Les aveux de John Wainwright

Les aveux

Herbert Grantley est venu au commissariat pour avouer qu’il a empoisonné sa femme, Norah, un an plus tôt. Face à lui, l’inspecteur-chef Lyle recueille et questionne les propos de ce pharmacien habitant Rogate-on-Sands, une petite station balnéaire.

Le résumé du livre de John Wainwright est aussi simple que ça, l’histoire qui nous est racontée ne l’est évidemment pas. « Les aveux » est quasiment un huis-clos où vont s’affronter Grantley et Lyle. La confession du meurtrier va nous plonger dans la vie du couple formé par Norah et Herbert. Une vie sans relief, maussade où le mépris mutuel s’est installé rapidement. « A y repenser, nous n’étions pas assez émotionnellement impliqués l’un envers l’autre pour nous disputer. L’indifférence mutuelle était le fondement même de notre mode de vie. L’indifférence maquillée d’un vernis de respectabilité. » Seul rayon de soleil dans la vie d’Herbert : leur fille Jenny pour qui il est prêt à tout.

De manière très subtile, John Wainwright va nous faire opérer un glissement dans l’avis que nous nous faisons d’Herbert. L’atmosphère va se modifier et devenir de plus en plus sombre pour aboutir à un final glauque et dérangeant. « Les aveux » est un roman parfaitement maîtrisé, le jeu entre Grantley et l’inspecteur-chef est bien mené au travers de dialogues efficaces.

Je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir le travail de John Wainwright, c’est chose faite grâce à ce roman qui m’a donné envie de mire d’autres romans de l’auteur. Lesquels me conseillez-vous ?

Traduction Laurence Romance

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La maison des hollandais de Ann Patchett

Hollandais

Maeve et Danny Conroy ont grandi dans la maison des hollandais. Cette majestueuse et grandiose demeure fut construite en 1922 par les VanHoebeek qui avaient fait fortune dans le commerce de cigarettes avant d’être ruinés par la crise de 1929. Le père de Maeve et Conroy acheta la maison en 1946 pour faire une surprise à sa femme. Cadeau qu’elle appréciera très modérément puisqu’elle la quitta du jour au lendemain sans explication. Le lien entre les deux enfants se resserre alors pour devenir inextricable. Des employées dévouées et bienveillantes s’occupent des deux enfants pendant que le père travaille et consolide sa fortune faite dans l’immobilier. Ce dernier demande un jour de venir au salon où il leur présente Andrea, jeune veuve, mère de deux filles. L’arrivée de cette femme va bouleverser à jamais la vie de Maeve et Danny.

J’ai ouvert « La maison des hollandais » avec un mélange d’excitation et d’appréhension, le dernier roman d’Ann Patchett serait-il à la hauteur du formidable « Orange amère » ? La réponse est oui, mille fois oui. L’auteure reprend des thématiques déjà présentes dans son précédent roman. Nous sommes ici également dans une chronique familiale qui va se déployer dans le temps. Comme dans « Orange amère », Ann Patchett choisit un récit non linéaire : le narrateur, Danny, fait des aller-retours entre le passé et le présent sans que nous ne soyons jamais perdu. Le récit se déroule avec une extraordinaire fluidité. Le point de départ du livre est l’arrivée dans la famille Conroy d’Andrea. Comme dans son précédent roman, l’arrivée d’une personne extérieure à la famille va totalement en bouleverser l’équilibre. Il est l’évènement traumatique qui va décider de la vie de Maeve et Danny. Ce point de rupture va être un point de cristallisation du passé vers lequel les deux personnages centraux vont sans cesse se retourner. Les personnages sont vraiment l’un des points forts du roman. Immédiatement, j’ai éprouvé de l’empathie, de la sympathie pour Maeve et Danny. Le lien indéfectible qui existe entre eux est magnifique. D’ailleurs, au travers de son récit, Danny souhaite avant tout raconter l’histoire de sa sœur, lui rendre hommage. Et ils sont tous les deux formidablement bien entourés, tous les personnages secondaires sont incarnés : Pluche, la nounou qui réapparait des années plus tard, Sandy et Jocelyn, les sœurs d’une loyauté sans faille, le père distant et pudique, Andrea, la marâtre de conte de fée, M. Otterson, le discret et fidèle patron de Maeve. Tous contribuent à faire vibrer le lecteur au fil des pages.

Il ne faut pas oublier de mentionner l’un des personnages centraux, si ce n’est le principal, la maison. A la façon du Menderley de « Rebecca », la maison des hollandais influence le destin des personnages. Son histoire est fascinante. Lorsque le père l’achète, tous les effets des VanHoebeek sont encore dedans. Les Conroy vont vivre dans les meubles des anciens propriétaires, avec leurs portraits accrochés aux murs. Seule appropriation des lieux par la famille Conroy : le magnifique portrait de Maeve qui a été imaginé par Noah Saterstrom pour la couverture du livre. La maison des hollandais est très minutieusement décrite, elle est aussi luxueuse qu’oppressante, elle semble tour à tour porteuse de malédiction et lieu protecteur car lieu des souvenirs d’enfance. Le rapport de Maeve et Danny avec cette maison est très finement analysé.

Cela semblait difficile mais « La maison des hollandais » m’a encore plus enchantée que « Orange amère ». C’est avec grâce et élégance qu’Ann Patchett nous fait le récit de la vie de Maeve et Danny, deux personnages infiniment attachants.

Traduction Hélène Frappat

La capucine de Marie Desplechin

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Louise travaille chez un maraîcher à Bobigny. Sa mère, Clémence, a du aller travailler comme domestique dans une famille bourgeoise. Elle a laissé sa fille aux bons soins de Bernadette, qui cuisine divinement bien et est visitée par les esprits (notamment celui de Victor Hugo !). Louise a une forte personnalité pour ses 13 ans. Elle n’hésite pas à se défendre physiquement contre ceux qui lui cherche querelle. Ce qui lui est bien utile dans le monde très masculin des maraîchers. La vie de la jeune fille va changer, et celle de Bernadette également, quand cette dernière va vendre ses fameux confits de porc dans une riche demeure parisienne. Louise devra, quant à elle, leur vendre des légumes de Bobigny. Et les voilà parties pour de nouvelles aventures dans la capitale !

« La capucine » est le troisième volet des filles du siècle et comme les deux premiers, il montre comment une jeune fille de 13 ans va tracer sa voie en 1884. C’est sa compétence, son amour pour son travail qui seront les clefs de l’indépendance pour Louise. On sent dans ce roman le souci écologique de Marie Desplechin. La jeune fille connaît parfaitement la terre, elle la respecte et sait comment y faire pousser des légumes, des fleurs et autres plantes. A sa manière, Louise fait de la permaculture avant l’heure. Marie Desplechin nous montre à quel point la région Ile-de-France était autosuffisante et ce que nous avons perdu en terres agricoles et en savoir-faire.

Comme dans les deux autres volumes, nous avons le plaisir de retrouver certains personnages de « Satin Grenadine » et de « Séraphine ». C’est vraiment quelque chose que j’ai énormément apprécié dans la lecture des trois tomes. Certains personnages sont tellement attachants que l’on aimerait pouvoir encore les revoir. Et en plus de l’esprit de Victor Hugo, nous avons le grand honneur de rencontrer Alexandra Dumas qui se reconnaît en Louise puisqu’elle est métisse comme lui. Ses apparitions sont réjouissantes.

« Les filles du siècle » est une trilogie extrêmement agréable à lire et où l’émancipation des femmes est le thème récurrent. Il faut souligner le formidable travail sur les couvertures, les dessins sont de Mayalen Goust. Elles sont toutes les trois splendides !

Satin Grenadine et Séraphine de Marie Desplechin

En 1864, Lucie et Séraphine ont 13 ans et elles vivent à Paris. Mais elles sont issues de milieux sociaux bien différents.

Lucie vient d’une famille bourgeoise, son père travaille à la Chambre et au Sénat et il est soutenu entièrement par sa femme dans sa carrière politique. Lucie est un peu laissée à elle-même, son frère Achille s’absente souvent. Heureusement, elle a une préceptrice du nom de Marceline qui tient à l’éduquer alors que ses parents ne rêvent que de la marier.

Après l’orphelinat, Séraphine a été placée chez Jeanne où elle apprend la couture sur la butte Montmartre. Sa tante, Charlotte, vient régulièrement la voir, ainsi que le père Sarrault qui l’a recueillie lorsqu’elle était bébé. Même si Séraphine est reconnaissante des bienfaits de Jeanne, elle ne veut pas être couturière. Et elle en veut secrètement à son entourage de ne pas lui expliquer qui étaient ses parents. Elle finit par prendre son courage à deux mains et quitte le domicile de Jeanne pour se trouver un autre emploi. Heureusement Sainte Rita veille sur elle. 

« Satin Grenadine » et « Séraphine » sont les deux premiers volets des filles du siècle de Marie Desplechin. Cette trilogie montre des jeunes filles qui conquièrent leur indépendance, prennent leur destin en main à une époque où cela est bien difficile pour une femme de s’imposer. Lorsque l’on est riche, il faut forcément trouver un bon parti et lorsque l’on est pauvre il faut s’épuiser au travail dès le plus jeune âge. Mais Lucie et Séraphine ont des velléités à découvrir le monde, à dépasser le milieu où elles ont vu le jour.

Les deux livres sont vraiment très agréables à lire (j’avoue un faible pour « Séraphine » en raison de son rapport avec la Commune et Louise Michel), le Paris du 19ème siècle est parfaitement reconstitué (l’ombre de Zola plane sur une scène aux Halles dans « Satin Grenadine »), l’humour y est très présent et les personnages sont incroyablement attachants. Et ce qui est très réussi dans cette série, c’est que certains personnages se retrouvent dans tome à l’autre ce qui crée un lien supplémentaire avec le lecteur.

Des héroïnes vives et pétillantes, un contexte historique parfaitement rendue, de l’humour, ce sont les atouts de la formidable trilogue de Marie Desplechin que je conseille aux petits comme aux grands.

Fantômes de Christian Kiefer

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Au mois d’août 1945, Ray Takahaski revient chez lui, à Placer County, après s’être engagé dans l’armée américaine. Mais ce n’est pas en héros qu’il est accueilli, personne ne veut de lui. Ses parents ne vivent même plus là. Après avoir été expulsés et envoyés dans le camps de Tule Lake, ils ont décidé de déménagé à Oakland. Ray ne semble pas y croire et cherche des explications. Il veut revoir les lieux où il a toujours vécu, les amis qu’il a côtoyés plus jeune. Après ce retour à Placer County, Ray Takahashi disparaît sans laisser de traces.

J’avais découvert le sort réservé aux nippo-américains durant la 2nd guerre mondiale grâce au magnifique livre de Julie Otsuka « Certaines n’avaient jamais vu la mer » et grâce aux photos de Dorothea Lange dans les camps d’internement. C’est cet épisode méconnu de l’Histoire américaine que Christian Kiefer choisit de placer au cœur de son roman. Lui-même a grandi à Placer County et y vit actuellement, ce qui lui a permis de recueillir de nombreux témoignages de familles nippo-américaines.

Ce qui fait la force du roman, c’est que Christian Kiefer place en parallèle de l’histoire de Ray Takahashi, celle du narrateur, John Frazier. Ce dernier rentre du Vietnam, il est perdu, se drogue. Pour tenter d’aller mieux, il vient habiter à Placer County chez sa grand-mère et c’est là qu’il entend parler de la disparition de Ray. Comme dans « Les animaux », Christian Kiefer oscille entre les deux temporalités et il maîtrise parfaitement ce type de narration. Deux guerres, deux épisodes peu glorieux de l’Histoire des États-Unis, deux jeunes hommes qui ont vu leurs vies basculer et qui sont hantés par ce qu’ils ont fait et les fantômes de ceux tombés au front. John Frazier reconstitue le drame familial des Takahashi, pour oublier sa propre souffrance, à la manière d’une enquête, jusqu’à la découverte de ce qu’il est advenu de Ray.

Après avoir beaucoup apprécié « Les animaux », « Fantômes » confirme l’intérêt que je porte au travail de Christian Kiefer. L’écrivain fait habilement naviguer sa narration entre deux époques pour tisser son drame familial poignant. Une réussite.

Traduction de Marina Boraso

Merci aux éditions Albin Michel et au Picabo River Book Club pour cette lecture.

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Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot de Mika Biermann

Morisot

C’est l’été, Berthe Morisot et son mari Eugène Manet s’échappent quelques jours à la campagne. Berthe a emmené dans ses bagages son attirail de peintre. La nature, glorifiée par le soleil, s’offre à ses pinceaux : « Berthe avance sous les saules et les ormes, obnubilée par l’idée de l’eau. Le soleil transforme les feuilles en verre, la poussière en or, la rivière en lumière. L’eau est là, au bout d’un sentier qui descend la berge entre les troncs. » Ce nouveau cadre libère l’esprit comme les corps.

Avec « Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot », Mika Biermann offre un pendant magnifique à « Trois jours dans la vie de Paul Cézanne ». C’est avec la même malice, la même liberté qu’il nous parle de cette artiste qui, à 34 ans, se cherche encore, tâtonne avec sa palette. Mais, comme Paul Cézanne, Berthe Morisot ne pense qu’à peindre, à transformer la réalité visible en touches de peinture. Elle exprime la difficulté de peindre sur le motif, le défi physique que cela représente. Et cela s’accrut lorsque l’on est une femme, la seule parmi trente hommes à la première exposition impressionniste chez Nadar. Une scène souligne bien la position des femmes peintres à cette époque. Berthe et Eugène croisent le curé et un notable, amateur de peinture. Elle dit qu’elle est peintre mais les deux hommes ne s’adressent qu’à son mari, au frère cadet du fameux Édouard Manet.

Berthe Morisot nous est ici présentée comme une femme qui a soif de liberté, d’émancipation. Son désir de peindre se confond avec le désir tout court. La beauté de la nature, la sensualité qui se dégage de la campagne estivale invitent à vivre pleinement, font vibrer les couleurs sur la toile.

Mika Biermann nous offre à nouveau un splendide portrait de peintre, lumineux, riche de sensations et d’émotions. Berthe Morisot y est habitée par le désir de peindre et de s’émanciper, elle rayonne.

Trois jours dans la vie de Paul Cézanne de Mika Biermann

Cézanne

Peintre Paul vit en ermite, loin de la société qui pourrait l’écarter de son seul et unique but : sortir ses pinceaux, son chevalet et partir arpenter la garrigue pour trouver son sujet. Il est peu aimable Peintre Paul, il rabroue tous ceux qui tentent de l’approcher : son jardinier, sa cuisinière Rose qui ose toucher à ses pommes, le docteur Gachet qui lui vante les mérites du Hollandais d’Arles qu’il déteste, son vieil ami Renoir qui passe sans prévenir. Personne ne trouve grâce à ses yeux sauf Bazille qui a eu la mauvaise idée de mourir au front. Peintre Paul est âgé, bougon et intransigeant lorsqu’il s’agit de peinture.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » nous offre un portrait saisissant du peintre entre sublime et trivialité. Paul Cézanne est habité par la peinture, qu’il marche, qu’il mange, qu’il dorme, il ne pense qu’à ça. Les couleurs, la lumière, la touche, rien n’a autant d’importance dans sa vie. Cézanne est viscéralement un peintre. Face à cette vocation profonde, Mika Biermann nous montre un homme en chair et en os, un homme âgé qui néglige son apparence, qui vit dans le dépouillement et qui a peur des autres. Paul Cézanne apparaît profondément humain, ses défauts et ses qualités le rendent infiniment touchant.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » est un court texte, espiègle, vibrant de sensations, d’odeurs, de couleurs et de l’humanité faillible du peintre de la Montagne Sainte Victoire.

Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants de Camille Zabka

Zabka

« C’est la bonne nuit pour fuir. » Cassandra quitte son mari et leur maison située dans un complexe pour expatriés en Indonésie. Elle file en pleine nuit, à travers la forêt avec sa fille encore bébé. « Le voyage, la vie au loin recommencée », voilà le promesse que se sont faite Cassandra et son mari en quittant Paris. Un nouveau souffle, du dépaysement, des rivages lointains, les odeurs d’Extrême-Orient devaient les attendre à l’arrivée. Mais, si les débuts furent heureux, Cassandra découvre aussi une toute autre réalité en Indonésie et un mari bien différent de celui qu’elle avait épousé.

« Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » est le deuxième roman de Camille Zabka et il s’agit du récit d’une fuite, celle de Cassandra pour rejoindre la France. Nous la suivons au travers de la forêt, dans le taxi à Magelang, dans l’avion pour Jakarta. L’urgence, la peur sont les compagnons de voyage de l’héroïne et elles habitent l’écriture de Camille Zabka. Cassandra, nous le la lâchons pas d’une semelle, elle nous embarque avec dans son périple dès la première phrase. Au travers de celui-ci, elle nous raconte une autre fuite, celle qui l’amena d’Arras à Paris. Élevée seule par sa mère, Cassandra grandit en ayant honte de l’étroitesse de cette vie, des ménages de sa mère et du ciel bas. Elle rêve alors de Paris, d’émancipation, de culture. Mais Cassandra apprendra en Indonésie qu’il n’est pas possible de passer sa vie à fuir.

« Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » est nourri par la propre expérience d’expatriée de Camille Zabka à Djakarta. Et cela se sent dans les descriptions des paysages, des bruits, des odeurs, de la chaleur écrasante, du grouillement des villes. L’Indonésie palpite dans les mots de l’auteur qui nous fait également voir une bien triste réalité écologique : les forêts brûlées, leurs cendres qui s’insinuent partout, la mer de déchets plastiques, un pays massacré, détruit.

Avec une écriture rythmée, vive et des chapitres courts, Camille Zbaka nous propose de suivre la fuite, mais également la libération, de son héroïne Cassandra. Une belle découverte et une voix que j’ai envie de retrouver.

Merci aux éditions de L’Iconoclaste pour cette lecture.

Le sixième ciel de L.P. Hartley

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Nous avions laissé Eustache et Hilda Cherrington à l’aube d’une nouvelle vie, séparés l’un de l’autre, grâce à l’héritage de Mrs Fothergill. Au début du « Sixième ciel », Eustache a 23 ans et il étudie à Oxford. Hilda, 27 ans, dirige une clinique pour enfants handicapés. Elle se dévoue entièrement à cette institution. Pas de prétendant à l’horizon pour Hilda alors que sa sœur cadette, Barbara, s’apprête à convoler en justes noces à 18 ans. Eugène fait partie d’un club semi-politique à l’université et c’est lors d’une conférence de ce club qu’il retrouve Dick Staveley qui lui avait porter secours lorsqu’ils étaient enfants. Ce dernier est devenu un député conservateur. Eustache est toujours aussi fasciné par lui et par sa somptueuse demeure.

Le deuxième tome de la trilogie, que L.P. Hartley a consacrée à Eustache et Hilda, nous permet de retrouver le charme suranné du premier volume. Les années ont passé mais le caractère des personnages est resté le même. Eustache cherche toujours à plaire aux autres et à aller dans leur sens. Contrarié ses interlocuteurs est le summum de la souffrance pour le jeune homme. Ses indécisions légendaires restent son trait de caractère le plus notable. Mais Eustache reste un jeune homme attachant qui arrive à provoquer des rencontres qui peuvent changer son destin. Hilda reste son pilier inébranlable, d’une solidité à toutes épreuves et toujours prête à épauler son jeune frère. La rencontre avec Dick Staveley va les faire revenir dans la ville de leur enfance où Eustache sera envahi par la nostalgie. Ce qui ne sera pas du tout le cas de sa sœur aînée…

L.P. Hartley sait parfaitement analyser le caractère de ses personnages que j’ai pris grand plaisir à suivre à nouveau. Dire qu’il va falloir attendre 2022 pour découvrir le 3ème tome…

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture.

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Bilan livresque et séries de février

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Voilà une belle moisson de romans pour le mois de février, que du très, très bon ! Pour le moment, je ne vous ai parlé que du magnifique roman de L. P. Hartley, « Le messager », de mes retrouvailles réussies avec ce cher Wilkie Collins et de ma découverte d’un jeune auteur québecois Antoine Desjardins. Durant ce mois de février, j’ai eu le grand plaisir de retrouver l’ironie de Patrick deWitt, le charme suranné de la série Eustache et Hilda de L.P. Hartley, le talent de Mika Biermann à évoquer la vie de peintres impressionnistes et celui de Maria Messina à souligner l’amertume de la vie des femmes au début du 20ème siècle en Italie. J’ai également eu deux coups de cœur : « La maison des hollandais » de Ann Patchett dont j’avais déjà adoré le roman précédent et « Borgo vecchio » Giosuè Calciura dont « Le tram de Noël » m’avait beaucoup touché. Enfin, j’ai découvert la très belle plume de Camille Zbaka avec son dernier roman « Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » (le titre annonce déjà la couleur) et le talent de John Wainwright dans le domaine des romans policiers.

Je vous parle de deux séries anglo-saxonnes regardées en février : 

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Les trois saisons de « Mum » nous plonge dans le quotidien de Cathy et de ses proches. Dans le premier épisode, l’héroïne de la série se prépare pour aller à l’enterrement de son mari Dave. Autour d’elle évoluent son fils Jason, grand dadais vivant toujours chez sa mère, sa petite amie Kelly, gentille idiote, son frère Derek qui est prêt à tout pour sa nouvelle (et très snob) petite amie Pauline, ses beaux-parents ronchon et Michael, un vieil ami du couple. Tout ce petit monde va se retrouver dans la maison de Cathy saison après saison, épisode après épisode.  La dernière saison se déroule sur une semaine dans une maison de vacances où tous se retrouvent. Le cœur de la série est la possibilité d’une nouvelle vie amoureuse pour Cathy après la disparition de son mari. Cathy, merveilleusement interprétée par Lesley Manville, est un personnage  d’une incroyable gentillesse (et d’une patience à toutes épreuves face aux nombreuses demandes de ceux qui l’entourent). Elle est le point de repère de ce petit monde, celle qui écoute et qui rassure.

« Mum » a été diffusée de 2016 à 2019 en Grande-Bretagne et a été créée par Stefan Golaszewski (auteur de l’excellente série « Him and her », malheureusement inédite en France). Cette série déborde de positivité, de bienveillance mais les personnages ont également du répondant ! Les dialogues sont bien écrits, drôles et mordants mais également emprunts de tendresse. Et c’est l’exploit de la série de réussir parfaitement à osciller entre humour et émotion sans jamais être mièvre. Au fil des épisodes, les personnages deviennent de plus en plus attachants (même ceux qui sont odieux avec Cathy au début). Mention spéciale au formidable Peter Mullan en homme maladroit, sensible et d’une grande délicatesse dans ses sentiments.

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« Mum » est une série drôle et lumineuse portée par un casting fabuleux avec en tête d’affiche un duo bouleversant : Lesley Manville et Peter Mullan. Une série qui met du baume au cœur et à côté de laquelle il serait dommage de passer.

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Autre série qui fait du bien au moral : la nouvelle version de « All creatures great and small ». Cette série est un classique de la télévision anglo-saxonne et elle avait été diffusée originellement de 1978 à 1990. La nouvelle version comprend six épisodes et comme la première version, elle est tirée des mémoires du vétérinaire James Herriot. Nous suivons donc les aventures d’un jeune vétérinaire écossais qui trouve un poste dans une vallée du Yorshire. Il devient l’assistant de Siegfried Farnon, le vétérinaire local au caractère difficile. Bientôt le jeune frère de Siegfried, Tristan, vient rejoindre le cabinet vétérinaire. Il doit lui aussi rejoindre la profession mais sa vie dissolue lui met quelques bâtons dans les roues.

Il est vraiment très plaisant de voir évoluer les différents personnages qui sont tous extrêmement attachants. La série nous montre le quotidien de James Herriot qui apprend que les maîtres sont souvent aussi importants que les animaux qu’il doit traiter. C’est, par exemple, le cas avec le personnage interprété par Diana Rigg qui gâte et rend malade son petit chien ( ce fût le dernier rôle de l’actrice à l’écran). James Herriot est un beau personnage, passionné par son métier et d’une grande sensibilité. Le casting est l’un des points forts de la série. On y retrouve des acteurs déjà croisés ailleurs comme le formidable Samuel West, le facétieux Callum Woodhouse et je découvre le talentueux Nicolas Ralph dans le rôle titre. Comme « Mum », la série réussit l’équilibre parfait entre humour et émotion. Et que dire des paysages du Yorkshire ? Ils sont magnifiquement filmés et donnent envie de vivre là-bas !

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« All creatures great and small » est une série attachante au casting réjouissant et au décor splendide.