Pur d’Antoine Chainas

Pur

Un accident sur l’autoroute: Patrick Martin reprend conscience en contrebas de la route. Sa femme n’a pas survécu à l’accident. Mais Patrick considère qu’il ne s’agit pas d’un accident. C’est ce qu’il explique à la police, au commissaire Durantal. Le couple aurait été poursuivi depuis la station service par deux jeunes arabes. Ces derniers leur auraient tiré dessus. Le commissaire n’est pas convaincu par le témoignage de Patrick. Aucune trace de balles n’a été retrouvée sur le lieu de l’accident. Sachant qu’un sniper sévit sur l’autoroute depuis quelques temps, Patrick Martin n’aurait-il pas imaginé les coups de feu ? Et pourquoi le sniper s’en prendrait-il à ce couple de blancs alors que jusque là il ne tuait que des arabes ?

« Pur » d’Antoine Chainas est un roman d’anticipation mais qui finalement n’est pas si éloigné de notre réalité. La France de « Pur » est celle de la ségrégation sociale. Les plus riches sont enfermés dans des propriétés fermées, protégées et perpétuellement sous surveillance. Pour y habiter, il faut répondre à un questionnaire précis, il faut être sans tâche. La fracture sociale est belle et bien consommée. Les pauvres sont relégués dans les quartiers périphériques, loin  des lieux de résidence des privilégiés.

Cette discrimination sociale et aussi raciale est savamment entretenue par les médias et les politiques. Le fait divers de Patrick Martin va être exploité pour exacerber les violences entre les communautés. Les extrémistes sont encouragés à laisser libre court à leur haine. La police, la mairie sont corrompues et manipulent tout le monde. Les thématiques d’Antoine Chainas sont extrêmement politiques et la société qui nous est présentée ne nous est pas complètement étrangère. La montée des extrêmes, les manipulations des faits divers à des fins électoralistes, les différences sociales accrues donnent au roman une troublante et inquiétante vérité.

Roman choral à l’écriture clinique, « Pur » nous montre une réalité glaçante où l’appartenance à une classe termine le cadre de vie. Un roman noir, bien mené, qui rend compte d’une société, d’un pays sur le fil du rasoir.

Jardins au Grand Palais

affiche-jardin

Les Galeries Nationales du Grand Palais proposent une exposition très originale et pluridisciplinaire sur les jardins. Le fait de présenter les jardins dans un musée peut sembler antinomique, comment présenter des organismes vivants dans un lieu clos et figé ? L’exposition s’attache à évoquer les différentes dimensions de la constitution d’un jardin mais aussi ses représentations au travers du temps de Pompéï à nos jours.

C’est d’ailleurs une peinture pompéienne, datant de 30-35 avant JC, qui nous accueille et montre un lieu paradisiaque et harmonieux, une nature domptée et sophistiquée.

La maison du bracelet d'or

La suite de l’exposition montre les différents composants qui sont à la base du jardin : l’humus nécessaire à la pousse des plantes avec l’incroyable installation « Soil library » de Kôichi Kurita, l’eau avec les deux études de nuages de Constable. Il faut ensuite des plantes qui sont présentées ici sous plusieurs formes : herbiers, xylothèque, photogrammes, peintures, modèles de cire, bijoux, etc …

anna-atkins-photogramme-dalguesPhotogramme-Anna Atkins

Il ne manque plus qu’un jardinier pour ordonner ces différents éléments et il arrive sous la forme d’une monumentale et saisissante peinture de Emile Claus. Dans cette salle se trouve également une importante collection d’outils de jardinage anciens.

600_72dpi_emile_clausLe vieux jardinier – Emile Claus

La deuxième partie de l’exposition se penche alors sur la création des jardins et leurs représentations. Peintures, galerie de plans d’Androuet du Cerceau ou Calamity Brown, extraits de films comme « Shining » ou « Edward aux mains d’argent », photos, installation imitant une grotte, les médiums se multiplient et invitent à la flânerie. La scénographie rappelle celle d’un jardin avec des détours, des allées, des recoins ou des bosquets. On butine véritablement d’une œuvre à l’autre.

9.Fragonard-La-Fête-à-Saint-Cloud-La fête de St Cloud – Fragonard

Vers la fin de l’exposition se trouve la salle qui m’a le plus séduite et on ne se refait pas, c’est une salle presque entièrement consacrée à la peinture des 19ème et 20ème siècles. A part les incontournables et indispensables « Nympheas » de Monet, les commissaires de l’exposition ont mis en valeur des œuvres et des artistes peu souvent exposés : Edouard Debat-Ponsan et son charmant « Jardin du peintre », les splendides « Soucis » de Koloman Moser, les parterres de marguerites de Caillebotte récemment acquis par le musée des impressionnistes de Giverny, les fleurs de Ernest Quost, « Les pivoines » de Emil Nolde, etc… La pièce s’achève sur la série de photos qu’Eugène Atget a réalisé sur le parc de Sceaux. Sans présence humaine, sous le ciel gris de l’hiver, le parc prend des allures de ruines gothiques.

IMG_5282Les soucis – Koloman Moser

La richesse des supports, la scénographie originale et pertinente qui invite à la promenade, font de l’exposition Jardins une réussite.

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Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’Farrell

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En 2010 dans le Donegal, Daniel s’apprête à partir en voyage. Il retourne aux États-Unis, après une longue absence, pour l’anniversaire de son père. Il vit retiré au fin fond de l’Irlande dans une maison protégé par douze portails. Daniel doit s’y prendre longtemps à l’avance lorsqu’il doit partir pour donner ses cours de linguistique à Belfast. Cette fois, sa femme et ses deux enfants, Marithe et Calvin, l’accompagnent jusqu’à l’aéroport. Soudainement, Daniel se raidit dans l’habitacle de la voiture. A la radio, il entend une voix venue de son passé. Participant au débat à l’antenne, Nicola, une brillante jeune femme qui fut son premier amour à l’université. Lors de l’émission, il comprend qu’elle est malheureusement décédée. Qu’a-t-il bien pu lui arriver et quand ce drame a-t-il eu lieu ? Un tourbillon d’émotions prend possession de Daniel et l’arrache à sa vie actuelle.

Le dernier roman de Maggie O’Farrell ressemble à un patchwork. Chaque chapitre s’intéresse à un personnage, à une époque différente. Nous voyageons ainsi dans le temps et dans l’espace, de la Bolivie à New York, de 1944 à 2016. Et ce ne sont pas que les personnages principaux qui ont droit à la parole. Les personnages secondaires font également l’objet de chapitres. Mais Maggie O’Farrell a le talent de ne pas nous perdre. Chaque chapitre donne un éclairage différent ou nouveau sur l’histoire principale. Chacun enrichit l’histoire de Daniel, complète le puzzle.  Les chapitres sont presque comme des nouvelles, des entités qui peuvent se détacher du reste.

Foisonnant, parfaitement construit, « Assez de bleu dans le ciel » souligne à nouveau la délicate empathie de Maggie O’Farrell pour ses personnages. Ce sont les erreurs, les blessures du passé qui sont au cœur du roman. Celles qui laissent leurs empreintes définitivement,  qui nous culpabilisent et rendent le présent si difficile à vivre. Le livre est le long et lent cheminement de Daniel et de ses proches qui doivent surmonter les drames et les non-dits, les accepter et les dépasser.

Entremêlant les lieux et les époques, « Assez de bleu dans le ciel » nous offre encore une fois la démonstration du talent et de la capacité d’empathie de Maggie O’Farrell envers ses personnages.

Merci à Babelio pour cette lecture.

Bilan livresque et films d’avril

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Deux très jolies découvertes en ce mois d’avril dont j’ai eu l’occasion de vous parler : « Broadway limited » de Malika Ferdjoukh et « Miss Buncle’s book » de D.E. Stevenson. J’ai poursuivis deux séries totalement différentes : celle des Rougon-Macquart de Zola que je lis et relis dans l’ordre et celle d’Agatha Raisin avec le troisième volet qui m’a accompagné lors de ma semaine à Oxford. Malheureusement, je n’ai pas trouvé le temps de vous parler de la splendide BD « Pereira prétend » adapté d’Antonio Tabucchi mais je vous la conseille vraiment, de même que l’album d’India Desjardins et Pascal Blanchet : « Le noël de Marguerite » qui est un délice vintage.

Un tout mois cinématographique sans coup de cœur :

  • La colère d’un homme patient de Raùl Arévalo : Le film débute par un braquage d’une bijouterie qui se termine par l’arrestation du chauffeur qui attendait les cambrioleurs. Le réalisateur nous présente ensuite le quotidien de José, un homme en apparence très calme, réservé qui passe beaucoup de temps dans un petit bar de la banlieue madrilène. Son côté chien battu séduit Ana qui travaille dans le bar et n’a pas eu une vie facile. Son homme, Curro, est en prison suite au braquage de la fameuse bijouterie. Les deux histoires se croisent alors et on découvre que José ne vient pas au bar pour les beaux yeux d’Ana. Il attend la libération de Curro. Le film de Raùl Arévalo montre la violence des deux hommes. Les comptes se règlent de façon brutale, implacable. On prend les deux hommes en pitié pour les détester la minute suivante. « La colère d’un homme patient » est un thriller sous forme de road-movie qui sait jouer avec les codes et avec les spectateurs.

 

  • Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol : Après plusieurs années en Afrique, Georges revient en France. Il avait fui la France après son retour de la guerre de 14-18. L’attendent sa mère qui a perdu son benjamin au front et Marcel qui ne parle plus depuis son retour du front. Ce dernier a commencé à apprendre la langue des signes avec Hélène ce qui est vu comme un renoncement par Georges. Il s’agit du premier film de Emmanuel Courcol qui réussit une jolie chronique de l’après-guerre : l’effervescence des années folles mais également la douleur incomprise et ignorée de ceux qui sont revenus. Deux présences habitent et illuminent le film : celle de la toujours parfaite Céline Sallette et celle de Romain Duris qui prend de plus en plus d’épaisseur au fil du temps.

 

  • Corporate de Nicolas Silhol : Émilie Tesson-Hansen a été embauchée comme responsable des ressources humaines pour se débarrasser des salariés les plus âgés, les moins performants. Ce qu’elle avait oublié, c’est qu’elle ne gère pas des matricules mais bien des humains. L’un d’eux la harcèle pour avoir une explication. Trouvant un mur devant lui, il se suicide dans la cour de l’entreprise. Une enquête va être ouverte et une inspectrice du travail va interroger les salariés. C’est elle qui peu à peu va faire ouvrir les yeux d’Émilie. La mise au placard afin de mener au départ de salariés est un sujet malheureusement d’actualité. « Corporate » montre bien où mène l’ultra-libéralisme, la rentabilité passe avant l’humain. En ce sens, le film est nécessaire et utile. Peut-être aurait-il fallu un peu plus de nuances dans le scénario qui est un peu trop prévisible. Encore une fois, Céline Sallette est remarquable et son jeu est d’une grande subtilité.

Ma vie avec Virginia de Leonard Woolf

Ma vie avec Virginia

« En fait, elle est la seule personne que j’ai connue intimement et dont je peux dire qu’elle méritait l’appellation de génie. C’est un mot fort qui signifie que le fonctionnement de l’esprit de ces personnes est fondamentalement différent de celui des personnes ordinaires ou normales – et même extraordinaires. » Leonard Woolf (1880-1969) écrivit dans les années 60 ses mémoires en cinq volumes. La traductrice Micha Venaille a choisi des fragments centrés sur le couple qu’il forma avec Virginia. L’introduction de la traductrice rend un bel hommage à cet homme remarquable. Leonard Woolf était un intellectuel brillant, anticolonialiste, athée, membre influent du parti travailliste, un véritable humaniste qui fut l’instigateur de la Société des Nations.

Mais ce n’est pas de lui qu’il parle mais du grand amour de sa vie : Virginia Stephen qu’il rencontre pour la première fois en 1901 dans la chambre de son frère Thoby à Cambridge : « Je les (Virginia et sa sœur Vanessa) vis pour la première fois dans la chambre de Thoby ; en robe blanche, de grands chapeaux, des ombrelles à la main, une beauté à couper le souffle littéralement ; face à elles, on était paralysé, oui, on s’arrêtait de respirer comme cela se produit dans un musée devant un Rembrandt ou un Vélasquez, ou lorsqu’en Sicile, après avoir passé un tournant, on se trouve face au merveilleux temple de Ségeste. » L’ensemble des extraits montre la même admiration, le même amour profond pour sa femme. Il est à ses côtés lorsque la fratrie Stephen crée le groupe de Bloomsbury. Il décide de monter une maison d’édition, la Hogarth Press (ils publient T.S. Eliot, E.M. Fortser, Katherine Mansfield, Rilke, toute l’œuvre de Freud), pour l’aider à surmonter sa maladie. Leonard Woolf aura été un compagnon bienveillant tout au long de la vie de Virginia essayant de la sauver sans malheureusement y parvenir. Il est également très lucide sur la maladie de sa femme; comprenant mieux que les nombreux médecins consultés, qu’elle est atteinte d’une psychose maniaco-dépressive. Il est parfaitement conscient que le génie de Virginia, son incroyable créativité étaient liés intimement à son instabilité mentale. La vie au quotidien était un défi pour lui : la maladie aurait exigé le calme, le repos mais il ne pouvait empêcher le génie de Virginia de s’exprimer. Et pourtant, Leonard savait à quel point la chute était douloureuse : « Et donc il y avait ensuite une autre période d’excitation, celle où elle venait de terminer un livre et de le donner à imprimer. Mais là, on peut parler de désespoir, un désespoir violent et épuisant qui la faisait plonger et tomber vraiment malade. Elle a eu une grave dépression juste après avoir terminé « Croisière », la grave dépression de 1941 qui a abouti à son suicide est survenue après qu’elle eut terminé « Entre les actes » et en 1936, pendant la correction des « Années », elle était désespérée, profondément déprimée. » Trois tentatives de suicide ont douloureusement émaillé la vie du couple Woolf.

« Ma vie avec Virginia » redonne sa juste place à Leonard Woolf, humaniste brillant, sensible et mari indéfectible et attentif d’un des plus grand écrivains du XXème siècle. Virginia Woolf écrivit dans sa lettre d’adieu à Leonard le 28 mars 1941 : « Tu m’as donné le plus grand bonheur possible. Tu as vraiment été tout pour moi, dans tous les domaines. Je ne pense pas que deux personnes aient pu être plus heureuses jusqu’à ce qu’arrive cette terrible maladie. (…) Si quelqu’un avait pu me sauver, c’aurait été toi. »

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Miss Buncle’s book de D.E. Stevenson

Miss Buncle, célibataire approchant de la quarantaine, a des problèmes d’argent. Sa servante, Dorcas, lui propose d’élever des poules. Mais Miss Buncle a une autre idée pour renflouer ses caisses : elle va écrire un livre. Le plus surprenant, pour cette femme discrète, c’est qu’un éditeur londonien accepte de le publier. Intitulé au départ « Chronicles of an english village », le livre prend finalement le titre de « Disturber of the peace ». Le roman de Miss Buncle raconte le quotidien et les travers des habitants d’un petit village nommé Copperfield. Le souci c’est que l’auteur s’est inspiré de son propre village, Silverstream, pour composer son récit : « I can only write about people that I know. I can make them do things of course. » Lorsque les habitants de Silverstream découvrent qu’ils sont les personnages d’un livre, ils ne l’apprécient que très modérément. Enfin, surtout ceux qui sont égratignés, épinglés par la plume de l’auteur. Miss Buncle n’est pas tendre avec certains comme Mrs Featherstone Hogg au passé douteux et qui se prend pour la châtelaine du village ou Mrs Greenleeve, une veuve qui fait tout pour se trouver un riche mari. Elles vont s’allier pour se venger de l’auteur de « Disturber of the peace ». Fort heureusement, Barbara Buncle a pris le pseudonyme John Smith mais réussira-t-elle à protéger son anonymat contre les harpies du village ?

« Miss Buncle’s book » a été écrit en 1934 par Dorothy Emily Stevenson, la petite cousine de Robert Louis. Celle-ci est malheureusement inconnue en France et elle a été rééditée en Angleterre par la superbe maison d’édition Persephone Books. Le roman est à la fois une satire sociale et une sorte de conte. A la manière de Jane Austen, D.E. Stevenson épingle les hypocrisies, les mesquineries des habitants de Silverstream. Le cadre du petit village anglais bucolique se prête parfaitement à cela : tout le monde épie les faits et gestes de son voisin, c’est une petite société en vase clos avec ses codes, sa hiérarchie immuables. Miss Buncle, que chacun pense aussi inoffensive que terne, observe avec une grande acuité ce qui se déroule autour d’elle et comprend parfaitement la psychologie de chacun.

Elle rajoute néanmoins à son livre une part de fantaisie, de conte. Dans la deuxième partie de « Disturber of the peace », un jeune garçon avec une flûte de Pan vient perturber le quotidien des habitants de Copperfield à la manière du joueur de flûte de Hamelin ou du Robin Goodfellow de Shakespeare. Et cette part magique du roman va réellement influer sur le quotidien des habitants de Silverstream et va bouleverser positivement le cours de leurs vies. Le livre de Miss Buncle agit comme un révélateur, certains habitants le vivront positivement, d’autres verront leur véritable nature mise à jour. La vie même de Barbara Buncle sera changée mais cela fera l’objet d’un autre livre puisque D.E. Stevenson a écrit une trilogie autour de ce personnage.

Il est vraiment dommage qu’aucun éditeur français ne se soit penché sur D.E. Stevenson. « Miss Buncle’s book » est un roman truculent, joliment ironique et typiquement anglais. Pour ceux qui seraient tentés, l’écriture est très fluide et le vocabulaire très abordable. Un délice vintage qui m’a fait penser à « Cette sacrée vertu » de Winifred Watson (« Miss Pettigrew lives for a day » publié aussi chez Persephone Books) également découvert grâce aux précieux conseils de mon amie Emjy.

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Broadway limited – 1. Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh

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C’est sur un malentendu que Jocelyn Brouillard se trouve admis à séjourner dans la Pension Giboulée à New York. Mrs Merle, la propriétaire, pensait que Jocelyn était un prénom féminin et sa pension n’accepte pas les garçons. Mais l’habileté de Jocelyn et les talents culinaires de sa mère vont lui permettre de s’installer au sous-sol. Nous sommes en 1948 et Jocelyn a traversé l’Atlantique pour poursuivre ses études de pianiste. Et la Pension Giboulée le plonge immédiatement dans le milieu artistique. Les jeunes femmes qui y vivent sont des apprenties danseuses, comédiennes qui courent les auditions. Jocelyn se retrouve emporte dans le tourbillon de leurs vies. C’est par leurs yeux qu’il découvre New York et grâce à elles qu’il va peu à peu devenir adulte.

« Broadway limited – 1. Un dîner avec Cary Grant » est le premier volume d’un diptyque et c’est un régal. Malika Ferdjoukh a l’art de créer des ambiances et de nous y emporter. Nous sommes ici dans le New York de la fin des années 40, entre Halloween et Noël. L’atmosphère est pétillante, entraînante, romantique et mélancolique à la fois. C’est un roman qui évoque les comédies américaines de cette époque. Malika Ferdjoukh glisse beaucoup de références au cinéma qui est une grande passion pour elle. L’écriture de l’auteure est d’ailleurs très cinématographique, très détaillée et nous permet de totalement nous plonger dans son récit.

Malika Ferdjoukh a également un talent fou pour créer des personnages attachants. Bien entendu, « Broadway limited » est le roman d’apprentissage de Jocelyn qui découvre la vie, l’amour à New York. Mais le jeune homme est entouré d’une galaxie de jeunes femmes toutes plus touchantes les unes que les autres : Manhattan qui court les castings et y croise la jeune Grace Kelly, Chic qui enchaîne les spots publicitaires et n’en peut plus de la soupe Campbell, Page qui est amoureuse d’un critique beaucoup plus âgé qu’elle, Dido la militante de gauche qui entraîne Jocelyn dans des manifestations et Hadley, la plus surprenante et mystérieuse de la pension. Encore une fois, Malika Ferdjoukh nous fait partager le quotidien d’une fratrie comme dans « Fais-moi peur » ou « Quatre sœurs » (je n’ai lu pour le moment que son adaptation en bande-dessinée par Cati Baur). Ici, c’est une fratrie recomposée, une fratrie née de l’amitié des uns pour les autres. Mais la cohésion est forte au sein de la pension, chacun est là pour soutenir, pour consoler l’autre. Il y a , comme toujours avec cette auteure, beaucoup d’humanité et de tendresse envers ses personnages.

« Broadway limited » est un roman que je vous conseille chaleureusement comme il me l’a été par mes copines Emjy et Claire. Un roman tourbillonnant, enchanteur qui nous entraîne dans la magie du New York de la fin des 40’s aux côtés de jeunes gens pleins de talents, de passion et d’espoir. Un délice !

L’appel de Portobello Road de Jérôme Attal

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Auteur-compositeur, Ethan Collas a du mal à percer dans le métier. Son plus grand succès est le jingle de la météo sur une obscure chaîne de t.v. Les déceptions professionnelles et personnelles s’enchaînent aussi rapidement qu’Ethan perd ses cheveux. Mais un coup de fil va changer le cours morose de sa vie. En pleine nuit, le téléphone à cadran, acheté à Portobello Road, se met à sonner. Pourtant il s’agit d’un objet décoratif…au bout du fil, Ethan entend la voix de ses parents qui sont décédés depuis plusieurs années. Plus étonnant encore sont les derniers mots prononcés par sa mère : « On voulait te demander, papa et moi, si tu pouvais dire à ta sœur qu’on pense à elle tous les jours. » Le problème, c’est que Ethan est fils unique. Une tempête se déclenche sous son crâne : une sœur dont il n’aurait jamais entendu parler ? Ses parents auraient-ils pu lui mentir pendant tant d’années ? Ethan farfouille dans sa mémoire, dans les photos de famille, aucune trace d’une quelconque sœur. C’est alors à bord d’une spitfire jaune décapotable que Ethan part à la recherche de cette mystérieuse sœur.

Le dernier roman de Jérôme Attal se déguste comme un bonbon acidulé et pop à l’image de sa couverture évoquant Roy Lichtenstein. C’est un road-book qui nous entraîne à la poursuite d’une énigme, de l’enfance d’Ethan et nous emmène jusqu’en Belgique, dans les environs de Ath dans une fabrique de porcelaine nommée « Somewhere over the tea pot ». Dans son périple, Ethan va croiser de très nombreux personnages qui enchantent le lecteur par leur fantaisie : tante Sylviane qui prend du jambon fumé pour du saumon fumé, Sébastien, le meilleur ami, amoureux des filles des Yvelines, des pom-pom girls délurées venant de Tchéquie, des routiers qui sont les seuls à connaître le jingle créé par Ethan, Bison Bogaerts qui organise des fêtes irréelles dans un institut de jeunes filles catholiques désaffecté mais l’on croise aussi une tarte au riz partagée avec convivialité et une tartelette aux pommes Poilâne trop longtemps oubliée dans la poche d’un blouson de cuir noir !

Décalé, farfelu, surréaliste (et du coup, assez belge !), « Portobello road » est aussi un bel hommage à la famille, à ceux qui nous manquent et dont on aimerait tant encore entendre la voix. Jérôme Attal garde toujours un pied dans l’enfance, dans sa légèreté et sa naïveté. Cela lui permet d’enchanter le quotidien, de le poétiser par son écriture. Le monde qu’il se crée en devient plus acceptable que celui dans le lequel nous vivons où il faut sans cesse se battre même si l’on a pas la mentalité pour ça.

« Et si c’était juste une façon d’échapper à toute cette merde qui ne mène nulle part ? demanda Ethan. Le succès qui ne vient pas. Les histoires d’amour. Le deuil des choses douces. La tendresse qui ne reviendra plus. Les impasses au quotidien. » Et si Jérôme Attal nous offrait là une belle définition de la littérature et de la lecture ? « Portobello Road » nous offre une manière fantaisiste et tendre d’échapper à tout ça, une pause dans nos vies bousculées.

Merci aux éditions Robert-Laffont et à Jérôme pour sa charmante dédicace.

Agatha Raisin and the vicious vet de M.C. Beaton

Agatha revient bien mécontente de ses vacances au soleil : elle pensait y retrouver James Lacey, son charmant voisin. Mais celui-ci a décidé de changer de destination en apprenant celle d’Agatha ! Heureusement pour cette dernière, un nouvel homme ténébreux fait son apparition à Carsely : Paul Bladen, le nouveau vétérinaire. Étonnamment, tous les animaux de compagnie des habitantes du village ont des problèmes de santé et la salle d’attente de Paul Bladen ne désemplit pas. Agatha a le privilège d’obtenir un rendez-vous au restaurant. Malheureusement, la neige empêche notre sémillante cinquantenaire de se rendre au rendez-vous. Le lendemain, Paul Bladen trouve la mort, il succombe à une injection de tranquillisant destiné initialement à un cheval. Agatha flaire le crime et se met donc à interroger ses voisins sur les secrets du beau vétérinaire. James Lacey se joint alors à elle pour mener l’enquête.

C’est un plaisir de retrouver Agatha Raisin dans le deuxième tome de ses aventures. Le personnage est toujours aussi drôle, toujours aussi maladroit (la scène dans les toilettes d’un pub est digne de Pierre Richard !), elle est toujours en quête d’un homme pour partager son quotidien campagnard et elle a toujours le don de se fourrer son nez là où il ne faut pas. De plus, le personnage devient de plus en plus attachant, elle se montre ici plus vulnérable, plus fragile.

L’enquête policière est plus aboutie que dans le premier tome qui servait de présentation des lieux et des habitants du village. Ici, l’auteur nous entraîne de fausses pistes en fausses pistes jusqu’à la résolution finale. Agatha n’enquête cette fois pas seule puisque James Lacey l’accompagne. Ce dernier trouve ce prétexte pour échapper à l’écriture d’un livre historique qui l’ennuie. Je ne sais pas si le duo va perdurer dans les tomes suivants mais il fonctionne parfaitement bien.

Ce qui est également plaisant dans ce tome, c’est le fait qu’Agatha commence à apprécier sa vie retirée dans les Cotswold. Lorsqu’elle vit un moment difficile, tout le village se mobilise pour la soutenir et l’entourer. Notre héroïne si snob dans le premier tome, réalise les avantages de la proximité et de l’amitié du voisinage et sent toute la chaleur que peut lui procurer la vie à Carsely. « Agatha Raisin and the vicious vet » marque le début de l’intégration de notre cinquantenaire à la campagne.

Toujours aussi anglais, toujours aussi drôle, ce deuxième tome installe et approfondit le personnage d’Agatha Raisin. Ce roman accompagnera parfaitement votre cream tea !!!

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Bilan livresque et films de mars

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Le mois de mars m’aura offert une belle pépite, un OLNI : « Le séducteur » de Jan Kjaerstad que je vous encourage vivement à ouvrir. Malheureusement, il faudra être très, très patient pour découvrir la suite qui n’est pas encore traduite. J’ai renoué avec le roman noir grâce à l’excellent « 911 » de Shannon Burke sélectionné pour le Prix du polar SNCF, avec Péneloppe Bagieu et le premier tome de sa bande-dessinée féministe, avec la charmante et drôle Agatha Raisin, avec mon cher Jérôme Attal dont je vous parle très rapidement et avec Irène Nemirovsky et son grinçant « Bal ».

Une belle moisson de films pour ce mois de mars :

Mes coups de cœur :

Un saut dans une piscine pas assez remplie fait basculer la vie de Ben qui se retrouve « tétraplégique incomplet ». On le suit de son réveil à l’hôpital au centre de rééducation. Fort heureusement, Ben va recouvrir petit à petit de la mobilité. Mais lui, qui rêvait de s’inscrire en STAPS, devra dire adieu à ses ambitions sportives. Ben c’est bien entendu Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade. Le film est tiré de son livre. « Patients » sonne extrêmement juste. Grand Corps Malade et Mehdi Idir réussissent à éviter l’apitoiement, le voyeurisme et le mièvre. Mieux, ils nous font rire de l’infortune de cette bande de jeunes handicapés. La vanne est monnaie courante, chacun n’hésitant pas à chambrer les copains. « Patients » est un film d’une grande humanité qui rend également hommage au personnel médical qui accompagne au quotidien ces accidentés de la vie.

A Santa Barbara, en 1979, Dorothea éprouve des difficultés à élever son fils, Jamie, qui a 14 ans. Elle l’a eu tard, a maintenant la cinquantaine et est divorcée. Son fils lui reproche de se complaire dans sa solitude. Dorothea ne vit pourtant pas tout à fait seule, elle loue des chambres dans sa maison en rénovation : Abbie, une artiste trentenaire atteinte d’un cancer, William, l’homme à tout faire encore hippie. Il y aussi Julie, une voisine qui s’incruste régulièrement. Dorothea va demander à tout ce petit monde de l’aider à élever Jamie. « 20th century women » est le récit d’un changement d’époque, fini l’insouciance des années 70, le libéralisme va bientôt s’installer. C’est surtout un magnifique portrait de femme, Dorothea, qui est aussi émouvante qu’agaçante, aussi permissive que strict. Une femme complexe qui tente de donner la meilleure éducation possible à son fils et qui est magnifiquement interprétée par Annette Bening. Tout le casting est d’ailleurs parfait, les acteurs incarnent avec justesse ce patchwork de personnalités.

Et sinon :

  • Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat : Le romancier Daniel Mantovani reçoit le prix Nobel. Son discours de remerciements n’en est pas vraiment un puisqu’il regrette ce qui prix qui signifie qu’il est devenu académique et respectable. Pour essayer de retrouver les origines de son écriture, il décide de retourner dans son village natal en Argentine où il n’avait pas remis les pieds depuis quarante ans. Son village compte célébrer dignement le retour de l’enfant prodigue. Rapidement, on comprend pourquoi Daniel n’était jamais revenu. Le village semble peuplé de personnages grotesques, hargneux et jaloux qui reprochent à l’écrivain sa réussite mais aussi les livres qu’il a écrit sur son village natal. Entre drôlerie et cruauté, le voyage de Daniel finit par tourner au cauchemar et au règlement de compte.
  • L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki : Deux destins se croisent dans le dernier film d’Aki Kaurismäki : Khaled qui fuit la Syrie et les bombardements d’Alep et Wikström qui fuit sa femme et sa vie de vrp de chemises. Tous deux reprennent tout à zéro. Khaled demande le droit d’asile à la Finlande. Wikström rachète un restaurant. C’est là que les deux hommes vont se côtoyer. On retrouve avec plaisir le charme rétro de l’univers de Kaurismäki, son humour pince-sans-rire, son économie dans les dialogues, le burlesque et son amour pour les vieux rockeurs finlandais. Ce qui est au centre de « L’autre côté de l’espoir », c’est l’humanité et l’entre-aide. La terrible situation de Khaled est balayée d’un revers de main par l’administration, il est impossible d’accueillir tous les réfugiés et c’est bien l’altruisme qui peut encore nous donner de l’espoir.
  • Chez nous de Lucas Belvaux : Pauline est infirmière dans le nord de la France , près de Lens. Son quotidien se déroule dans la précarité, la solitude de ceux qu’elle soigne à domicile. A l’approche de l’élection locale, Pauline est approchée par l’ancien médecin de la ville. Ce dernier lui propose de se présenter sous les couleurs du Bloc Patriotique, le parti populiste. Le film de Lucas Belvaux démonte les fonctionnements de l’adhésion à ce type de parti. Les mécanismes sont bien visibles, compréhensibles. Ils le sont peut-être un peu trop. Le côté pédagogique enlève du romanesque au film. Il n’en reste pas moins que « Chez nous » est un film nécessaire surtout au vue des différents sondages annonçant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle.
  • Rock’n’roll de Guillaume Canet : Guillaume Canet se pose des questions sur son âge et sa vie tranquille après que sa nouvelle partenaire de tournage lui ait avoué qu’elle le trouvait plutôt dépassé et pas du tout rock’n’roll. L’acteur remet alors toute sa vie en question et commence à ausculter ses rides avec fièvre. Il fallait oser réaliser un film aussi proche de son quotidien où l’on se traite avec autant de férocité. Guillaume Canet se malmène, n’a pas peur du ridicule et n’hésite pas à nous faire rire à ses dépends. Il fustige cette mode de la jeunesse qui nous culpabilise tous lorsqu’une ride ou un cheveu blanc apparaissent. Marion Cotillard est extrêmement drôle dans son rôle d’actrice obsessionnelle et perfectionniste. Le seul défaut du film est que Guillaume Canet semble avoir du mal à l’achever, la fin possède certaines longueurs qui gâchent un peu le reste du film.
  • Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa : Jean arrive dans une grande maison de la banlieue parisienne. Il s’agit de son nouveau lieu de travail. Il doit seconder Stéphane, un photographe de mode. Celui-ci réalise également des portraits, inspirés du 19ème siècle, grandeur nature en daguerréotype mais uniquement de sa fille Marie. La photo parfaite demande de très longs et harassants temps poses. Une atmosphère inquiétante et mystérieuse entoure le père et la fille. L’ambiance spectrale est sans doute la plus grande réussite du film. Ce qui ne se voit pas est ce qui effraie le plus et Kiyoshi Kurosawa maitrise cela à la perfection. Mais le film est trop long (2h10), beaucoup trop long et on se lasse de cette histoire de fantômes qui n’en finit pas. De même, l’idée des portraits grandeur nature était très belle mais elle ne me semble pas être exploitée jusqu’au bout.

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