L’herbe de fer de William Kennedy

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Francis Phelan revient à Albany à la fin du mois d’octobre 1938. Devenu clochard à force de boire, son retour dans sa ville lui fait se remémorer son passé. Ancien joueur de base-ball, père de trois enfants, Francis avait une vie enviable jusqu’à ce que deux évènements lui fassent perdre pied : la mort de son tout jeune fils à cause d’une maladresse de sa part ; la mort d’un homme lors d’une manifestation tué suite à un jet de pierre de la main de Francis. Incapable de supporter le poids de la culpabilité, il abandonne tout et vagabonde. Fuir, encore et toujours pour éviter de s’appesantir. « Et, ce faisant, il se retrouva dans un état qui lui était aussi agréable que naturel : il avait toujours couru, que ce soit pour atteindre la base dès que la batte avait frappé la balle, ou pour échapper aux accusations des hommes et des femmes, à la famille, à la servitude, à cette indigence morale qui était la sienne à force de s’infliger des punitions rituelles. Courir, finalement, pour lui, c’était la recherche de l’essence même de la fuite, comme quelque chose qui viendrait combler ses exigences spirituelles. » Cette fois, Francis a décidé d’arrêter de courir et de revenir chez lui. Mais le passé ne risque-t-il pas de l’envahir ?

La collection vintage des éditions Belfond nous font découvrir une nouvelle pépite avec « L’herbe de fer ». Le roman de William Kennedy fut lauréat du National Book Award en 1983 et du Prix Pulitzer en 1984. Le retour aux sources de Francis Phelan se fait sur fond de Grande Dépression. Le quotidien des laissés-pour-compte est montré avec beaucoup de réalisme : le vagabondage, les soirées à essayer de trouver un endroit pour dormir, les refuges, ceux qui meurent de froid dehors. La misère profonde, dure est montrée sans fard et nous rappelle les romans de John Steinbeck et les photos de Dorothea Lange. Francis erre de villes en villes, de wagons de marchandises en wagons de marchandises cherchant des petits boulots pour ne pas sombrer complètement.

Ce qui est original avec « L’herbe de fer », c’est que le roman ne se contente pas d’être réaliste. Le livre débute au moment de la Toussaint et Francis travaille dans le cimetière où sont enterrés ses parents et son fils. C’est à partir de ce moment que les fantômes de Francis commencent à apparaître. Tout au long du récit et du vagabondage de Francis dans sa ville, les morts, qui ont émaillé sa vie, viennent se rappeler à son bon souvenir. Sa culpabilité s’incarne littéralement, Francis doit rendre des comptes s’il veut réussir à effacer son passé et enfin passer à autre chose.

Roman réaliste sur les conséquences de la Grande Dépression, roman de la rédemption et de la recherche du pardon, « L’herbe de fer » est tout ça à la fois. Le récit intense des errances de Francis Phelan méritait effectivement un Prix Pulitzer.

 Merci aux éditions Belfond pour cette belle découverte.

Sudestada de Juan Saenz Valiente

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Jorge Villafanez est détective privé. Il mène de petites enquêtes comme retrouver des héritiers, enquêter sur le passé de futurs employés, suivre des femmes au comportement étrange. Le moins que l’on puisse dire c’est que Jorge n’a pas beaucoup de scrupules. Tous les moyens sont bons pour qu’il  arrive à ses fins. Jorge est un cynique, un pessimiste quant à l’espèce humaine. Mais une enquête va changer sa vision du monde. Le mari de la chorégraphe Elvira Puente lui demande de suivre sa femme. Celle-ci s’absente durant de longues heures sans que son mari ne sache où elle va.

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« Sudestada » se déroule à Buenos Aires. Jorge vit et enquête dans les quartiers pauvres de la ville. Il a la soixantaine et il a du en voir des vertes et des pas mûres à travers ses enquêtes. C’est un personnage peu sympathique, bourru et revenu de tout. Mais il est aussi hanté par des cauchemars qui le réveillent chaque nuit.

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Sa rencontre avec Elvira Puente va réveiller son humanité, va le toucher au tréfonds de son âme; « Sudestada » est l’histoire d’une renaissance, un roman noir qui va peu à peu vers la lumière. C’est avec réalisme et beaucoup d’empathie que Juan Saenz Valiente nous raconte l’histoire de Jorge. Le dessin est lui aussi réaliste, rugueux, les personnages ont des trognes marquantes.

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« Sudestada » est une bande-dessinée à l’esprit noir, pessimiste mais qui se révèle être une histoire étonnante et touchante.

 

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Police de Hugo Boris

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Un soir d’été, Virginie, Aristide et Erik sont volontaires pour une mission qui sort de leur quotidien de policiers. Ils doivent récupérer un homme au centre de rétention administratif pour une reconduite à la frontière. L’homme est un réfugié tadjik, militant des droits de l’homme qui a réussi à s’échapper des mains des tortionnaires de son pays. Son dossier est controversé, les trois policiers doivent l’amener à Roissy. La mission est simple, bien cadrée. Une ballade de routine mais ce soir-là, les choses ne vont pas se dérouler normalement.

Le roman de Hugo Boris est court, tendu de bout en bout. « Police » est presque un huis-clos se déroulant quasiment exclusivement dans la voiture des trois policiers. Tout semble pouvoir arrivé, le meilleur comme le pire. C’est une nuit pas ordinaire qu’il nous raconte dans « Police ». La mission sort déjà des attributions habituelles de ces trois policiers. Virginie l’avait acceptée sans savoir, elle se rend au centre de rétention à contre-coeur. La situation des policiers est également inconfortable. Virginie vit des moments compliqués . Elle doit avorter le lendemain. Elle a eu une aventure avec Aristide alors qu’elle est mariée et qu’elle a un enfant en bas âge. Elle ne s’attendait pas à ce qu’Aristide fasse partie de la mission du soir. Erik, calme, posé, se retrouve coincé entre les deux anciens amants. Le climat dans l’habitacle du véhicule est délétère.

Hugo Boris  ancre son roman dans la réalité, dans les gestes quotidiens des policiers (le gilet pare-balles, la pantalon d’homme trop grand pour Virginie, le ceinturon très lourd). Il montre également leur fragilité, leurs failles et leurs fatigues. Cette nuit pour Virginie est celle de trop. Elle a pourtant vécu des choses plus dangereuses ou compliquées que l’expulsion du tadjik : un match de foot qui se finit en pugilat, un homme qui enferme son enfant dans le frigo pour le punir, une femme battue qu’il faut aider à quitter son foyer. Mais chaque affaire semble avoir ébranlé le sang-froid de Virginie, son professionnalisme. Ce soir, ce n’est pas un retenu qu’elle voit mais un homme avec une histoire et la mort au bout du voyage en avion. L’auteur sait donner chair à ses personnages, à leurs doutes et il reste sans cesse à leur niveau. Il ne les juge pas, il tente seulement de les comprendre.

« Police » est un roman sec, efficace, tendu  et qui dépeint avec réalisme une nuit dans la vie de trois policiers en proie au doute.

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L’origine du monde de Claude Schopp

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Le toujours sulfureux « L’origine du monde » de Gustave Courbet restait énigmatique quant à l’identité de son modèle. Celle-ci est aujourd’hui dévoilée par Claude Schopp et grâce au hasard. L’auteur est un spécialiste d’Alexandre Dumas fils et il travaillait sur la publication de la correspondance de ce dernier avec George Sand. Et c’est là qu’il fit sa découverte. Alexandre Dumas fils évoque en effet le modèle de l’origine du monde dans l’une de ses lettres où il raille l’œuvre de Courbet. Claude Schopp a ensuite collecté de nombreux documents pour étayer sa découverte. Et c’est le résultat de ce travail qu’il nous détaille dans ce livre.

Le parcours du modèle de « L’origine du monde » est absolument surprenant. Constance Quéniaux (1832-1908) est née dans un milieu très modeste, sa mère était analphabète. Elle devient danseuse, elle est engagée dans le corps de ballet de l’opéra en 1847 et elle y restera jusqu’en 1859. Comme certains tableaux de Degas nous le montrent, les danseuses devaient se trouver des protecteurs afin de pouvoir vivre de leur art. Une fois sa carrière terminée, Constance a continué à vivre grâce à des hommes. Elle était ce que l’on appelle une demi-mondaine ou une courtisane. Grâce à « La dame aux camélias » de Alexandre Dumas fils (encore lui !), le regard sur ces femmes avait évolué positivement et elles n’étaient pas en marge de la société. Au contraire, Constance participait aux évènements culturels et mondains aux bras de ses différents protecteurs. C’est d’ailleurs grâce à l’un d’eux qu’elle est devenue le modèle d’un des plus célèbres tableaux au monde.

Khalil-Bey était un diplomate turco-égyptien qui aimait autant les femmes que le jeu. Il commanda deux tableaux à Gustave Courbet : « Le sommeil » et « L’origine du monde » en 1866. Constance Quéniaux était l’une des maîtresses du diplomate qui appréciait sa compagnie notamment lorsqu’il jouait. Constance avait la réputation de porter chance.

Et on peut dire que celle-ci s’est vérifiée pour sa propre vie. Sa vie de courtisane a permis à Constance d’atteindre l’aisance financière. Après que ses charmes se furent envolés, elle continua à bien vivre, elle possédait un appartement rue Royale et une maison à Cabourg. Mais Constance Quéniaux n’oublia jamais d’où elle venait. Elle était une généreuse donatrice pour des orphelinats et diverses œuvres de charité. « Le parcours de Constance semble démentir la vision pessimiste de Zola : il n’y a pas de malédiction irrémédiable. Celle qui fut le modèle de « L’origine du monde », l’un des tableaux les plus célèbres de l’histoire de la peinture, appelle au fond les femmes, toutes les femmes, à combattre. Certes, elle a dû, un temps, se prêter aux désirs des hommes, mais c’est, à la fin, pour triompher. »

« L’origine du monde-Vie du modèle » est une enquête minutieuse, documentée qui révèle le nom du modèle du tableau de Courbet tout en dévoilant le parcours admirable d’une femme qui a su s’élever socialement et s’affranchir des hommes.

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Constance Quéniaux par Nadar

 

 

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

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Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans du matin jusqu’au soir. Elle vit à Lyon, loin de ses amis et de sa famille. Elle n’a pas réussi à obtenir une crèche pour son fils. Elle est graphiste free-lance et peine à concilier son travail avec son enfant qui exige beaucoup d’elle. Le père est parti, l’argent se raréfie, la jeune femme est à bout de forces. « Elle était lasse, fatiguée de cette créature qu’elle avait créée de toutes pièces. C’était sans doute dans ces moments-là que l’envie de fuir était la plus forte. Quand elle réalisait qu’elle ne supportait plus cet unique rôle où on la cantonnait désormais, dans un film dont elle avait manqué le début, qu’elle traversait en figurante. C’était alors que les fugues s’imposaient, comme une respiration, un entêtement. » La jeune femme sort de chez elle une fois l’enfant endormi. La première fois, elle ne part que cinq minutes. Mais chaque sortie nocturne se fait plus longue.

Avec « Tenir jusqu’à l’aube », je découvre avec plaisir la plume de Carole Fives. Son roman est un huis-clos étouffant entre une mère et son fils. Le lien est aussi fusionnel que toxique. Ne pouvant se permettre de payer une baby-sitter, la jeune femme et son enfant ne se quittent à aucun moment. Elle est donc rapidement dépassée par sa situation et cherche de l’aide sur les forums et les réseaux sociaux. Elle n’y trouve que culpabilisation, propos moralisateurs et injonctions à être une meilleure mère. Son cas relèverait uniquement d’une mauvaise organisation. La jeune femme se sent coincée, sans solution. Elle tire alors sur la corde en s’évadant la nuit comme la chèvre de M. Seguin, histoire qu’elle lit le soir à son enfant et qui sert de fil rouge au roman.

Carole Fives a écrit un grand roman social et féministe. La monoparentalité, l’éloignement de son ancienne vie (on devine qu’elle a suivi le père de l’enfant à Lyon) amènent le déclassement social et l’inévitable précarité. L’huissier rôde autour de l’appartement trop cher que l’héroïne n’ose quitter car elle espère un retour du père. L’auteure montre également la difficulté des femmes seules à pouvoir concilier le travail et les enfants. La société porte toujours un regard culpabilisant sur elles, n’admet pas que l’on puisse être dépassée. Carole Fives décrit le quotidien de la jeune femme avec beaucoup d’empathie, de lucidité sur le poids de l’isolement. Les chapitres, les phrases sont courts, incisifs et soulignent l’urgence de la situation.

« Tenir jusqu’à l’aube » est un portrait fin, sensible d’une mère célibataire solitaire qui perd pied et plonge peu à peu dans la précarité.

Bilan livresque et cinéma de novembre

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J’ai commencé mes lectures de novembre par un livre de saison : le formidable « Sombres citrouilles » de Malika Ferdjoukh, idéal pour frissonner durant la nuit d’Halloween. J’ai enfin pu découvrir « Eleanor Oliphant va très bien » que je souhaitais lire depuis sa sortie et qui n’a pas déçu mes attentes. Grâce aux conférences du forum Fnac, j’ai eu envie de découvrir « Le guetteur » de Christophe Boltanski qui dresse le portrait touchant de sa mère à travers une enquête. J’ai également sorti des tréfonds de ma pal la formidable « Partie de chasse » de Isabel Colegate et l’élégant « Lord Peter et l’inconnu » de Dorothy L. Sayers dont je vous parle très vite. Viendront également très bientôt des billets sur « Police » de Hugo Boris, en lice pour le prix SNCF du Polar, sur « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives que j’ai adoré et sur « L’origine du monde » où Claude Schopp nous dévoile l’identité et la vie du modèle de Gustave Courbet. Je ne vous parlerai pas de la BD consacrée à Monet qui est très belle et qui est plutôt destinée à un public qui ne connaîtrait pas du tout Monet.

Novembre est également le mois anniversaire de cette maison que j’ai un peu oublié de fêter….je me rattrape donc aujourd’hui ! 11 ans de blog, de livres, de films, de séries, d’expositions, le temps a passé si vite ! Je n’aurais jamais pensé tenir si longtemps. Même si l’envie de continuer est régulièrement questionnée, je suis néanmoins ravie d’avoir tenu si longtemps ! Merci à vous pour tous nos échanges et j’espère que vous continuerez à me suivre.

Passons au cinéma avec deux beaux coups de cœur :

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Yvonne est la veuve d’un flic héroïque. Elle est elle-même policière et chaque soir, elle vante les exploits de son mari à leur fils. Lors d’une enquête, elle découvre qu’en réalité son mari était un ripoux et qu’il a trempé dans le casse d’une bijouterie. Le problème, c’est qu’un homme innocent a été mis en prison : Antoine, joaillier de son état. Justement ce dernier sort de prison. Yvonne va alors essayer d’être son ange gardien. Mais son protégé va être compliqué à suivre. Antoine se comporte de manière quelque peu étonnante…

Je vous parlais le mois dernier du « Grand bain » en vous disant qu’il faudrait avoir plus de comédie française de ce niveau. Et voilà que Pierre Salvadori relève le défi en m’offrant la meilleure comédie de l’année. La rencontre entre Yvonne et Antoine va provoquer une cascade d’événements tous plus farfelus les uns que les autres. La présence d’Antoine rend la vie d’Yvonne totalement chaotique. Le jeune homme sort de prison en étant totalement enragé. Il ne supporte pas d’avoir fait de la prison pour rien et il retrouve avec difficultés le quotidien auprès de sa femme. Le film est rythmé, rocambolesque, absolument hilarant avec des touches d’émotions ( comme le retour d’Antoine chez lui que sa femme lui demande de refaire plusieurs fois). Pio Marmaï est dans une forme olympique et il est totalement déchaîné ! On découvre une Adèle Haenel parfaite pour la comédie, elle a un vrai talent burlesque. Je ne peux que vous conseiller d’aller voir cette réjouissante comédie qui vous permettra de voir le plus improbable et fantasque braquage de bijouterie.

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David a 24 ans et il papillonne entre deux petits boulots, sa sœur Sandrine, sa nièce Amanda et des flirts. C’est l’été, la vie est légère et douce. C’est la saison des pique-nique. David doit retrouver sa sœur et Léna, une jeune femme qu’il vient de rencontrer, au bois de Vincennes. David arrive en retard et découvre l’horreur : des terroristes ont tiré sur la foule, Sandrine est décédée.

Mikhaël Hers réalise avec « Amanda » un film profondément touchant et d’une grande délicatesse. La scène de l’attentat est rapidement évacuée car ce qui intéresse le réalisateur est la manière dont David va gérer la suite : à la fois la disparition brutale de sa sœur et la manière dont il va devoir s’occuper de sa nièce. Sandrine était une mère célibataire, le père de David et Sandrine est décédé et la mère a abandonné la famille depuis longtemps. A part une tante pleine d’empathie, David est seul avec Amanda. C’est ce duo qui est au cœur du récit : comment annoncer à une petite fille qu’elle ne reverra plus sa mère, comment s’occuper d’une enfant alors qu’on aimait l’insouciance, comment aimer après un drame violent ? Ce sont toutes ces questions que se pose David, tout en arpentant Paris qui est plus qu’un décor pour cette histoire. Vincent Lacoste est formidable dans ce rôle dramatique et totalement convaincant. Amanda est jouée par Isaure Multrier extrêmement touchante et lumineuse. « Amanda » est un très beau film sur deux êtres qui doivent s’apprivoiser après un drame.

Et sinon :

  • Frères de sang des frères D’Innocenzo : Mirko et Manolo sont amis d’enfance, ils ne se sont jamais quittés. Ensemble, ils se sont inscrits dans une école hôtelière. Un soir, les deux amis rentrent chez eux, ils bavardent, plaisantent et roulent trop vite. Leur vie bascule quand ils renversent un homme. Les deux jeunes hommes paniquent et s’enfuient. Le père de Manolo apprend par la suite que cette mort rend service au gang mafieux qui sévit dans cette banlieue de Rome. Les deux amis vont intégrer la mafia. « Frères de sang » est le premier film des frères D’Innocenzo et il est parfaitement réussi. Le film montre la rapidité avec laquelle Manolo et Mirko vont passer du mauvais côté et perdre totalement la tête. Les deux garçons sont issus d’un milieu populaire où la misère n’est jamais loin et où l’on hésite à se faire soigner en raison du prix. Le choix de l’argent facile et rapide semble évident pour ces deux jeunes hommes qui veulent s’en sortir et aider leur famille. Mais le film montre également qu’il n’est pas si simple de devenir un tueur, surtout quand on a un certain sens moral. Ici, la mafia est montrée de manière très réaliste, sans esbroufe. Andrea Carpenzano et Matteo Olivetti sont parfaits, intenses et touchants.
  • « Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald » de David Yates : Quelques temps après sa capture, le sorcier Grindelwald réussit à s’évader de manière spectaculaire. Il tente d’attirer de plus en plus de sorciers à ces côtés pour dominer le monde. Pour atteindre son objectif, il lui faut attirer auprès de lui le jeune Credence qui cherche toujours le secret de ses origines. Le seul à pouvoir arrêter Grindelwald est Albus Dumbledore qui, pour une raison mystérieuse, refuse de le faire. Il envoie donc à sa place Newt Scamander et ses étranges compagnons. Le deuxième volet des « Animaux Fantastiques » de J. K. Rowling est toujours aussi éblouissant visuellement. Il commence superbement avec l’évasion de Grindelwald et se termine au cimetière du Père Lachaise pour une scène terrible qui rappelle les plus sombres moments de notre histoire. C’est un immense plaisir de retrouver cet univers fantastique et son personnage principal : Newt, toujours parfaitement incarné par Eddie Redmayne. Suivre Newt et ses amis est un véritable tourbillon de trouvailles, de créations visuelles. Néanmoins, j’ai trouvé les recherches sur les origines de Credence un peu artificielles. Au final, je me moquais un peu de connaître son identité ! Il ne faut néanmoins pas bouder son plaisir et profiter de la sobriété bienvenue du jeu de Johnny Deep !

 

  • « Un amour impossible » de Catherine Corsini : Rachel, jeune secrétaire, tombe amoureuse de Philippe, issu d’une bonne famille. Leur histoire d’amour semble idyllique. Mais Philippe n’a aucunement l’intention d’épouser une femme d’un milieu social inférieur. Rachel ne désespère pas et lorsqu’elle tombe enceinte, elle pense que Philippe assumera ses responsabilités. Il s’éloigne pourtant pour épouser une femme de son milieu. Rachel cherchera pourtant à lui faire reconnaître sa fille. « Un amour impossible » de Catherine Corsini est adapté du livre de Christine Angot. Il montre un amour toxique, celui de Philippe pour Rachel et ensuite pour leur fille. Niels Schneider, que je regrette de ne pas avoir plus souvent, interprète avec un talent fou cet homme froid qui prend plaisir à humilier, à détruire ces deux femmes. L’histoire est aussi celle de la relation mère-fille, fusionnelle puis de plus en plus distante et tendue. Virginie Efira est remarquable, lumineuse et qui joue de manière très fine les nombreuses déceptions engendrées par sa relation avec Philippe. La dernière partie du film, quand la fille du couple est adulte, m’a moins convaincue, elle m’a semblé bien longue au regard du reste du film.

La partie de chasse de Isabel Colegate

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Automne 1913, à Nettleby Park dans l’Oxforshire, va se dérouler l’une des chasses les plus importantes et les plus appréciées d’Angleterre. Sir Randolph a réuni sur ses terres quelques-uns des meilleurs tireurs du royaume comme Lord Hartlip qui termine toujours avec le plus beau tableau de chasse. En tout, ce sont une douzaine de convives qui résident à Nettleby Park durant les vingt quatre heures de la partie de chasse. Ce qui ravit Minnie qui a le goût des mondanités contrairement à son mari, Sir Randolph. La famille, les relations sont entourées de serviteurs tous plus zélés et affairés afin que le séjour et la chasse se déroulent dans les meilleures conditions. Pourtant, un drame couve.

« La partie de chasse » a été publié en 1980. Isabel Colegate est la descendante d’une des vieilles familles britanniques dont elle parle dans son roman. Elle l’écrit à une période où l’on redécouvre ces grandes familles aristocratiques et où sont créées des sociétés de protection de leurs manoirs et demeures. L’auteure parle d’un monde de convenances, de mœurs qui a peu à peu disparu à la suite des deux guerres mondiales. Elle montre les prémices de la chute de l’aristocratie britannique. Elle fait planer dès le départ un voile funeste sur sa partie de chasse : « Ce fut une erreur d’appréciation qui provoqua la mort d’un homme. Ces événements se déroulèrent au cours de l’automne qui précéda ce que l’on appela alors la grande guerre. » Ce drame, qui se déroule à la fin du livre, préfigure les horreurs de la première guerre mondiale et la fin d’une classe sociale. Bientôt, il n’y aura plus aucune partie chasse à Nettleby Park. Une sourde inquiétude se fait sentir durant la lecture, un suspens quant à l’identité de la victime. Isabel Colegate nous montre ce qui va bientôt disparaître : les changements de vêtements au moins cinq fois par jour, le tea-time même pendant la chasse, le décompte des animaux tués, l’organisation précise de la chasse par le garde-chasse du domaine, le ballet des domestiques. Isabel Colegate montre bien les différentes couches sociales qui composent la propriété, elle nous montre l’envers du décor. Julian Fellowes s’en est inspiré pour le scénario « Gosford Park » et  pour sa série « Downton Abbey ».

« La partie de chasse » est un roman dense : beaucoup d’intrigues, de destinées, de petits drames vont se nouer. Il y a également une large galerie de personnages, on s’y perd un peu au début mais cela ne dure pas : des héritiers, un banquier, des enfants, le garde-chasse, les rabatteurs, les domestiques. Certains ne sont pas sympathiques du tout comme Lord Hartlip prêt à oublier le fair-play pour augmenter son tableau de chasse. D’autres sont extrêmement  attachants comme Sir Randolph, baronnet mélancolique au sens de l’honneur très marqué et qui respecte son personnel ; Cicely, la petite fille de Sir Randolph, qui s’affranchit des règles en discutant amicalement avec sa femme de chambre et qui ne se mariera qu’avec un homme à la moralité irréprochable ; Osbert, le petit frère de Cicely, incarne l’innocence de l’enfance et dont la solitude est très touchante ; M. Glass, le garde-chasse, extrêmement professionnel et qui s’inquiète de l’avenir de son fils. La moralité n’a rien à voir avec le milieu social et c’est aussi ce que souligne Isabel Colegate à travers son roman.

« La partie de chasse » dépeint avec subtilité et ironie la fin annoncée de l’aristocratie britannique.

Killing Eve / Sharp Objects

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Eve Polastri travaille pour le MI5 et s’ennuie derrière son bureau. Une série de meurtres particulièrement violents aiguise sa curiosité. Elle étudie le profil possible de l’assassin et en conclue qu’il s’agit d’une femme. Elle garde sa théorie pour elle, jusqu’à ce qu’on lui confie la surveillance du seul témoin de l’assassinat d’un homme politique russe à Vienne. Eve pressent qu’il s’agit de l’œuvre de sa tueuse. Sa théorie arrive aux oreilles du MI6 qui décide de mettre en place une cellule pour traquer cette tueuse qui sévit de manière très efficace à travers le monde.

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« Killing Eve » est la nouvelle série de la scénariste anglaise Phoebe Waller-Bridge. Elle est l’auteur d’une série que j’avais beaucoup appréciée et dont je ne vous avais pas parlé : « Fleabag » qui était le portrait d’une trentenaire londonienne mal dans sa peau. Une comédie qui était crue, grinçante, intime, sensible et totalement irrésistible ! Phoebe Waller-Bridge s’essaie cette fois au thriller d’espionnage et c’est à nouveau une réussite.

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Certes, le scénario n’est pas extrêmement novateur mais il est parfaitement efficace. En revanche, ce qui fait l’intérêt de « Killing Eve » est son duo de personnages centraux. Comme pour « Fleabag », Phoebe Waller-Bridge a choisi de mettre les femmes à l’honneur et ce sont deux personnages atypiques et détonants. Eve Polastri est une femme au quotidien tranquille, elle n’a pas d’enfants mais elle adore son mari. Cette vie plan-plan commence à la lasser et Eve ne rêve que d’actions, d’une vie professionnelle mouvementée. Elle n’hésite donc pas une seconde quand on lui propose de poursuivre sa tueuse et met de côté, sans vraiment de remords, son mari. Face elle, on découvre Villanelle, une jeune femme psychopathe, engagée pour tuer par de mystérieux employeurs. C’est une jeune femme qui fait preuve d’un grand sang-froid et d’intelligence quand elle exécute ses contrats mais qui en dehors, est totalement fantasque et enfantine. Ce qui est intéressant dans la série, c’est la relation qui se noue entre Eve et Villanelle, une relation trouble, ambigüe. Elles jouent au chat et à la souris et les rôles s’inversent tout au long de la série. Les deux femmes sont également tenaces, obstinées et ne sont pas prêtes à lâcher leur proie. Eve et Villanelle sont interprétées par deux formidables actrices : Sandra Oh et Jodie Comer, leur duo fonctionne à merveille.

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« Killing Eve » est un thriller efficace, maîtrisé, féministe et imprégné d’humour noir. Vivement la saison 2 !

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Camille Preaker est journaliste à St Louis. Son chef décide de l’envoyer à Windgap dans le Missouri où une jeune femme a été assassinée et une autre portée disparue. Il sait très bien que Windgap est la ville natale de Camille et il espère qu’aller là-bas lui permettra  de résoudre certains de ses problèmes. Elle est en effet extrêmement mal dans sa peau, elle boit plus que de raison et se scarifie le corps. Elle ne porte d’ailleurs que des vêtements lui couvrant entièrement le corps. C’est donc à contrecœur que Camille se rend à Windgap où elle devra affronter une affaire de meurtres et son passé.

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« Sharp objects » est adapté du premier roman de Gillian Flynn. Son ambiance poisseuse, torturée et délétère m’a fait penser à celle de la première saison de « True Detective ». Nous sommes ici également dans une petite bourgade du sud des États-Unis à l’atmosphère étouffante. Chacun sait tout sur ses voisins mais le mutisme est de mise face à ceux qui enquêtent. Dans le cas de « Sharp objects », le shériff du coin a l’air d’en savoir autant que ses administrés mais il se garde bien de communiquer quoique ce soit au flic venu enquêter sur place. L’ambiance est malsaine, les habitants se repaissent de célébrations sur les victoires du Sud pendant la guerre de Sécession. Il n’y a pas que Camille qui est rongée par le passé.

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« Comme « Killing Eve », « Sharp objects » est une série qui se consacre entièrement aux femmes, les personnages masculins restent en marge de l’histoire. Et plus précisément, la série s’interroge sur la violence faite aux femmes, qu’elles subissent et qu’elles infligent. Au cœur du récit, on trouve Camille, sa mère Adora et Amma, la demi-sœur de Camille. Un trio qui transpire le malaise. Comme je le disais plus haut, Camille est fragile psychologiquement et en découvrant sa mère, on comprend mieux pourquoi. Adora est issue d’une famille riche, sa demeure (typique du sud esclavagiste) est la plus grande de la ville. Elle est respectée et son image est toujours impeccable et lisse. Dans l’intimité, elle est toxique pour ses filles, elle les couve de manière outrancière, elle les oppresse d’attentions. Adora en veut à Camille de lui avoir échappé en allant à St Louis. Amma est une jeune fille modèle mais quand le soir tombe, elle se transforme en jeune femme délurée qui boit énormément comme sa demi-sœur. L’alcool sert de psychothérapie dans la région ! Tout se joue entre ces trois femmes et une quatrième qui vient du passé, l’autre demi-sœur de Camille morte à l’âge de 14 ans. Le passé et le présent ne sont pas très réjouissants pour Camille. Les trois actrices, Amy Adams, Patricia Clarkson et Eliza Scanlen, sont éblouissantes et participent grandement à la réussite de la série.

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« Sharp objects » est une série particulièrement sombre à l’atmosphère délétère qui explore les relations et la psychologie de trois femmes. La résolution de l’enquête est absolument glaçante et si vous voulez y assister il faut attendre la fin du générique du dernier épisode.

 

Le guetteur de Christophe Boltanski

Après le décès de sa mère, le journaliste Christophe Boltanski vide son appartement avec sa sœur. C’est là qu’il découvre une pochette remplie de débuts de romans policiers, l’un d’eux, le plus abouti, s’intitule « La nuit du guetteur » en hommage à un poème de Guillaume Apollinaire. Christophe Boltanski ne garde que cette pochette et quelques cahiers où sa mère écrivait aussi bien ses comptes que des remarques sur ses journées. Ces découvertes poussent l’écrivain à s’interroger sur sa mère, cette femme mystérieuse et énigmatique même pour ses propres enfants.

Au travers du « Guetteur », l’auteur suit deux fils narratifs, deux époques dans la vie de sa mère : celle de sa jeunesse et celle de sa vieillesse. Son enquête lui fait rencontrer d’anciens voisins, la psychiatre de sa mère ou des personnes l’ayant connue à l’époque de ses études. Ces deux moments dans la vie de sa mère sont des découvertes pour Christophe Boltanski. Lorsqu’il vide son appartement, il découvre que sa mère ne sortait quasiment plus. Elle vivait recluse, calfeutrée au milieu de piles de vieux journaux, de documents administratifs et de cendriers plein à craquer. « Enfermée chez elle, derrière ses murs étanches, dans sa prison sans lucarne que faisait-elle ? Comment meublait-elle ses journées ? Suivait-elle un programme ? Avait-elle ses habitudes ? Une routine ? Paperasses le matin, shopping l’après-midi, promenade et lecture le soir ? Respectait-elle encore des horaires dès lors qu’elle ne participait plus au processus de production ? Depuis combien de temps vivait-elle entre parenthèses, hors du temps social ? » Elle consignait dans ses cahiers des coups de téléphone étranges, des bruits dans son appartement, des objets qui changeaient de place? Était-elle espionnée ou était-elle totalement paranoïaque ?

La réponse à cette question peut se trouver dans sa jeunesse dans les années 50-60. Elle conquiert alors son indépendance, habite un petit appartement dans Paris, fréquente les cafés de St Michel et Odéon. C’est là qu’elle rencontre des militants du FLN et qu’elle devient l’un de leurs porteurs de valise. Elle cache même l’un de leurs chefs dans son appartement. Christophe Boltanski montre bien à quel point l’époque était trouble, paranoïaque. Chacun se pense observé, suivi. D’ailleurs, l’auteur a beaucoup de mal à retrouver des témoins de cette époque se souvenant de sa mère. Elle semble ne pas avoir laissé de traces, elle est comme un personnage de Patrick Modiano, insaisissable et fantomatique.

Au travers de son enquête, Christophe Boltanski cherche l’impossible : connaître sa mère. Il se heurte à l’insoluble mystère que représente l’autre même lorsqu’il s’agit d’une personne proche. Christophe Boltanski nous livre un portrait touchant de cette inconnue qu’était sa mère. 

 

 

 

Feuillets de cuivre de Fabien Clavel

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Paris, 1872, dans le quartier de l’église de St Sulpice, une prostituée a été atrocement mutilée. Les gardiens de la paix Ragon et Zehnacker doivent mener l’enquête. Le premier est un novice et supporte difficilement la vue d’un cadavre. Malheureusement pour lui, celui-ci ne sera pas le dernier. D’autres prostituées subiront le même sort, toujours dans le 6ème arrondissement et toujours venant de la même maison close. Les deux gardiens de la paix vont rapidement découvrir que politique et magie seraient liées dans cette série d’assassinats.

« Feuillets de cuivre » est un livre pour le moins surprenant et passionnant. Tout d’abord, sa construction est assez inhabituelle. Le roman est constitué de deux grandes parties, l’ensemble couvrant les enquêtes de Ragon de 1872 à 1912. Chaque chapitre correspond à l’enquête d’une année. La première partie nous propose une série d’enquêtes, toutes indépendantes et dissociées. Le lecteur a alors l’impression de tenir un recueil de nouvelles policières, toutes sombres et originales. Mais que nenni ! Fabien Clavel a bel et bien écrit un roman et c’est ce que nous montre la seconde partie. Dans celle-ci, Ragon doit affronter un terrible ennemi, une sorte de Moriarty. C’est ce dernier qui permet de tout relier ensemble et qui est le fil rouge du livre. La première partie est le socle de ce qui va se dérouler dans la seconde. Voilà ce que j’appelle une construction brillante et étonnante.

« Feuillets de cuivre » est qualifié, sur la quatrième de couverture,  de « Mystères de Paris » steampunk. Je rassure ceux que la SF pourrait refroidir, le côté steampunk est vraiment très léger et très subtilement amené. Au lieu de la vapeur classique, Fabien Clavel met plutôt au centre du roman l’éther que l’on retrouve régulièrement au centre des affaires policières. La substance se trouve utiliser de manière inattendue comme dans des ampoules par exemple. L’auteur joue également avec la distorsion du temps (dans l’excellent chapitre « Tourbillon aux trois ponts d’or »), la magie et le surnaturel. Mais toujours par petites touches ce qui surprend le lecteur car le reste des intrigues est très réaliste, très ancré dans des faits historiques réels (affaire Dreyfus, mort de Félix Faure dans des conditions douteuses, expos universelles de Paris de 1889 et 1900).

Le personnage principal est lui aussi inattendu. Ragon, qui commence gardien de la paix et finit commissaire divisionnaire, est un colosse gargantuesque. Il est grand et de plus en plus obèse au fur et à mesure des enquêtes. Son physique et les problèmes qu’il engendre, tiennent une place importante dans les différents récits. Mais ce qui le rend unique en son genre est sa façon de résoudre ses enquêtes. Ragon résout tout grâce aux livres. Pour lui, tout est dans les livres et c’est un lecteur compulsif à la mémoire phénoménale. Le roman est donc truffé de références littéraires (Maupassant, Hugo, les Goncourt, Verne, Flaubert, Leroux, etc…) et Ragon est lui même une évocation de Sherlock Holmes et d’Hercule Poirot.

« Feuillets de cuivre » est vraiment un livre inclassable, entre policier réaliste, steampunk et hommage à la puissance de la littérature.