. Alma a réussi à savoir sur quel bateau Lam s’est retrouvé et il se dirigerait vers la Louisiane.

Quel immense plaisir de retrouver les personnages de Timothée de Fombelle et de se plonger pendant des heures dans son univers. Le deuxième tome nous réserve à nouveau de très nombreux rebondissements, nous suivons les personnages en Amérique, en Angleterre, en France et en Australie. Tout s’enchaîne de manière fluide et haletante. Encore une fois, il faut saluer le formidable talent de conteur de l’auteur. Chez d’autres, certaines coïncidences pourraient paraitre excessives mais ce n’est jamais le cas avec Timothée de Fombelle où l’intrigue est formidablement bien construite. En revanche, je vous préviens, il joue sans cesse avec nos nerfs ! On espère des retrouvailles, on les frôle à plusieurs reprises mais il faudra attendre le tome 3 pour espérer qu’Alma retrouve les membres de sa famille.

Si le roman est aussi solide, c’est aussi parce que l’on sent que l’auteur s’est parfaitement documenté sur la période historique, la traite des esclaves et les prémisses de l’abolition. On croise dans les pages de « Alma, l’enchanteuse », Thomas Clarkson et Granville Sharp qui consacrèrent leur vie à combattre l’esclavage, Jean-François de La Pérouse avant que ses vaisseaux L’Astrolabe et La Boussole ne disparaissent et nous pénétrons dans les entrailles de la cour de Louis XVI à Versailles où tout va bientôt basculer.

« Alma, l’enchanteuse » est un tourbillon d’évènements, d’émotions où l’on croise et recroise de nombreux personnages et qui vous emportera au cœur des aventures d’Alma et des siens. L’attente va être très très longue jusqu’en 2023 où sera publié le dernier tome.

Zoomania d’Abby Geni

9782330136697-475x500-1

A Mercy, Oklahoma, une tornade de catégorie S a tout dévasté sur son passage. Elle laisse les enfants McCloud orphelins, leur père a disparu et leur maison a été emportée. Darlene doit prendre en charge son frère Tucker et ses deux jeunes sœurs Jane et Cora. Abandonnant son rêve d’aller à l’université, elle trouve un travail dans un supermarché et installe la fratrie dans un mobilhome. Trois ans après la tragédie qui a frappé Mercy, Darlene se débat pour faire vivre et gérer sa famille alors que Tucker est parti et ne donne aucune nouvelle. Cora n’a quant à elle aucun souvenir de sa vie avant la tornade et un autre évènement va bouleverser sa vie : l’usine de cosmétiques explose et il s’agit d’un acte volontaire. Peu de temps après, Cora disparaît à son tour.

« Zoomania » semble être un thriller, le récit d’une cavale de l’Oklahoma à la Californie. Au cœur de celle-ci se pose la question de l’écologie, du rapport de l’homme à la nature et aux animaux. La cause est juste mais ici l’exaltation, la radicalité en sont le moteur et iront jusqu’à une scène incroyable et saisissante.

Mais le livre d’Abbi Geni n’est pas politique, elle n’est pas là pour juger les actes écoterroristes qui ont lieu au cours de son intrigue. L’auteure explore avant tout les liens familiaux, les responsabilités et la loyauté qui en découlent. La famille McCloud est une famille à la dérive, fragilisée par les drames qui ont émaillé son histoire. La fratrie est particulièrement intéressante, chacun de ses membres est parfaitement décrit et possède une belle profondeur psychologique. Darlene et Cora se partagent la narration du roman, toutes deux seront changées par les évènements, leur apprentissage de la vie se fait de manière brutale.

Sur fond de défense et de protection  de la nature et des animaux, Abbi Geni nous entraîne à la suite des membres de la famille McCloud, une famille déchirée suite à de terribles drames. « Zoomania » nous offre une intrigue originale aux personnages profondément humains.

Traduction Céline Leroy

picabo-300x300

Olive, enfin d’Elizabeth Strout

critique-olive-enfin-strout-fayard

Dans la petite ville côtière de Crosby dans le Maine, Olive Kitteridge est dorénavant retraitée et veuve depuis quelques années. Anciennement professeur de mathématiques, elle connaît une grande partie des habitants de Crosby avec qui elle partage des moments longs ou fugaces. Bientôt, Olive va connaître une nouvelle période dans sa vie à laquelle elle ne s’attendait pas, une seconde chance en la personne de Jack Kennison.

Comme dans « Olive Kitteridge » (Prix Pulitzer 2009), Elizabeth Strout nous offre des instantanés de vie, chaque chapitre pourrait presque être une nouvelle indépendante. Ce qui lie l’ensemble, c’est le personnage d’Olive Kitteridge qui est tour à tour au premier ou au second plan. L’âge ne l’a pas changé, Olive reste une femme intimidante, imposante physiquement, toujours franche, un peu bourrue et surtout totalement anticonventionnelle. Elle s’intéresse à chacun, écoute le récit des vies qui l’entourent sans jamais juger. On accompagne Olive et les habitants de Crosby sur plusieurs décennies, dans la vieillesse, la maladie, la sénilité. Mais l’ensemble n’est pas uniquement sombre, Elizabeth Strout y glisse des éclats de lumière, d’émerveillement et surtout de l’humour.

« Olive, enfin » se lit avec un plaisir infini, un charme profond s’en dégage grâce au talent d’Elizabeth Strout. Chaque personnage croisé a de l’épaisseur. L’autrice a le talent des plus grands écrivains de nouvelles, elle sait en peu de mots nous faire comprendre la psychologie des personnages, nous faire entrer dans leur vie. Comme Olive, elle ne juge pas, elle ne fait pas la morale à ses personnages qui sont pourtant souvent perdus, égarés dans les soubresauts de la vie. « Alors s’imposa à lui l’idée qu’il ne fallait jamais prendre à la légère la solitude consubstantielle à l’homme, que les choix faits par les gens pour se tenir à distance de l’abîme obscur devaient être respectées. » Le regard porté par Elizabeth Strout sur ses personnages est fait d’empathie et de tendresse et c’est sans doute ce qui les rend si touchants.

J’aime décidément beaucoup me plonger dans l’univers tout en grâce et en délicatesse d’Elizabeth Strout. Les petits riens et les grandes tragédies de la vie, la mélancolie et la beauté du monde se mélangent entre les pages de ce livre pour mon plus grand plaisir.

Traduction Pierre Brévignon

picabo-300x300

Les ombres filantes de Christian Guay-Poliquin

img1c1000-9782925141006

Dans la forêt, un homme seul marche pour rejoindre le camp de chasse où ses oncles et tantes se sont réfugiés après la grande panne électrique. Il reste sur ses gardes, tente de passer inaperçu pour éviter des rencontres qui pourraient se révéler dangereuses. « Depuis la panne, le sol ne tremble plus sous les chargements de bois des semi-remorques, mais il y a encore beaucoup de circulation en forêt. Il y a ceux et celles qui se sont réfugiés dans leurs chalets ou leurs camps de chasse. Aussi ceux et celles qui tentent de s’établir quelque part, loin des agglomérations et des routes nationales. Partout, les gens se méfient, les gens calculent, les gens sont armés. » Un jour, sa route croise celle d’un étrange jeune garçon. Celui-ci se joint à lui sans lui raconter son passé. L’homme et l’enfant traverseront la forêt et d’autres contrées sauvages pour trouver un refuge.

« Les ombres filantes » s’inscrit dans la droite ligne des précédents romans de Christian Guay-Poliquin. Même si les trois romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres, on retrouve ici le même narrateur que dans « Le fil des kilomètres » et « Le poids de la neige ». Après avoir essayé de rejoindre son père mourant, avoir eu un accident qui l’immobilisa longtemps, le narrateur essaie de trouver une forme de stabilité en rejoignant sa famille. La première partie du roman n’est pas sans évoquer « La route » de Cormac McCarthy. L’homme et l’enfant doivent survivre dans un monde devenu hostile après une catastrophe dont on sait peu de choses. La tension de la narration naît de cette situation, de l’angoisse liée aux autres et de leurs possibles intentions malveillantes. Mais la forêt y joue également un rôle fondamental. Elle est à la fois un lieu familier, protecteur mais aussi un lieu inquiétant, menaçant. Christian Guay-Poliquin sait parfaitement jouer sur ces deux aspects et nous offre de magnifiques descriptions de cet environnement.

« Les ombres filantes » permet surtout de questionner les liens familiaux. Ceux qui sont naturels, évidents, s’avèreront finalement difficiles, complexes. Le cœur de l’intrigue est bien entendu cette relation imprévue entre le narrateur et le jeune garçon. Ce qui se noue entre eux au fil des pages est fort et touchant. Rien ne l’explique, l’homme ne sait presque rien sur cet enfant, un mystère se dégage de lui mais cela n’empêche pas l’affection de naître et de grandir.

Avec « Les ombres filantes », Christian Guay-Poliquin nous montre à nouveau sa capacité à maitriser son intrigue, à créer une atmosphère inquiétante et étouffante. La fin du roman est véritablement saisissante.

Bilan livresque et cinéma de novembre

Novembre

La fin d’année approche à grand pas et l’heure des bilans aussi. En attendant, voici celui du mois de novembre avec sept romans et une bande-dessinée :

« Seule en sa demeure » qui m’a permis de découvrir Cécile Coulon dans un univers de conte gothique,

« Londinium » d’Agnès Mathieu-Daudé qui nous entraîne dans une uchronie bourrée de références historiques et littéraires,

« Peter Ibbetson » de George du Maurier, roman réaliste et onirique signé du grand-père de Daphné,

« Le jardin secret » merveilleuse adaptation du roman de Frances H. Burnett par Maud Begon.

Je vous parle très bientôt de mes autres lectures : « La déesse des mouches à feu » de Geneviève Pettersen qui ne m’a pas emballée, « Les ombres filantes », le formidable nouveau roman de Christian Guay-Poliquin et j’ai enfin eu l’occasion de relire « Madame Bovary ».

Et voici les films que j’ai pu voir en novembre avec deux coups de cœur :

les-magnetiques-affiche-1404687

1981, François Mitterand est élu président de la République. Dans un petit café de Bretagne, ça exulte, ça applaudit. Dans un coin, Philippe reste assis, il observe son grand-frère Jérôme et ses amis. Tous les deux ont créé une radio pirate : Philippe est à la console pendant que Jérôme anime les soirées avec gouaille et talent. Le taiseux et l’exubérant semblent former un duo parfaitement complémentaire. L’équilibre commence à se fissurer quand Jérôme rencontre Marianne qui fait également fondre le cadet.

Dans « Les magnétiques », c’est bien le discret et timide Philippe qui sera le héros. Il a un don, celui de mixer génialement la musique avec toute sorte de sons. Son talent va trouver à s’exprimer à Berlin, où l’armée l’envoie après des tentatives pour se faire réformer. Philippe s’anime, s’illumine devant ses platines. « Les magnétiques » devient le portrait sensible d’un jeune homme qui apprend à s’émanciper, à quitter l’ombre protectrice et écrasante de son frère. Il y a beaucoup de très belles idées de mise en scène comme la déclaration d’amour de Marianne par cassette interposée pendant que Philippe débarrasse la cantine de la caserne. Les acteurs participent grandement au charme infini qui se dégage de ce film : Joseph Olivennes, Marie Colomb et surtout Thimotée Robart, révélation du film qui incarne Philippe avec délicatesse et intensité. Et que dire de l’excellente bande son qui passe de Joy Division, au le Marquis de Sade ou Gang of Four, rien que pour ça le film vaut le détour ! « Les magnétiques » est un film que je vous conseille sans réserve : vibrant, émouvant, un vrai coup de cœur !

jEDreXKzLxaASO3GkFRRRqypDbt

1996, Laura, finlandaise, est venue à Moscou pour ses études d’archéologie. Elle vit avec Irina et avec elle, elle doit faire un voyage à Mourmansk pour y voir des pétroglyphes. Mais c’est finalement seule qu’elle devra entreprendre ce voyage. Elle se retrouve dans un compartiment avec un jeune russe frustre et passablement alcoolisé. Il se rend également à Mourmansk où il travaillera dans les mines. Le trajet s’annonce long pour Laura.

Le film du finlandais Juho Kuosmanen a reçu le Grand Prix du jury au dernier festival de Cannes et c’est amplement mérité. Le trajet vers Mourmansk sera un voyage marquant pour Laura et pas seulement pour les pétroglyphes qui deviennent rapidement un prétexte. Peu à peu, les deux jeunes gens se rapprochent, s’apprivoisent et se plaisent. Rien de commun entre eux, seulement une attirance, une complicité qui s’éveillent de manière imprévue. Cette relation, forcément éphémère, est pleine de charme justement  parce qu’elle est improbable et de courte durée. Le poids de la séparation se fait sentir aussi mais les moments emmagasinés ne s’oublieront pas. Cette brève et intense histoire d’amour est touchante, remarquablement filmée et interprétée.

Et sinon :

  • « Pig » de Michael Sarnoski : Au cœur de la forêt, Robin vit en ermite dans une cabane en bois. Sa seule compagne est une truie truffière qui lui assure une maigre subsistance. Un négociant en champignons lui échange ses précieuses trouvailles contre de la farine, des œufs, des piles pour son magnétophone, etc… Mais un jour, des individus le brutalisent et lui vole sa truie. Accompagné par son négociant, il va devoir retrouver la civilisation, qu’il a fui, pour récupérer son animal. Le premier film de Michael Sarnoski est extrêmement étonnant et ne correspond à aucun genre. Il se découpe en plusieurs chapitres qui portent comme titre une recette de cuisine. Robin est un ancien chef reconnu et ayant eu beaucoup de succès. Son nom suffit à allumer des étoiles dans les yeux de ceux qui l’entendent. Le réalisateur nous montre Robin en action et ces scènes m’ont fait penser au « Festin de Babette ». « Pig » mélange les genres, nous surprend par des changements d’univers, des ruptures de ton, on passe de la douceur à la brutalité. Nicolas Cage était l’acteur idéal pour interpréter ce personnage à part, taiseux mais dégageant une force, une autorité naturelle.
  • « Oranges sanguines » de Jean-Christophe Meurisse : Nous suivons, durant une journée, un ministre de l’économie à la moralité vacillante, un couple de retraités endettés qui participent à un concours de danse et une adolescente qui espère perdre sa virginité très prochainement. Par un enchainement (totalement délirant), les différents protagonistes vont se croiser pour le meilleur et surtout pour le pire ! Le film de Jean-Christophe Meurisse est décapant et n’est pas à mettre sous tous les yeux. Le début est ironique, grinçant (la scène d’auscultation en gynécologie de l’adolescente ou les délibérations du jury du concours de danse donnent le ton). Mais le réalisateur opère un tournant lorsque le ministre d’économie se retrouve en panne dans les bois. Jean-Christophe Meurisse nous plonge alors dans l’horreur et fait apparaître des monstres sadiques et pervers. Il joue également avec la moralité et les émotions des spectateurs lorsque les victimes  deviennent bourreaux. Le pessimisme et la radicalité du point de vue ne plairont certainement pas à tout le monde. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que « Oranges sanguines » ne peut laisser indifférent. Si vous aimez l’humour noir, très très noir, foncez !
  • « Albatros » de Xavier Beauvois : Laurent est un commandant de gendarmerie exemplaire à Étretat. Son autorité, ses prises de décision sont respectées par ses collègues. Son quotidien va du rappel à l’ordre d’un gamin roulant en scooter sans casque à la constatation d’un suicide en bas des falaises. Laurent vit à la caserne avec sa fille et sa compagne. Il vient de demander celle-ci en mariage. Laurent est solide, équilibré. Pourtant, sa vie va basculer totalement suite à un tragique évènement. Xavier Beauvois excelle à montrer le quotidien de cet homme tranquille. Toute la première partie du film porte sur son travail de gendarme, son quotidien auprès de ses proches. Le réalisateur filme avec minutie, empathie cette région qu’il connaît bien. Mais au milieu du récit, l’intrigue change radicalement, du réalisme du début on passe à du romanesque pur. Laurent vacille, perd pieds, il n’est pas monolithique et ses faiblesses affleurent alors. Le personnage est incarné par le toujours juste et vibrant Jérémie Renier qui porte le film sur ses épaules. Marie-Julie Maille, coscénariste, cheffe monteuse, apporte beaucoup de force et d’émotion au film au travers de son rôle de compagne de Laurent. Xavier Beauvois nous offre un film maîtrisé et il n’hésite pas à surprendre son public en faisant prendre un virage à 180° à son récit.
  • « Tre piani » de Nanni Moretti : Un accident va bouleverser la vie des habitants d’un immeuble romain. Il y a Vittorio et sa femme Dora dont le fils est à l’origine de l’accident, Monica qui vit seule avec son bébé car son mari travaille loin de là, Lucio qui accuse son vieux voisin de pallier d’avoir eu des gestes déplacés sur sa petite fille. Le dernier film de Nanni Moretti est l’adaptation du roman « Trois étages » de Eshkol Nevo. Les destinées des différents personnages se déroulent sur plusieurs décennies, on les voit évoluer, changer. Le récit est dense et ressemble à un recueil de nouvelles. Le ton est sombre, pessimiste. Les personnages se perdent, se noient dans leurs certitudes (Vittorio et Lucio) ou dans leurs doutes (Monica). L’émotion affleure sans cesse, les failles, la capacité ou non d’évoluer de ces habitants sont au cœur du film. Le personnage de Monica est sans aucun doute le plus touchant, sa solitude, sa peur de perdre pied totalement émeuvent. il faut saluer le casting cinq étoiles de « Tre piani » : Alba Rohrwacher émotive et fragile, Riccardo Scamarcio rongé de colère, Margherita Buy bouleverse dans son rôle de mère tiraillée entre son fils et son mari. Sans doute un peu long, « Tre piani » n’est certes pas le meilleur film de Nanni Moretti mais j’ai aimé la diversité et la complexité des personnages et la qualité du casting.
  • « Amants » de Nicole Garcia : Simon est un petit trafiquant de drogues qui fréquente de riches clients. Il est en couple avec Lisa depuis de nombreuses années. Elle suit une formation en école hôtelière. Un soir, leur destin va basculer et Simon va fuir la France sans Lisa. Celle-ci aura bien du mal à se remettre de son départ mais elle finira par épouser Léo, un riche homme d’affaires. Trois ans après le drame, les chemins de Lisa et de Simon vont se recroiser par hasard dans l’Océan indien. Le nouveau film de Nicole Garcia se tourne vers le film noir. L’atmosphère est pesante, toujours inquiétante même si la menace ne prend réellement forme qu’à la toute fin du film. La réalisatrice reprend le classique trio amoureux où la classe sociale, l’argent jouent un rôle essentiel. Les trois acteurs jouent parfaitement leurs partitions, chacun reste opaque, mystérieux dans ses intentions. La narration manque néanmoins de fluidité, une sensation de scènes décousues m’a gagnée. C’est fort dommage car l’ensemble de la mise en scène était léchée et apportait un côté glacial à l’intrigue.

Peter Ibbetson de George du Maurier

105x155-DUMAURIER-COUVERTURE-final

Du fond de sa cellule, Peter Ibbetson décide d’écrire ce que fut sa vie. Son enfance, dans le 16ème arrondissement de Paris, fut bienheureuse et laissa des souvenirs indélébiles. Par la suite, le malheur frappa la famille de Peter qui fut envoyé en Angleterre chez un oncle inconnu de lui. Loin de son éden de Passy, Peter ne trouve satisfaction nulle part. Après l’école, il s’engage dans la Garde de sa Majesté pour la quitter rapidement et devenir architecte. La vie réelle n’est pas à la hauteur des souhaits de notre héros. « Je tâchais d’écrire, je tâchais de dessiner, je m’efforçais de me créer une vie intérieure, loin de la sordide et vulgaire laideur, et dans laquelle je puisse me réfugier, une oasis bien à moi afin de m’élever un peu, ne serait-ce que spirituellement, au-dessus des contingences dans lesquelles il avait plu au Destin de me plonger. » Ce monde intérieur va se développer de manière surprenante après la rencontre de Peter avec Mary, duchesse de Towers.

George du Maurier (1834-1896), le grand-père de Daphné, nous offre là un très surprenant roman. Entré tardivement en littérature, George du Maurier écrit « Peter Ibbetson » en 1891, il s’agit de son premier roman. Il connut ensuite un succès fracassant avec son deuxième roman « Trilby », au grand désespoir de son ami Henry James (David Lodge en parlait avec beaucoup d’humour dans « L’auteur ! L’auteur ! »).

« Peter Ibbetson » semble contenir plusieurs romans en un seul : roman d’apprentissage, roman d’amour, roman fantastique. Le début du livre est le récit réaliste de l’enfance et du commencement de la vie d’adulte de Peter. Le ton change ensuite pour l’histoire d’amour qui est la plus insolite que j’ai eu l’occasion de lire. Elle est extrêmement romantique, lyrique et le merveilleux la magnifie sans que je puisse vous en dévoiler plus. La vie intérieure l’emporte sur la vie réelle. Finalement, l’intrigue du roman tourne essentiellement autour de l’enfance du héros, il est hanté, habité par ses souvenirs heureux à Paris. Peter cherche toujours à retrouver son paradis perdu.

Malgré quelques longueurs, je vous conseille la lecture de « Peter Ibbetson », roman dont l’intrigue est surprenante et originale. Peter Ibbetson est un personnage attachant et qui vit une histoire hors-norme et merveilleuse.

Logo-A-year-in-England-NOV

Le jardin secret de Maud Begon

9782205089165-475x500-1

Il y a quelques mois, j’ai enfin découvert « Le jardin secret« , ce grand classique de la littérature anglo-saxonne écrit par Frances Hogdson Burnett. Peu de temps après ma lecture, sortait l’adaptation de Maud Begon en bande-dessinée. Si comme moi, vous avez aimé le roman, vous ne serez pas déçus par cette adaptation très fidèle.

le-jardin-secret_25

Maud Begon donne vie avec beaucoup de talent aux personnages si attachants du roman : Mary, Colin et Dickon. Le dessin est très vif, coloré et la dessinatrice donne beaucoup d’expressivité aux personnages.  L’éveil de Mary, son changement physique sont parfaitement rendus.

Le jardin est lui-même magnifié par le dessin de Maud Begon. Les plantes sortent des cases, les entourent, c’est véritablement superbe. J’ai également beaucoup aimé les petits croquis qui ouvrent chaque chapitre.

« Le jardin secret » est une bande-dessinée particulièrement réussie et fidèle au roman de Frances H. Burnett. L’émerveillement de Mary face aux paysages, aux animaux, sa capacité à tisser des liens avec les habitants de Misselthwaite, sa résilience face aux drames qui la frappent, sont parfaitement rendus et font tout le sel de la lecture. Vivement le tome 2 !

Londinium d’Agnès Mathieu-Daudé

londinium

A Londinium, les animaux et les humains cohabitent pacifiquement. La Carta Maxima fixe leurs relations et aucun humain ou prédateur ne peut manger les animaux. Mais depuis quelques temps, l’atmosphère s’assombrit. Des prédicateurs antifaunistes se font entendre. Pire, des prédateurs semblent de nouveau attaquer les animaux les plus faibles. Cela inquiète Arsène, un lapin enquêteur. Pour l’heure, une mission l’accapare : retrouver une jeune loutre dont son ami Johnny, un lapin des Flandres, est tombé amoureux.

« Un lapin sous le dôme » est le premier tome d’une série de cinq dont Arsène sera le héros. L’autrice y joue avec les genres, le roman est à la fois une uchronie et une enquête policière à la Sherlock Holmes. L’intrigue est placée dans une Angleterre des années 30 où le climat devient pesant. Des divisions font surface, des lois discriminent des catégories de population comme les roux. L’apaisement, voulu entre les espèces, semble ne pas pouvoir durer. Comme souvent avec le genre de l’uchronie, de nombreux thèmes résonnent avec notre actualité : l’immigration, les discriminations, notre rapport aux animaux, la montée du populisme.

A travers le personnage d’Arsène, Agnès Mathieu-Daudé rend hommage à la littérature anglaise qu’elle affectionne. Le lapin est un savant mélange entre Arsène Lupin, Sherlock Holmes et Hercule Poirot (même s’il refuse de se faire friser la moustache !). Il m’a également beaucoup fait penser au lapin d’Alice aux pays des merveilles avec sa passion pour sa montre gousset. Il a les qualités et les défauts de ses modèles (il fume du Lucernum qui évoque l’opium, il est d’une maniaquerie infinie pour ce qui concerne son intérieur et ses vêtements). Arsène est un dandy qui voudrait ressembler aux humains. Son rêve est de pouvoir porter des chaussures et que son canotier tienne sur ses oreilles. Arsène est également le moyen d’évoquer la place des animaux dans la littérature. Il lit les fables d’Esope et il questionne l’habitude de la littérature jeunesse à anthropomorphiser les animaux.

« Un lapin sous le dôme » est un roman très riche de part ses références historiques, littéraires et les thèmes abordés. Arsène est un personnage aussi agaçant qu’attachant (comme Hercule Poirot !) et j’ai hâte de le retrouver dans ses prochaines aventures.

Merci à L’école des loisirs pour cette lecture.

Un voisin trop discret de Iain Levison

Unvoisintropdiscret-bandesite

Jim est retraité mais il continue à travailler comme chauffeur Uber. L’état du monde le déprime et il n’a que peu d’empathie pour son prochain. Pourtant, quand sa nouvelle voisine viendra lui demander de l’aide, Jim ne va pas hésiter longtemps. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il va se retrouver pris dans un règlement de comptes qui impliquent des militaires des forces spéciales. Et lui qui tenait à rester discret pour laisser dans l’ombre son passé…

Lire Iain Levison est toujours l’assurance de passer un moment réjouissant. Jim est un anti-héros comme l’auteur aime en écrire : lucide sur le monde qui l’entoure, misanthrope, désabusé et immédiatement sympathique ! L’imbroglio dans lequel il va se retrouver nous fait passer de Philadelphie à l’Afghanistan ou Dubaï. Des personnages n’ayant rien en commun vont finir par se croiser et leur rencontre fera des étincelles. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Iain Levison a l’art de trousser des histoires qui nous accrochent dès les premières pages. La lecture est rythmée, fluide. Et le plaisir vient aussi du ton ironique, sarcastique avec lequel l’auteur nous raconte son intrigue. Il en profite pour glisser quelques critiques sur la société américaine, il égratigne avec pertinence la belle image du pays.

« Un voisin trop discret » est encore une fois une réussite signée Iain Levison qui critique l’Amérique avec humour et sans jamais négliger son intrigue ou ses personnages.

picabo-300x300

Seule en sa demeure de Cécile Coulon

009515258

Candre Marchère est un beau parti : riche, pieux, une réputation sans tâche, un vaste domaine. Amand Deville le considère comme le mari idéal pour sa fille Aimée. Au 19ème siècle, une jeune femme de 18 ans ne peut refuser une alliance aussi avantageuse, d’autant plus lorsqu’elle est encouragée par un père adoré. Aimée devient donc la femme de Candre et s’installe dans sa demeure nichée au cœur d’une dense forêt. « En voyant la demeure se dresser sur son flanc d’herbe courte, Aimée ne saurait décrire la couleur des murs, ni le nombre de pièces que pouvait abriter pareil lieu. Le château se fondait dans la végétation, comme s’il était né de la forêt, protégé par elle sans qu’elle le dévore, habillé par ses feuilles et ses plantes grimpantes, bourdonnant d’abeilles, et pourtant étincelant et propre comme les costumes et chevaux de Candre. » Dans cette grande demeure, Aimée va côtoyer Henria, la gouvernante, et son étrange fils Angelin. La solitude, les non-dits vont bientôt assombrir les journées de la jeune mariée.

Etonnamment « Seule en sa demeure » est le premier roman de Cécile Coulon que je lisais. L’autrice s’inspirant ici des romans gothiques, je ne pouvais absolument pas passer à côté. Elle respecte d’ailleurs parfaitement les codes du genre et convoque également le souvenir de « Rebecca » de Daphné du Maurier : une maison imposante, une servante unique et très présente, une première femme disparue jeune qui hante l’héroïne. Bien évidemment, Cécile Coulon s’approprie habilement les codes du roman gothique. Elle y insuffle de nouvelles thématiques et tout particulièrement celle du désir. Aimée découvre ce que signifie être mariée, sa sensualité s’éveille au contact de son mari mais pas seulement.

L’écriture de Cécile Coulon est élégante, très travaillée pour coller parfaitement à l’époque et au genre choisis. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Seule en sa demeure » mais j’ai un petit bémol. Même si les secrets semblent nombreux au domaine Marchère, même si la forêt est formidablement décrite et contribue à l’atmosphère du roman, j’aurais aimé que celle-ci soit plus sombre, plus inquiétante. La menace, qui s’affirme à la fin du livre, aurait mérité d’être plus appuyée tout au long du roman. La noirceur abyssale dans laquelle nous plongeait Lucie Baratte dans « Le chien noir » m’avait plus convaincue.

« Seule en sa demeure » m’a permis de découvrir enfin la plume de Cécile Coulon, j’ai dévoré son dernier roman et apprécié sa façon de revisiter le roman gothique même si j’aurais voulu que l’ambiance soit plus inquiétante.

Merci aux éditions de l’Iconoclaste pour cette lecture.