Retour à Peyton Place de Grace Metalious

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Le roman d’Allison MacKenzie, « Le château de Samuel », va être publié à la plus grande joie de son auteur et de sa famille. La jeune femme va devoir séjourner à New York pour rencontrer son éditeur, Lewis Jackman. Rapidement, le roman connaît un énorme succès. Les journalistes veulent tous obtenir une interview de la jeune prodige qui a écrit ce roman sulfureux. Mais le succès a également un revers. Allison va s’en rendre compte à son retour à Peyton Place. Les habitants sont tous liés contre elle. Son beau-père a été licencié et la boutique de sa mère se vide de ses clients. Peyton Place a servi de modèle au « Château de Samuel » et la ville n’apprécie pas le portrait qu’Allison a fait d’elle. Et cette haine ne risque pas de faiblir car les droits du roman ont été achetés par Hollywood. Allison va devoir s’y rendre pour y défendre son oeuvre face aux producteurs et scénaristes. Heureusement Lewis Jackman est toujours présent pour épauler et soutenir la jeune femme.

Poussée par ses éditeurs, Grace Metalious a écrit une suite à son best-seller, « Peyton Place », où l’on retrouve tous les personnages principaux. C’est d’ailleurs l’un des plaisirs de cette lecture. On suit l’évolution des personnages, Selena notamment que l’on avait quittée au moment le plus dramatique de sa vie. On constate également que la ville n’a pas changé. Le quotidien est toujours fait de commérages, de jalousies et de terribles secrets.

Mais Allison nous entraîne également à l’extérieur de la ville, nous la suivons dans sa nouvelle vie d’auteur à succès entre New York et Hollywood. Cette partie est clairement autobiographique. Comme Grace Metalious, Allison connaît un succès fulgurant mais son roman choque et crée la polémique. Le travail d’Allison va rapidement être critiqué et attaqué. Elle connaît également des difficultés avec l’adaptation de son travail. Comme Grace Metalious, elle voit son livre dénaturé par les scénaristes et les producteurs. Son oeuvre ne lui appartient plus.

Ce deuxième volet est plaisant à lire mais il est moins piquant que le premier, le ton se fait moins acerbe. De plus, j’ai trouvé qu’il manquait de liant. les histoires des différents personnages semblent accolées les unes aux autres sans interagir véritablement. Il pourrait presque s’agir de nouvelles.

J’ai apprécié la lecture de « retour de Peyton Place » et mes retrouvailles avec les différents personnages même si l’ensemble manque de liant.

La forêt des renards pendus de Nicolas Dumontheuil

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Raphaël Juntunen revient sur les lieux de son enfance pour récupérer son butin : 36 kg de lingots d’or. Il s’installe dans une forêt, loin de tout, y plante sa tente pour réfléchir à la suite. Malheureusement pour lui, un militaire alcoolique va s’intéresser à son campement. L’intrus va se transformer en aubaine : Raphaël va l’emmener chercher de l’or dans la rivière et essayer de faire passer ainsi ses lingots sous forme de pépites.

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Cette Bande-dessinée est l’adaptation d’un roman de Arto Paasilinna. N’ayant pas lu le livre, je ne peux pas juger de la fidélité de l’adaptation. Elle a été sélectionnée dans le cadre du Prix Polar SNCF 2018. Ce qui est certain, c’est que la lecture de la BD ne m’aura pas donné envie de découvrir le roman. Il y a des moments amusants mais dans l’ensemble, je me suis plutôt ennuyée. J’ai trouvé la mise en route longue et fastidieuse. L’intrigue m’a semblé manquer totalement de suspens et le côté polar n’est pas du tout évident. Le dessin léger aux formes rondes m’évoque une comédie plutôt qu’un polar. La tonalité, certains personnages (les prostituées, la vieille dame perdue dans la forêt) confirment l’atmosphère humoristique et insouciante.

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Une bande-dessinée qui n’est pas désagréable à lire mais qui, à mon sens, n’a rien à faire dans une sélection pour un prix polar.

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Le château de Cassandra de Dodie Smith

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En 1930, la famille Mortmain vit dans un château en ruine au fin fond de la campagne anglaise. Cassandra écrit son journal et y raconte le quotidien de sa fantasque famille. Le père a publié un seul et unique roman qui fut salué par la critique et les spécialistes. Mais depuis plus rien, le père s’enferme des jours entiers et le reste des habitants du château espère qu’un nouveau roman est en cours d’écriture. La belle-mère, Topaz, est un ancien modèle pour les artistes, un portrait d’elle en pied est accroché à la Tate. Les trois enfants, Rose, Cassandra et Thomas, se débrouillent comme ils peuvent avec le manque d’argent et font preuve de beaucoup d’inventivité pour rendre leur vie moins morose. Ils sont aidés par le jeune et séduisant Stephen qui leur sert d’homme à tout faire. Le quotidien de la famille va être modifié par l’arrivée de nouveaux voisins, deux riches américains emménagent, ils sont les nouveaux propriétaires des lieux et le château leur appartient également. Vont-ils réclamer les nombreux loyers arriérés à la famille Mortmain.

Dodie Smith est l’auteur des « 101 dalmatiens » et « La château de Cassandra » (en vo « I capture the castle ») est un classique de la littérature jeunesse. Ce n’est pas étonnant puisque l’on peut sans peine s’identifier à Cassandra et qu’il s’agit d’un roman d’apprentissage. Outre les difficultés financières et matérielles, l’héroïne connaît ses premiers émois amoureux. Trois hommes peuplent son univers sentimental : Stephen follement amoureux d’elle, Simon et Neil, les deux américains, tourneront autour de la jeune femme. Les personnages sont d’ailleurs tous très attachants grâce à leur originalité et leur extravagance. Même si la vie semble difficile (manque de nourriture, de vêtements en bon état), la vie se déroule dans une bonne humeur, une liberté rafraîchissante. Le château est lui-même un personnage secondaire de l’intrigue. Doddie Smith donne de nombreuses descriptions des lieux qui évoquent bien entendu les romans gothiques. L’auteur parsème également son roman de références littéraires notamment à Jane Austen (les deux filles de la famille trouveront-elles un mari ?) ou aux sœurs Brontë.

« Le château de Cassandra » a beau être un roman jeunesse, il peut se lire avec plaisir à l’âge adulte. La sensibilité du personnage central, les références littéraires et la loufoquerie des personnages en rendent la lecture intéressante à tout âge.

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Christmas pudding de Nancy Mitford

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Pour Noël, Amabelle Fortescue a loué une maison à la campagne dans le Gloucestershire. Se joindront à elle, Sally et Walter Monteath, un couple impécunieux, Jérôme Field le meilleur ami d’Amabelle. Sa maison dans les Cotswolds se situera dans les environs de celle de la famille Bobbin dont le fils Bobby amuse beaucoup Amabelle. Celle-ci s’exile de Londres pour éviter le retour de Michael Lewes, éperdument amoureux d’elle et non payé en retour. Son insistance a fini par lasser Amabelle. Paul Fotheringay tient également à être de la partie. Ce jeune auteur a succès souhaite écrire la biographie de l’aïeule de la famille Bobbin. Lady Bobbin lui a refusé l’accès aux archives familiales. Grâce à Amabelle, il va se faire passer pour le nouveau précepteur de Bobby. Tout ce petit monde va donc se retrouver à la campagne pour les fêtes de fin d’année.

« Christmas pudding est le deuxième roman de Nancy Mitford et j’ai eu un grand plaisir à retrouver la plume caustique de cette auteure. Elle dresse un portrait ironique de la haute société anglaise dans les années 30. Autour de Compton Bobbin, la demeure des Bobbin, se jouent les marivaudages des différents personnages. L’intrigue en elle-même n’est pas des plus touffue. Mais ce qui importe ce sont les personnages fantasques nés de l’imagination de Nancy Mitford et leurs réparties bien senties. Paul Fotheringay est certes l’auteur à succès d’une comédie digne de Wodehouse ou d’Evelyn Waugh, le problème c’est qu’il souhaitait écrire un tragique mélodrame ! Walter et Sally sont heureux, leur petite fille vient d’être baptisée et ils devraient pouvoir revendre à un prix intéressant les différents cadeaux qu’elle a reçus à cette occasion. Lady Bobbin, qui ne s’intéresse qu’à la chasse et à ses chiens, compte bien que Noël se passera sans encombres : « La journée de Noël fut organisée par Lady Bobbin avec le soin du détail et la minutie d’un général conduisant son armée à la bataille. Pas un instant des réjouissances ne fut laissé au hasard ni à l’initiative de ses hôtes ; ceux-ci reçurent la veille de Noël leur feuille de route, qui devait être suivie à la lettre sous peine de mort. » Ils sont tous traités avec autant de ridicule et d’ironie. C’est pétillant comme le champagne que Lady Bobbin refuse de servir à ses invités le soir de Noël, drôle et plein  d’esprit.

Après avoir lu « La poursuite de l’amour » et « L’amour dans un climat froid », j’ai retrouvé avec plaisir Nancy Mitford dont les romans légers et piquants sont véritablement réjouissants et savoureux.

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Gabriële de Anne et Claire Berest

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Anne et Claire Berest ont écrit leur dernier roman autour d’un manque, d’une absence : celle de Gabriële Buffet Picabia, leur arrière-grand-mère dont leur mère ne leur a jamais parlé. Elles ne savent rien non plus sur leur grand-père maternel à part le fait qu’il se soit suicidé à 27 ans. C’est ce silence qu’elle comble avec leur livre même si celui-ci est une sorte de trahison envers leur mère. Il est également un bel hommage à une figure singulière et indépendante.

Gabriële Picabia était une brillante étudiante en composition musicale. Elle fit ses études à Paris puis à Berlin. Elle est déjà proche des avant-gardes. Sa rencontre avec Francis Picabia va changer sa vie. Elle l’épouse en 1909 et devient sa muse. Gabriële va accompagner, inspirer les créations de son mari. Leur mariage est plus intellectuel que sensuel. Elle s’efface au profit de son mari et c’est ce qui la rend si intrigante. Elle se voyait artiste, compositrice, elle ne produit plus rien après sa rencontre avec Picabia. C’est que l’art ne souffre pas la médiocrité pour Gabriële, ses ambitions sont sans doute trop élevées. Le couple traverse ensemble le cubisme, le dadaisme. Leurs compagnons de route se nomment Marcel Duchamp, qui fut l’amant de Gabriële, Guillaume Apollinaire, qui sera un ami indéfectible. Le duo se fait souvent trio au gré des amitiés et des fantaisies de Picabia. Ce dernier ne supporte pas l’immobilisme, il est instable, très probablement bipolaire. Et Gabriële fait avec les hauts et les bas de son mari, le protège, le défend. Ce sont surtout les enfants du couple qui vont pâtir  de cette vie de bohème ; la relation du couple Picabia est libre et fantasque mais elle exclut totalement les enfants.

Anne et Claire Berest rendent parfaitement l’incroyable bouillonnement artistique du début du XXème siècle. Les avant-gardes sont aussi bien picturales que musicales (on croise Stravinski, Debussy, etc…). Les artistes rivalisent d’imagination et d’innovation. On voit la figure tutélaire de Picasso, ogre qui fait de l’ombre à son compatriote Picabia. Le livre montre également l’évolution de Marcel Duchamp, de la peinture figurative au ready-made. Une euphorie créatrice à laquelle Gabriële Buffet-Picabia aura apporter discrètement une touche décisive.

« Gabriële » est le portrait d’une femme d’exception, muse des avant-gardes du début du XXème siècle. Même si le livre n’est pas sans défaut (les apartés des deux sœurs ne sont pas toujours opportuns), il a la qualité de mettre en lumière cette femme moderne et captivante.

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Mères, filles. Sept générations de Juliet Nicholson

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« Mères, filles. Sept générations » est la saga de la famille Sackville-West au travers des destinées des femmes. En écrivant ce livre, Juliet Nicholson, petite-fille de Vita Sackville-West, s’inscrit dans une tradition familiale : « Coucher sa vie sur le papier est de tradition ancienne dans notre famille. Mon arrière-grand-mère Victoria tint un journal et rédigea un recueil de souvenirs ; sa fille, ma grand-mère Vita, écrivit plusieurs livres sur ses aînées, dont une biographie commune de ses mère et aïeule, où elle inséra des souvenirs de ses jeunes années. De plus, elle utilisa (à peine travestie) son expérience autobiographique dans ses romans. Mon père consacra une grande partie de sa vie professionnelle à écrire sur sa famille et à mettre en forme des livres écrits par des proches, ajoutant un portrait du mariage de ses parents aux mémoires inédits de sa mère. »

Juliet Nicholson nous présente son arbre généalogique féminin par ordre chronologique. On débute donc avec la flamboyante Pepita dans le Malaga du XIXème siècle, pour ensuite découvrir la vie de Victoria entre l’Angleterre et les États-Unis, puis celle de l’originale Vita pour terminer avec la mélancolique Philippa, la mère de l’auteure. Cette dernière sert de pivot entre les aïeules, ses filles et sa petite-fille.

A travers le récit des vies des femmes de sa famille, Juliet Nicholson s’interroge sur les notions de filiation et sur les schémas qui ont pu influer sur sa propre destinée. On constate que les femmes sont souvent prises au piège du rôle social qu’on leur impose  (Pepita ne pourra jamais épouser son amant et père de ses enfants, Victoria devra compenser l’absence de sa mère auprès de son père, etc…). Les maris ne sont bien souvent pas à la hauteur du fort caractère de leurs femmes et de leur envie d’indépendance (Philippa totalement délaissée par Nigel Nicholson souffrira terriblement de sa solitude). En revanche, les hommes de la famille sont exemplaires avec leurs enfants et sont de véritables piliers pour eux.

Ce qui se détache également du livre, c’est le fort attachement des femmes pour les lieux où elles vivent : Knole et ensuite Sissinghurst à partir de Vita , celle-ci étant la seule fille du couple Victoria/Lionel Sackville-West, Knole revient à une autre branche de la famille. Ces propriétés sont les liens qui relient les générations entre elles et elles deviennent des lieux de mémoire.

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« Mères, filles. Sept générations » nous offre de magnifiques portraits de femmes, toutes attachantes et singulières. Mon seul regret tient au fait que les portraits des aïeules sont trop courts, elles sont tellement intéressantes que l’on aimerait les côtoyer plus longuement.

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L’affaire Sadorski de Romain Slocombe

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En 1942, Léon Sadorski est un flic modèle qui prend son travail très à cœur. Il contrôle et arrête des juifs pour les envoyer à Drancy. Parfois, il retarde les arrestations contre des pots-de-vin. Les temps sont durs et Sadorski adore gâter sa femme. De manière incompréhensible, il se fait arrêter par la Gestapo. Il est envoyé à Berlin avec un ancien supérieur hiérarchique. Les deux hommes se font durement interroger et sont incarcérés. Au bout d’un certain temps, les allemands dévoilent leur jeu : ils ont testé Sadorski, ils souhaitent qu’il devienne leur informateur à la préfecture de police. A son retour à Paris, il a l’ordre de retrouver une ancienne maîtresse, Thérèse Gurst, agent-double qui tromperait les allemands. Parallèlement, Sadorski enquête sur l’assassinat brutale d’une jeune femme qui a été retrouvée sur les voies de chemin de fer.

Le personnage de Léon Sadorski est de ceux que l’on oublie pas. Romain Slocombe nous décrit la parfaite ordure. Il n’a aucune compassion, aucun sentiment quant au sort des juifs qu’il arrête. Lorsqu’il s’intéresse à une jeune voisine juive, c’est en raison de pulsions perverses. Sadorski est infâme et c’est lui le narrateur du roman. Cela met le lecteur dans une position très inconfortable, proche du malaise. L’ambiance du roman est pesante, d’une noirceur étouffante.

Romain Slocombe a fait un travail documentaire remarquable pour écrire son roman. Les descriptions des différents services de la police, des coulisses du régime de Vichy sont riches de détails. Tout est extrêmement précis, réaliste. Trop peut-être, je dois avouer avoir eu une indigestion en arrivant aux cent dernières pages. Le roman est presque trop dense, cela pèse sur la lecture. Autre bémol, qui n’a cette fois rien à voir avec le livre, c’est le fait qu’il soit classé dans les romans policiers. L’enquête sur l’assassinat n’occupe qu’une petite partie du livre. Ceux qui l’achètent en cherchant un policier historique risquent d’être déçus. Il s’agit simplement d’un roman historique.

« L’affaire Léon Sadorski » est un livre marquant sur un officier de police pervers et malsain sous l’occupation. Malgré ma difficulté à le terminer, je le conseille car le projet est ambitieux. En revanche, je vais attendre un peu avant de me lancer dans la suite qui a été publiée pour la rentrée littéraire.

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Le château de Edward Carey

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« Le répugnant et le malodorant, le brisé, le fêlé, le rouillé, l’usé, l’endommagé, le puant, le laid, le toxique et l’inutile, nous les aimions tous, avec quel amour nous les aimions ! Il n’est pas plus grand amour que celui des Ferrayor pour les rebuts. Tout ce que nous possédons est grisâtre et terreux, poussiéreux et malodorant. Nous sommes les rois de la pourriture et de la moisissure. Je pense que nous les possédons -oui, vraiment. Nous sommes les nababs de la putréfaction. »  Le château de la famille Ferrayor s’élève effectivement sur un monticule de détritus. Depuis des générations, la famille s’occupe des ordures de Londres. Le château abrite tous les membres de la famille. Chacun, à sa naissance, a reçu un objet qu’il ne doit pas quitter. Les problèmes de la famille commencent le jour où tante Rosamund perd sa précieuse poignée de porte. Clod, l’un de ses neveux, est appelé pour la retrouver. Celui-ci a en effet un talent étonnant, il entend parler les objets de naissance et peut donc les localiser. Chaque objet répète sans cesse un nom. La bonde de Clod se nomme James Henry Hayward. En recherchant la poignée de porte de sa tante, notre jeune narrateur va faire la connaissance d’une servant recouverte de tâches de rousseur : Lucy Pennant. Leu duo va changer le cour de la vie des Ferrayors.

Attention coup de cœur ! Avec « Le château », Edward Carey crée un monde, un univers à part entière régit par des traditions strictes et qui va petit à petit être menacé par l’amitié entre Clod et Lucy. Entre la fantasy et le steampunk, ce roman m’a fortement évoqué l’univers du Gormenghast de Mervyn Peake. L’atmosphère est sombre, gothique comme en témoignent les somptueux dessins d’Edward Carey qui illustrent le roman. La destinée des enfants Ferrayor est écrite dès la naissance. Ils devront rester au château toute leur vie et à 16 ans épouser la cousine qu’on leur aura choisie. Comme le Titus d’Enfer de Peake, Clod aspire à autre chose et notamment à se libérer des carcans imposés par sa famille. Sa recherche de liberté et de justice est au cœur de ce roman mais son but risque de lui coûter bien cher.

L’écriture d’Edward Carey est formidablement cinématographique et inventive. Certaines scènes s’impriment durablement dans le cerveau du lecteur (c’était également  le cas pour la trilogie de Mervyn Peake) : la tempête de détritus qui se transforment en mer déchaînée, la révolte et l’alliance des objets, la fin du roman surprenante et terrible. Edward Carey happe son lecteur dès les premières pages et nous entraîne dans son univers foisonnant et sombre. Les descriptions du château, des personnages sont détaillées et donnent chair à cet univers incroyablement original.

Ne passez pas à côté du formidable imaginaire d’Edward Carey qui vous entraîne dans les entrailles du cauchemardesque château de la famille Ferrayor. La bonne nouvelle, c’est que le château n’est que le premier tome d’une trilogie !

Bilan livresque et films de novembre 

Un mois de novembre bien occupée avec huit romans et trois bandes-dessinées : je lis en parallèle les œuvres du prix du meilleur polar Points (« Lagos Leye » et « L’affaire Sodorski » dont je vous parle bientôt) et du prix polars SNCF (« Bâtard » et « Tu sais ce qu’on raconte », j’ai commencé le prix par sa sélection de BD). J’ai également lu, pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, le magnifique roman de Sorj Chalandon, « Le jour d’avant », et pour le blogoclub le très inspirant « Dans les forêt de Sibérie » de Sylvain Tesson. Je ne sais pas si je pourrais faire des billets sur mes autres lectures, mais je ne peux que vous conseiller très, très fortement la lecture du dernier roman de Patrick Modiano et de découvrir la plume délicate de Michel Bernard. Pour ce qui est de la trilogie des ferrailleurs d’Edward Carey, je vous parle très bientôt du premier tome « Le château ».

Et côté cinéma :

Mes coups de cœur vont ce mois-ci à :

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Ce documentaire d’Eric Caravaca porte sur un secret de famille, sa propre famille. L’acteur-réalisateur cherche les traces de sa sœur aînée Christine, morte à l’âge de trois ans et enterrée carré 35 du cimetière de Casablanca. Ses parents ne parlaient jamais d’elle, ils n’ont conservé aucune photo de la fillette. Patiemment, Eric Caravaca enquête, interroge sa propre famille. Les entretiens avec sa mère sont surprenants. Elle résiste aux questions, à la vérité. Le déni incarné. Dans son documentaire, Eric Caravaca mélange petite et grande histoire, celle de colonisation, du Maroc et de l’Algérie. Subtilement, , avec délicatesse, il se rapproche de la jeunesse de ses parents sans les effaroucher ou les braquer. Petit à petit, Christine prend vie, elle existe à nouveau grâce à la caméra de son frère. Eric Caravaca réalise un très beau documentaire, lumineux et réparateur.

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Joe, ancien vétéran en Irak, est une sorte de tueur à gages. Il est cette fois engagé pour retrouver la fille d’un sénateur qui a été enlevée par un réseau de prostitution. « A beautiful day » est un film qui n’est pas mettre sous tous les yeux. Par sa violence brutale, son esthétique très travaillée, il n’est pas sans rappeler « Drive ». Le personnage central est extrêmement inquiétant. Traumatisé par les violences conjugales de son père, par la guerre d’Irak ( nous découvrons tout cela par des flashbacks dont on aurait pu se passer), Joe est attiré par la mort. Il enfile régulièrement un sac plastique sur sa tête et le retire juste avant l’étouffement. « A beautiful day » est un film dans lequel le spectateur est totalement immergé notamment en raison d’un univers sonore marqué et saturé. Il l’est également grâce à la prestation de Joaquim Phoenix que l’on ne quitte pas une seconde et qui est un monolithe de brutalité pure. Sa présence électrise et hypnotise. Une expérience cinématographique qui ne peut pas plaire à tout le monde.

Et sinon :

  • Simon et Théodore de Mikaël Buch : Simon est fragile et instable. Il s’est fait soigné et sort enfin pour retrouver sa femme rabbin qui est sur le point d’accoucher. Mais cette future paternité perturbe beaucoup Simon. Il croise alors la route de Théodore, un adolescent en colère contre sa mère. Les deux hommes vont déambuler dans Paris, se fuyant et s’épaulant tour à tour. Ce très joli film de Mikaël Buch oscille entre comédie et drame. Les acteurs sont tous parfaits à commencer par Félix Moati qui incarne à merveille un Simon fébrile, fragile et infiniment touchant.

 

  • Le semeur de Marine Francen : En 1852, dans un hameau de montagne, tous les hommes sont emmenés par la police. Les femmes s’organisent sans eux, elles réalisent les travaux des champs en espérant leur retour. Les saisons défilent et elles sont toujours seules. Elles décident alors de se partager le premier homme qui passera par là pour assurer la pérennité du village. C’est alors qu’un inconnu fait son apparition. La thématique du film de Marine Francen évoque « Les proies » de Sofia Coppola. Ici, point de violence ou d’hystérie parmi les femmes, même si la zizanie n’est pas loin. C’est plutôt la naissance d’un amour qui est montrée ici, celle de l’inconnu et d’une jeune femme du village, Violette. L’amour, le paysage sont filmés avec douceur, luminosité et sincérité.

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

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« La dernière caisse est une caisse de livres. Si on me demande pourquoi je suis venu m’enfermer ici, je répondrai que j’avais de la lecture en retard. » C’est l’une des nombreuses raisons qui ont poussé Sylvain Tesson dans une cabane au bord du lac Baïkal où il resta durant six mois. « Dans les forêts de Sibérie » est le journal de ce voyage immobile. Lassé du bruit du monde, des mondanités et des courses à faire, Sylvain Tesson cherche la solitude, le silence pour reconquérir le temps qui passe. « Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L’équation de ces conquêtes mène en cabane. »

Après avoir beaucoup voyagé, Sylvain Tesson veut trouver la sérénité dans une vie sobre qui se concentre sur des gestes simples : pêcher, se balader autour du lac, lire, boire de la vodka, observer la nature et ses habitants. Parfois, Sylvain Tesson part à la rencontre de ses lointains voisins pour ne pas se couper totalement de la compagnie des hommes. L’auteur décrit avec acuité les mouvements de la nature, les effets de l’hiver. Il n’en oublie pas la nature humaine, l’absurdité de nos vies contemporaines qui nous entrainent dans un rythme effréné et débilitant.

Le choix de Sylvain Tesson ne peut être appliqué à chacun, il n’y a d’ailleurs aucune volonté d’exemplarité dans son récit. Il n’est jamais moralisateur, le repli loin du monde est sa solution personnelle pour dompter le passage du temps et reprendre possession de ses pensées. La contemplation lui permet de se retrouver, l’âpreté de la vie en Sibérie le dépouille de ses oripeaux d’homme occidental moderne. La lecture de ce journal apaise, ces méditations sur notre temps apporte du recul et donne à réfléchir.

« Dans les forêts de Sibérie » est le récit limpide d’un retrait du monde, d’une parenthèse pour arrêter le temps et s’offrir une méditation sur la société dans laquelle nous évoluons. Un livre nécessaire, intelligent à la plume brillante. Et « tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.« 

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