Les ingratitudes de l’amour de Barbara Pym

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Suite à une peine de cœur, Dulcie Mainwaring décide de participer à un colloque savant. C’est lors de celui-ci qu’elle va faire la connaissance de Viola Dace, qui comme elle, s’occupe d’indexation et de correction d’épreuves. Parmi les intervenants, Aylwin Forbes, rédacteur d’une revue littéraire, intrigue fortement Dulcie. Et lorsqu’elle apprend que Viola le connaît, cela finit d’éveiller sa curiosité.

Retrouver l’univers de Barbara Pym est toujours un réel plaisir pour moi. Et « Les ingratitudes de l’amour » est un roman vraiment typique de son travail. Dulcie est une célibataire qui, après une déception amoureuse, pense que sa vie ne connaîtra plus rien d’intéressant. Elle reste en retrait pour se protéger : « Cela paraissait – elle se garda de l’avouer à Viola – tellement moins risqué et tellement plus confortable de vivre à travers la vie des autres – d’observer leurs joies et leurs peines avec détachement comme si l’on regardait un film ou une pièce de théâtre. » Même si l’intrigue se déroule dans la banlieue de Londres, il y a un côté petite paroisse dans ce roman avec des voisins connaissant parfaitement les habitudes de Dulcie, des pasteurs et des litres de thé ! Et comme toujours avec Barbara Pym, le propos est plus profond qu’il n’y parait. Sous ces airs de comédie romantique, « Les ingratitudes de l’amour » est une critique douce-amère de la société anglaise des années 60. Elle y questionne bien évidemment la place de la femme et surtout le mariage : est-ce véritablement un passage obligé pour accéder au bonheur ? C’est délicieusement ironique sans jamais être méprisant envers les personnages. Et la langue fluide et subtile finit de nous faire succomber au charme de Barbara Pym.

« Les ingratitudes de l’amour » est un bon cru de la cuvée Barbara Pym, réjouissant et malicieux.

Traduction Anouk Neuhoff

 

Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich

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Installé à Rome depuis quelques années, Leo Gazzara vit en dilettante : « J’allais tous les jours voir la mer. Un livre en poche, je prenais le métro pour Ostie et passais une bonne partie de la journée à lire dans une petite trattoria sur la plage. Puis je rentrais en ville et allais flâner du côté de la Place Navone où je m’étais fait des amis, des gens qui erraient comme moi, essentiellement des intellectuels aux têtes de réfugiés et aux yeux pleins d’attente. »  Leo passe de bar en bar, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel et travaille sporadiquement au Corriere dello sport. Sa vie de dandy aurait pu se poursuivre ainsi mais le soir de ses trente ans, il croise la route de la renversante Arianna. Leo en tombe désespérément amoureux et tente de suivre les va-et-vient de cette beauté évanescente.

« Le dernier été en ville » a été publié en 1973 et il est devenu un roman culte en Italie. Cela n’est pas surprenant au vu de la qualité du texte qui n’avait encore jamais été traduit en France. Le roman oscille entre la légèreté et une ambiance crépusculaire. L’intrigue se déroule à la fin des années 60 et s’ouvre l’été. L’insouciance enivre aussi vite que l’alcool. Et pourtant, Leo traine une mélancolie existentielle. Né pendant la guerre, il cherche sa place et un sens à sa vie. Il est presque un personnage fitzgeraldien qui se brûle les ailes aux lumières de la fête. Le roman de Gianfranco Calligarich est d’ailleurs émaillé de nombreuses références littéraires : « Lord Jim », « Martin Eden », Dylan Thomas, Hemingway et surtout Marcel Proust. Leo lit des passages de « Du côté de chez Swann » à Arianna qui promène le livre dans sa voiture.

L’écriture du roman est extrêmement visuelle, elle nous plonge dans les ruelles, les places de Rome, la plage d’Ostie. Les déambulations de Leo dans la ville évoque inévitablement « La dolce vità » de Fellini. Et comme dans les films du réalisateur, Rome n’est pas qu’un décor. La ville, magnétique et incandescente en été, se prête si bien aux flâneries, elle absorbe ceux qui s’y promènent avant qu’ils se lassent d’elle.

« Le dernier été en ville » est une merveille où l’insouciance et le désenchantement se mélangent, où un jeune homme s’abandonne et se perd dans le tumulte des fontaines romaines.

Traduction Laura Brignon

Bilan livresque et cinéma de juillet

Comme les deux vignettes au-dessus vous le feront comprendre, mes vacances d’été eurent lieu en juillet ! La moisson de livres fut riche et encore une fois éclectique. Pas de mauvaises surprises, je n’ai fait que de belles lectures et j’ai eu plusieurs coups de cœur :

Maintenant, il ne me reste plus qu’à taper tous mes billets…pas une mince affaire !!!

De l’éclectisme aussi au niveau du cinéma :

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L’histoire de « Annette » peut se résumer en quelques mots : l’histoire d’amour tragique de Ann, soprano mondialement connu, et de Henry, star du standup. Le talent de Leos Carax sublime et transcende cette histoire universelle. L’ouverture du film est tout simplement jubilatoire, le spectacle commence et il s’annonce grandiose. Devant nous, se déroule une comédie musicale flamboyante, les Sparks ont offert à Carax une partition exceptionnelle qui mêle chansons pop, air d’opéra, R’n’B, etc… Le cinéma du réalisateur se met au diapason pour nous offrir un spectacle total, un tourbillon d’images qui enchaîne les idées visuelles (les scènes illustrant la chanson « We love each other so much », celle du bateau). Je n’ai pas adhéré à tout, je n’ai notamment pas trouvé très réussies les scènes de stand up. Mais la proposition qui nous est faite est indéniablement ambitieuse et singulière. Il faut bien entendu saluer la prestation des acteurs, Adam Driver en tête qui ne cesse d’étoffer son talent, et Marion Cotillard, peut-être un peu trop sage face à lui. Tout le monde n’appréciera pas ce film, comme toujours avec Carax, mais son amour du cinéma, de toutes les formes de spectacle, éclate dans chaque scène de « Annette ».

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Ibrahim a 17 ans, il vit seul avec son père. Ce dernier est écailler dans une brasserie parisienne. Il officie dehors et rêve d’être serveur en salle. Mais il ne pourra accéder à ce nouveau poste que s’il se fait poser des dents, ce qui coûte évidemment beaucoup d’argent. Il travaille dur et économise. Pendant ce temps, Ibrahim se cherche, s’ennuie, tombe amoureux et malheureusement s’encanaille avec un jeune homme peu fréquentable mettant ainsi en péril le rêve de son père.

Samir Guesmi réalise ici son premier film et il interprète le père d’Ibrahim. La sensibilité, la douceur qui se dégagent souvent de son jeu d’acteur sont également présentes dans son film. J’ai rapidement pensé aux films de Solveig Anspach où il a joué. L’apparition de Florence Loiret-Caille a confirmé mon impression (elle fut sa partenaire dans « Queen of Montreuil » et « L’effet aquatique »). On retrouve dans « Ibrahim » la même empathie pour les personnages que chez la réalisatrice islandaise. Le père et le fils sont tous les deux extrêmement touchants. Leur relation est faite de pudeur, de leur incapacité à se parler et pourtant c’est une profonde et sincère affection qui les lie. Il y a aussi, comme chez Solveig Anspach, des moments d’une poésie infinie (scène dans la colonne de la place de la Bastille par exemple). Abdel Bendaher, qui interprète Ibrahim, est la révélation du film et son talent lui promet un bel avenir cinématographique. Un premier film tout en retenue, sans esbroufe, à la beauté simple et lumineuse.

Gagarine

Youri a 16 ans et il a grandi dans la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine. Il rêve d’être astronaute, le nom de sa cité a influencé sa destinée. Sa mère est partie se construire une nouvelle vie ailleurs en laissant son fils se débrouiller seul. Gagarine et ses habitants sont devenus sa famille. Quand Youri apprend que la cité Gagarine va être démolie, il est prêt à tout pour l’empêcher.

Enfin un film qui parle différemment de la banlieue et montre une image positive des cités. Ici les habitants se connaissent, s’entraident quelques soient leurs origines, leurs âges. Cette petite communauté vit bien ensemble même si la cité se délite, vieillit mal. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont tourné leur premier film dans l’une des ailes de la cité durant la destruction et de nombreux anciens habitants jouent dedans. Mais les réalisateurs ne se contentent pas du réalisme social et ce qui fait la singularité du film, c’est sa poésie, son côté fantastique. Youri reste à Gagarine et en fait un vaisseau spatial. L’idée sonne comme une évidence, elle est parfaitement mise en scène et elle nous transporte aux côtés du jeune homme.

Et sinon :

  • « My Zoe » de Julie Delpy : Isabelle est généticienne, elle vit à Berlin avec sa petite fille Zoe dont elle partage la garde avec son ex-mari. L’enfant tombe gravement malade et son état ne cesse de se détériorer. La généticienne ne peut accepter ce qui arrive à son enfant et va chercher des solutions en dehors de la légalité. Je suis le travail de Julie Delpy comme actrice et réalisatrice depuis longtemps et j’apprécie sa singularité qui se manifeste une nouvelle fois ici. Le film pourrait se contenter d’être un mélodrame sur la maladie d’une enfant et le règlement de compte cruel des parents divorcés. Mais Julie Delpy est toujours surprenante et elle emmène son film vers la science-fiction et les possibilités offertes par les recherches génétiques. Au cœur de « My Zoe » sont la relation exclusive, entière de la mère et de sa fille, la souffrance infinie de la perte. Le sujet était périlleux à traiter mais la réalisatrice s’en sort à merveille pour nous offrir un film hybride, à la frontière des genres.

 

  • « Sous le ciel d’Alice » de Chloé Mazlo : Alice prend le bateau à Beyrouth pour rentrer en Suisse, son pays natal. Une fois installée, elle écrit une lettre à son mari libanais. Avec nostalgie, elle revient sur sa vie : son enfance rigoureuse en Suisse, sa formation de nourrice, son premier poste à Beyrouth où elle fait connaissance avec Joseph, son futur mari. Nous sommes alors dans les années 50, la ville est à son apogée, le couple construit sa vie, sa famille jusqu’à la guerre de 1975. Le premier film de Chloé Mazlo est original et plein de poésie. Elle mélange des prises de vue avec des séquences d’animation (l’enfance d’Alba par exemple). Les images du Beyrouth des années 50 sont également bricolées et contribuent à la fantaisie de l’ensemble. A la gaité des premières années, succèdent la tristesse du conflit, la destruction du Liban et de la famille construite par Alice et Joseph. La mélancolie du bonheur perdu, l’absurdité du conflit, l’amour qui ne résiste pas à la violence sont au cœur du film. « Sous le ciel d’Alice » est un film plein de tendresse, de fantaisie et d’émotions.

 

  • « Un espion ordinaire » de Dominic Cooke : En pleine guerre froide, Greville Wyne est contacté par le MI6 et la CIA pour servir de contact en Russie à un colonel qui veut trahir le régime communiste. Greville n’est qu’un représentant de commerce et il se retrouve embarqué dans une histoire qui le dépasse. Le film de Dominic Cooke s’inspire d’une histoire vraie et il s’inscrit dans la lignée des films classiques d’espionnage durant la guerre froide. Le contrat est rempli avec les différentes composantes de ce type de film (les risques de la mission, le colonel-taupe, le cruel KGB, l’horreur des prisons russes). Benedict Cumberbatch est comme toujours impeccable. Le scénario aurait peut-être gagné à être relu par John Le Carré pour lui donner un peu de pep’s mais l’ensemble est honnête et se laisse bien regarder.

Deux femmes et un jardin d’Anne Guglielmetti

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C’est dans un hameau perdu de l’Orme que se situe la maison revenue par héritage à Mariette. Une opportunité totalement inattendue qu’elle ne laisse pas passer. Elle abandonne son minuscule appartement parisien et sa place de femme de ménage pour finir ses vieux jours en Normandie. Mariette est immédiatement séduite par le charme de cette petite maison. « En revanche, elle savait que les mots que cette maison lui inspirait ne lui avaient jamais été familiers. Qui, au cours de son existence, lui avait parlé de délicatesse et de beauté, qui ou quoi les avait incarnées, et où et quand leur mystérieuse force agissante aurait-elle pu la subjuguer comme elle l’était ce soir-là ? » La maison est agrémentée d’un jardin qui va bientôt occupé tout le temps de Mariette. Une dernière surprise attend notre héroïne, elle va faire la connaissance de Louise, une adolescente qui vient en vacances au hameau et s’y ennuie profondément.

« Deux femmes et un jardin » est un véritable enchantement. L’histoire de Mariette est poignante, elle qui s’est épuisée aux services des autres, voit la vie lui faire le cadeau d’une petite propriété et d’une profonde amitié. Autour du jardin se nouent les affinités électives de Mariette et Louise. Avec pudeur, les deux femmes s’apprivoisent et se redonnent goût à la vie. Le texte d’Anne Guglielmetti est bref mais les sentiments qu’elle y expose sont denses et d’une infinie tendresse. L’écriture de l’auteure est pour beaucoup dans le sortilège qui s’exerce sur le lecteur. La langue est ciselée, poétique et d’une belle économie de moyen. Les descriptions du jardin sont somptueuses.

« Deux femmes et un jardin » est un roman d’une délicatesse et d’une douceur rares. Je vous enjoins à le découvrir à votre tour pour de vous laisser envoûter par la beauté de la langue d’Anne Guglielmetti.

Peau d’homme de Hubert et Zanzim

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Dans l’Italie de la Renaissance, la jeune Bianca est promise en mariage par son père à Giovanni, un riche marchand. Bianca n’a rien contre mais elle regrette de ne pas connaître du tout son futur époux. Mais sa marraine va lui permettre de le côtoyer en toute discrétion. Les femmes de la famille de Bianca ont un étonnant secret : elle possède une peau d’homme qui leur permet de changer de sexe. Bianca devient alors Lorenzo et elle va découvrir le monde des hommes.

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« Peau d’homme » de Hubert et Zanzim est une fable féministe et moderne sur fond de Renaissance. La peau d’homme permet à Bianca de découvrir la manière dont vivent les hommes. Ils peuvent boire, s’amuser, expérimenter la sexualité alors qu’elle doit rester vierge et innocente avant son mariage. Cette incursion dans le monde des hommes va donner à Bianca le goût immodéré de la liberté. Difficile de redevenir une femme quand celles-ci ont une vie si contrainte. Et les femmes sont vues comme les sources du péché en raison de leur attitude et de leur façon de se vêtir comme le scande le prédicateur fanatique, qui n’est autre que le frère de Bianca.

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La ligne claire de Zanzim s’allie parfaitement au texte de Hubert. J’ai particulièrement apprécié la manière dont il rendait hommage aux tableaux de la Renaissance avec une juxtaposition d’actions concernant les mêmes personnages dans une même case. De même, les prédications du frère de Bianca m’ont fait penser à Savonarole, un frère dominicain exalté qui finit sur le bûcher. « Peau d’homme » réussit parfaitement à mélanger modernité et rappels de la Renaissance.

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« Peau d’homme » est un conte féministe particulièrement réussi où une jeune femme découvre et affirme sa liberté, son ouverture d’esprit et son indépendance.

Plein gris de Marion Brunet

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Emma, Clarence, Élise et Sam se connaissent depuis l’enfance. Leur amitié s’est nouée autour d’une passion commune : la voile. En grandissant, leurs liens sont devenus exclusifs. Clarence prend la tête du groupe de manière naturelle. « Qu’il décide pour nous tous, que sa voix porte toujours plus que la nôtre ne me dérangeait pas, à l’époque. A mes yeux, il avait plus de puissance, plus de talent, et le côtoyer me donnait toute l’importance que je n’avais encore jamais eue. » Après avoir passé les épreuves du bac, les quatre compères réussissent à convaincre leurs parents de les laisser partir en mer pour un voyage allant jusqu’en Irlande. Mais un cinquième adolescent vient se joindre à la bande. Il s’agit de Victor, le fils de la belle-mère de Clarence. Ce dernier va difficilement supporter sa présence et la croisière va tourner au cauchemar.

« Plein gris » n’est sans doute pas le meilleur roman de Marion Brunet mais comme toujours elle y fait montre d’une formidable maîtrise de l’intrigue. Le drame nous est dévoilé dès les premières pages et la narration fait ensuite des aller-retours dans le passé. Marion Brunet fait monter la tension petit à petit, chaque fin de chapitre donne terriblement envie de poursuivre sa lecture. Le thème de la sortie de l’adolescence, de l’amitié qui tourne mal en devant adulte, est assez classique mais la manière dont elle le traite est originale. C’est sur fond de tempête, de naufrage que les comptes vont se régler entre Emma, Clarence, Élise et Sam. Les quatre personnages, leur évolution sont parfaitement croqués et l’on tremble pour eux en tournant les pages.

« Plein gris » est un (presque) huis-clos maritime dont l’intrigue est maîtrisée et addictive. Même si j’avais préféré son roman jeunesse précédent, « Sans foi ni loi », j’ai dévoré le dernier livre de Marion Brunet.

Concours La Table Ronde #2

Nous sommes très heureuses aujourd’hui de vous proposer un deuxième concours en partenariat avec les éditions de la Table Ronde, que nous remercions vivement pour leur gentillesse et leur générosité dans le cadre des 10 ans de notre challenge.

Comment fonctionne le concours ?

Nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram officiel du Mois anglais, @ayearinengland2021, géré par les trois créatrices du challenge. Si vous suivez le challenge uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire sur nos blogs, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer le titre que vous aimeriez remporter
  • nous dire ce que vous aimeriez faire ou qui vous aimeriez rencontrer si vous aviez la possibilité de vous balader dans l’Angleterre de la première moitié du XXe siècle
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 30 juillet. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Surveillez nos blogs pour l’annonce des gagnants. Attention, nous actualiserons ce post mais n’en créerons pas de nouveau.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions de nouveau chaleureusement les éditions de la Table Ronde sans qui ce magnifique concours ne serait pas possible !

 

Alma, le vent se lève de Timothée de Fombelle

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1786, Alma vit dans une vallée d’Afrique protégée avec ses parents et ses deux frères. La jeune fille a réussi à apprivoiser un cheval, arrivé dans leur vallée, elle le nomme Brouillard. Elle le montre à son jeune frère Lam. Mais la présence du cheval prouve qu’un monde existe en dehors de la vallée et Lam voudrait s’y aventurer. Au même moment, à Lisbonne, le jeune Joseph Mars monte clandestinement sur le bateau du terrible commandant Gardel. La douce Amélie est un navire de traite. Mais Joseph n’est pas là pour ça, il est à la recherche d’un immense trésor. Le bateau porte ce nom en hommage à Amélie Bassac, la fille de son propriétaire. Elle vit à La Rochelle et elle surveille les manigances du comptable de son père, M. Saint-Ange.

Timothée de Fombelle est décidément un conteur hors-pair. J’ai été happée par l’intrigue de « Alma, le vent se lève » comme je l’avais été par « Vango« . Le point commun entre ces deux romans est un souffle romanesque d’une ampleur remarquable. A la suite d’Alma, Joseph et Amélie, l’auteur nous entraîne dans un roman d’aventures aux nombreux rebondissements. Mais « Alma » n’est pas qu’un roman d’aventures, il s’agit également d’un récit initiatique pour nos trois jeunes héros et d’une fresque historique parfaitement documentée. Le jeune lecteur comprendra, grâce au livre, ce qu’était le commerce triangulaire et le sort indigne réservé aux esclaves.

Mais Timothée de Fombelle n’oublie jamais le romanesque et ne sacrifie à aucun moment ses personnages. Ceux-ci sont tous incroyablement vivants, incarnés et les rôles secondaires sont aussi attachants que nos trois jeunes héros. Certaines scènes marqueront les lecteurs pour toujours et je pense notamment au chant de la mère d’Alma sur La douce Amélie qui est déchirant. beaucoup de mystères, de secrets entourent les personnages de Timothée de Fombelle et une partie nous est ici dévoilée. Car « Alma » n’a qu’un seul et unique défaut, il s’agit d’une trilogie et il va être difficile d’attendre la suite

Encore une fois, Timothée de Fombelle m’a totalement ensorcelée et je n’ai qu’une hâte, retrouver Alma, cette jeune fille libre et fière de ses origines. Les mots de l’auteur sont accompagnés des très belles illustrations de François Place.

Un colosse de Pascal Dessaint

« Nous ne sommes pas dans la tête de l’homme. Nous ne pouvons qu’imaginer. Même aujourd’hui, il existe rarement chose comparable. Se mettre dans la tête d’un tel personnage fera courir le risque de l’exagération. Il convient de garder la mesure. Mais nous avons affaire à un phénomène, pas de doute. Un phénomène, c’est cela ! » Ce phénomène se nomme Jean-Pierre Mazas, il est né en 1847 dans le Sud-Ouest de la France et à 23 ans, il mesurait 2,20 m. De part sa taille extraordinaire, il eut un destin qui l’était tout autant. D’humble métayer, il devint lutteur à l’époque  où ce sport était un véritable spectacle et les sportifs des gloires locales. Jean-Pierre Mazas devient alors « le géant de Monstastruc », il domine sans partage la lutte durant plusieurs années. Sa santé déclinant (sa grande taille était dû à l’agromégalie), il devient monstre de foire avant de servir d’objet d’étude à Edouard Brissaud, médecin disciple de Charcot.

La destinée singulière de Jean-Pierre Mazas a longtemps habité Pascal Dessaint qui a découvert dans les années 80 un moulage de son pied (taille 54 !) au musée du Vieux Toulouse. Historien de formation, Pascal Dessaint part sur les traces du géant dans les archives, sur internet. Et son livre est également le récit de cette enquête dans les sources. L’auteur recherche dans ses pages un équilibre entre la vérité historique et le romanesque. On sent une volonté de respecter l’homme que fut Jean-Pierre Mazas, sa vie et ses douleurs. « Un colosse » est également la parfaite évocation d’une époque, d’une société et l’auteur y rend un bel hommage aux paysans, toujours sous le joug de propriétaires terriens et qui se ruinaient la santé pour eux.

« Un colosse » est un livre hybride, entre roman et documentaire sur la vie hors-norme de Jean-Pierre Mazas à qui Pascal Dessaint rend hommage avec empathie et humanité.

Severa de Maria Messina

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Dans une petite ville près de Bologne vit modestement la famille Santi qui compte trois enfants : l’ambitieuse et froide Severa, l’effacée Myriam et le jeune Pierino. Contrairement à sa cadette, Severa refuse d’accepter le piètre sort qui l’attend : « (…) Parce que je le forcerai, ce destin ! Je ne me laisserai pas écraser comme toi, comme maman, comme beaucoup de femmes que je connais et qui ne me font pas pitié : au contraire, elles me mettent en rage, parce que chacun de nous a le destin qu’il mérite. » Grâce à sa volonté sans faille, Severa va réussir à s’extraire de son milieu social mais le prix de son ascension sera lourd à payer.

Après avoir adoré « La maison dans l’impasse », j’ai été ravie de retrouver la plume subtile de Maria Messina. « Severa » a été écrit en 1928 et il fut le dernier roman de son auteure, atteinte de sclérose en plaques. « La maison dans l’impasse » et « Severa » ont des points communs. Au centre des deux livres, se trouvent deux sœurs qui vont s’éloigner et qui ne se comprennent pas. Severa, l’aînée, est antipathique tant elle est orgueilleuse et méprisante envers sa famille. La douce et humble Myriam s’efface devant le caractère de sa sœur mais elle sera une femme courageuse quand sa famille en aura besoin.

Comme dans « La maison dans l’impasse », le sort des femmes est le thème principal du roman. Elles n’ont pas leur destin entre leurs mains. Et Severa refuse de se résigner, de courber l’échine. Mais le roman de Maria Messina est extrêmement pessimiste. « Severa » est le récit d’une chute, d’une rébellion contre l’ordre établi qui échoue. Le mépris de classe ne s’efface pas si facilement. L’histoire de Severa se teinte d’une profonde amertume et d’une terrible solitude.

« Severa » nous raconte avec lucidité, le destin cruel d’une femme voulant échapper à son milieu social et refusant la médiocrité du sort réservé aux femmes. Comme « La maison dans l’impasse », « Severa » est un roman resserré, épuré et qui brille par son intensité.

Traduction Marguerite Pozzoli