Billet récapitulatif – Le mois américain 2020

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Billets de présentation :

-Enna : https://ennalit.wordpress.com/2020/08/31/le-mois-americain-revient-en-septembre/

-FondantGrignote : http://croquerlespages.canalblog.com/archives/2020/09/01/38457351.html

-Ingannmic : https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2020/09/il-est-arrive.html

-Kathel : https://lettresexpres.wordpress.com/2020/09/01/philip-roth-operation-shylock/

-Nathaliesci: https://delivrer-des-livres.fr/le-mois-americain-est-de-retour/

-Sylire : http://www.sylire.com/2020/08/le-mois-americain-2020-et-c-est-parti-pour-un-tour.html

  • 1er septembre :
 
 
  • 2 septembre :

–Belette – The Cannibal Lecteur : Le régiment noir :de Henry Bauchau et West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt de Olivier Peru et Giovanni Lorusso

-Eimelle : L’appel des origines de Joël Callède et Gaël Séjourné

–Jojoenherbe: Le jardin voyageur de Peter Brown (album jeunesse)

-Nathaliesci : Herobear & the kid

-Pralineries : Couples de John Updike

 
  • 3 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Fais-moi danser beau gosse de Tim Gautreaux
  • 4 septembre
Thème du jour : Ladies first

-Anne Desmotsetdesnotes : Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates

-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) : Libre et légère de Edith Wharton

-Athalie : Le chant de Dolorés de Wally Lamb

-Belette – The Cannibal Lecteur : Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb de Anne-Claire Thibault-Jouvray (auteure femme) et Jérôme Jouvray  et  Megan Kruse 

-Brize Deslandes : Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle

-Eimelle : La brodeuse de Winchester de Tracy Chevalier

-FondantGrignote : Heartburn de Nora Ephron

-Ingannmic : Les femmes de Heart spring mountain de Robin MacArthur

–Jojoenherbe: Beloved de Toni Morrison

-Kathel : L’homme sans ombre de Joyce Carol Oates
-Nath Sci : Le récital des anges de Tracy Chevalier

-Northanger : La sage-femme des Appalaches de Patricia Harman 

-Papillon : Mais leurs yeux dardaient sur dieu de Zora Neale Hurston

-Sylire : La femme du banquier de Christina Alger

-Ici-même : Que le diable m’emporte de Mary MacLane

Hors thème :
 
  • 5 septembre :
  • 6 septembre :
 
-Pralineries : Replay de Grimwood 
 
 
  • 7 septembre :

-Brize : Aurora de Kim Stanley Robinson
-Belette : The Cannibal Lecteur : Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates et Duke – Tome 1 – La boue et le sang : Yves H. et Hermann
-Papillon : Betty de Tiffany MacDaniel

  • 8 septembre :
Thème : la figure du cow-boy
 
 
Hors thème :
 
 
 
  • 9 septembre :
  • 10 septembre :
Thème : séries tv
-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) The marvellous Mrs Maisel
-Belette – The Cannibal Lecteur : [SÉRIES] Perry Mason (nouvelle version) – HBO Reboot (2020)
-Rachel : The Sinner
 
Hors thème :
  • 11 septembre :
  • 12 septembre :
Thème : roman du 19ème siècle ou se déroulant au 19ème siècle
 
Hors thème
-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) : Les cygnes de la 5e Avenue de Melanie Benjamin
  • 13 septembre :
 
  • 14 septembre :
  • 15 septembre :
Thème : le désir
 
Hors thème :
-Eva : Unorthodox de Deborah Feldman
-Kathel : Nickel boys de Colson Whitehead
 
  • 16 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Blueberry – Tome 19 – La longue marche de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud
  • 17 septembre :
Thème : polar/roman noir/thriller
 
 
  • 18 septembre :

-Belette – The Cannibal Lecteur : Fondu au noir de Ed Brubaker et Sean Phillips et La vallée des poupées de Jacqueline Susan

-Eva : Africville de Jeffrey Colvin

-Pralineries : Croc blanc de Jack London

 
  • 19 septembre :
Thème : un roman jeunesse/young adult
Hors-thème :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Les enquêtes de Leaphorn et Chee – 01 – Porteurs de peau de Tony Hillerman
  • 20 septembre :
  • 21 septembre :
-Jojoenherbe: (Album jeunesse) Petit Lièvre et l’Étranger de Jacqueline Guillemin et Vanessa Hié : http://www.jojoenherbe.com/index.php/2020/09/21/au-fil-des-pages-avec-petit-lievre-et-letranger/
  • 22 septembre :
Thème : black lives matter
-Belette – The Cannibal Lecteur : Les larmes noires de Julius Lester
 
Hors-thème :
-Bidib : Route 66
 
  • 23 septembre :
  • 24 septembre :
Thème : la guerre
–Belette – The Cannibal Lecteur : L’insigne rouge du courage deStephen Craneet  La jeunesse de Blueberry – Tome 20 – Gettysburg de Corteggiani et Blanc-Dumont
 
Hors-thème :
-Sylire : Sauvage de Jamey Bradbury
 
  • 25 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Molosses – 06 – Walt Longmire de Craig Johnson  et Blueberry – Tome 21 – La dernière carte de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud
  • 26 septembre :
Thème : la famille
-Belette – The Cannibal Lecteur : Bohemian flats de Mary Relindes Ellis
 
Hors-thème :
  • 27 septembre :
  • 28 septembre : 
  • 29 septembre :
  • 30 septembre : 

Nickel boys de Colson Whitehead

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Elwood Curtis habite avec sa grand-mère à Tallahassee, Floride. Nous sommes dans les 60’s et les lois Jim Crow régissent le quotidien de cet adolescent afro-américain. Travailleur, sérieux et curieux, Elwood voit sa vie changer quand sa grand-mère lui offre un disque des discours de Martin Luther King. Il est galvanisé par ce qu’il entend et son avenir semble alors plus lumineux. Il l’est d’autant plus qu’Elwood obtient le droit de suivre des cours à l’université. C’est en s’y rendant que sa chance va tourner. Il est arrêté injustement par la police et envoyé à la Nickel Academy, une maison de redressement pour jeunes délinquants.

Avec « Nickel boys », Colson Whitehead entre dans le cercle très fermé des détenteurs de deux prix Pulitzer. Le point de départ de ce roman fut la découverte par l’auteur de la Dozier School for boys en Floride. En 2009, des fouilles ont mis à jour un cimetière non officiel révélant ainsi le supplice enduré par les élèves pendant des décennies. Comme dans « Underground railroad », Colson Whitehead étudie le racisme institutionnalisé et la propension de l’espèce humaine à tomber dans la violence. A Nickel, Elwood va découvrir cette terrible réalité : « La violence est le seul levier qui soit assez puissant pour faire avancer le monde. » Son idéalisme,  son innocence sont mis à mal par les traitements inhumains, les humiliations et la brutalité des employés de la Nickel Academy. Pour y survivre, il faut courber l’échine encore plus qu’à l’extérieur. La seule lueur d’espoir pour Elwood sera l’amitié d’un autre garçon, Turner.

Encore une fois, les propos de Colson Whitehead résonne puissamment avec l’actualité. Entre les pages sourd une colère, une indignation face au sort de ses jeunes garçons. Mais l’auteur a l’intelligence de garder la violence en coulisse, il ne fait pas dans le sensationnel pour choquer son lectorat. Il se concentre sur l’amitié des deux garçons qui crée un îlot d’humanité dans l’horreur du quotidien de l’institution. Inutile de vous dire que Elwood et Turner sont infiniment attachants et que vous ne les oublierez jamais.

Avec sobriété, concision, Colson Whitehead nous livre le récit implacable et cruel de la vie de deux adolescents afro-américains dans une maison de redressement. Encore une fois, l’auteur écrit un livre marquant et indispensable.

Traduction Charles Recoursé

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Bilan livresque et cinéma d’août

Un mois d’août bien rempli avec dix livres très éclectiques. Beaucoup de découvertes d’auteurs mais qui n’ont pas toujours été des réussites. J’ai été assez déçue par la lecture de deux romans : « L’été des oranges amères » de Claire Fuller dont l’intrigue manquait singulièrement de tension au vu de son intrigue ; « Summer mélodie » qui mêlait le bon (la description de l’adolescence et l’ennui de l’été) aux platitudes sur un 1er amour. Le reste de mes lectures fut heureusement beaucoup plus intéressant et j’ai même eu un énorme coup de cœur pour « Etés anglais » de Elizabeth Jane Howard. « Le dit du mistral », premier roman de Olivier Mak-Bouchard, fut une splendide découverte et une balade magique et envoûtante dans le Luberon. Autre formidable premier roman, celui de Sarah Elaine Smith qui nous emmène dans une Pennsylvanie rurale où une adolescente a disparu. J’ai réussi à commencer mes lectures pour le mois américain avec le dernier roman de Colson Whitehead, « Que le diable m’emporte » un autoportrait culottée de Mary MacLane écrit à 19 ans et « Le pouvoir du chien » de Thomas Savage qui s’annonce grandiose. Une fois le mois américain terminé, je vous parlerai de ma découverte de Goliarda Sapienza avec « Moi, Jean Gabin » et de Lisa McInerney avec « Hérésies glorieuses », deux livres que j’ai beaucoup aimés. 

Moins de films en août pour cause de vacances, voici ce que je suis allée voir dans les salles obscures :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie, Bertrand et Christine se sont connus sur un rond-point lorsqu’ils étaient gilets jaunes. Ils ont découvert qu’ils étaient voisins et s’entraident depuis. Et ils en ont bien besoin. Marie est victime d’un maître-chanteur (qui a besoin d’argent pour payer ses études d’économie) qui a fait une sextape de leur nuit passée ensemble. Il la menace de mettre la vidéo sur internet. Bertrand, surendetté, tombe amoureux d’une démarcheuse téléphonique et sa fille a été humiliée par une vidéo sur les réseaux sociaux. Christine, chauffeuse VTC, désespère de voir sa note de satisfaction stagner à une étoile. Tous les trois vont s’allier pour combattre les Gafa. C’est toujours pour moi un grand plaisir de retrouver le duo déjanté Kervern-Delépine et leur humour décapant. « Effacer l’historique » montre encore une fois l’absurdité de notre monde moderne (comme le bureau de poste à 50 km du lieu d’habitation, la latte de lit fabriqué en Chine et dont la livraison est bloquée au canal de Suez). Nos trois Pieds Nickelés sont perdus, inadaptés mais pas prêts à baisser les bras. Le combat est perdu d’avance mais c’est sans doute ce qui lui donne son panache. L’amitié, comme souvent chez Ken Loach, est ce qui redonne espoir. Blanche Gardin et Corinne Masiero sont comme des poissons dans l’eau, leur présence est une évidence dans le cinéma de Kervern et Delépine. Denis Podalydès est loin de la Comédie Française et cela lui va très bien. Le film nous propose plein de caméos réjouissants ou touchants : Vincent Lacoste en maître-chanteur breton, Michel Houellebecq a besoin d’une voiture et je vous laisse découvrir pourquoi, Bouli Lanners est Dieu, Benoit Poelvoorde est un livreur désespéré et épuisé. Notre monde va mal mais heureusement Kervern et Delépine sont là pour nous faire rire.

  • « Never, rarely, sometimes, always de Eliza Hittman : Autumn a 17 ans, elle vit en Pennsylvanie et son adolescence est compliquée chez elle et à l’école. Elle découvre qu’elle est enceinte et essaie de se faire aider. Mais en Pennsylvanie, elle ne peut pas avorter sans l’accord de ses parents. Les personnes du planning familial lui mentent sur sa grossesse et tente de la convaincre de garder son enfant. Autumn décide de partir pour New York avec sa cousine Skylar. Le voyage ne devait durer qu’une seule journée mais l’avortement sera plus compliqué que prévu. Les deux jeunes femmes vont errer dans la ville durant toute la nuit. Eliza Hittman montre avec beaucoup de sobriété le parcours du combattant de cette jeune femme qui choisit d’interrompre sa grossesse. Il en faut de la ténacité, de la volonté à Autumn pour arriver à ses fins. La réalisatrice réalise son film presque comme un documentaire, on suit les deux jeunes filles dans leur périple. Elle nous montre une adolescente sensible, blessée qui veut simplement décider ce qu’elle veut faire de son corps. D’ailleurs, le séjour à New York montre à quel point les deux cousines sont vues comme des proies par les hommes. La violence subie par Autumn est très subtilement abordée et n’en est que plus poignante. Le film de Eliza Hittman, dépouillé et réaliste, est nécessaire à l’heure où l’on cherche à remettre en cause le droit des femmes à disposer de leurs corps.
  • « White riot » de Rubika Shah : 1976, le Royaume-Uni est bien morose. La crise économique fait rage et le National Front grimpe dangereusement dans les sondages. Face à cette situation, Red Saunders et Roger Huddle, deux militants de gauche amoureux de musique, décident de réagir. Il créé un fanzine Temporary Hoarding et un mouvement Rock against Racism. Ils souhaitent fédérer les groupes de punk rock et les groupes reggae anglais. Leur magazine mêle politique et musique et défend toutes les minorités. Le succès de leur mouvement est retentissant, les manifestations se multiplient et la répression de la police aussi. Rock against Racism va culminer avec un concert en 1978 regroupant The Clash, Tom Robinson, Sham 69, etc… 80 000 personnes y assisteront et la National Front échouera aux élections. Le documentaire de Rubika Shah est à l’image du fanzine Temporary Hoarding, il est fait de collages, de montages et contient de nombreux témoignages. Le documentaire montre également que rien n’est jamais gagné face à l’extrême droite. Les discours de Enoch Powell alimentaient les idées du National Front dans les années 70. Au moment du vote pour ou contre le Brexit, ces mêmes discours ont réapparu dans les médias. On aurait aimer voir naître, à ce moment-là, un nouveau mouvement Rock against Racism.
  • « Mignonnes » de Maïmouna Doucouré : Amy, 11 ans, est d’origines sénégalaises et elle vit avec sa mère et ses frères. Leur immeuble est communautaire et c’est là qu’elle rencontre une jeune fille qui la fascine immédiatement. Elle danse, se maquille, se filme pour les réseaux sociaux. Avec trois autres filles, elle prépare un concours de danse. Les fillettes s’inspirent de danses hyper-sexualisées. Amy fait tout pour faire partie du groupe et fuir la réalité de sa vie : son père va revenir du Sénégal avec une deuxième épouse. Maïmouna Doucouré montre une jeune fille coincée entre deux réalités contradictoires et qui ne lui conviennent pas. D’un côté les traditions où les femmes sont totalement soumises à leurs maris et de l’autre des jeunes filles qui veulent grandir beaucoup trop vite. Des deux côtés de la médaille, la femme est soumise et objet de désir. La jeune Fathia Youssouf est saisissante de justesse et d’émotions. Les autres jeunes filles sont également confondantes de naturel. Tout n’est pas parfait dans ce premier film mais on sent une envie très forte de cinéma et de raconter cette histoire.

Marilou est partout de Sarah Elaine Smith

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Greene County, Pennsylvanie, Cindy vit avec sa mère et ses deux frères dans le dénuement. La mère part durant de longues semaines pour travailler. Les trois adolescents sont totalement livrés à eux-mêmes. Cindy s’ennuie, sa vie n’a rien de palpitant et ne s’ouvre sur aucun horizon positif. « Ma vie était un désert. De là où je me tenais, elle brûlait d’une lueur terne et sans merci. » Lorsque Jude Vanderjohn, surnommée Marilou, disparaît, la vie de Cindy bascule. Elle se rapproche de la mère de Jude, Bernadette, et s’installe petit à petit à la place de l’adolescente disparue.

« Marilou est partout » est le premier roman de Sarah Elaine Smith qui est elle-même née et a grandi en Pennsylvanie. Le début du roman nous laisse penser que l’intrigue principale tournera autour de l’enlèvement de Jude et peut-être de l’enquête menée pour la retrouver. En réalité, le roman est celui de Cindy, il s’agit de son témoignage sur les évènements qui ont marqués sa vie. Elle est élevée dans une Pennsylvanie rurale, une campagne profonde avec peu d’ouverture sur le monde et où Jude est l’unique jeune fille de couleur noire. Cindy n’a aucun point de repère, aucun adulte pour la guider ou la valoriser. Elle n’a pas d’amies, se sent quelconque et aimerait disparaître. Et c’est ce qu’elle fait en se glissant dans la peau de Jude. Elle découvre un autre monde, Bernadette lui fait écouter de l’opéra et Cindy découvre la lecture. L’immense solitude de l’adolescente est comblée par les livres comme ce fut le cas pour Sarah Elaine Smith dont les parents travaillaient beaucoup. Le portrait de Cindy est vraiment saisissant et approfondi. Cette gamine, en mal d’attention, n’est jamais jugée. En face d’elle, l’auteure fait vivre une Bernadette instable psychologiquement, au bord de la folie. Ce face-à-face improbable est magnifiquement rendu par l’écriture fluide et vibrante de Sarah Elaine Smith.

« Marilou est partout » est un étrange et étonnant roman d’apprentissage où une adolescente trouve sa voix en s’appropriant la vie d’une autre.

Traduction Héloïse Esquie

Étés anglais de Elizabeth Jane Howard

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« Étés anglais » est le premier tome d’une saga familiale qui en comprend cinq, écrite entre 1990 et 2013 par Elizabeth Jane Howard. Ce volume nous présente deux étés de l’entre-deux-guerres dans la propriété des Cazalets, Home Place, dans Sussex. Trois générations s’y retrouvent : William, dit le Brig et sa femme alias la Duche, attendent l’arrivée de leurs trois fils Hugh, Edward et Rupert accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, Rachel, leur fille célibataire, vit avec eux. Un bataillon de domestiques les entoure et les accompagne de Londres à Home Place.

Les étés 1937 et 1938 sont légers, insouciants (« The light years » est le titre en vo), les journées des Cazalets s’écoulent entre pique-nique, tennis, baignade, lecture et les différents repas. Mais ce que souligne parfaitement le premier volet de The Cazalet Chroniques, c’est qu’il s’agit d’un moment charnière, d’une époque au bord du basculement. L’ombre de la première guerre mondiale plane sur les Cazalets : Edward et Hugh en sont revenus, ce dernier y a perdu une main et y a gagné de terribles migraines. Il est le seul à pressentir l’arrivée d’une autre guerre mondiale qui va balayer l’ordre établi. La position des femmes souligne également cet entre-deux. La Duche et ses brus vivent  selon les règles de l’époque victorienne, elles sont des épouses à qui incombent la bonne tenue du foyer, l’éducation des enfants. Rachel, en tant que célibataire, se doit de sacrifier sa vie au confort de ses parents. Mais les petites-filles se montrent déjà plus ambitieuses, plus indépendantes comme Louise et Polly qui veulent avoir un véritable métier.

Mais le cœur du roman, ce sont les portraits des différents protagonistes. L’auteure nous offre une fantastique galerie de personnages (les Cazalets et les domestiques) présentés avec empathie, une grande profondeur psychologique et une subtile élégance. Chacun a une véritable épaisseur, chacun prend vie dans les pages de « Étés anglais ». J’ai tout particulièrement apprécié les portraits des enfants qui sont très réussis. Leur fantaisie, leur créativité mais également leur lucidité m’ont séduite. Tout sonne juste dans ce roman. Et sous l’alanguissement et l’harmonie de l’été, couvent les rancœurs, les mensonges, les regrets et bien pire encore.

Le premier tome s’achève au moment des accords de Munich et je suis impatiente de savoir ce que le destin réserve aux Cazalets et de retrouver la plume fluide, vive, précise de Elizabeth Jane Howard.

Traduction Anouk Neuhoff

Summer mélodie de David Nicholls

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Nous sommes à la fin des années 90, Charlie, 16 ans, termine l’année scolaire de manière catastrophique. Il a totalement raté ses examens de fin de scolarité et il ne compte pas poursuivre ses études l’année suivante. Pour combler son été, Charlie travaille dans une station service mais seulement à temps partiel. Le reste du temps, il traîne son mal-être, son ennui dans des balades à vélo sans but. Charlie ne veut pas rester chez lui où son père, récemment divorcé, se noie dans la dépression. La mère est partie vivre avec son nouveau compagnon et la sœur de Charlie. C’est lors d’une de ses balades à vélo qu’il va croiser la route de Fran. Celle-ci répète, avec un groupe de lycéens, « Roméo et Juliette ». Afin de la revoir, Charlie n’a pas d’autre choix que de revenir le lendemain et de participer aux répétitions. Et pourtant, il a le théâtre en horreur…que penseraient ses trois meilleurs copains s’ils le voyaient ?

Je n’avais encore jamais lu David Nicholls et cette première lecture aura été mitigée. « Summer mélodie » (« Sweet sorrow » en vo) commençait pourtant très bien avec la description d’un bal de fin d’études où l’on sent parfaitement le malaise, la gêne des adolescents et la complexité de leurs rapports au sein d’un groupe. Le caractère de Charlie est également bien rendu. C’est un garçon ordinaire, effacé, sans grande personnalité et maladroit. Il vit une période difficile suite à la séparation de ses parents, il envoie tout balader par dépit, par colère. La relation entre Charlie et son père fait partie des points positifs de ce roman. Ce père, passionné de jazz, qui est à la dérive depuis qu’il a du vendre ses magasins de disques, est touchant et existe pleinement dans le roman.

En revanche, les scènes de répétition de « Roméo et Juliette » sont trop nombreuses, trop didactiques pour faire ressentir le passion du théâtre et de sa transmission. De plus, elles ralentissent la narration. Les autres lycéens du groupe de théâtre nous sont présentés au début pour rapidement être délaissés au profit de Fran et Charlie. Et dès que ces deux-là sont en couple, David Nicholls tombe dans la banalité et les platitudes. Ce premier amour estival est loin de nous faire rêver.

Même si David Nicholls réussit parfaitement à retranscrire le désœuvrement d’un adolescent dans une petite cité industrielle, il peine en revanche à rendre flamboyant un premier amour de jeunesse. L’ennui a fini par me gagner et le livre aurait mérité d’être plus court.

Traduction Valérie Bourgeois

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

Le dit du mistral de Olivier Mak-Bouchard

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Après un violent orage, M. Sécaillat débarque chez son voisin, le narrateur, et l’entraîne dans son jardin. Les fortes intempéries ont fait s’effondrer le pan d’un mur de pierres. Au milieu des éboulis, M. Sécaillat a découvert des fragments de poteries. Étant donné l’histoire du Lubéron, ceux-ci sont probablement antiques. M. Sécaillat ne veut pas prévenir les autorités pour éviter de voir son champs de cerisiers détruit par les fouilles archéologiques. Notre narrateur lui propose alors la chose suivante : ils vont procéder aux fouilles tous les deux et s’ils trouvent des objets intéressants, ils les déposeront anonymement devant la porte du musée le plus proche. C’est ainsi que débute une aventure qui pourrait bien bouleverser la vie de nos deux apprentis archéologues.

« Le dit du mistral » est le premier roman de Olivier Mak-Bouchard et la balade qu’il nous propose est envoûtante. L’auteur est originaire du Lubéron et il rend un hommage vibrant à sa région. Son roman est fortement ancré dans ce territoire qui est caractérisé par ses paysages, sa langue, son histoire et ses légendes. Olivier Mak-Bouchard entremêle habilement ces différents éléments dans son roman et il nous fait ressentir la réalité des lieux, nous plonge au cœur de la Provence. Le réalisme des descriptions, des paysages s’associe à la magie des légendes, des rêves pour créer une atmosphère unique. Si vous décidez de faire le voyage, vous croiserez Hannibal et ses éléphants, une chèvre d’or, le père Castor, un seigneur cruel, le Maître-Vent ou encore un circaète-télescope. Les fouilles archéologiques de nos deux amis glissent doucement vers la fable intemporelle où la nature tient la place centrale. La Provence est également une terre de littérature. Olivier Mak-Bouchard  place son ode  sous le regard protecteur de Jean Giono, Henri Bosco, Frédéric Mistral et Marcel Pagnol. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation mais également des expressions du cru, des extraits d’archives. « Le dit du mistral » est certes le roman d’un territoire mais il est également celui des hommes qui y habitent et ils sont sacrément attachants !

Le premier roman d’Olivier Mak-Bouchard est un voyage captivant dans les terres magiques du Lubéron, un conte généreux, lumineux et original.

L’été des oranges amères de Claire Fuller

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C’est au fond de son lit d’hôpital que Frances se remémore l’été qu’elle passa dans la propriété de Lyntons. Elle avait alors 39 ans, sa mère acariâtre venait de mourir. Frances sauta sur l’opportunité qu’on lui proposait : un riche américain lui demande de faire l’inventaire du jardin de la propriété qu’il venait d’acquérir. Elle découvre, en arrivant dans la propriété, que son commanditaire a également mandaté quelqu’un pour faire l’inventaire de l’immobilier. Peter est accompagné de Cara. Tous les trois vont rapidement passer tout leur temps ensemble. « Tous les trois, nous parlions, buvions, riions. Jamais de ma vie je n’ai autant ri qu’au début du mois d’août de cette année-là. Pour la première fois, je n’étais pas celle qui observait les autres de dos, je faisais partie du groupe. » La relation entre les trois personnages va rapidement devenir complexe, ambiguë et l’orage ne tarde pas à gronder au cœur de Lyntons.

J’avais beaucoup hésité à lire « Un mariage anglais », le précédent roman de Claire Fuller. « L’été des oranges amères » venant de sortir, je me suis laissée tenter cette fois. L’ambiance du roman est séduisante et réussie. L’intrigue se développe dans un quasi huis-clos, les trois personnages sortant peu de la propriété. Nous sommes dans une vieille demeure décatie, vidée de ses meubles. Le jardin, le pont, l’orangerie et autres bâtiments sont mangés par le lierre et les herbes folles. Cela contribue à l’indolence de ces journées d’été mais également à l’hostilité des lieux.

La construction en flash-backs, une atmosphère pesante, nous indiquent qu’un drame va certainement advenir. Mais la tension dramatique, inhérente à ce type de récit, est quasiment inexistante. Claire Fuller ne distille que peu d’indices et peu de révélations pour titiller notre curiosité. Ces dernières arrivent plutôt  vers la fin du roman, peut-être  pour nous réveiller de la torpeur et de l’ennui dans lequel nous avons été plongés.

« L’été des oranges amères » est une petite déception, j’espérais beaucoup de ma découverte de Claire Fuller. L’atmosphère alanguie de cet été dans la campagne anglaise n’aura pas réussi à me sauver de l’ennui qui m’a gagnée pendant la lecture.

Traduction : Mathilde Bach

La brodeuse de Winchester de Tracy Chevalier

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1932, Violet Speedwell a 38 ans, elle est célibataire et travaille comme dactylo pour une compagnie d’assurances à Winchester. Elle s’est installée récemment dans la ville après avoir fui Southampton et sa mère devenue trop acariâtre. La famille a connu plusieurs décès :  l’ainé, George, durant la guerre et le père. Violet a également perdu son fiancé Laurence, lui aussi sur le champ de bataille. L’autre frère, Tom, est revenu sain et sauf et a fondé une famille. Violet aspirait à plus d’indépendance et celle-ci est le but de son déménagement à Winchester. La nouvelle vie de Violet est loin d’être facile, son maigre salaire de dactylo ne lui permet pas de manger à sa faim et elle est logée dans une pension où elle est aussi surveillée qu’elle l’était par sa mère. C’est lors d’une visite à la cathédrale que Violet va faire une rencontre décisive. Elle y découvre le cercle des brodeuses qui confectionnent des agenouilloirs et des coussins pour la cathédrale. Violet fera tout pour entrer à son tour dans le cercle et laisser une trace durable dans la cathédrale.

Tracy Chevalier a décidément l’art de nous plonger dans des époques historiques variées. Cette fois, elle a choisi l’Angleterre de l’entre deux guerres. Une Angleterre et des familles  qui sont profondément meurtries par les nombreux jeunes hommes disparus sur les champs de bataille. Violet fait partie des femmes « excédentaires », victimes collatérales de la guerre et qui sont condamnées à rester sans mari. Dans la société de la petite ville de Winchester, il est difficile d’évoluer en étant une femme célibataire. Tous les gestes, les rencontres sont scrutés et doivent correspondre aux bonnes mœurs. Ces vieilles filles, qui n’ont pas forcément choisi cet état civil, sont vues comme des fardeaux, leurs familles devront un jour ou l’autre pourvoir à leurs besoins. C’est ce que Violet veut éviter à tout prix. Elle prend donc sa destinée en main en venant vivre à Winchester.  Le chemin vers l’émancipation sera long et parfois douloureux pour Violet. Sa participation au cercle de brodeuses va l’aider à s’épanouir et à s’assumer. Elle y croise des femmes déterminées et sûres d’elles comme Miss Louisa Pesel, fondatrice bien réelle du cercle des Brodeuses de Winchester. Ce sont ces rencontres, les amitiés qui en découlent qui vont soutenir Violet vers l’émancipation malgré le regard des autres. Au fil des pages, Violet affirme sa personnalité, ses choix et elle en devient de plus en plus attachante.

« La brodeuse de Winchester » est un roman d’émancipation à la tonalité fortement féministe. La plume fluide de Tracy Chevalier accompagne le désir d’indépendance de Violet Speedwell et nous offre un très beau moment de lecture. Les descriptions de l’art de broder sont absolument splendides et participent à l’atmosphère riche et réussie du livre.

 

Résultats du concours le mois anglais 2020 avec les éditions L’Orma

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Pendant cette pause estivale, nous avons le plaisir de vous annoncer les gagnants de ce dernier concours du Mois anglais 2020 :

  • Pli Virginia Woolf : La Liseuse de Bonne aventure
  • Pli Jane Austen : Katell Bouali
  • Les 2 plis et leur badge : Hilde

Bravo à vous trois !

Nous avons pris beaucoup de plaisir à vous gâter et à partager ces concours sur les différentes plateformes où vit ce beau challenge qui nous tient à cœur depuis de nombreuses années.

Nous tenons à vous remercier pour votre fidélité, et aussi remercier tous ceux qui nous ont laissé des messages d’amitié et de bonne humeur pendant cette édition. You rule !

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