© Leiloona
Lady Susan Wentworth luttait pour garder son calme. Vingt cinq ans passés aux côtés de Lord George lui avaient appris à toujours sauver les apparences. Mais aujourd’hui, devant les bagages de sa fille Emma, le contrôle de soi était difficile à conserver. Lady Susan avait envie de pleurer, de crier.
Tout était allé très vite, sans qu’elle ait pu empêcher quoi que ce soit. La guerre n’avait pas réussi à son époux. Des investissements hasardeux avaient quasiment ruiné la famille. Tous les espoirs reposaient sur les épaules de Matthew, l’aîné, l’héritier. Mais celui-ci s’était engagé en pensant que la guerre ne durerait pas. Matthew n’était pas revenu des tranchées de Verdun.
Lady Susan avait bravement supporté ces deux épreuves. Elle avait fait front grâce à sa fille Emma. Toutes deux s’étaient rapprochées face à la tragédie qu’était la mort de Matthew. Lord George se consolait de la perte de son fils en buvant du whisky dans son club. Il y passait tout son temps, se préoccupant peu de la douleur de sa femme ou de celle de sa fille.
C’est durant l’une de ses soirées au club qu’il rencontra Ian Macdonald, propriétaire d’un domaine à Glen Suilag en Écosse. Contrairement à Lord George, Ian MacDonald était prospère, ses affaires florissantes. Et parfois le destin semblait mettre en relation les bonnes personnes au bon moment. Macdonald cherchait à marier son fils à une famille aristocratique anglaise afin d’acquérir un titre. Une alliance économique qui sauverait les Wentworth de la honte de la ruine.
Et voilà comment en trois mois, Emma se retrouvait marié à un parfait inconnu. Comme Lady Susan aurait voulu éviter à sa fille de connaître ce qu’elle avait elle-même vécu : la déception et la grande solitude d’un mariage arrangé. Comme elle aurait aimé que le monde changeât plus vite pour sauver son dernier enfant de conventions archaïques.
Lady Susan passa sa main sur les bagages en cuir de sa fille. Elle ne put, cette fois, réprimer ses larmes. Il en serait de même lorsqu’elle verrait sa fille s’éloigner d’elle à bord du train qui l’emmenait vers sa nouvelle demeure. Quand la reverrait-elle ?
Lady Susan se sentit soudain très lasse ; l’immense solitude qui l’attendait désormais l’accablait.

















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