Bilan livresque et cinéma de septembre

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Et voilà revenue la rentrée et son temps contraint, cela se sent sur mes lectures avec seulement cinq ouvrages à mon actif. J’ai déjà pu vous parler de la splendide bande-dessinée sur Anne Brontë de Paulina Spucches, de la plongée dans le monde des sorcières de « Laura Willowes et du délicieux roman « Père » de Elizabeth Von Arnim. J’ai également adoré « Pour mourir, le monde » de Yan Lespoux dont le recueil de nouvelles m’avait énormément plu. Je vous parle très rapidement de mon immersion dans le monde des caraques portugaises. En revanche, je n’ai pas été captivée par « Pantelleria » de Giosué Calaciura qui doit beaucoup plus s’apprécier lorsque l’on connaît la typologie des lieux.

Du côté du cinéma, j’ai pu voir six films dont mes préférés sont les suivants :

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Ansa et Holappa se croisent dans un bar karaoké, un échange de regards appuyé qui ne va pas plus loin. Le hasard faisant bien les choses, ils finissent par se revoir. Mais Holoppa perd le numéro de téléphone d’Ansa. Cette dernière repart dans son morne quotidien d’employée de supermarché tandis que Holoppa plonge de plus en plus dans l’alcool. La noirceur et la solitude les cernent et rien ne semble pouvoir éclairer leur vie.

Après plusieurs années d’absence, Aki Kaurismaki est de retour avec son univers vintage et mélancolique. Son humour pince-sans-rire n’a pas non plus disparu. D’habitude, ses intérieurs colorés et épurés ne s’inscrivent dans aucune époque précise. Cette fois, l’actualité s’invite chez le réalisateur finlandais. La radio donne à plusieurs reprises des nouvelles de la guerre en Ukraine à qui Kaurismaki donne son soutien par ce biais. Mais l’histoire d’Ansa et Holappa est moins désespérée qu’il n’y parait au départ. Les amoureux se perdent plusieurs fois de vue pour mieux se retrouver ensuite. L’espoir ne semble jamais perdu malgré les difficultés. Leur histoire m’a beaucoup fait penser à « Elle et lui » de Leo McCarey. D’ailleurs, Aki Kaurismaki fait de nombreux clins d’œil à de grands noms du cinéma : David Lean, Jean-Luc Godard, Chaplin, etc… Un bel et discret hommage au septième art pour une histoire d’amour touchante.

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Inès, qui vit avec son fils adolescent, est menacée d’expulsion. Cherchant un emploi stable, elle se présente chez Anti-squat, une société qui protège des immeubles des squatteurs en y logeant temporairement des résidents. Ceux-ci devront respectés des règles strictes : pas d’enfants, pas d’animaux, pas plus de deux visiteurs et interdiction de manger dans les chambres. Les locataires devront également entretenir l’immeuble. A la moindre erreur, ils seront renvoyés du bâtiment. Inès devra recruter les futurs résidents et surveiller ce qui se déroule dans l’immeuble. Elle sera soumise aux mêmes règles que les autres.

Une loi autorise ce type d’occupation de bâtiments vides et montre, s’il en était besoin, tout le cynisme du néolibéralisme. Inès va rapidement se retrouver prise au piège de ce nouveau boulot et devra se montrer inhumaine pour le garder. Nicolas Silhol avait déjà montré les ravages du monde du travail dans « Corporate ». Il nous offre ici un thriller social tendu, anxiogène qui se déroule quasiment en huis-clos. Louise Bourgoin est formidable, comme toujours, son comportement oscille entre la culpabilité et la peur de perdre son emploi. La fin du film est glaçante.

  • « Reality » de Tina Satter : En 2017, Reality Winner trouve, en rentrant chez elle, deux agents du FBI. Vétérane de l’US Air Force et traductrice pour la NSA, la jeune femme ne semble pas surprise par leur présence. Mais peu à peu, les questions se font plus pressantes et d’autres agents arrivent au domicile de Reality pour le perquisitionner. La jeune femme est en fait soupçonnée d’avoir fait fuiter un document classifié, révélant une tentative de piratage russe du système de vote électronique lors de l’élection de Donald Trump. Ce qui est très original dans le film, c’est que la réalisatrice a choisi d’utiliser mot pour mot la retranscription de l’interrogatoire de Reality par le FBI. La manière dont cela se passe est surprenant. Le ton est au départ badin, anecdotique pour être de plus en plus menaçant. Reality n’est prévenue que très tardivement de la raison de leur présence et elle se retrouve seule à affronter les questions des agents du FBI. Et tout se déroule dans sa maison. La situation parait irréelle et c’est ce qui est fascinant dans le film où l’on voit la lanceuse d’alerte petit à petit prise au piège.  Reality a du purger cinq ans de prison.
  • « Le livre des solutions » de Michel Gondry : Marc, cinéaste connu, voit son dernier film être refusé par ses investisseurs et son producteur habituel ne le défend même pas. Marc n’a pas d’autres choix : il s’enfuit de la réunion en emportant les images déjà tournées de son film. Il met en place le plan B : le terminer dans les Cévennes chez sa tante Denise avec sa monteuse et sa directrice de production. Arrivé là-bas, il déborde d’idées fantasques mais aucune pour achever son film. Son incapacité à se concentrer, à vouloir visionner les images montées tapent sur le système de ses collaboratrices. « Le livre des solutions » est largement autobiographique. Michel Gondry aborde avec humour et autodérision ses caprices d’enfant gâté, ses colères, ses moments dépressifs. J’ai retrouvé ce qui me plaît chez le réalisateur : sa fantaisie débridée, ses trouvailles visuelles. Marc est aussi attachant qu’insupportable. Il est interprété par un Pierre Niney survolté et qui se coule à merveille dans les sautes d’humeur de Marc. Malgré tout, le film n’est pas complètement à la hauteur de mes espérances, peut-être en raison d’un manque de rythme ou de la répétition des pétages de câble du personnage.
  • « Acide » de Just Philippot : Michal porte un bracelet électronique en raison des violences qu’il a commises lors de la prise d’otage du patron de son usine. Il est divorcé et voit régulièrement sa fille de 15 ans, Selma. Lorsque des pluies acides menacent la France, Michal est prêt à tout pour éloigner sa fille et son ex-femme. Bientôt le chaos règne sur le pays. « La nuée », le premier film de Just Philippot, était impressionnant de tension et d’anxiété. La question écologique est encore au cœur de son nouveau film. Je l’ai trouvé un peu moins réussi que le précédent, le suspens n’est pas aussi fort malgré la fuite des personnages à travers la France. Peut-être que ceux-ci sont trop monolithiques, trop désagréables pour que l’on soit totalement en empathie avec eux. Il n’en reste pas moins que Just Philippot nous offre des images d’apocalypse très fortes et saisissantes. Le cinéma de genre n’est décidément pas l’exclusivité du cinéma américain.
  • « Le mystère à Venise » de Kenneth Branagh : Hercule Poirot a pris sa retraite à Venise où il vit en ermite. C’est là que le retrouve Ariadne Oliver, son amie autrice de romans policiers. Elle lui propose de participer à une séance de spiritisme pour démasquer ou non la voyante. Poirot se prend au jeu malgré son envie de tranquillité. Le crime va, comme toujours, le rattraper. « Mystère à Venise » est la troisième adaptation d’Agatha Christie pour Kenneth Branagh. Cette fois, il prend beaucoup de liberté avec le texte d’origine. Et cela se sent, il faut toujours faire confiance au talent d’Agatha pour trousser une bonne intrigue. Le film reste néanmoins divertissant avec un casting international de qualité (Kelly Reilly, Camille Cotin, Jamie Dornan, Michelle Yeoh, Ricardo Scamarcio). Venise est magnifiquement filmée : son mystère , la brume qui envahit ses nombreuses ruelles sont le cadre idéal pour une enquête policière.

Bilan livresque et cinéma d’août

Le temps des vacances, le temps de lire à sa guise…15 lectures à mon actif et je vous ai déjà parlé des livres suivants :

-Le fitzgeraldien et réjouissant « A sky painted gold » de Laura Wood,

-« La plage » de Cesare Pavese qui ne m’a pas totalement convaincu,

-« La librairie sur la colline » d’Alba Donati qui rend hommage aux librairies indépendantes et aux amoureux des livres,

-le tome 3 des Chroniques de la place carrée de Tristan Saule toujours aussi noir et réussi que les précédents,

-« La ballade du feu » d’Olivier Mak-Bouchard qui nous plonge à nouveau dans la nature sauvage du Luberon et les légendes.

Je vous parlerai de mes autres lectures au fil du mois de septembre.

Côté cinéma, je n’ai pu voir que quatre films :

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Sandra, une écrivaine, reçoit chez elle une étudiante qui souhaite l’interviewer. Rapidement, le dialogue devient impossible. Samuel, le mari de Sandra, a mis la musique à fond probablement par jalousie. Lui aussi voudrait être écrivain mais l’inspiration lui manque. Sandra raccompagne l’étudiante et monte ensuite dans sa chambre. Plus tard dans la journée, Daniel, l’enfant malvoyant du couple, trouve, en rentrant de balade, le corps inerte de son père en contrebas de leur maison. Sandra est rapidement soupçonnée d’avoir assassiner son mari et elle fait appel à un ancien ami avocat pour la défendre.

« Anatomie d’une chute » a tout d’une intrigue policière à la tension grandissante. Sandra a-t-elle tué son mari ? Daniel invente-t-il des souvenirs pour sauver sa mère ? Le doute est présent durant tout le film et le spectateur ne cesse de s’interroger sur Sandra. Ce personnage est passionnant, complexe, ambigu et il est formidablement incarné par Sandra Hüller. Les scènes au tribunal sont particulièrement réussies, Antoine Reinartz incarne un avocat général d’une arrogance insupportable. Dans ce lieu, se joue le cœur du film : la dissection d’un couple. Leur vie est exposée dans les moindres détails. Sandra et Samuel étaient deux créateurs qui s’entredéchiraient : bataille d’ego, jalousie, trahison, tromperie sexuelle, déséquilibre dans le partage des tâches quotidiennes. Samuel semblait ne plus trouver sa place dans son couple mais était-il la victime qu’il prétendait être ? N’était-il pas simplement jaloux du succès de sa femme ? Où est la vérité ? Autre personnage essentiel à l’intrigue : Daniel, le fils, qui montre une maturité et un aplomb fascinants (Milo Machado Graner est parfait). Son rôle, ses témoignages seront décisifs. L’écriture du film (écrit par un couple : Justine Triet et Arthur Harari) est remarquable, les acteurs fabuleux (je n’ai même pas parlé de la prestation du toujours impeccable Swann Arlaud), l’ambiance tendue de bout en bout. Oui, « Anatomie d’une chute » méritait bien une palme d’or.

Et sinon :

  • « Yannick » de Quentin Dupieux : Alors qu’il assiste à une pièce de boulevard intitulée « Le cocu », Yannick se lève et interrompt la représentation. Il n’apprécie pas le spectacle, le trouve nul et voudrait réécrire le texte. Yannick ne peut pas venir souvent au théâtre, il vient de loin et travaille de nuit. Alors quand il peut se permettre de sortir le soir, il faut que ça en vaille la peine. Les trois comédiens ne sont évidemment pas d’accord et tentent de le faire sortir. Yannick sort alors un revolver. En général, j’apprécie beaucoup l’univers décalé et absurde de Quentin Dupieux. « Yannick » fait partie de ses meilleurs films. Il s’agit d’un huis-clos, la mise en scène est sobre et rien d’incongru, en dehors de Yannick, n’intervient. Le personnage principal fait partie de ceux qui n’ont pas accès à la culture, il n’a pas les codes. Ses revendications en plein spectacle, qui peuvent s’entendre, créent un malaise, il est difficile d’imaginer comment tout cela va se terminer. Les acteurs, sur qui tout le film repose, sont exceptionnels avec un Raphaël Quenard et un Pio Marmaï très, très en forme. Leurs prestations justifient à elles seules ce film.

 

  • « La bête dans la jungle » de Patric Chiha : C’est dans une boîte de nuit que May recroise la route de John. Ils s’étaient connus au moment de l’adolescence, ils sont désormais adultes. John est pourtant toujours obsédé par la même idée : quelque chose va lui arriver et cela va tout changer. Alors, il a décidé d’attendre. May, convaincue par son idée, reste à ses côtés. Le film de Patric Chiha est adapté d’une nouvelle d’Henry James. Le réalisateur a choisi d’enfermer ses deux personnages en boite de nuit de 1979 à 2004. Sur le dancefloor défilent tous les styles de musique, toutes les époques (l’arrivée de la gauche au pouvoir, le sida, …). L’idée de transposer l’intrigue dans une boite de nuit est judicieux. Les deux protagonistes restent en retrait, ne dansent quasiment pas et sont spectateur de la vie. Ils attendent, longuement, mais rien n’arrive et le film retranscrit bien l’ennui. Un peu trop même, j’ai trouvé le temps un peu long en compagnie de May et John.

 

  • « Strange way of life » de Pedro Almodovar : Après « Barbie » commandé par Mattel, voici le court-métrage de cowboys par Yves St Laurent ! Le shérif Jake reçoit la visite de Silva dont le frère est recherché. Vingt cinq ans plus tôt, ces deux-là ont passé une nuit ensemble qu’ils n’ont pas pu oublier. Le désir entre eux n’a jamais disparu même si le rationnel Jake ne veut pas le reconnaître. Le court-métrage tourne autour de l’opposition entre les deux hommes. Almodovar utilise la forme très classique du western pour parler de son thème de prédilection  : le désir. Rien de révolutionnaire et bizarrement j’aurais plutôt préféré connaître la suite de l’histoire de Jake et Silva, celle de deux cowboys vieillissant qui rêvent de calme et de tranquillité.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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J’ai fait de bien belles découvertes durant ce mois de juillet : la plume splendide de Jean-François Beauchemin, la douce poésie de Diglee, l’humour réjouissant de Benjamin Stevenson, la lucidité si moderne d’Hedwig Dohm sur le sort des femmes, la plume fine de Shirley Hazzard. Et j’ai retrouvé avec grand plaisir Maria Messina, que les éditions Cambourakis ont la bonne idée de continuer à republier, et Alexandra Koszelyk qui a reçu cette année le prix Vleel pour son formidable dernier roman : « L’archiviste ».

J’ai eu l’occasion de voir huit films durant le mois de juillet dont deux avant-premières qui font partie de mes coups de cœur du mois :

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30 mars 1924, jour du dimanche des mères où les aristocrates anglais donnaient leur journée aux domestiques pour qu’ils rendent visite à leurs mères. Jane Fairchild est orpheline. Elle travaille pour la famille Niven qui a perdu son fils au front. La jeune femme va passer la journée avec son amant, Paul Sherigham, fils d’amis proches des Niven. Il doit bientôt se marier et doit poursuivre ses études de droit comme le souhaite son père. Ce 30 mars 1924 va bouleverser la vie des différents protagonistes.

Eva Husson a choisi d’adapter le formidable roman de Graham Swift et nous propose un film fidèle à l’œuvre originale. Comme dans le roman, l’histoire nous projette dans le futur de Jane pour souligner à quel point ce jour fut décisif. La mélancolie, la perte et le deuil sont l’arrière-fond de ce film qui est pourtant esthétiquement très lumineux. La réalisatrice compose des images splendides, sensibles mettant en valeur chaque moment de cette chaude journée de mars. Le casting est incroyable : Olivia Coleman, Colin Firth, Josh O’Connor et Odessa Young qui est une révélation. La fin d’une époque, l’éveil à la sensualité, « Entre les lignes » est un film en costumes très réussi, envoûtant, délicat et touchant. (sortie le 4 octobre)

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Fin avril 1976, le deuxième procès de Pierre Goldman s’ouvre. Il est accusé d’avoir commis quatre braquages dont l’un a abouti à la mort de deux pharmaciennes boulevard Richard Lenoir en décembre 1969. Pierre Goldman nie avoir participé au braquage sanglant mais reconnaît être l’auteur des trois autres. Il a été condamné à la réclusion à perpétuité lors de son premier procès en 1974. Pour ce nouveau procès, qui se déroule à Amiens, l’accusé sera défendu par maître George Kiejman.

Cédric Kahn reconstitue avec minutie ce procès qui fit grand bruit à l’époque. La personnalité de Pierre Goldman, révolutionnaire devenu braqueur, y est pour beaucoup. Provocateur, irrévérencieux, brillant, il assure le spectacle dans la salle d’audience. Rapidement, il politise son procès, jouant de ses origines juives polonaises pour accuser ses détracteurs (surtout les policiers) d’être fascistes et racistes. Le huis-clos de Cédric Kahn rend parfaitement la fièvre du procès, la verve insolente de l’accusé, l’agacement de maître Kiejman face aux saillies de son client  et la très forte fracture qui divisait la France (c’est toujours le cas…). Il faut saluer le choix du réalisateur pour incarner le charismatique Pierre Goldman : Arieh Worthalter, intense et saisissant. (sortie le 27 septembre 2023)

Moretti

Giovanni est réalisateur et il peine à financer son dernier film qui parle du parti communiste italien au moment de l’invasion de Budapest. Sa femme et productrice, depuis quarante ans, s’apprête à le quitter. Pire, elle produit pour la première fois le film d’un autre (une sorte de jeune Tarantino dont le cinéma rend dingue Giovanni). Tout va donc mal pour notre héros de 69 ans qui est gagné par l’amertume et la dépression.

Quel bonheur de retrouver Nanni Moretti dans sa veine d’auto-fiction ! On retrouve son personnage grincheux, autoritaire, moralisateur, déçu par la gauche italienne, follement amoureux du cinéma et toujours capable d’auto-dérision. Sa passion pour les comédies musicales nous offre encore une fois une scène superbe. « Vers un avenir radieux » se situe dans la droite ligne de « Journal intime » où l’on retrouvait les mêmes thématiques (obsessions) du réalisateur italien. Malgré le dépit du personnage central face à l’évolution du cinéma, de l’Italie et de sa vie personnelle, la comédie prédomine avec des scènes mémorables (celle dans les bureaux de Netflix à Rome notamment). Réjouissant, irrésistible, « Vers un avenir radieux » montre l’énergie folle de Nanni Moretti et son sens imparable de la comédie.

Et sinon :

  • « Oppenheimer » de Christopher Nolan : Christopher Nolan retrace la trajectoire de Robert Oppenheimer, père de la bombe atomique : de ses études à Cambridge en passant par la commission d’enquête en 1954 diligentée par le FBI en raison de sa sympathie pour les idées communistes, à sa réhabilitation en 1963 grâce au président Kennedy. Le film montre les contradictions de l’homme, ses questionnements moraux une fois son invention finalisée. Lui, le physicien brillant, juif, ne pouvait que se lancer dans la course à l’arme nucléaire pour contrer les nazis. Mais son travail s’achève alors qu’Hitler se suicide et la puissance destructrice de la bombe commence à inquiéter son créateur. C’est cette dualité du personnage qui est le plus intéressant dans le film de Nolan. Et il ne pouvait trouver meilleur acteur pour l’incarner que Cillian Murphy, habité par l’émulation des recherches puis hanté par les ravages de son œuvre. Certaines images sont marquantes, visuellement très fortes. Mais le film est long, vraiment trop long.
  • « Les meutes » de Ramal Lazraq : Hassan et son fils Issam vivent dans les quartiers pauvres de Casablanca. Pour essayer d’améliorer leur quotidien, le père accepte de rendre service à un organisateur de combats de chien. Il doit kidnapper le garde du corps d’un participant aux combats qui devient de plus en plus puissant. Hassan entraine son fils dans cette mission. Malheureusement, l’homme kidnappé meurt dans le coffre de la voiture. Débute alors pour le père et le fils une très longue nuit. Le premier film de Ramal Lazraq est particulièrement réussi, oscillant entre réalisme et thriller. De nombreuses péripéties, des rencontres inquiétantes vont émailler la nuit de Hassan et Issam, pauvres bougres maladroits et malchanceux. La nuit de Casablanca révèle un monde parallèle et interlope, des petits truands, des gueules marquées par la misère, des solitudes profondes. Et dans ce milieu violent, brutal, s’impose soudain la religion et le respect du corps du défunt qui a été trimballé pendant des heures. Une volonté de rachat qui nait aux bords de l’aube chez Hassan, une bulle d’humanité dans cette sombre cavalcade nocturne menée avec beaucoup de talent par le réalisateur.
  • « Les filles d’Olfa » de Kaouther Ben Haria : Olfa Hamrami est la mère de quatre filles dont deux d’entre elles, Rahma et Ghofrane, ne sont plus avec elle puisqu’elles ont rejoint Daech. Pour raconter cette histoire, qui a frappé les tunisiens, la réalisatrice Kaouther Ben Haria a inventé une forme hybride entre film et documentaire. Probablement pour que Olfa se livre plus facilement, elle lui propose de travailler sur la préparation du film avec ses deux filles cadettes Eya et Tayssir. Olfa échange avec l’actrice qui va jouer son rôle, raconte son mariage forcé, sa difficulté à élever ses filles. Ces dernières se livrent également et montrent le côté sombre de leur mère qui les a brutalisées dès que leur féminité s’affirmait. La détestation du corps, très présent chez Olfa, la méfiance vis-à-vis des hommes, une volonté protectrice qui s’exprime mal, finissent par gangréner les relations avec les deux ainées. La parole des trois femmes est saisissante, entre libération, remords et culpabilité. Un dispositif étonnant sur l’intimité d’une famille, sur le destin bouleversant de cinq femmes tunisiennes.
  • « Barbie » de Greta Gerwig : A Barbieland, les journées se déroulent toujours de manière parfaite sous un soleil radieux et dans la bonne humeur. Les Barbie dirigent ce monde rose bonbon. Les Ken, un peu benêts, les admirent et sont à leur disposition. Un jour, une Barbie fait vaciller ce monde idyllique en parlant de la mort. Elle doit alors se rendre dans le monde réel pour retrouver l’enfant qui joue avec elle et qui, visiblement, est déprimée. Un Ken la suite et découvre avec bonheur les joies du patriarcat. Greta Gerwig fait montre de beaucoup de malice dans son dernier film. L’esthétique de celui-ci est inventive, le début évoque la série des « Toy story ». Les dialogues sont drôles, plein d’esprit et les discours féministes sont moins lisses que ce que je craignais. Le casting est réussi avec en tête Margot Robbie et Ryan Gosling qui semblent follement s’amuser. Mais le film a été commandé par Mattel et cela se sent quand même beaucoup malgré l’intelligence de Greta Gerwig. La réalisatrice n’aura pas réussi à masquer complètement le produit marketing.
  • « Sur la branche » de Marie Garel-Weiss : Mimi, presque 30 ans, sort de l’hôpital psychiatrique et elle doit dorénavant travailler dans un jardin pour lui apporter de l’apaisement. Mais Mimi a passé l’examen du barreau et elle propose ses talents au cabinet de Claire et son ex-mari Paul. Ce dernier connaît quelques soucis et passe ses journées en robe de chambre. Mimi est envoyée chez lui pour récupérer des dossiers importants. Lorsqu’un charmant voyou fait appel à Paul, Mimi s’emballe et prend l’affaire très à cœur. « Sur la branche » est une charmante et rafraichissante comédie. L’intrigue est rythmée, nous emmenant de Paris aux bords de mer dans de virevoltants aller-retours (même si Mimi fait du 40 km/heure sur l’autoroute…). La réalisatrice compose un duo inédit et plein de fantaisie : Benoit Poelvoorde, très en forme, et la formidable Daphné Patakia qui avait déjà fait fortes impressions dans la série « Ovni(s) ». Un film idéal pour cette période estivale.

Bilan livresque et cinéma de juin

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La douzième édition du mois anglais vient de se terminer et, sur les onze livres prévus au départ, j’ai pu en lire dix. Il me reste uniquement à relire « Raison et sentiments » de Jane Austen, ce que j’espère faire cet été. Mes lectures furent variées et excellentes dans l’ensemble. Mon grand coup de cœur du mois va « Au retour du soldat » de Rebecca West, un bijou de délicatesse et d’une grande profondeur. Encore un grand merci à ma chère Lou avec qui j’ai toujours plaisir à organiser ce mois anglais et aux nombreux participants.

Et côté cinéma, j’ai eu l’occasion de voir six films dont mon préféré est le suivant :

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1970-72, Madagascar, les militaires français sont toujours là alors que l’île est indépendante depuis 1960. Thomas et sa famille y vivent dans une sorte de paradis illusoire. Les militaires font comme si leur présence allait de soi alors que la révolte gronde. C’est la fin d’une époque que montre Robin Campillo qui s’inspire ici de son enfance. Ce qui est très réussi dans son film, c’est que l’histoire nous est racontée à hauteur d’enfant. Thomas voit et entend tout (dans sa caisse de déménagement dans le jardin, derrière la porte en verre dépoli de la cuisine) même s’il ne comprend pas toujours les situations auxquelles il assiste. Des séquences très amusantes, mettant en scène son héroïne préférée Fantômette, montrent que l’imaginaire du garçon est déjà en marche.

Mais le film n’est pas que le récit de la fin de l’occupation coloniale à Madagascar, c’est également le récit de la fin d’un couple, de l’émancipation de la mère de Thomas. « L’île rouge » est un film vibrant sur le souvenir, sur l’émancipation et la naissance d’un cinéaste.

Et sinon :

  • « Fifi » de Jeanne Aslan et Paul Saintillan : Fifi vit dans une famille pauvre et totalement dysfonctionnelle. Pour s’évader de ce quotidien pesant, elle s’installe dans la maison vide d’une copine partie en vacances avec ses parents. Mais le frère aîné de la copine revient passer l’été à Nancy. Le premier film de Jeanne Aslan et Paul Saintillan est plein de charme et de délicatesse. Rien de spectaculaire dans ce film, seulement des moments partagés entre l’adolescente et le jeune homme indécis dont tous deux se souviendront longtemps. Pour interpréter cette jolie partition, deux jeunes comédiens qui m’ont déjà impressionnée dans d’autres œuvres : Céleste Brunnquell (En thérapie) et Quentin Dolmaire (OVNI(s)).
  • « Le processus de paix » de Ilan Klipper : Marie et Simon ont deux enfants, une vie  bien installée socialement. Elle anime une émission de radio de sexologie féministe pendant que lui enseigne le conflit israélo-palestinien à l’université. Tout devrait aller pour le mieux mais ils ne se supportent plus. Voilà une comédie française réussie aux dialogues vifs, aux situations cocasses et qui ne prend pas ses spectateurs pour des idiots. La qualité du casting est à la hauteur : Camille Chamoux, solaire et volontaire, Damien Bonnard, lunaire et angoissé. Et les seconds rôles sont tous soignés : Ariane Ascaride en mère juive déjantée, Jeanne Balibar totalement libérée, Quentin Dolmaire, jeune stagiaire que rêve de croquer Jeanne Balibar.
  • « Sick of myself » de Kristoffer Borgli : Signe est serveuse dans un café. Son petit ami est un artiste à l’ego démesuré qui ne cesse de tirer la couverture à lui. Mais il n’est pas le plus égotiste des deux. Signe est prête à tout pour connaître son heure de gloire. Elle multiplie les tentatives pour attirer l’attention et trouve enfin ce qui va la rendre célèbre : elle prend des médicaments qui vont la défigurer, ce qu’elle fera passer pour une maladie de peau. Le film de Kristoffer Borgli est tout à fait dans l’esprit de Ruben Östlund : excessif, cruel et surtout critique envers notre époque égocentrique. C’est un véritable jeu de massacre entre Signe et son petit ami, les dialogues sont cinglants. Le couple est le lieu de toutes les bassesses comme le montrait également Ruben Östlund dans « Snow therapy ». C’est décapant comme les scandinaves savent si bien le faire.
  • « Wahou » de Bruno Podalydès : Le dernier opus de Bruno Podalydès est un film à sketches autour de deux agents immobiliers interprétés par Karine Viard et Bruno Podalydès himself. Tout se déroule autour de deux biens : un appartement moderne à louer dans « le triangle d’or de Bougival » et l’autre est une belle maison bourgeoise avec au fond du jardin la ligne de RER. Comme toujours chez le réalisateur, le film est drôle et plein de tendresse pour ses personnages (mention spéciale au couple fantasque joué par Sabine Azéma et Eddy Mitchell). C’est bien écrit, bien interprété, tout cela nous donne une comédie charmante avec une pointe de nostalgie.
  • « Indiana Jones et le cadran de la destinée » de James Mangold : cinquième et dernier volet des aventures de notre archéologue préféré, cet opus revivifie le mythe avec un film rythmé par de nombreux rebondissements, rempli de clins d’œil aux films précédents et une Phoebe Waller-Bridge malicieuse et ironique. Une durée de deux heures aurait sans doute été suffisant mais ne boudons pas les adieux de l’un des personnages les plus sympathiques d’Hollywood.

Bilan livresque et cinéma de mai

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Ce fut un mois de mai bien rempli avec huit livres lus dont cinq pour le mois anglais dont je vais vous reparler très vite. A part ces lectures anglaises, j’ai eu l’occasion de découvrir trois auteurs : la danoise Tove Ditlevsen avec le premier volet de son autobiographie « Printemps précoce », l’italienne Matilde Serao avec « La vertu de Checchina » et l’allemand Lion Feuchtwenger avec le formidable « Les enfants Oppermann » que je vous conseille à nouveau chaudement.

Côté cinéma, j’ai eu l’occasion de voir six films dont mes deux préférés sont :

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Blanche, professeur de français en Normandie, rencontre Grégoire Lamoureux dans une soirée où l’a trainée sa sœur jumelle. Le jeune homme a tout du prince charmant, de déclarations enflammées en tendres attentions il séduit la jeune femme et l’épouse. Bientôt Grégoire demande à Blanche de le suivre à Metz où il vient d’être muté. Un douloureux changement pour elle qui aime tant la mer et sa famille. Elle se retrouve dans l’Est, enceinte et sans travail, coupée de tout. Lorsqu’elle réussit à trouver un poste à Nancy, son prince charmant commence à changer de visage.

Avec « La guerre est déclarée », « L’amour et les forêts » est le meilleur film de Valérie Donzelli. Elle s’est inspirée du roman éponyme d’Eric Reinhardt que je n’ai pas lu. La réalisatrice joue avec le spectateur au début du film, nous entrainant sur des fausses pistes cinématographiques (Jacques Demy notamment est très présent). Mais c’est bien un thriller que nous avons sous les yeux et qui nous raconte l’histoire d’une emprise. Grégoire veut Blanche pour lui tout seul et l’enferme progressivement. Le film devient de plus en plus oppressant, sombre et brutal. Virginie Efira et Melvil Poupaud nous offrent deux remarquables prestations : elle tour à tour fragile et déterminée, lui totalement Dr Jekyll et Mr Hyde. « L’amour et les forêts » aurait sans doute mérité d’être en compétition à Cannes tant il est saisissant.

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Un jeune procureur arrive dans une bourgade rurale d’Anatolie. Il est scrupuleux, extrêmement respectueux des lois. Mais rapidement, il va se heurter aux édiles locaux et aux traditions archaïques. Le divertissement préféré des habitants est la chasse au sanglier. Les hommes, lourdement armés, poursuivent la traque dans la ville et finissent par trainer dans les rues la carcasse ensanglantée. Le procureur rappelle le maire à l’ordre, lui indiquant l’interdiction de tirer près des habitations. Voulant mieux lui faire comprendre les mœurs du coin, le maire invite le procureur à diner chez lui. Le jeune homme finit par accepter mais il se rend compte qu’il est tombé dans un piège.

« Burning days » est un formidable thriller politique, maîtrisé et tendu. L’ambiance du village est lourde : corruption, exploitation du problème de l’eau à des fins électorales, terrains qui s’effondrent, homophobie. Le procureur voudrait remettre de l’ordre dans tout ça, mais, à part un journaliste, il ne trouve aucun soutien. Le film devient de plus en plus étouffant, oppressant. Le piège se referme peu à peu autour du procureur. Il est acculé mais ne cède rien sur ses principes. La tension entre lui et les habitants s’achève dans une incroyable chasse à l’homme dans les rues de la ville. Intense, remarquablement prenant, « Burning days » est une réussite qui ne donne pas envie de passer ses prochaines vacances dans l’Anatolie rurale.

Et sinon :

  • « Showing up » de Kelly Reichardt : A Portland, Lizzie est une sculptrice qui travaille à temps partiel dans l’école d’arts plastiques dirigée par sa mère. La quarantenaire prépare une exposition et le quotidien semble sans cesse perturber sa concentration : absence d’eau chaude dans son logement, les problèmes psychologiques de son frère ou son père qui se laisse envahir par des squatteurs. Tout concourt à rendre Lizzie de plus en plus maussade. Le nouveau film de Kelly Reichardt se laisse regarder sans réel déplaisir mais le fil de l’intrigue est bien mince. Comment le réel, les choses du quotidien perturbent et enrichissent l’univers d’un artiste ? Rien à reprocher à Michelle Williams qui incarne Lizzie, femme perpétuellement renfrognée et irritée. Le film est très contemplatif, tellement qu’il en frôle l’ennui en permanence. Sa singularité aurait pu me séduire mais je suis restée extérieure à l’histoire.
  • « Le cours de la vie » de Frédéric Soucher : Noémie, scénariste, a été invitée à Toulouse pour parler de son métier à l’Ecole nationale supérieure de l’audiovisuel. Elle a été contactée par son directeur, Vincent, qu’elle a connu dans sa jeunesse. Le film de Frédéric Soucher est la master-class elle-même, quasiment en temps réel. Au-delà de la leçon d’écriture, filmée presque en amateur, nous croisons les élèves de l’école, leurs histoires s’esquissent par de courtes scènes. Le cinéma et la vie s’entremêlent, la conférence réveille des émotions, des souvenirs chez Noémie et Vincent. Ce qui les lie finira par toucher le spectateur, par l’émouvoir. Une histoire manquée emprunte de mélancolie.
  • « Le principal » de Chad Chenouga : Sabri Lahlahi est adjoint à la principale d’un collège de province. Venant d’un milieu défavorisé, il a travaillé dur pour en arriver là. Il est très exigeant envers lui-même mais également avec ceux qui l’entourent. Sa rigueur frôle parfois l’intransigeance. Il attend beaucoup de son fils qu’il espère voir intégrer un lycée prestigieux. Il s’inquiète démesurément lorsque les épreuves du brevet débutent. C’est là qu’il commet une faute grave. J’avais envie d’écrire que la faute commise par Sabri était la plus stupide et improbable de tous les temps mais le réalisateur s’est inspiré d’une histoire vraie. Et c’est peut-être d’autant plus signifiant pour le personnage qu’il se mette en danger inutilement. Ce qui est intéressant dans le film, c’est le portrait d’un transfuge de classe qui inconsciemment s’empêche d’aller au bout de son ambition professionnelle. Le film reste très classique, sans beaucoup de surprise mais il faut saluer la prestation de Roschdy Zem, toujours convaincant, dans le rôle de cet homme moins sûr de lui qu’il n’y parait.
  • « Omar la fraise » d’Elias Belkeddar : Omar, dit la fraise, a été contraint de quitter la France, où il est poursuivi par la justice, pour Alger. Roger, son ami fidèle, l’a suivi et il veut l’aider à renouer avec ses racines. Les deux hommes occupent une immense villa avec vue sur la mer, à moitié vide. Ils y tuent l’ennui avec l’alcool et la drogue. Omar veut reprendre les trafics qui l’ont pourtant obligé à changer de vie. Roger veut gagner beaucoup d’argent mais de manière légale. Il n’a aucune envie de voir son ami extradé en France et enfermé pour vingt ans. Le premier film d’Elias Belkeddar vaut pour ce formidable couple de truands flamboyants et tape-à-l’oeil. La profonde amitié qui les lie apporte de la tendresse à ce film. Benoit Magimel et Reda Kateb y sont pour beaucoup, leur complicité crève l’écran. Le réalisateur nous offre également de formidables scènes comme celle de la course poursuite à travers les ruelles d’Alger au début du film, ou celle de la boite de nuit où nos compères s’énervent sans aucune raison. On pense alors à Tarantino ou à certains personnages de Scorsese. Tout n’est pas parfait dans ce premier film mais on y sent un vrai plaisir à le réaliser et à le jouer pour ses deux acteurs principaux.

Bilan livresque et cinéma d’avril

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Un mois d’avril où j’ai été peu productive en terme de nombre de lectures mais j’ai fait de très belles découvertes avec « Anna Thalberg » le formidable premier roman d’Eduardo Sangarcia, « Maud Martha » l’unique roman de la poétesse américaine Gwendolyn Brooks, le détonnant « Ce que Majella n’aimait pas » de Michelle Gallen. J’ai enfin sorti de ma pal le passionnant récit de Robert Linhart qui a été adapté au cinéma. Si vous souhaitez faire fonctionner vos zygomatiques, je vous conseille de goûter au « Guacamole vaudou » de Eric Judor et Fabcaro. Une seule déception, « Le tribunal des oiseaux » qui avait pourtant tout pour me plaire.

Côté cinéma, j’ai été beaucoup plus efficace avec neuf films à mon actif dont trois anciens de Johanna Hogg dont je ne vais pas vous parler ici.

Mes préférés :

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Irlande, 1981, Càit grandit dans une famille pauvre avec des parents qui sont plutôt indifférents face à cette enfant rêveuse et réservée. Alors que sa mère s’apprête à accoucher, la jeune Càit est envoyée à la campagne chez des parents éloignés. Elle y restera durant tout un été.

Colm Bairéad a adapté, pour son premier film, « Les trois lumières » de Claire Keegan.  Il a su retranscrire la délicatesse, la douceur de l’écrivaine irlandaise. La jeune Càit, farouche et timide, est laissée seule chez de quasi inconnus, un couple qui cache une profonde blessure. Tous les trois vont lentement s’apprivoiser, en peu de gestes et peu de mots. La beauté du film réside dans la profonde harmonie, compréhension qui naissent entre ces personnages fragiles et sensibles. L’enfant s’épanouit auprès d’adultes attentionnés et tendres. Les interprètes sont parfaits, exprimant les sentiments des personnages avec beaucoup de subtilité et de pudeur. Difficile de résister face au talent des comédiens, à la lumière qui se dégage de la relation entre Càit et ses parents d’adoption le temps d’un été.

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L’Adamant est une péniche amarrée en face de la gare d’Austerlitz et il accueille dans la journée des personnes atteintes de troubles psychiques. Ils peuvent participer à des ateliers, un ciné club, prendre un café ou jouer de la musique. Comme toujours dans les documentaires de Nicolas Philibert, le réalisateur et son équipe laissent les personnes croisées s’exprimer librement en intervenant le moins possible. Les soignés et les soignants se mélangent avec simplicité et chaleur sur la péniche. On croise des destins brisés, contrariés et ce qui frappe c’est la lucidité de certains (François qui explique que sans médicaments, il partirait en vrille) et leur créativité qui s’exprime malgré leur profonde souffrance. L’Adamant semble être une utopie flottante où la parole est totalement libre et où règne une certaine harmonie. Le film de Nicolas Philibert a reçu l’Ours d’or à la dernière Berlinale et c’est amplement mérité.

Et sinon :

  • « L’établi » de Mathias Gokalp : A la fin de l’année 1968, Robert Linhart choisit de se faire embaucher à l’usine Citroën de la porte de Choisy alors qu’il est normalien. Comme d’autres intellectuels de la gauche prolétarienne, il devient un « établi ». Mathias Gokalp adapte le formidable livre que Linhart a écrit à partir de son expérience. Il choisit de le romancer en ajoutant des scènes dans l’intimité du héros, avec sa femme et sa fille. D’autres éléments sont modifiés (l’ajout d’un traitre parmi les ouvriers ne me semble pas du tout pertinent) mais globalement le film retranscrit bien le texte. Il montre un jeune intellectuel confronté à la difficulté du monde ouvriers, des cadences, à de la pression de la hiérarchie, à la discrimination des travailleurs immigrés. Le panel de personnages donne une bonne idée de la société française et du monde du travail à la fin des années 60. Swan Arlaud incarne Robert Linhart et il est, comme toujours, irréprochable. Le remarquable travail de Robert Linhart trouve ici une adaptation qui lui rend un juste hommage et souligne son importance.
  • « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand : Dog et Morales sont des amis d’enfance. Ils vivent toujours dans leur petit village du sud de la France. Ils y trainent, jouent au jeux vidéo et Morales deal du shit. Ce dernier est cultivé (il cite Montaigne notamment), intelligent et il ne cesse de taquiner son ami, impassible et doux. Lorsqu’Elsa arrive au village, les choses changent. Dog et elle sortent ensemble, Morales ne le supporte pas. « Chien de la casse » est un premier film original et singulier. Entre thriller et western, il nous parle de la forte amitié de Dog et Morales, assemblage improbable du faible et du fort, du taiseux réservé et de la grande gueule. Le petit village est un cul-de-sac pour les deux amis, Morales s’y complait alors que Dog envisage un autre avenir (une autre contrariété pour son compère). Le personnage de Morales est la grande réussite de ce film : complexe, il se révèle aussi attachant qu’insupportable. De plus, il bénéficie du talent étonnant de Raphaël Quenard qui marque profondément le spectateur à chacune de ses apparitions.
  • « De grandes espérances » de Sylvain Declous : Madeleine et Antoine sont venus en Corse, où la famille du jeune homme possède une belle villa, pour réviser l’oral de l’ENA. L’avenir semble sourire à ce couple qui veut s’engager en politique. Mais une altercation avec un automobiliste violent va changer le cours de leurs vies. « De grandes espérances » ce sont celles de Madeleine qui, venue d’un milieu modeste, a du travailler avec acharnement pour être accepter dans le milieu social d’Antoine. Elle en est même arrivée à couper les ponts avec son père qui sera pourtant bien présent lorsqu’elle en aura besoin. Sylvain Declous nous montre, dans ce thriller politique, que les transfuges de classe ne font jamais vraiment partie de la famille (et encore moins quand l’ambitieuse est une femme). Benjamin Lavernhe est parfait dans le rôle d’Antoine, veule et lâche. Madeleine est incarnée par la rayonnante et solide Rebecca Marder qui fait un début de carrière au cinéma sans faute.
  • « Les âmes sœurs » d’André Téchiné : David, 23 ans, soldat au Mali, est rapatrié en France suite à une très grave blessure. Il reste de long mois à l’hôpital pour se soigner er se rétablir. A la fin de sa rééducation, il va vivre chez sa sœur, Jeanne, dans les montagnes de l’Ariège. Le problème, c’est que David a totalement perdu la mémoire. Le frère et la sœur doivent réapprendre à se connaître alors qu’une profonde gêne semble habiter Jeanne depuis l’arrivée de son frère chez elle. Le dernier film d’André Téchiné est plutôt décevant. On y retrouve son talent pour la direction d’acteurs. Noémie Merlant et Benjamin Voisin illuminent le film. Téchiné s’attache au corps, à la jeunesse de ses personnages et sait les mettre en valeur. « Les âmes sœurs » s’achève sur une belle scène au bord de mer irriguée d’éclats de soleil. Mais l’intrigue laisse un goût d’inabouti et André Téchiné donne le sentiment de ne pas savoir où il va ni comment il va achever son film.

Bilan livresque et cinéma de mars

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Parmi mes lectures de mars, j’ai déjà pu chroniquer le splendide tome 2 du « Jardin secret » de Maud Begon et « Le petit roi » de Mathieu Belezi dont l’écriture m’a totalement éblouie. Je vous parle la semaine prochaine du formidable roman de Timothée Demeillers et du premier roman de Coco Mellers qui décrypte la désagrégation d’un couple qui avait tout pour réussir. Et j’espère vous parler rapidement de l’étonnant roman de Catriona Ward et du sombre « Dernière reine » de Rochette. Je ne ferai en revanche pas de billet sur le dernier titre de mon cher J.M. Erre que je conseille surtout aux aficionados. L’ensemble de son œuvre est en effet évoquée dans ce recueil de textes qui ne sont pas tous aussi hilarants que je l’aurais souhaité. « Les autres ne sont pas des gens comme nous » n’en reste pas moins un livre très agréable et drolatique. Je garde le meilleur pour la fin : « Divorce à l’anglaise », un vrai plaisir de lecture qui m’a permis de retrouver la talentueuse Margaret Kennedy.

Côté cinéma, je suis allée voir huit films dont voici mes préférés :

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C’est dans un épais brouillard que le taxi de Julie et sa mère arrive dans un hôtel-manoir de la campagne galloise. Les lieux sont isolés, les deux femmes semblent être les seules clientes de l’hôtel. Julie, qui est cinéaste, tente d’écrire un film sur sa mère. Cette dernière se remémore ses souvenirs et notamment ceux de cette étrange demeure où elle a vécu pendant le seconde guerre mondiale.

L’année dernière, j’avais découvert Joanna Hogg avec « The souvenir part I & part II » qui m’avaient éblouie. Ici la cinéaste nous propose un conte gothique qui mélange l’univers « Des autres » et de « La maison du diable ». L’atmosphère inquiétante est créée par les bruits, par des cadrages particuliers des escaliers, des miroirs, des fenêtres et par une musique ensorcelante. Le manoir semble habité par des fantômes et nous plonge dans une sorte de songe. Tilda Swinton incarne à la fois Julie et sa mère ce qui accentue le trouble causé par les lieux et l’ambiance. Le personnage de Julie est aussi une forme de double de Joanna Hogg. Comme dans « The souvenir », les souvenirs et leurs réminiscences sont au cœur de l’intrigue. A nouveau, j’ai été envoûtée par le cinéma de Joanna Hogg et par la singularité de Tilda Swinton.

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Madeleine, une comédienne débutante, est accusée du meurtre d’un producteur de cinéma qui aurait tenté de la violer. Pour la défendre, elle peut compter sur sa colocataire, Pauline, avocate sans clients pour le moment. L’histoire est largement médiatisée et le procès apportera gloire et succès aux deux jeunes femmes.

« Mon crime », tiré d’une pièce de théâtre, est une comédie réjouissante et totalement irrésistible. Ce film d’époque s’amuse avec les thématiques actuelles : dénonciation du patriarcat dans la plaidoirie de Pauline, égalité des droits homme/femme, etc… Les deux jeunes amies sauront profiter de la situation avec beaucoup de malice et d’habileté. Les dialogues virevoltent et sont millimétrés. Le casting est un bonheur absolu. Rebecca Marder et Nadia Tereszkiewicz sont éclatantes et parfaitement complémentaires. Les seconds rôles font également le sel de « Mon crime » : Fabrice Luchini est plus Louis Jouvet que jamais, Dany Boon se régale à jouer le milliardaire attendri par Madeleine, Isabelle Huppert incarne avec brio une actrice cabotine et has been. « Mon crime » est un régal, une comédie enlevée, rythmée où François Ozon met une nouvelle fois en valeur ses acteurs.

Et sinon :

  • « Emily » de Frances O’Connor : Pour que les choses soient claires, « Emily » n’est pas un biopic d’Emily Brontë. Le film de Frances O’Connor est une évocation de la personnalité de l’autrice et de l’univers de son unique et fantastique roman « Les Hauts de Hurlevent ». C’est un portrait fiévreux, intense qui souligne le caractère revêche, sauvage et indépendant d’Emily Brontë. On la sent habitée par la fiction et son pouvoir d’imagination effraie son entourage (la scène du masque est sans doute la plus réussie du film). Emma Mackey est absolument parfaite et elle incarne avec beaucoup de force le personnage principal. Il faut également souligner la beauté de la photographie, des paysages (les rudes landes du Yorshire) et des costumes. Si globalement j’ai apprécié le film et la liberté incarnée par cette jeune femme, j’ai également trouvé deux gros défauts : la relation entre Emily et le vicaire n’avait pas besoin d’aller jusqu’au charnel, d’autant plus que l’homme d’église semble très accroché à ses principes moraux ; le deuxième point noir est le fait qu’Emily publie seule son roman et que celui-ci porte son nom. Cela fait oublier la formidable émulation littéraire des sœurs Brontë qui publièrent leurs romans ensemble et sous des pseudonymes masculins.
  • « Toute la beauté et le sang versé » de Laura Poitras : Le documentaire de Laura Poitras revient sur le scandale de l’Oxycontin, un anti-douleur à base d’opiacés qui a fait des ravages aux Etats-Unis. Le groupe pharmaceutique le commercialisant appartenait à la famille Sackler qui plaça une partie de ses énormes profit dans le mécénat artistique. Leur nom apparaissait dans de nombreux musées à travers le monde et la photographe Nan Goldin se bat pour que celui soit effacé. Elle fut elle-même victime de leur médicament. Le documentaire raconte à la fois son engagement, son combat acharné et sa vie marquée par de nombreux épisodes douloureux (le suicide de sa sœur, l’hécatombe parmi ses amis au moment de l’apparition du sida). A travers son art, Nan Goldin a cherché à montrer les marginaux, les milieux underground, les homosexuels comme les trans. Son engagement militant cherche également à mettre en lumière les victimes de l’Oxycontin que les Sackler aimeraient faire oublier.Le documentaire, au titre magnifique, est émouvant et marquant. Si le sujet vous intéresse, en 2021, la très bonne série « Dopesick » évoquait ce scandale pharmaceutique.
  • « The Fabelmans » de Stephen Spielberg : Dans son dernier film, Steven Spielberg revient sur son enfance et la naissance de sa vocation. Un accident de train dans « Sous le plus grand chapiteau du monde » le ravit et le traumatise. Sa manière de l’exorciser sera de reproduire l’accident avec son train électrique puis de le filmer. Il ne quittera plus jamais sa caméra mettant en scène par la suite des westerns, des films de guerre avec ses camarades. « The fabelmans » est également une saga familiale entre un père scientifique, inventeur et une mère pianiste fantasque. Récit d’apprentissage, naissance d’une vocation, le film de Steven Spielberg touche par le regard qu’il porte sur une famille qui se défait et sur sa découverte de la puissance des images. Entre « Babylon » et « Empire of lights », les cinéastes ne cessent de clamer leur amour pour leur art et nous offre des films réjouissants autant qu’émouvants.
  • « Goutte d’or » de Clément Cogitore : Ramsès est médium à la Goutte d’or. Son commerce est florissant, prospère ce que lui reprochent les autres voyants du quartier. Ramsès reçoit les personnes en deuil et il est bluffant. Il semble réellement en contact avec les morts, son arnaque est parfaitement organisée. Mais bientôt son quotidien est perturbé par l’arrivée de jeunes gamins venus de Tanger et qui vivent dans la rue. Ils veulent obliger Ramsès à retrouver l’un de leurs amis disparu. « Goutte d’or » commence comme un film noir, un thriller social nous montrant ce quartier populaire en plein changement. Rapidement, Clément Cogitore nous entraine vers plus d’étrangeté puisque Ramsès sera rattraper par son « don » de médium. Il plongera dans les arrières boutiques de la Goutte d’or avec le groupe de gamins et sera touché par leurs destinées. Toujours parfait et intrigant, Karim Leklou incarne Ramsès qui tombera le masque au fur et à mesure de son exploration de son quartier.
  • « Empire of lights » de Sam Mendès : A Margate, Hilary travaille dans un cinéma à l’ancienne, un brin décrépit. Elle est célibataire, borderline et se soigne au lithium. L’ensemble des employés forme une petite famille menée par un directeur paternaliste. Ce dernier profite de la vulnérabilité d’Hilary pour coucher avec elle. Tout change pour elle avec l’arrivée de Stephen, un beau jeune homme noir, à qui elle s’attache fortement. Plusieurs choses m’ont séduite dans le dernier film de Sam Mendès. Tout d’abord, la reconstitution de cette Angleterre thatchérienne où les skinheads insultent et violentent les personnes de couleurs (« This is England » montrait également avec brio la montée en puissance de ces groupes au moment où le chômage explose dans le pays). Ensuite, Sam Mendès livre ici un bel hommage au cinéma et à la puissance de la fiction que va finalement découvrir Hilary. Enfin, il faut saluer la performance d’Olivia Colman, vibrante et émouvante.
  • « La syndicaliste » de Jean-Paul Salomé : Maureen Kearney est une syndicaliste inflexible et opiniâtre chez Areva. Lorsque Anne Lauvergeon doit quitter la présidence, l’ambiance se tend entre les nouveaux dirigeants et Maurren. Elle finit par découvrir un transfert de technologie nucléaire entre la France et la Chine via EDF. La syndicaliste se transforme en lanceur d’alerte et va le payer cher : elle est retrouvée ligotée chez elle à une chaise, un A scarifié sur le ventre et un couteau dans le vagin. Un engrenage terrifiant va alors s’engager pour transformer la victime en manipulatrice. L’histoire de Maureen Kearney parait folle et pourtant tout est vrai. Jean-Paul Salomé réalise un film politique qui décortique de manière compréhensible tous les rouages de cette affaire. Pour incarner cette syndicaliste d’exception, il fallait une grande Isabelle Huppert au jeu d’une infinie subtilité.

Bilan livresque et cinéma de février

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Un mois de février placé sous le signe de la découverte ! A part la poursuite de la lecture des aventures de la malicieuse Astrid Bromure et la lecture du dernier roman de Stéphane Carlier, je n’ai lu que des auteurs dont je découvrais le travail.

Je me suis régalée à la lecture de la plupart de ces romans, une mention spéciale pour « La vierge néerlandaise » de Marente de Moor qui est également le premier roman publié par une nouvelle maison d’édition : Les argonautes qui se consacre à la littérature européenne non anglophone.

J’ai achevé les lectures du Prix des lectrices et lecteurs des bibliothèques de la ville de Paris avec « Tenir sa langue » de Polina Panassenko et « Jean-Luc et Jean-Claude de Laurence Potte-Bonneville. Ce prix est décerné chaque année à un premier roman adulte. Les trois autres romans en lice sont : « Les enfants endormis » d’Anthony Passeron, « Les gens de Bilbao naissent où ils veulent » de Maria Larrea et « En salle » de Claire Baglin.

Le mois de février ayant passé très vite, je n’ai vu que quatre films mais j’ai quand même eu deux coups de cœur :

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Jeune élève du conservatoire, Antonina est passionnément amoureuse de Tchaïkovski. Elle le rencontre, il la repousse. Elle lui écrit des lettres enflammées et le grand maître finit par céder à ses avances. Il a surtout besoin de sa dote et il la prévient : il ne pourra l’aimer que comme un frère. Tchaïkovski est homosexuel mais Antonina ne veut rien comprendre tant elle est heureuse. Mais ce mariage sera inévitablement un échec et il entrainera sa chute.

Kirill Serebrennikov, lui-même homosexuel, concentre toute son attention sur Antonina, le grand compositeur restera à l’arrière. La passion folle d’Antonina m’a beaucoup fait penser à celle d’Adèle H. Il y a le même aveuglement, la même furie destructrice chez notre héroïne russe. C’est à son humiliation, à sa déchéance que nous assistons durant 2h23. Et Antonina est un personnage souvent peu aimable, elle prendra un amant qu’elle méprisera, elle abandonnera leurs enfants sans le moindre regret. Alyona Mikhailova est extraordinaire dans le rôle titre. Le film de Serebrennikov est particulièrement sombre, les rues de Moscou sont peuplées de mendiants et le destin d’Antonina est tragique (elle mourra dans un asile en 1917). La mise en scène est flamboyante, tourbillonnante. Je regrette uniquement une scène de danse contemporaine dont le film aurait pu se passer aisément.

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A onze ans, Sophie passe ses vacances seules avec son père, Calum, dans une station balnéaire de Turquie. C’est rétrospectivement que Sophie évoque ces moments au travers de films réalisés à l’époque avec une caméra amateur. La jeune fille semble y profiter du soleil, de la piscine, des copains et des soirées organisées. Mais son père, qui se coupe en quatre pour lui faire plaisir, semble être ailleurs par moment et emprunt d’une profonde tristesse.

Le film de Charlotte Wells est un bijou de délicatesse et de sensibilité. Le père, formidablement interprété par Paul Mescal, nous laisse deviner ses fragilités, ses problèmes d’argent et une profonde mélancolie. Celle-ci se distille durant tout le film lui donnant une atmosphère de dernière fois. On ne sait pas ce qu’il adviendra de Calum mais j’ai eu le sentiment qu’il n’y aura plus de vacances comme celles-ci entre le père et sa fille. Le lien entre eux n’en est que plus touchant et plus fragile. « Aftersun » peut paraître modeste mais il se révèle intense et infiniment beau dans l’observation de la relation des deux personnages.

Et sinon :

  • « Pour la France » de Rachid Hami : Une nuit, dans une eau glacée, des élèves officiers se débattent, tentent de s’extirper, de réussir ce rituel de passage. Le lendemain est annoncée la mort d’Aïssa, 23 ans, noyé lors de ce bizutage à St Cyr. Sa famille va se battre pour que l’armée reconnaisse sa responsabilité et pour que Aïssa soit enterré avec les honneurs militaires. Rachid Hami raconte dans son deuxième film l’histoire de son frère Jallal, décédé en 2012. Malgré le résultat du procès (quelques mois de prison avec sursis pour les coupables), il n’y a ni colère ni vengeance dans « Pour la France ». Certes, le réalisateur nous montre le poids de la hiérarchie, du silence, des protocoles au sein de l’armée. Mais il s’agit surtout d’un film sur deux frères aux parcours très différents. L’aîné, Ismaël, se remémore leur enfance en Algérie avec un père brutal, leur fuite en France, un séjour à Taipei où Aïssa finit ses études. Ismaël n’est pas brillant comme son cadet, il traficoque et embarrasse sa famille qui souhaite s’intégrer. Histoire d’un drame familial, d’une volonté de rendre à la France ce qu’elle a donné, « Pour la France » est un film sobre, poignant au casting impeccable (c’est toujours un plaisir de revoir Lubna Azabal ).
  • « Un petit frère » de Léonor Serraille : Rose a quitté l’Afrique avec deux de ses enfants. Elle vient vivre en France et s’installe chez des membres de sa famille en région parisienne. Elle trouve du travail dans un hôtel comme femme de ménage et elle inculque à ses fils l’importance de l’école pour réussir dans la vie. Rose est une femme libre, elle danse, elle aime. Elle finit par s’installer à Rouen après avoir suivi un homme. « Un petit frère » est la vie de Rose, de ses deux fils Jean et Ernest sur une vingtaine d’années. Léonor Serraille chronique le quotidien de cette famille monoparentale venue de Côte d’Ivoire : Rose veut le meilleur pour ses fils sans sacrifier sa vie de femme. Elle fera des erreurs, sera déçue par le hommes mais également par son fils aîné. Le film évite tous les clichés sur l’immigration, la réalisatrice nous livre une histoire toute en nuance. Annabelle Lengronne est époustouflante, elle est magnétique et j’ai été bluffée par la performance intense et sobre d’Ahmed Sylla.

Bilan livresque et cinéma de janvier

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Et nous voilà repartis pour une nouvelle année riche en lectures et en films et en ce mois de janvier 2023 j’ai lu sept livres. J’aurais commencé cette nouvelle année par une petite déception avec « La fin d’une ère » qui clôt la saga d’Elizabeth Jane Howard. Je n’ai pas non plus été totalement convaincue par le dernier roman de Julian Barnes « Elizabeth Finch », même si certains aspects m’ont plu. Le reste de mes lectures fut plus concluant avec la découverte d’Isabelle Amonou et son « Enfant rivière », celle de Laura Ulonati et de sa biographie romancée des sœurs Stephen, celle de Maria Larrea qui a écrit un premier roman très intéressant et singulier, celle d’Anne Enright avec son dernier roman « Actrice ». J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume de May Sinclair avec « Vie et mort de Harriett Frean », un petit bijou dont je vous parle très bientôt.

Huit films sont venus complétés ce premier mois de l’année avec trois coups de cœur :

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1953, M. Williams est fonctionnaire à la mairie de Londres. Austère, rigide, toujours ponctuel, il impressionne ses subalternes par sa rigueur. Mais cette vie si bien réglée va être bouleversée lorsqu’il va apprendre qu’il n’a plus que six mois à vivre. Ne serait-il pas temps qu’il profite de la vie ?

L’intrigue de « Vivre » est aussi simple que çà mais le résultat est un bijou d’émotions. Oliver Hermanus adapte le film d’Akira Kurosawa à partir d’un scénario de Kazuo Ishiguro (on ne peut s’empêcher de penser aux « Vestiges du jour »). M. Williams évolue dans le Londres gris d’après-guerre où il y a encore tant à reconstruire. Et après quelques jours de dérives à Brighton, il choisit de laisser une trace, de sortir un dossier de sa pile poussiéreuse de la mairie afin de concrétiser un projet pouvant améliorer le quotidien d’un quartier. Bill Nighy éclabousse le film de son élégance, de sa classe so english et de son talent minimaliste si précieux. « Vivre » et M. Williams se révèleront absolument bouleversants.

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Sur une petite île irlandaise, Colm a décidé de ne plus adresser la parole à Pàdraic. Ils sont pourtant amis de longue date. Pàdraic n’a pourtant rien fait pour mériter ça et il ne comprend pas la réaction de son ami. Il s’obstine à aller le chercher pour aller au pub, à lui parler sans cesse. Colm le menace alors de se couper un doigt s’il continuait à lui parler.

Le réalisateur de « Bons baisers de Bruges » et de « Billboards, les panneaux de la vengeance » nous propose ici une fable singulière et surprenante. Sur cette île isolée et peu peuplée, les relations humaines sont comptées et l’attitude de Colm est incompréhensible. Mais celui-ci, qui a la soixantaine, ne veut plus perdre de temps en bavardages, il veut créer, écrire de la musique. Pour Pàdraic en revanche, rien n’est plus important que ses soirées au pub avec son ami. L’histoire des deux hommes tourne à l’absurde lorsque chacun s’entête. Martin McDonagh a eu l’excellente idée de reformer le duo d’acteurs de « Bons baisers de Bruges » : Colin Farrell et Brendan Gleeson qui excellent. Les paysages splendides et rudes forment un cadre idéal à cette histoire d’amitié qui souligne l’étrangeté de l’autre.

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Los Angeles, années 1920, les débuts du cinéma font se croiser Jack Conrad, une star montante, Nellie LeRoy, une jeune femme prête à tout pour se voir sur grand écran et Manny Torres, un jeune émigré mexicain qui fera tous les métiers existants sur les plateaux de tournage. L’époque est aux fêtes orgiaques, les tournages sont épiques et bricolés mais la joie de filmer est éclatante. L’arrivée du cinéma parlant, et bientôt du code Hays, va changer la donne et transformer cet art artisanal en industrie.

Damien Chazelle nous offre avec son dernier film 3h10 de déclaration d’amour au cinéma. Celle-ci se terminera en apothéose dans une salle obscure. Avant cela, le spectateur est emporté dans un tourbillon d’images et de musique (le tempo est toujours important chez Damien Chazelle). Il fait revivre les débuts du cinéma avec brio, énergie, fièvre et il salue les pionniers du cinéma qui lui ont ouvert la voie. Le cinéma n’est pas un art mineur et le réalisateur le montre ici avec un talent fou. « Babylon » évoque « Chantons sous la pluie » mais ici la fin de nos trois héros est plus sombre et mélancolique. Le parlant, et les normes qu’il impose, enlève un peu de la magie et de la liberté. Margot Robbie, Brad Pitt et Diego Calva illuminent le film. « Babylon » est un régal, une grande réussite visuelle et le plus bel hommage qu’un réalisateur pouvait rendre au cinéma. Chapeau bas M. Chazelle.

Et sinon :

  • « Nostalgia » de Mario Martone : Felice revient à Naples, sa ville natale, après quarante ans d’absence. Il vient pour sa mère, pour la revoir une dernière fois. Il doit ensuite retourner en Egypte où l’attend sa femme et où il a réussi sa vie. Mais Felice est envoûté par Naples, par ses ruelles étroites, par ses habitants accueillants, par ses souvenirs d’enfance qui lui reviennent en mémoire. Le quartier de la Sanità, où il a grandi, n’est pourtant pas qu’un lieu joyeux, l’ombre de la Camorra y plane toujours fortement. « Nostalgia » est un formidable film sur la puissance des origines, de l’enfance. Felice ne pense revenir que quelques jours à Naples mais il s’y enracine à nouveau. Il s’obstine à vouloir revivre ses souvenirs, à retrouver son ami d’enfance Oreste qui est pourtant devenu un dangereux chef mafieux. Une volonté de réconciliation, de retrouvailles l’habite si fortement qu’il ne voit plus la menace. Mario Martone nous offre de belles scènes d’humanité, de fraternité malgré la violence (comme celles qui se déroulent dans l’église d’un prêtre qui veut sauver la jeunesse de la Sanità). Le réalisateur sait également faire vivre, palpiter ce quartier pauvre de Naples. « Nostalgia » a des allures de tragédie grecque. Saisissant.
  • « Tàr » de Todd Field : Tàr est une cheffe d’orchestre au sommet de sa gloire qui dirige un orchestre philharmonique allemand. Entre masterclass, cours, répétition de la 5ème symphonie de Mahler, sa femme et sa fille, se dessine l’univers de Tàr où elle maitrise tout. Son talent force l’admiration de tous. Mais le comportement de Tàr est loin d’être irréprochable avec certaines jeunes musiciennes et cela pourrait remettre en cause sa si belle carrière. « Tàr » est le récit d’une chute, du passage de la lumière à l’ombre pour une femme brillante et arrogante. Le personnage, imaginé pour Cate Blanchett, n’est guère sympathique : froid, hiératique et dominant tout le monde. La maîtrise est sans doute ce qui la caractérise le mieux. C’est pourquoi Tàr perd pied quand son destin lui échappe. Subtilement, la réalité se fissure et se montre, par petites touches, menaçantes. Cate Blanchett est fascinante à regarder, sa prestation est impeccable. Même si le film impressionne, je l’ai trouvé un peu long (2h38), la chute de Tàr met un peu trop de temps à s’enclencher et la fin en Asie s’éternise également un peu.
  • « Les survivants » de Guillaume Renusson : Après un terrible drame, Samuel retourne dans son chalet isolé dans les Alpes italiennes. Il y découvre Chehreh, une migrante qui s’est réfugiée chez lui pour se protéger du froid. Samuel, qui semble totalement déprimé, va décider d’aider la jeune femme à rejoindre la France où son mari doit l’attendre. « Les survivants » est le premier film très réussi de Guillaume Renusson. Le passage de frontière se transforme en une traque tendue. Samuel et Chehreh sont poursuivis dans les montagnes par des individus rejetant violemment l’immigration. Les paysages enneigés ne sont pas les seuls à être hostiles. Denis Menochet, toujours impressionnant physiquement, et Zar Amir Ebrahimi incarnent deux personnages qui n’auraient jamais du se croiser mais qui vont chacun sauver la vie de l’autre. L’entraide est ici le cœur du film et elle dépasse les frontières, la barrière de la langue. Elle permet également à Samuel de retrouver son humanité, son empathie pour les autres.
  • « L’immensità » d’Emanuele Crialese : Clara est une femme resplendissante, enjouée et aimante envers ses trois enfants. Ils aiment regarder ensemble des émissions de variétés. Derrière la façade de famille heureuse, se cache une femme malheureuse, sous la coupe de son mari. Comme les épouses des années 70, Clara est une potiche que son mari exhibe chez ses amis. Les trois enfants ressentent le mal-être de leur mère, sa fragilité. C’est surtout le cas d’Adri, l’aînée de la fratrie, qui vit elle-même un moment charnière où elle découvre son homosexualité. « L’immensità » est le portrait poignant de Clara, qui fait de moins en moins face, et celui d’Adri qui s’affirme. Emanuele Crialese nous offre une chronique familiale aussi tendre, joyeuse (la scène où Clara met la table avec ses enfants en chantant) que mélancolique. Penelope Cruz est à nouveau formidable de délicatesse, d’émotion, sa performance est intense comme celle de la jeune Luana Giuliani.
  • « Les cyclades » de Marc Fitoussi : Adolescentes, Blandine et Magalie s’étaient promises d’aller ensemble à Amorgos, l’île grecque où se déroulait « Le grand bleu ». Elles se sont ensuite perdues de vue. Elles vont se retrouver grâce au fils de Blandine qui veut aider sa mère à sortir de sa dépression  post-divorce. Il retrouve Magalie et programme un voyage en Grèce pour les deux femmes. La comédie de Marc Fitoussi tient dans l’opposition de caractère entre les deux amies. Blandine est austère, prudente, éteinte alors que Magalie est solaire, insouciante et exubérante. Bien sûr les deux femmes se révèleront plus complexes que ce qu’il parait. Leur voyage, semé de péripéties et de rencontres improbables, oscillera entre fantaisie et émotion. « Les cyclades » doit beaucoup à ses comédiennes, parfaites dans leur rôle respectif : Olivia Côte et Laure Calamy. S’ajoute à ce duo savoureux Kristin Scott Thomas que l’on a plaisir à retrouver. Une jolie comédie sur l’émancipation et l’amitié.

Bilan 2022

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Et voici venu le traditionnel bilan de fin d’année ! Le nombre de mes lectures est en baisse en 2022 par rapport à 2021 : 120 livres dont 12 bandes dessinées pour 135 l’année dernière.

Les livres que j’ai préférés cette année sont les suivants :

1- « La promesse » de Damon Galgut : un roman virtuose grâce au choix narratif de l’auteur, la fluidité de son récit et ce qu’il nous dit de l’Histoire de l’Afrique du Sud.

2- « Une arche de lumière » de Dermot Bulger : la fascinante destinée d’une femme libre, Eva Fitzgerald, écrit dans une langue délicate, une lecture merveilleuse.

3- « Le colonel ne dort plus » d’Emilienne Malfatto : un roman fulgurant, intense parlant de la guerre et de ce qu’elle fait aux hommes, je l’ai lu en décembre et ma chronique ne devrait pas tarder.

4- « Le temps des grêlons » d’Olivier Mak-Bouchard : découvert en 2020 avec « Le dit du Mistral », j’ai à nouveau été enchantée par l’imagination de l’auteur, sa créativité et par la singularité de son univers.

5- ex-aequo : « Les enfants endormis » d’Anthony Passeron et « Quand tu écouteras cette chanson » de Lola Lafon : les deux romanciers ont en commun d’explorer la passé de leur famille. Anthony Passeron le fait au travers du destin de son oncle Désirée atteint du sida au tout début de la maladie. Lola Lafon revient sur la Shoah dont sa famille a été la victime durant la nuit qu’elle a passée au musée consacré à Anne Franck à Amsterdam. Les deux livres sont très marquants, sensibles et touchants.

Pour rester dans la thématique du livre de Lola Lafon, il me faut citer le livre d’Edith Bruck, « Le pain perdu », extraordinaire témoignage d’une survivante des camps de concentration qui montre une vitalité, une liberté hors du commun. Edith Bruck y parle d’ailleurs plus de sa vie après les camps et c’est en cela qu’il est très intéressant.

Impossible également de ne pas revenir sur le phénomène de 2022 : les six tomes de Blackwater de Michael McDowell, une vraie saga populaire, un brin fantastique, addictive et qui se lit avec un grand plaisir.

Pour les BD, j’ai retrouvé le talentueux Joris Mertens, « Béatrice » avait été mon coup de coeur 2021, avec « Nettoyage à sec » dont le graphisme et les mises en page sont encore une fois époustouflants. J’ai une nouvelle fois beaucoup, beaucoup ri avec Fabcaro et son « Moon river ».  Mais la BD qui aura marquée mon année 2022 est « Céleste » de Chloé Cruchaudet qui évoque magnifiquement la relation entre Céleste Albaret et Marcel Proust. Un véritable enchantement dont j’attends impatiemment le deuxième tome.

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Retour sur une année de cinéma cette fois bien remplie ! En février, je découvrais émerveillée « The souvenir » de Joanna Hogg, un film en deux parties qui décortique une relation amoureuse et ses réminiscences douloureuses. Une splendeur esthétique d’une grande intelligence. J’ai également été séduite par la noirceur de « As bestas de Rodrigo Soroyen avec les remarquables Marina Foïs et Denis Ménochet, par le poignant et glaçant « Nuit du 12 » de Dominik Moll, par la très réussie comédie de Louis Garrel « L’innocent », par la force brute et incandescente du « Serment de Pamfir » de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk et enfin par la fantaisie enthousiasmante de « Liquorice pizza » de Paul Thomas Andersen.

J’espère que vous allez bien profiter de ce dernier jour de 2022 et je vous souhaite dores et déjà le meilleur pour 2023.