Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais

Il y a dix ans, trois amoureuses de l’Angleterre créaient le Mois anglais pour partager leur passion pour cet incroyable pays, ses auteur.e.s,  ses artistes, ses lieux magiques, sa Royal family et sa cuisine (si si).

Un challenge né sur les blogs, qui a permis de belles rencontres et de magnifiques découvertes. Qui a demandé beaucoup d’investissement, d’heures passées sur des billets recap, de soirées studieuses récompensées par notre profond attachement à notre bébé si English et par les échanges généreux avec des participants au top (pour certaines depuis le tout début!).

C’est donc avec beaucoup de joie que pour fêter les dix ans de notre challenge so English,  Lou, Cryssilda et moi avons décidé de vous inviter à partir en Angleterre tout au long de l’année.

Le covid-19 retarde les projets de voyage, mais il n’empêche pas les escapades littéraires et imaginaires dont nous avons tellement besoin !

Alors, amis de l’Angleterre, nous avons hâte de vous retrouver pour un voyage au long cours plein de chouettes thématiques.

 

Et bien sûr, à tout moment de l’année, vous pourrez participer librement : photos de vos randos et visites, lectures, séances ciné, essais culinaires… on a hâte de découvrir vos idées !

Sur Facebook, nous utiliserons à l’année le groupe A Year in England mais en juin nous retrouverons notre groupe Le Mois anglais, of course !

Sur Instagram, il suffira d’utiliser le tag #ayearinengland et de taguer @ayearinengland2021 pour partager vos posts.

On a ouvert notre cottage qui sentira bientôt bon la glycine et les scones, on vous attend pour le thé.

Welcome home !

 

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

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Kya Clark est née dans le marais côtier de Barkley Cove en Caroline du Nord. A l’âge de 10 ans, elle se retrouve seule à vivre dans ses marécages. Sa mère et ses frères et sœurs ont fui le père alcoolique et brutal. Ce dernier a lui-même fini par ne plus revenir dans la cabanon délabré qui leur sert de maison. Kya réussit à échapper aux services sociaux, à l’école où l’on se moque d’elle. Elle survit grâce à la pêche et à la gentillesse de Jumping, qui gère une station service, et sa femme Mabel. A 14 ans, Kya va croiser la route d’un adolescent, Tate, et sa vie va en être changée.

« Là où chantent les écrevisses » est le premier roman de Delia Owens, une zoologue américain de 71 ans. Son métier transparaît totalement dans ce texte qui est émaillé de nombreuses descriptions de la faune qui peuple le marais où vit Kya. Cette aspect du roman est essentiel dans la vie de l’héroïne. Kya collectionne dès le plus jeune âge les plumes d’oiseaux, les coquillages et elle finira par faire de l’étude du marais un métier.

Le côté nature writing  est ce qui m’a le plus intéressée dans « Là où chantent les écrevisses ». Mais le texte est également un roman d’apprentissage et un roman policier. Deux temporalités coexistent dans le roman : la première débute en 1952 et nous expose la vie de Kya après le départ de sa mère, la deuxième se déroule à partir de 1969 et de la découverte du cadavre d’un homme retrouvé sous la tour de guet du marais. Autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas été emballée par cette lecture. Certes, le cadre est singulier et plutôt bien rendu. Mais l’intrigue n’est en rien palpitante. Le côté policier du roman ne nous offre aucune surprise. Le final est somme toute prévisible. L’écriture m’a paru vraiment plate et fade (les dialogues aussi !) et cela a contribué au peu d’intérêt que j’ai ressenti pour l’intrigue. La psychologie des personnages n’est pas approfondie. Ils manquent singulièrement de chair, d’incarnation et n’ont déclenché aucune empathie chez moi.

« Là où chantent les écrevisses » fut une lecture décevante qui sera très vite oubliée. Seules les descriptions de la faune et la flore du marais ont réussi à éveiller un peu mon attention.

Sublime royaume de Yaa Gyasi

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est chercheuse en neurosciences à l’université de Stanford. Elle se consacre entièrement à ses recherches qui portent sur les addictions. Son quotidien bien réglé est bouleversé par l’arrivée de sa mère. Celle-ci est plongée dans une phase dépressive et Gifty doit s’occuper d’elle. La survenue de sa mère dans sa vie lui rappelle sa 1ère dépression qui était survenue après le décès de son frère Nana.

Je n’ai pas lu « No home », le premier roman de Yaa Gyasi mais je souhaitais découvrir son travail, c’est chose faite avec « Sublime royaume ». Ce deuxième roman fait des aller-retours entre le passé et le présent de manière fluide. Yaa Gyasi s’interroge sur ce que veut dire être noir aujourd’hui aux Etats-Unis. C’est la mère qui a souhaité quitter le Ghana pour rejoindre ce pays. Mais son rêve américain va rapidement tourner au cauchemar. La famille s’installe en Alabama et doit faire face au racisme. Le père est accusé plusieurs fois de vol au supermarché ; la mère, qui est aide à domicile, est insultée par son employeur ; Nana n’est accepté que lorsqu’il fait gagner son équipe de basket. Cela finit par affecter et gangrener la famille. Ne supportant plus les humiliations, le père repart seul au Ghana. Nana finit par sombrer dans la drogue alors que sa sœur veut atteindre l’excellence pour s’intégrer. La mère est plongée dans le déni, rien ne lui volera son rêve américain. Un constat glaçant qui résonne fortement avec les évènements récents et le mouvement Black lives matter.

Le fil conducteur de cette histoire sur le racisme du Sud des Etats-Unis, est la relation mère-fille complexe et conflictuelle. Les deux femmes s’opposent tout au long du roman. La mère ne souhaitait pas de deuxième enfant et sa vie s’effondre à la mort de son fils. Gifty apprend à se débrouiller seule. Face à la désertion du père et la mort de Nana, la béquille de sa mère est la religion alors que celle de Gifty est la science, ce qui lui permet de garder le contrôle sur sa vie. Deux mondes irréconciliables et en opposition totale. Ce qui est très beau dans « Sublime royaume », c’est que le roman raconte le cheminement de Gifty vers l’acceptation de soi, la réconciliation de ses différentes facettes : ghanéenne/américaine, sciences/foi.

Ma découverte de Yaa Gyasi fut totalement positive, son intrigue est magnifiquement incarnée par des personnages attachants dont les failles, les blessures sont au cœur du roman.

Le bonheur est au fond du couloir à gauche de J.M. Erre

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« Mes parents m’ont dit que je n’avais pas pleuré à la naissance, ce qui les avait beaucoup surpris. En revanche, j’ai pleuré tous les autres jours de mon existence, ce qui peut aussi étonner. J’ai été un enfant triste et un adolescent cafardeux avant de devenir un adulte neurasthénique. » Au moment où nous faisons la connaissance de Michel, il vient de se faire larguer par sa petite amie Bérénice, avec qui il était en couple depuis trois semaines. Mais Michel a décidé de la reconquérir à tout prix. Et quoi de mieux pour y arriver que de resplendir, d’être soi-même heureux ? Lire Michel Houellebecq, ce grand écrivain humoristique, lui redonne le moral. Et pour parachever cette bonne humeur, Michel regarde des vidéos de campagnes électorales, le remède ultime à sa mélancolie : celle d’Emmanuel Macron. Une fois le réconforté, Michel doit maintenant trouver ce qui le rend vraiment heureux.

Si vous connaissez l’ironie de J.M. Erre, vous devez deviner que la quête de bonheur de Michel ne va pas être simple. En revanche, le bonheur du lecteur est toujours assuré avec cet auteur. Ici, il s’amuse avec les travers de notre époque, les modes qui deviennent des obligations (morales pour certaines). BFM est pour Michel l’oracle des temps modernes ; le « quand on veut on peut » d’Emmanuel Macron devient son mantra ; Michel lit des livres de développement personnel : il s’essaie au régime sans gluten, sans lactose, sans huile de palme, sans sucre, sans viande et n’a plus rien à manger chez lui. Il s’amuse également du peu d’appétence au bonheur de nos sociétés modernes. « Quand on sait qu’un quart des français consomme des psychotropes, qu’un tiers a déjà consulté des psy, et qu’on prescrit chaque année dans l’Hexagone cent cinquante millions de boîtes d’anxiolytiques, antidépresseurs et somnifères, on se dit que ces chiffres sont réconfortants. Grâce à eux, je me sens moins seul. » Nous avons tout pour être heureux et pourtant nous ne le sommes pas. C’est ce que fustige avec drôlerie J.M. Erre.

J’ai lu le dernier roman de J.M. Erre durant le premier confinement et l’humour caustique de l’auteur fut d’un grand réconfort dans cette période maussade.

Merci à Babelio pour cette lecture.

Liv Maria de Julia Kerninon

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Liv Maria Christensen est née sur une île bretonne, fille unique de Mado Tonnerre et de Thure Christensen, un marin norvégien qui ne repartit jamais de l’île après avoir rencontré Mado. Liv Maria vit une enfance protégée au milieu de ses parents, de ses oncles, d’une nature sauvage et des lectures que lui fait chaque soir son père. A l’adolescence, un évènement fait basculer la vie de la jeune fille et l’expédie à Berlin où son destin l’attend.

Après avoir lu « Buvard » et « Une activité respectable », j’étais enchantée de retrouver Julia Kerninon. Malheureusement, ma rencontre avec Liv Maria n’a pas eu lieu. La lecture est plaisante, l’écriture fluide mais je suis restée à la surface de ce roman. La première difficulté pour moi se situe les tournants totalement improbables pris par l’intrigue. Certains lecteurs ont alors considéré le roman de Julia Kerninon comme un conte. Malheureusement, je n’ai pas réussi à le voir sous cet angle tant la majorité du texte est réaliste.

Ma deuxième difficulté se situe dans le manque d’empathie ressentie à l’égard de Liv Maria. Je n’ai pas su m’attacher à elle. Pourtant, cela commençait sous les meilleurs augures. J’ai beaucoup apprécié le début du roman et puis les ellipses sont arrivées, me laissant sur ma faim tant la vie de Liv Maria passait en accéléré. J’ai également eu du mal à croire au personnage de Liv Maria en Irlande. La dichotomie entre la femme libre et entrepreneuse de la partie chilienne  et la sage mère au foyer irlandaise m’a semblé trop grande, le fossé entre les deux infranchissable. Liv Maria est un personnage qui cherche durant tout le roman à être libre. Et la conclusion me laisse avec un questionnement : fuir est-ce être libre ?

« Liv Maria » fut malheureusement une déception même si sa lecture fut agréable. J’attendais beaucoup de ce roman mais mes retrouvailles avec la belle plume de Julia Kerninon sont mitigées.

Merci aux éditions de L’Iconoclaste pour cette lecture.

Apeirogon de Colum McCann

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« Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. » Ce sont 1001 fragments courts qui composent le dernier livre de Colum McCann. De multiples récits se croisent, se font écho pour essayer de comprendre le conflit israélo-palestinien. Au cœur de ce projet extrêmement ambitieux, se trouvent deux hommes liés par un drame terrible : Rami et Bassam ont tous les deux perdus leur petite fille. Rami est un publicitaire israélien, fils d’un rescapé de la Shoah, ancien soldat. Sa fille, Smadar, est morte à l’âge de 14 ans dans un attentat terroriste. Bassam travaille au ministère des sports et aux archives palestiniennes, il a fait sept ans de prison pour actes terroristes. Abir, sa fille de 10 ans, a reçu une balle dans la tête. Tous deux sont réunis aujourd’hui par leur puissant désir de paix qui les emmène chaque jour à raconter leur histoire à travers le monde.

Colum McCann nous plonge dans l’histoire de ces deux hommes remarquables, dans le chaos de leur région au travers d’un foisonnement d’idées, de pensées. Dans « Apeirogon », on croise François Mitterrand, Philippe Petit (déjà présent dans « Et que le vaste monde poursuive sa course folle »), Jorge Luis Borges, John Cage, Constantin Brancusi ou Antonin Artaud ; on parle beaucoup d’oiseaux migrateurs qui passent au-dessus de la région depuis des millénaires, de musique ; on évoque la Shoah aussi bien que la Nakba. Les fragments se répondent, se complètent, se répètent et abordent la politique, la culture, la religion, l’Histoire, la nature. La forme, choisie par Colum McCann, est brillante et complexe. J’avoue n’avoir réussi à rentrer véritablement dans « Apeirogon »  qu’à la page 243, là où deux chapitres 500 nous montrent Bassam et Rami au monastère de Crémisan de Beit Jala, près de Bethléem. La forme du roman a entravé, morcelé ma lecture et a rendu la montée jusqu’au monastère un peu fastidieuse. La deuxième partie du roman fut beaucoup plus facile à appréhender.

Même si j’ai eu du mal à rentrer dans la forme particulière de « Apeirogon », je salue le projet ambitieux de Colum McCann qui rend un bel hommage aux deux combattants de la paix que sont Bassam et Rami.

Traduction Clément Baude

L’enfant céleste de Maud Simonnot

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Suite à une douloureuse rupture amoureuse, Mary a envie d’ailleurs. Le fait que son fils Célian vive mal sa scolarité, renforce son désir de changer d’air. Mary leur choisit un havre de paix lointain : l’île de Ven dans la mer Baltique. Ce lieu isolé travaille son imaginaire et celui de son fils depuis longtemps. C’est sur cette île que l’astronome Tycho Brahe fit construire un fabuleux palais-observatoire où il cartographia les astres célestes.

« L’enfant céleste » est le premier roman de Maud Simonnot et il s’en dégage une infinie douceur. Les chapitres sont courts et suivent la reconstruction de Mary ainsi que l’évolution de Célian. Le contact avec la nature sauvage, la mer, permet à la mère de souffler, de se retrouver et au fils de s’épanouir totalement. Les descriptions de l’île de Ven sont très poétiques et délicates. La nature est une source profonde d’apaisement. « Nous attendons que le soleil disparaisse, sans parler, pris par la magie de l’heure. A l’instant où le disque rouge s’enfonce dans la mer, tandis que le ciel se parsème de milliers d’étoiles, il règne sur toute l’île un calme saisissant. Longtemps après, il restera une clarté diffuse dans l’atmosphère au-dessus de l’horizon, « comme une poudre d’or sur les pas de la nuit. » « 

Le supplément cosmique de cette ode à la beauté de la nature, c’est le destin incroyable de Tycho Brahe, l’astronome de la Renaissance, qui se mélange à l’intrigue principale. La fascination pour ce personnage n’emmène pas que Mary et Célian sur l’île de Ven. Un universitaire, spécialiste de Shakespeare, y revient chaque année. Tycho Brahe aurait inspiré le barde pour la création de son Hamlet. Cet astronome mystérieux est décidément une belle source pour l’imaginaire de nos différents personnages.

« L’enfant céleste » nous conte, dans une langue délicate et sensuelle, la reconstruction d’une femme à la dérive au contact de la nature et du ciel étoilé d’une île suédoise.

Merci aux éditions de L’Observatoire pour cette découverte.

 

Le tram de Noël de Giosuè Calaciura

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« Il agitait ses petites mains parfaites, travaux de nature bien faits, des mains dont les paumes rosées semblables à des fruits à peine épluchés contrastaient avec la peau noire comme le noir de cette nuit, encore luisante des liquides de la naissance, encore souillée des résidus du placenta et du cordon coupé avec la hâte de la fuite un peu au-dessus de la hernie ombilicale. Ils seraient nombreux à dire que c’était le trait particulier – le signe – qui le rendait différent de tout autre nouveau-né abandonné dans les transports publics. »  C’est ainsi que s’ouvre le conte de Noël de Giosuè Calaciura qui se déroule entièrement dans le tram n°14. Autour de cet enfant abandonné va se reconstituer une crèche de paumés, de laisser pour compte, de personnes au bord du gouffre. Tous vont prendre le tram ce soir-là et chacun aura droit à un portrait détaillé : le veuf qui n’a pas les moyens de se payer une prostituée et lui offre un repas à la place, Filippo le domestique philippin dont la patronne a changé le prénom par commodité, le vendeur de parapluie dans ses chaussures trop étroites, le magicien qui perd la mémoire, William l’adolescent sans papier qui dort dans une ruine et s’épuise toute la journée dans des travaux ingrats, etc… Giosuè Calaciura  rend hommage à Charles Dickens et ses contes de Noël dans son livre. Et comme l’auteur victorien, ce sont les petites gens à l’humanité blessée qui l’intéressent et qui montent dans son tram. Il leur offre une lueur d’espoir avec ce nouveau-né, des moments suspendus dans leur quotidien misérable. Enfin, comme Dickens, Calaciura distille de la magie, du fantastique dans son conte, dans cette nuit pas comme les autres. Le mélange entre le réalisme des portraits des voyageurs et la fantaisie de cette nuit de Noël fonctionne parfaitement.

Il faut également souligner la beauté des illustrations de Gérard DuBois qui accompagnent le texte. Les personnages sont plongés dans l’ombre, dans le noir et cela souligne bien leur position sociale : ils sont les invisibles, ceux qui restent en marge d’une société qui les broie.

« Le tram de Noël » est un conte émouvant, humaniste et qui scintille de la magie de ce jour si particulier.

Traduction Lise Chapuis

Betty de Tiffany McDaniel

« Betty » est un hommage que rend Tiffany McDaniel à sa mère. Betty Carpenter nait en 1954 en Arkansas dans une baignoire. Elle est la 6ème enfant d’une famille qui en comptera huit. Son père est d’origine cherokee et sa mère est blanche. Betty ressemble à son père, la petite indienne a la peau brune et les yeux noirs, ce qui lui vaudra bien des humiliations à l’école de la part des autres élèves et des enseignants. Les Carpenter ont parcouru de nombreux états avant de revenir à Breathed, Ohio, la ville de la mère, Alka. C’est là que Betty grandira avec ses frères et sœurs, là qu’elle fera l’apprentissage de la vie, de ses joies et de ses douleurs.

« Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillière dans la cuisine tous les samedis. Ou bien on se perd, ou bien on se trouve. »

Au fur et à mesure des 720 pages qui composent ce livre, Betty se révèle une jeune fille forte, puissante, capable de faire face aux drames les plus difficiles, aux révélations les plus violentes sur sa famille. Elle affronte et résiste au couteau. Elle s’inscrit dans la lignée des femmes cherokee, une tribu matriarcale et matrilinéaire comme lui rappelle sans cesse son père. Mais être une jeune fille métisse, pauvre de surcroit, est un défi dans cette petite bourgade rurale.

Mais « Betty » n’est pas seulement un récit féministe. Il s’ouvre en 1909 et se clôt en 1973, ce sont les dates de naissance et de mort de Landon Carpenter, le père de Betty. Ce personnage rejoint directement le panthéon des figures de père de la littérature, juste à côté d’Atticus Finch. Jardinier hors pair, guérisseur, ébéniste, Landon est également un conteur extraordinaire. Au travers de ses récits, mélange de fantaisie et de contes cherokee, il embellit la vie de ses enfants, l’illumine et l’élargit. Il donne à Betty le goût de la poésie, des histoires. Et c’est l’une des choses qui m’a enthousiasmée dans ce livre, il rend hommage au pouvoir de l’imagination, au pouvoir des mots. Betty écrit les drames de sa famille et les enferme dans des bocaux qu’elle met en terre. Ce sont les mots qui permettent à Betty de retranscrire l’histoire de chacun des membres de sa famille, de dire la douceur de Fraya, la folie de sa mère, le talent de dessinateur de Trustin, la coquetterie de Flossie, les obsessions de Lint et l’immense bienveillance de son père.

Durant 500 pages, je me suis dit que « Betty » était un grand roman, ce qui était déjà beaucoup. Mais les 200 dernières pages m’ont emportée dans un torrent d’émotions me montrant à quel point je m’étais attachée à chacun des membres de la famille Carpenter. « Betty » est un roman magistral, déchirant et d’une rare poésie.

Traduction François Happe

Bilan 2020

Voilà une drôle d’année qui s’achève et, à l’heure où je vous écris, les cinémas, les théâtres et les salles de concert n’ont toujours pas de date de réouverture. Durant cette année, j’ai lu 129 livres dont 10 bande-dessinées dont voici mes coups de cœur :

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1- En tête de mon classement, « Étés anglais » et « A rude épreuve » de Elizabeth Jane Howard qui sont les deux premiers volumes de la saga familiale consacrée à la famille Cazalet. La plume est élégante, les personnages attachants et leur psychologie approfondie. Un projet ambitieux qui tient toutes ses promesses et dont j’ai hâte de découvrir le volume suivant.

2- « La maison dans l’impasse » de Maria Messina qui montre l’enfermement physique et mental de femmes siciliennes dans les années 1900. Un roman remarquablement écrit et percutant.

3- « Fille, femme, autre » de Bernardine Evaristo qui dresse le portrait de douze femmes noires dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Ambitieux, foisonnant, ce roman est également audacieux dans sa forme.

4- « Le cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe que j’ai toujours grand plaisir à retrouver et qui retrouve ici sa veine politique. En reprenant les personnages de « Bienvenue au club » et « Du cercle fermé », il continue à analyser son pays, ici post-Brexit et c’est là qu’il est le plus brillant, le plus incisif.

5- « Vie de Gérard Fulmard » de Jean Echenoz, l’un de mes écrivains préférés nous a livré cette année un roman réjouissant, drôle et toujours dans une langue épurée et d’une précision redoutable. 

2020 fut également l’occasion de découvrir de nouvelles plumes que je vais suivre à l’avenir avec grande attention : « Le dit du mistral » d’Olivier Mak-Bouchard, « Le chien noir » de Lucie Baratte, « Ohio » de Stephen Markley et « Je suis la bête » d’Andrea Donaera. Quatre romans fort différents mais pour lesquels j’ai eu un véritable coup de cœur.

Mon année 2020 fut également marqué par Émile Zola. J’ai achevé la lecture de l’ensemble des volumes des Rougon-Macquart avec des découvertes magnifiques comme « La conquête de Plassans », des confirmations comme « L’assommoir » qui reste le meilleur de cette série ou des déceptions comme « Au bonheur des dames » qui m’a malheureusement ennuyée alors qu’il m’avait laissé un bon souvenir. Et puis, il y a « La faute de l’abbé Mouret » qui est hors-classement tellement je le déteste et le considère comme totalement raté.  J’ai complété les Rougon-Macquart avec deux BD : « Les Zola » de Méliane Marcaggi et Alice Chemana qui met en lumière les femmes qui ont entourées l’écrivain, « L’affaire Zola » de Jean-Charles Chapuzet, Christophe Girard et Vincent Gravé qui revient sur l’affaire Dreyfuss et émet l’hypothèse de l’assassinat de Zola. Cette thèse était également défendue dans le formidable roman de Jean-Paul Delfino intitulé « Assassins ! ». Je n’ai pas pu vous en parler ici mais il rend parfaitement compte du contexte politique et social de l’époque. Enfin, quand nous pouvions encore nous rendre au théâtre, j’ai eu le plaisir de voir « Madame Zola » au théâtre Montparnasse qui rendait un bel hommage à Alexandrine Zola avec une Catherine Arditi absolument extraordinaire dans ce rôle.

Enfin, je voulais à nouveau vous conseiller le formidable « Honoré et moi » de Titiou Lecocq qui fut une lecture enthousiasmante au ton enlevé, drôle mais également plein d’empathie pour Honoré de Balzac.

Malgré le peu de films vus cette année (à mon grand désarroi), voici mon top cinq qui comportent plusieurs comédies pour nous remonter le moral :

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1- « Un divan à Tunis » de Manele Labidi est une comédie pétillante sur une jeune psychanalyste qui décide d’installer son cabinet à Tunis après avoir été formée en France. Le film nous offre une formidable galerie de personnages et une lumineuse Golshifteh Farahani qui vaut à elle seule le visionnage de ce film.

2- « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi qui est faux documentaire, une vraie farce mais également un état des lieux de la visibilité des noirs en France. Le constat est loin d’être réjouissant.

3- « Effacer l’historique » de Gustave Kervern et Benoit Delépine où le duo décapant montre l’absurdité de notre monde connecté.

4- « Michel Ange » de Andreï Kontchalovski qui montre la réalité de la vie de ce génie au caractère terrible, tourmenté et complexe. J’ai beaucoup apprécié la reconstitution non édulcorée de la vie à la Renaissance et la prestation de Alberto Testone.

5- « Felicità » de Bruno Merle qui m’a fait penser à « Little miss Sunshine » pour l’humour et la famille dysfonctionnelle. Pio Marmai fait encore une fois merveille de ce rôle de père décalé, sans cesse en mouvement et en marge de la société.

2021 débute à peine et je ne peux qu’espérer que cette nouvelle année me permettra de retrouver rapidement le chemin des salles obscures.