Bilan livresque et films d’octobre

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Octobre fut bousculé pour des raisons professionnelles et je n’ai consacré que peu de temps à mon blog. J’ai néanmoins réussi à lire six livres (ridicules à côté des 20 d’Eva !). J’ai essayé de rattraper mon retard de lecture pour le prix du meilleur polar Points avec « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi et « Il était une fois l’inspecteur Chen » qui est plus le récit du début de carrière de l’inspecteur plutôt qu’un véritable polar. J’ai découvert, grâce à ma copine Emjy, Patrick de Witt avec « Heurs et malheurs du sous majordome Minor« , un univers décalé  et fantasque. j’ai eu le plaisir de lire deux formidables romans de la rentrée littéraire avec deux auteures que j’affectionne : « Point Cardinal » de Léonor de Récondo et « Souvenirs de la marée basse » de Chantal Thomas dont je vous parlerai la semaine prochaine. Et j’ai retrouvé la pauvre Gervaise ; la lecture de « L’assommoir » m’avait marqué au collège et je suis toujours impressionnée par la force de ce roman. Chapeau Monsieur Zola !

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur du mois :

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Juste avant l’armistice de novembre 1918, une attaque inutile est lancée par le lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Albert se retrouve enseveli avec un cheval et c’est Edouard qui réussit à le sortir de là. Mais une bombe explose et Edouard est défiguré. A la fin de la guerre, Albert prend soin de celui qui l’a sauvé. La France a du mal à accueillir ses soldats et les deux hommes ont du mal à joindre les deux bouts. Edouard a alors l’idée d’une arnaque d’envergure : concevoir et vendre des monuments aux morts qui ne seront jamais construits. Je n’ai pas encore lu le roman de Pierre Lemaître, j’ai donc découvert l’adaptation d’Albert Dupontel sans à priori. Ce film est une réussite. L’intrigue foisonnante est menée tambour battant et c’est une véritable fresque avec ses héros cabossés, son histoire d’amour, son méchant odieux. Et quel casting ! Nahuel Pérez Biscayart réussit à nous toucher uniquement avec le regard, Laurent Lafitte est impeccable en mièvre et lâche d’Aulnay Pradelle, Albert Dupontel est parfait en naïf et modeste comptable. Et il faudrait également citer tous les grands acteurs qui jouent ici des seconds rôles formidables. La réalisation, les costumes, les décors sont soignés et participent à la réussite du film.

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Mariam est une jeune étudiante tunisienne; Elle a organisé une fête avec son école. Elle s’est faite belle, elle veut s’amuser. Quelques heures plus tard, elle ère dans les rues, elle a été violée par des policiers. Le jeune homme, avec qui elle était sortie discuter, l’aide à porter plainte. Une longue nuit commence pour eux, entre hôpital, commissariat, menaces et brutalités. Il faudra beaucoup de courage à Mariam pour faire respecter ses droits. Le film de Kaouther Ben Hania dénonce avec force le machisme de la société tunisienne, le mépris que reçoit Mariam à chaque démarche fait froid dans le dos. Mais « La belle et la meute » n’est pas qu’une dénonciation, c’est un véritable thriller haletant où la tension grimpe au fur et à mesure. La jeune actrice Mariam Al Ferjani est de tous les plans, elle incarne avec ténacité et fragilité cette jeune femme en lutte. Le récit du film est malheureusement inspiré d’une histoire vraie.

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En Virginie Occidentale, la famille Logan est réputée pour sa poisse : l’aîné, Jimmy, était promis à une grande carrière de footballeur avant qu’il s’endommage le genou, le cadet, Clyde, a perdu un avant-bras en Irak. Jimmy vient de se faire licencier du chantier où il travaillait. Lui vient alors l’idée de proposer un casse à son frère : cambrioler le circuit automobile pendant l’une des courses les plus populaires de l’année. Pour les aider, il leur faut faire appel à un spécialiste des coffres-forts : Joe Bang. Le problème, c’est que celui-ci est en prison. « Logan Lucky » c’est « Ocean eleven » chez les rednecks. Soderberg réalise toujours avec beaucoup de malice et d’humour ces histoires de braquage. Ici, nous sommes bien loin de Las Vegas et les moyens du bord sont plus que limités (la bombe de Joe Bang en est un bon exemple !). Il n’y a pas de condescendance pour ces paumés de l’Amérique mais bien de l’empathie. Les acteurs semblent avoir pris beaucoup de plaisir et sont tous très convaincants. Mention spéciale à Daniel Craig qui joue une partition bien différente de celle de James Bond ! « Logan lucky » est un divertissement de qualité, drôle, espiègle et plein de surprises.

Et sinon :

  • « L’atelier » de Laurent Cantet : Antoine, jeune homme solitaire de La Ciotat, participe à un atelier d’écriture avec d’autres jeunes en insertion. Ils doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière parisienne. Rapidement, Antoine se démarque des autres, les provoque. Olivia est intriguée par ce jeune homme intelligent et inquiétant. Comme dans « Entre les murs », Laurent Cantet filme l’adolescence et il sait parfaitement choisir ses acteurs. Le groupe de l’atelier montre des jeunes gens de milieux modestes, criant de vérité. Mais l’intérêt du film est le duel entre Antoine et Olivia. Cet affrontement intellectuel et social amène de la tension au film. La relation entre Antoine, proche des idées nationalistes, et Olivia, bob parisienne, devient ambiguë, trouble. Un film qui démarre comme une chronique réaliste pour s’achever en film noir.

 

  • « Espèces menacées » de Gilles Bourdos : Dans ce film, des destins s’entrecroisent. Joséphine et Tomasz viennent de se marier. La fête est à son comble jusqu’à ce que les époux se retrouvent seuls. La belle histoire vire alors au cauchemar. Les parents de Joséphine essaie d’aider leur fille. Mélanie annonce à ses parents qu’elle est enceinte d’un homme plus âgé que son père. Enfin, un étudiant lunaire revient vivre dans la maison de sa mère hospitalisée en psychiatrie. Le film de Gilles Bourdos est inspiré de nouvelles de l’écrivain américain Richard Bausch. La famille est au centre du film. Elle est destructrice, violente, fantasque. Les personnages sont touchants, trop humains. Cette mosaïque de relations humaines prend vie grâce au travail d’acteurs d’exception : Vincent Rottiers d’une intensité renversante, Eric Elmosnino qui joue un père à côté de ses pompes, Gregory Gadebois qui alterne faiblesse et rage, Damien Chapelle qui est une découverte.

 

  • « Confident royal » de Stephen Frears : 1887, la reine Victoria fête son jubilé d’or. Lors des cérémonies, elle tombe sous le charme d’Abdul, un jeune valet indien venu lui rendre hommage. Victoria ne veut plus quitter son jeune ami indien. Celui-ci lui parle de l’Inde, lui apprend sa langue. La reine renaît au contact d’Abdul, reprend goût à la vie. Et cela ne plaît guère à l’entourage royal. Stephen Frears a décidément une prédilection pour les reines anglaises. Après « The queen » sur Elizabeth II, il s’attaque cette fois à Victoria. Sous couvert d’un film classique et d’une luxueuse reconstitution, il en profite pour égratigner le pouvoir et la cour. Se faire voler leurs places par un indien est tout simplement insupportable pour les proches de la reine. Le film vaut également le détour grâce à la prestation de Judi Dench incroyablement juste.

 

  • « Nos années folles » de André Téchiné : André Téchiné reprend l’histoire vraie d’un couple pendant la première guerre mondiale. Après deux ans au front, Paul se mutile pour fuir l’horreur des tranchées. Ne voulant en aucun cas y retourner, il déserte. Sa femme, Louise, décide de travestir son mari en femme pour qu’il ne soit pas arrêté. Mais en 1925, au moment de l’amnistie des déserteurs, Paul ne veut pas redevenir un homme. le film de Téchnié peine à démarrer. La chronologie est embrouillée pour finalement s’éclaircir. Le début m’a un peu gâché le film qui avait tout pour me plaire. L’histoire du couple est fascinante (et déjà formidablement racontée dans la BD « Mauvais genre »), Céline Sallette et pierre Deladonchamps sont absolument formidables et la reconstitution historique est soignée. Un joli film malgré un début embrouillé.

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi

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« Une eau fine glissait doucement du ciel. On apercevait avec difficulté le réverbère du cercle nautique à travers les gouttes qui tombaient, en dansant, sur la digue principale du fleuve : rien d’autre qu’un fanal pour les chalands des sableurs qui naviguaient dans le noir, de mémoire. » La pluie d’hiver fait grossir le Pô dans la région de Mantoue. Dans une petite ville au bord du fleuve, les anciens du cercle nautique surveillent la montée des eaux. Ils attendront le dernier moment pour évacuer. Une chose les intrigue : la péniche du vieux Tonna circule sur le Pô. La lumière de la cabine est allumée mais l’on n’aperçoit personne à la barre. La péniche semble dériver. A quelques kilomètres de là, le commissaire Soneri est appelé à l’hôpital où un vieil homme s’est défenestré. Le commissaire n’est pas convaincu qu’il s’agisse d’un suicide. L’homme qui vient de mourir se nommait Decimo Tonna. Il s’agit du frère du marinier dont la péniche dérive sur le fleuve. Ce dernier est d’ailleurs introuvable. Les deux disparitions ne semblent pas pouvoir être une coïncidence.

Le commissaire Soneri est le héros récurrent d’une série de romans qui n’avait pas encore été traduite en français. Le commissaire est un personnage un brin mutique, opiniâtre face à sa hiérarchie et au juge d’instruction, il suit son idée quoiqu’il advienne. Ce qui rend le personnage sympathique est son amour pour la cuisine, les vins italiens. Dans ce roman, il passe beaucoup de temps dans une auberge où sont servis des plats traditionnels qui ravissent les papilles de notre commissaire.

Si vous aimez les polars au rythme frénétique, au suspens insoutenable, passez votre chemin. « Le fleuve des brumes » déroule lentement son intrigue. Le rythme du roman se cale sur celui du Pô. Celui-ci est vraiment un des personnages du livre. Il irrigue les pages du livre, Valerio Varesi a l’art de décrire, de faire sentir une atmosphère. La brume, l’humidité nous encerclent au fil des pages.

L’enquête est classique, sa source remonte à la République de Salò, mais il est très plaisant de voir évoluer le commissaire Soneri dans le brouillard hivernal de la vallée du Pô.

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Point cardinal de Léonor de Récondo

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Mathilda est installée au volant de sa voiture après une soirée au Zanzi Bar. Au son de la voix de Melody Garbot, Mathilda se déshabille. Elle redevient Laurent, marié à Solange et père de deux enfants. Sans se l’avouer, depuis toujours, Laurent se sent étranger à son corps. Mais ce dernier a fini par se rebeller. Laurent était perclus de douleurs inexpliquées. Pour se soulager, il se met à faire du sport, du vélo à haute dose. « Il reprenait son corps en main, les effets étaient grisants. Muscles affinés, peau tendre et surtout jambes épilées. Quand Solange l’avait vu sortir de la salle de bains les jambes rasées, elle l’avait regardé, éberlué. Il avait justifié son geste par la prise au vent – oui, même en salle, avait-il ajouté, et la transpiration se répartit mieux, tu sais. C’est comme ça, dans la famille des cyclistes. Elle s’était gentiment moquée de lui, il n’y avait prêté aucune attention. Maintenant, il ne se rase plus, il s’épile à la cire. Ses molettes luisants et lisses lui procurent, quand il se caresse, une sensation de plaisir indéfinissable, une vague chaude qui le plonge au plus profond de son enfance, quand tout lui semblait encore possible. » L’évidence s’impose petit à petit à Laurent : il est une femme. Mais, son être véritable vit encore dans la clandestinité et derrière les murs du Zanzi Bar. un jour, Solange découvre un long cheveu blond sur Laurent. Elles s’imagine qu’il la trompe, le suit et découvre l’existence de Mathilda.

Léonor de Récondo s’est attaquée à un sujet délicat et risqué. Mais son écriture limpide, sa subtilité à étudier les réactions des uns et des autres font de ce roman une réussite. Les mots accompagnent la mue de Laurent. Léonor de Récondo instaure un jeu subtil entre les pronoms personnels masculin et féminin. Ce jeu entre les deux personnalités de Laurent ouvre d’ailleurs le roman de façon remarquable avec cette scène de dépouillement dans la voiture.

Laurent est un personnage complexe. Il a la certitude absolue d’être une femme et sa détermination s’exprime clairement. Mais il souhaite également continuer à être un père et il ne semble pas vouloir perdre Solange. Une fois la décision prise d’être véritablement une femme, Laurent ne se cache plus, il assume totalement sa transformation et il pense que l’évidence va s’imposer à tous naturellement. Et ce qui est intéressant dans le roman de Léonor de Récondo, c’est qu’elle n’oublie pas l’entourage de Laurent. Son évidence à être une femme est une violence inouïe pour sa femme, ses deux enfants et ses collègues. L’auteure saisit chaque mouvement de l’âme : l’incompréhension, la colère, le rejet, la compassion. Elle réussit à rendre toute la complexité d’une telle situation.

Le corps est encore une fois au cœur du roman de Léonor de Récondo comme dans « Pietra viva » et « Amours ». Le corps impose ses désirs avec force, bouleversant tout sur son passage. La plume limpide de l’auteure rend compte des émotions de chacun et ne cache rien de la violence pour chacun que représente la renaissance de Laurent. Un livre sobre, lumineux sur ce problème d’identité si délicat.

Heurs et malheurs du sous majordome Minor de Patrick de Witt

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Lucy Minor espère que quelque chose arrive dans sa vie. Mal-aimé, il passe son temps à réinventer la réalité, à l’embellir pour se donner un rôle important. C’est donc sans regret qu’il quitte sa ville natale lorsqu’on lui propose de travailler au château des Von Aux. Après un voyage en train, Lucy est accueilli au château par le majordome M. Olderglough. Le jeune homme sera placé sous ses ordres. Une seule autre personne fait partie du personnel : Agnès, la cuisinière. Lucy découvre un endroit extrêmement étrange et lugubre. Il est au service du comte mais M. Olderglough lui déconseille de le rencontrer. La ville, se situant au bas du château, n’est également pas sans surprise. Lucy y fait la connaissance de deux voleurs invétérés, de soldats combattant pour une raison inconnue et surtout de la charmante Klara. Il en tombe éperdument amoureux et rentre ainsi en concurrence avec Adolphus à qui elle est promise.

L’univers déployé par Patrick de Witt est extrêmement original et singulier. Son roman mélange les genres. Il tient à la fois du conte façon frères Grimm, du roman gothique et du roman initiatique. Les aventures rocambolesques, les rencontres avec des personnages ubuesques et improbables vont rythmées le récit de Patrick de Witt. Le lecteur et Lucy lui-même vont de surprise en surprise, l’ennui n’est pas de mise au château Von Aux ! « Heurs et malheurs du sous-majordome Minor » m’a fait penser aux aventures de Candide. Lucy, comme le héros de Voltaire, devra braver de nombreux obstacles pour conquérir et garder son amoureuse.

Le roman est constitué de courts chapitres rendant le récit rythmé, dynamique. A la manière du conte de Voltaire, Patrick de Witt écrit une parodie farfelue et éminemment drôle. On peut y voir également une certaine influence de la littérature anglaise tendance Tom Sharpe. L’absurde n’est jamais loin chez Patrick de Witt.

« Heurs et malheurs du sous-majordome Minor » m’a permis de découvrir la plume originale et fantasque de Patrick de Witt. Je ne tarderai pas à lire son précédent roman « Les frères Sisters » qui est en cours d’adaptation par Jacques Audiard.

 

 

Bilan livresque et films de septembre

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Peu de livres en ce mois de septembre : quatre seulement mais tous les quatre de très haute tenue :

Cassandra au mariage de Dorothy Baker qui évoque, de façon originale et psychologique, le destin de jumelles dont l’une se marie ;

-Je m’appelle Lucy Barton de Elizabeth Strout, un roman touchant, délicat et sobre qui parle d’une renaissance grâce aux pouvoirs de l’écriture ;

Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, premier roman marquant et bluffant qui raconte l’histoire d’une femme noire au travers du destin de ses enfants ;

-Le chemin des âmes de Joseph Boyden qui entrecroise formidablement l’histoire de la famille Bird et celle de son dernier descendant, Xavier, indien Cree engagé dans la première guerre mondiale aux côtés des troupes canadiennes.

Ces quatre romans ont conclu magnifiquement mon mois américain et je remercie les nombreux participants qui se sont encore une fois enthousiasmés pour la littérature américaine.

Le mois de septembre fut très riche en films :

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Un réalisateur réalise un film consacré à Barbara. On suit la réalisation des scènes, l’actrice qui travaille son personnage, répète les chansons. Mathieu Amalric ne réalise pas un simple biopic de Barbara. Son film ne présente pas de manière linéaire la vie de la dame en noir. Il s’agit plus ici d’une évocation, Barbara est une présence insaisissable tout au long du film. Mathieu Amalric mélange les images d’archive à son film de manière tellement intime que l’on a parfois du mal à distinguer Jeanne Balibar de Barbara. La vie de la chanteuse est évoquée par petite touches, Barbara est tour à tour attachante, fragile, autoritaire, drôle, fantasque et poétique. Je ne suis pas une spécialiste de Barbara mais j’ai été envoûtée par le film de Mathieu Amalric et l’incroyable incarnation de la troublante Jeanne Balibar. L’admiration de Amalric et Balibar est palpable mais elle n’étouffe jamais le film.

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Pierre a repris la ferme de ses parents et il s’occupe seul de ses vaches. Il n’a rien d’autre dans la vie que son exploitation, il lui donne tout son temps et toute son énergie. Pierre n’a pas de vie amoureuse et garde un contact lointain avec ses amis. La seule personne qui le côtoie régulièrement est sa sœur vétérinaire. Lorsqu’une de ses vaches semble avoir contracté les premiers symptômes d’une épidémie, Pierre est prêt a tout pour que son troupeau ne soit pas abattu. La thématique n’est peut-être pas tentante à première vue. Mais le réalisateur est lui-même fils d’éleveur et tout sonne juste dans son film. Ce dernier n’est d’ailleurs pas un pis-aller au documentaire, l’histoire de Pierre se transforme en véritable suspens. Sa volonté de protéger son troupeau se transforme en obsession, en véritable paranoïa. Les deux acteurs principaux sont remarquables : Sara Giraudeau qui interprète la sœur et Swann Arlaud qui captive le spectateur par sa présence inquiète et fiévreuse.

Et sinon :

-« The party » de Sally Porter : Janet a invité ses meilleurs amis pour fêter le plus grand moment de sa carrière : elle a été nommée ministre de la santé. La soirée, qui devait être joyeuse, se transforme vite en jeu de massacre. Les ressentiments, les angoisses et la violence remontent rapidement. Et une invitée brille par son absence : Marianne, l’assistante de Janet qui est tant appréciée et louée. Ce huis-clos est court, vif et imprégné d’ironie. Les dialogues sont ciselés et cruels. Et le film de Sally Porter est servi par une pléiade d’acteurs brillants et justes : Kristin Scott Thomas, Cillian Murphy, Timothy Spall, Bruno Ganz, etc… « The party » est un très réjouissant et réussi film noir.

-« Good time » de Josh et Benny Safdie : Connie sort de force son frère aîné de l’hôpital psychiatrique. A cours d’argent, Connie décident de braquer une banque avec l’aide de son frère. Malheureusement, le frère déficient se fait prendre par la police. Connie va tout mettre en oeuvre pour le sortir de prison. Le film est la cavalcade de Connie qui cherche à aider son frère mais aggrave leurs situations. On suit les péripéties du héros au plus près, caméra à l’épaule, musique électronique qui illustre la frénésie de ce que se passe à l’écran. Robert Pattinson excelle dans ce rôle de loser qui ne sait plus se sortir de ses problèmes et s’y enfonce.

-« Le redoutable » de Michel Hazanavicius : Jean-Luc Godard vient de tourner « La chinoise » et il est en couple avec Anne Wiazemsky. Le cinéaste est totalement absorbé par son maoisme et par mai 68, au point d’en oublier totalement sa jeune compagne. Il en devient jaloux jusqu’à l’obsession. Le film de Michel Hazanavicius réalise un pastiche, une fantaisie autour de Jean-Luc Godard. C’est sympathique, drôle mais un peu creux. Heureusement, regarder Louis Garrel incarner Godard est tout à fait réjouissant.

-« Gabriel et la montagne » de Fellipe Barbosa : Gabriel Buchmann, étudiant brésilien, a raté son entrée à Harvard. Pour se changer les idées, il décide de voyager à travers le monde en vivant au plus près des habitants. Le film reconstitue les soixante-dix derniers jours du jeune homme qui est mort d’hypothermie sur le mont Mulanje au Malawi. Fellipe Barbosa est l’ami d’enfance de Gabriel et il réalise un film à la forme originale. Gabriel et sa petite amie, qui le rejoint pendant un temps, sont joués par de véritables acteurs mais toutes les personnes, croisées par Gabriel, sont ceux-là même que le véritable Gabriel croisa. Nous sommes donc à la croisée du film et du documentaire qui se transforme en un bel hommage à un ami disparu. Gabriel est un personnage complexe, aussi agaçant que désarmant et on finit par s’attacher à lui  et à sa folle curiosité pour le monde.

-« Patti cakes » de Geremy Jasper : Patti est habité par flow endiablé. Elle se rêve en star du rap. Mais la réalité est beaucoup satisfaisante. Elle vit avec une mère alcoolique, une grand-mère malade et est serveuse dans un rade. Mais Patti peut toujours compter sur son meilleur ami pour lui remonter le moral. Elle fait également la connaissance d’un jeune musicien asocial. Les trois amis vont commencer à composer des chansons avec les paroles détonantes de Patti. « Patti cakes » est un feel good movie qui donne la parole aux perdants de l’Amérique, ceux qui n’ont aucune chance de réussir. Danielle Macdonald interprète une Patti survoltée et totalement sympathique.

 

Le chemin des âmes de Joseph Boyden

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En 1919, dans le Nord de l’Ontario, Niska, une vieille indienne Cree, vient chercher à la gare le meilleur ami de son neveu, Elijah. Lui et Xavier se sont engagés dans l’armée canadienne pour combattre les troupes allemandes en Europe. Des deux jeunes hommes, seul Elijah a survécu aux combats. Mais contrairement à ce qu’on lui avait annoncé, c’est son neveu Xavier qui descend du train. Il est méconnaissable et a eu une jambe amputée. Niska décide de le ramener chez eux à bord de son canoë. Xavier est à bout de force, il est devenu accro à la morphine. Seule les piqures semblent le garder en vie. Mais que se passera-t-il quand il n’aura plus rien pour lui faire oublier ses douleurs et les visages de tout ceux qui sont morts au front ?

« Le chemin des âmes » était le premier roman de Joseph Boyden. Il entrelace deux récits, deux voix : celle de Niska qui, pour maintenir son neveu en vie, lui raconte son histoire, et celle de Xavier qui se remémore ses années de guerre en France et en Belgique. Ce roman est l’histoire de l’extinction d’une famille. Niska et Xavier sont les derniers descendants de la famille Bird. La tante a conservé son mode de vie sauvage, en communion avec la nature et les esprits. Elle pratique le chamanisme comme son père. Niska a souhaité transmettre son savoir à son neveu qu’elle a arraché au pensionnat où il avait été envoyé de force. C’est dans celui-ci que Xavier fait la connaissance d’Elijah. Les deux garçons sont inséparables. Xavier apprend à Elijah l’art de la chasse. Ils s’épanouissent dans un environnement traditionnel et proche de la nature.

Mais l’amitié des deux jeunes hommes sera mise à mal par leur engagement. Elijah rêve d’être couvert d’honneur et pour se faire il faut qu’il tue le plus d’allemands possible pour les ajouter à son tableau de chasse. Il finit par prendre plaisir à tuer des hommes. Xavier, qui est le meilleur tireur, exècre le champ de bataille et ne pense qu’au retour au Canada. L’horreur de la guerre, les conditions de vie déplorables dans les tranchées sont présentées de manière très réaliste. Nous suivons Xavier au plus près de cet enfer : « Un nouvel obus hurle vers nous, puis un troisième : ils éclatent si près que la succion m’empêche de respirer. Je roule sur le ventre et je m’éloigne en rampant. Je n’ai aucune idée de ce que sont devenus les autres. Il pleut sur moi des échardes de terre gelée. J’avise un gourbi où je rampe m’abriter. On n’y voit rien, dans le noir et la fumée. Une odeur de brûlé monte du sol. Les salves cessent aussi brusquement qu’elles ont commencé ; je comprends que les boches vont se déverser dans la tranchée d’un moment à l’autre, pour finir le travail, mais les explosions m’ont étourdi, je ne peux plus bouger. Un grand silence s’est fait dans ma tête. » Aucun des soldats, et encore moins deux jeunes indiens, ne pouvaient s’attendre à pareil carnage. Et pour ceux qui en sont revenus, comment oublier ?

Brassant plusieurs thématiques, « Le chemin des âmes » est un magnifique roman. La construction a deux voix est parfaitement maîtrisée et montre déjà le formidable talent de conteur de Joseph Boyden.

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Les douze tribus d’Hattie de Ayana Mathis

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En 1923, Hattie, sa mère et ses sœurs débarquent à la gare de Philadelphie. Elles ont fui la Géorgie ségrégationniste où le chef de famille a trouvé la mort. Peu de temps après, Hattie fait la connaissance d’August de qui elle tombe rapidement enceinte. A 17 ans, Hattie est mariée et mère de jumeaux. Son innocence, sa jeunesse et ses illusions se brisent rapidement. Philadelphia et Jubilee, les jumeaux, tombent malades : une pneumonie dont ils ne réchapperont pas. La suite de la vie d’Hattie balaiera toutes ses espérances. Les grossesses se succèdent, August devient de plus en plus paresseux et tout le poids et la survie de la famille reposent sur les épaules d’Hattie. La misère menace jour après jour la famille.

Le premier roman remarqué et remarquable d’Ayana Mathis est une véritable fresque familiale. Le roman présente sur plus de cinquante ans la vie d’Hattie et de sa famille. L’histoire des Etats-Unis est l’arrière-plan à cette histoire intime : la ségrégation et les combats pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, etc… Le portrait de Hattie se fait sous forme de puzzle. Chaque chapitre est l’histoire d’un des enfants du couple Hattie-August. Chacun pourrait être une nouvelle sans le fil rouge que représente Hattie. On l’appréhende donc de manière fractionnée, par petites touches. Et Hattie est un personnage qui semble ambigu, changeant. A deux reprises, c’est une mère dévastée, terrassée par la douleur que nous découvrons. La mort des jumeaux, l’abandon de son dernier bébé nous montrent une mère habitée par l’amour de ses enfants. Son instinct maternel semble tout puissant mais à travers les mots de ses enfants c’est une femme dure, méchante et brutale qui apparaît. Trop de bouches à nourrir, la peur de ne pas pouvoir éloigner ses enfants de la pauvreté, la perte des espoirs d’une vie meilleure, tout cela semble expliquer la personne qu’est devenue petit à petit Hattie. Et qu’il le veuille ou non, chaque enfant reste marqué par la forte personnalité de leur mère, son empreinte est indélébile. Chacun d’eux se construira ou se déconstruira en réaction à Hattie.

« Les douze tribus d’Hattie » est un roman très ambitieux, à la narration originale et parfaitement tenue. Ayana Mathis raconte le destin d’Hattie sans pathos, sans misérabilisme. Un premier roman parfaitement maîtrisé qui est aussi l’annonce de la naissance d’une grande plume de la littérature américaine.

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Cassandra au mariage de Dorothy Baker

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Cassandra et Judith sont sœurs jumelles. Cassandra est une brillante étudiante de Berkeley, Judith est musicienne. Toutes deux ont un temps vécu ensemble avant que Judith ait envie d’autre chose. Elle a laissé Cassandra pour passer un an à New York. Elle y a rencontré un médecin qu’elle va épouser. Cassandra ne croit pas au mariage de sa sœur. Leur séparation n’a pour elle que trop duré. Cette vie de solitude fut insupportable pour Cassandra qui lentement a glissé dans la névrose. Judith devait revenir. « (…) quelle folie ce serait de vouloir nous séparer. Mais nous le saurions bientôt, même si j’avais besoin de prendre des pilules pour tenir la journée. Nous en avions eu cinq cents fois la preuve : nous ne sommes pas des esclaves qu’ont peut vendre séparément , à droite à gauche, et envoyer vivre leur petit bout de vie dans des lieux différents. Combien de fois avions-nous déjà essayé ! Cette dernière tentative elle-même -9 mois à New York renforcés par des fiançailles avec une espèce de docteur, jusqu’au bord de la véritable reddition en bonne et due forme- avait échoué elle aussi. »  Tout au long de la route qui mène Cassandra à la demeure familiale, elle ressasse la même idée : comment empêcher Judith d’épouser son médecin ?

« Cassandra au mariage » est l’anatomie de la relation sororale de Cassandra et Judith. Une relation extrêmement complexe due à la gémellité qui est vécu différemment par les deux sœurs. Durant leur enfance, leurs parents ont fait en sorte qu’elles soient bien deux personnes, deux entités séparées. Tandis que leur grand-mère ne rêvait que d’une chose : habiller les deux fillettes de la même façon. Mais finalement, Cassandra n’arrive pas à se sentir entière sans sa sœur, elle se pense réduite à la moitié d’elle-même. Le roman décrit, décortique cette interdépendance, cet amour qui vire à la jalousie la plus brutale et la plus haineuse.

Et Dorothy Baker est au plus près de son sujet pour analyser cette relation. Son roman est un flux de conscience permanent. Nous sommes dans le cerveau de Cassandra puis dans celui de Judith. Nous sommes donc au cœur de la tempête émotionnelle que représente la mariage de Judith. Les névroses de Cassandra n’en sont que plus criantes, que plus poignantes. Nous la sentons totalement enfermée, dépendante de sa relation avec sa sœur et finalement Cassandra semble avoir peur d’exister par elle-même. Le roman de Dorothy Baker  peut être vu également comme un roman d’émancipation psychologique, d’acceptation de soi.

Ecrit en 1962, « Cassandra au mariage » m’a semblé très moderne dans sa manière d’étudier la psychologie de la relation de sœurs jumelles. Les sentiments y sont crûment exposés et le basculement vers la folie n’est jamais loin.

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Je m’appelle Lucy Barton

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Lucy est hospitalisée pour une appendicite. Mais après l’opération, une infection se déclare. Lucy est alors forcée de rester à l’hôpital durant de longues semaines loin de son mari et de ses deux filles. Une visite inattendue va rompre sa solitude. Sa mère vient lui rendre visite et reste cinq jours et cinq nuits à son chevet. Les deux femmes ne se sont pas vues depuis de nombreuses années. Lucy et sa mère se parlent de tout et de rien. La mère raconte des histoires à sa fille, celles de ses anciens camarades d’école, des habitants de la petite ville de l’Illinois où Lucy est née. Celle-ci se remémore ses moments passés là-bas, son enfance pauvre et sans affection et la manière dont elle a fui sa famille et sa classe sociale.

J’avais beaucoup aimé « Olive Kitteridge » qui présentait avec beaucoup de délicatesse les petits riens et les grandes tragédies de la vie. J’ai retrouvé la même qualité dans ce dernier roman. En de courts chapitres, Lucy nous présente sa vie, les grands moments, les grandes tristesses, les petits riens qui font parfois tout basculer. Par petites touches, en quelques mots, on devine la dureté de l’enfance vécue par Lucy. La famille de trois enfants qui doit vivre dans un vieux garage. On devine le manque de nourriture, le froid, l’humiliation quotidienne face aux autres enfants. La mère est parfois violente, le père est ambigu. Lucy souffre surtout du manque d’amour, et de gestes tendres qu’elle continue de réclamer à sa mère durant ses visites à l’hôpital. Lucy déplore également une pauvreté intellectuelle, un manque de culture populaire qu’elle sentira tout au long de sa vie.

« Je m’appelle Lucy Barton » est également, comme son titre l’indique, une affirmation de soi. Lucy a trouvé le moment de transcender sa souffrance. Elle est devenue écrivain. Pour se faire, il lui a fallu couper les ponts, s’éloigner des racines du mal pour enfin s’affirmer. Le livre que nous lisons est celui qu’elle a écrit au mitan de sa vie pour se libérer de sa relation d’amour/rejet pour sa mère. La littérature, l’écriture est une catharsis, une béquille pour aider à vivre mieux.

« Je m’appelle Lucy Barton » est un livre touchant, tout en délicatesse et en sobriété. C’est le récit d’une renaissance par l’écriture, d’un dépassement de ses douleurs, de ses blessures grâce aux mots.

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La loterie de Miles Hyman

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Le soir du 26 juin, à l’arrière d’une boutique, se prépare le rituel du lendemain. Une grande urne est exhumée et remplie, par deux hommes, de morceaux de papier blanc pliés en deux. Sur l’un d’eux est dessiné un rond noir. Depuis des lustres, dans ce village de l’Amérique rurale, a lieu le 27 juin le tirage d’une loterie. C’est une cérémonie qui perdure à travers le temps. Certes, l’incantation de début de cérémonie ou le salut rituel n’existent plus. Mais l’essentiel a été sauvegardé : le tirage au sort. Tessie Hutchinson aurait presque oublié que le jour de la loterie était venu. Elle profite du calme de la maison, prend un bain avant de comprendre. Et cette journée va changer sa vie. Les trois cents habitants sont réunis devant l’urne. Chaque homme, représentant sa famille, tire un morceau de papier. C’est Bill, le mari de Tessie, qui tire celui marqué d’un rond noir. L’ensemble de sa famille doit ensuite piocher à nouveau dans l’urne. Le papier au rond noir est remis en jeu. Qui va être le gagnant de cette année ?

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Miles Hyman est le petit-fils de Shirley Jackson. Celle-ci écrivit la nouvelle « La loterie » en 1948 et elle fut publiée dans The New york Magazine. Le texte provoqua un véritable tollé. Shirley Jackson fut obligée de changer de boîte aux lettres tant elle recevait de plaintes de ses lecteurs ! Il est vrai que l’histoire racontée est des plus dérangeantes. Elle décrit le quotidien paisible d’un village des Etats-Unis dans les années 50. Celui-ci semble sans problème et chacun connaît tout le monde. Le terrible et inattendu final de « La loterie » questionne en fait le mal ordinaire, celui que chacun porte en soi. Pas étonnant, dès lors, que certains se soient offusqués d’une pareille intrigue qui révélait les pires instincts de l’âme humaine et entachait l’image de l’Amérique d’après-guerre.

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Miles Hyman a produit une adaptation remarquable de ce texte. Ses dessins sont très cinématographiques, certaines pages ou cases m’ont évoqué le travail de Edward Hooper. Le dessinateur joue avec la structure de ses pages, ses découpages varient d’une page à l’autre. Très peu de textes, de paroles complètent les images, ce qui donne un côté épuré à cette bande dessinée. Mais cela crée également une ambiance inquiétante qui va crescendo avec quelques indices du drame à venir disséminés au fil des pages. Le dessin joue beaucoup avec les contrastes d’ombre et de lumière. Les expressions des visages des personnages sont très marquées. Le rituel, qui semble au départ anodin, gagne en gravité au fur et à mesure qu’il se déroule. Le silence, la dureté des visages finissent par nous glacer le sang.

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« La loterie » est une bande dessinée très réussie mettant en images une nouvelle cauchemardesque de Shirley Jackson.

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