Captive de Margaret Atwood

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En 1843, Grace Marks, 16 ans, est condamnée à perpétuité pour le meurtre de son employeur et de sa gouvernante, enceinte de ce dernier. Le factotum, James McDermott, qui a participé aux meurtres, est quant à lui condamné à mort. Grace se dit innocente et surtout elle dit ne se souvenir de rien. Son amnésie, alliée à un comportement exemplaire lui attirent les faveurs de certaines personnes de la haute société. Au lieu de croupir toute la journée dans sa cellule, elle travaille pour la femme du gouverneur de la prison. C’est dans ce cercle que l’on cherche à la faire libérer. En 1859, le docteur Simon Jordan, jeune médecin spécialisé dans les maladies mentales, va essayer de comprendre Grace. Il veut tenter de lui faire recouvrer la mémoire afin de savoir si elle est innocente ou non.

Margaret Atwood s’est inspirée pour son roman d’un fait divers retentissant du milieu du XIXème siècle. L’auteure choisit d’alterner les points de vue : celui de Grace qui raconte son histoire au docteur Jordan, celui du médecin par les lettres qu’il écrit et reçoit de ses proches, celui d’un narrateur omniscient sur le quotidien du docteur Jordan. Ce procédé nous permet d’avoir différents avis sur l’histoire de Grace et sur Grace elle-même. Cette jeune femme est un personnage extrêmement troublant, mystérieux. Est-elle une grande manipulatrice (elle comprend parfaitement ce que le docteur Jordan veut lui faire dire lors de leurs séances) ? Ou une personne naïve qui s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment (elle n’avait que 16 ans au moment des faits) ? Margaret Atwood ne tranche pas et c’est la force du roman que de laisser le lecteur se faire son opinion.

« Captive » est, comme souvent chez Margaret Atwood, un roman féministe. Grace raconte sa vie au docteur Jordan. Née en Irlande, Grace et sa famille viennent au Canada dans l’espoir d’échapper à la pauvreté et d’avoir une vie meilleure. Sa mère meurt durant le trajet et Grace va devoir travailler comme servante pour aider sa famille, puis pour fuir la violence et l’alcoolisme de son père. A cette époque, la place de la femme est peu enviable quelque soit son milieu social. Les servantes subissent les agressions sexuelles des maîtres de maison. Certaines meurent en essayant de se faire avorter. Les demoiselles de bonne famille sont elles aussi considérées comme des objets. Elles ne sont bonnes qu’à devenir des épouses sans autres choix possibles, sans connaissance aucune de ce qui les attend. C’est une grande violence qui est faite aux femmes par les hommes. Leur destin était totalement cadenassé. La vie de Grace n’est qu’une succession de maltraitance, de brutalités.

« Captive » est le portrait fascinant d’une femme ambiguë, probablement plus manipulatrice qu’elle n’en a l’air et qui survit dans un monde fait uniquement pour et par les hommes. Margaret Atwood réussit un nouveau plaidoyer féministe avec ce roman.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

The marvellous Mrs Maisel, amazon

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Miriam « Midge » Maisel (Rachel Brosnahan) est l’épouse parfaite des années 50. Toujours parfaitement habillée et maquillée (même au saut du lit !), ayant à cœur de s’occuper de ses enfants, cuisinant divinement, elle trouve encore le temps de soutenir son mari Joel (Michael Zegen) qui rêve de percer dans le stand-up. Midge accompagne Joel au Gaslight café pour l’écouter et le conseiller. Malheureusement, elle découvre que son mari vole tous ses sketches. Midge lui conseille alors d’être plus personnel, plus spontané. Joel, qui n’est finalement pas très drôle, se prend un bide monumental. Dépité, il quitte sa femme pour sa secrétaire. Midge se soûle et débarque au Gaslight. Elle monte sur scène, se lâche et fait hurler de rire la salle. Susie (Alex Borstein), qui gère la salle, veut alors faire de Midge la nouvelle star du stand-up.

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La première saison de « The marvellous Mrs Maisel » est un régal absolu. La bavarde Mrs Maisel (la saison s’ouvre sur son long discours de mariage) est naturellement douée pour le stand-up. Elle est excessive, provocatrice (elle montre ses seins sur scène) et son humour est féroce. Son mari Joel en fera les frais. Amy Sherman-Palladino nous avait déjà montré son talent de dialoguiste dans « Gilmore Girls » mais elle se surpasse dans « The marvellous Mrs Maisel ». Les répliques sont piquantes, le débit de Midge évoque celui de Lorelai Gilmore. Les rapports entre Midge et Joel m’ont également fait penser aux screwball comedies. « The marvellous Mrs Maisel » tient aussi de la comédie musicale façon « Dansons sous la pluie » ou « Un américain à Paris ». La bande-son est absolument géniale allant de Charlie Parker à Frank Sinatra, de Ella Fitzgerald à Barbra Streisand, de Duke Ellington à David Bowie. le décor est coloré, pop, travaillé dans les moindres détails. Les splendides tenues de Midge sont de couleurs vives, éclatantes à l’image de l’héroïne.

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« The marvellous Mrs Maisel » évoque le début du stand-up féminin. Être une femme dans les 50’s n’inclut pas le fait de monter sur scène pour se moquer des hommes et tenir des propos irrévérencieux. La série retranscrit bien cette époque paternaliste où les femmes peinent à s’affirmer. Midge, qui vient d’une famille juive de l’Upper West Side, préfère aller travailler dans un grand magasin pour conserver son indépendance. Elle devra se battre pour exister sur scène. Le chemin sera douloureux, Midge essuiera des échecs cuisants. Mais sa folle énergie, la confiance sans faille de Susie (la relation entre les deux femmes est très réussie) lui permettent de ne pas baisser les bras. Elle a également un ange gardien de taille : le grand Lenny Bruce (Luke Kirby). Les apparitions du showman et les passages au Gaslight café, qui existait réellement, rendent bien l’ambiance bouillonnante de l’époque et de ces clubs.

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« The marvellous Mrs Maisel » est une comédie réjouissante, au casting parfait (à commencer par Rachel Brosnahan), aux décors et costumes somptueux et à l’énergie communicative.

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Le joueur d’échecs de David Sala

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David Sala a choisi d’adapter la dernière nouvelle de Stefan Zweig, écrite en 1943, « Le joueur d’échecs ». En 1941, sur un paquebot allant vers Buenos Aires, une partie d’échecs est organisée entre le champion du monde et un groupe d’hommes. Ces derniers perdent immanquablement jusqu’à l’arrivée d’un homme mystérieux, Monsieur B, qui les conseillent. Le champion demande une partie d’échecs exclusivement avec Monsieur B, un gentleman autrichien, qui semble à la mesure de son propre génie.

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Le travail de David Sala sur cette bande-dessinée est absolument remarquable. Le fond et la forme s’allient pour retranscrire les mots de Stefan Sweig. Chaque planche est un véritable chef-d’œuvre. Les splendides aquarelles de David Sala évoquent la Sécession viennoise, les peintures de Gustav Klimt mais aussi les dessins de Egon Schiele. David Sala n’a rien laissé au hasard, chaque détail est extrêmement travaillé, chaque décor, chaque couleur sont finement choisis. Les pages de cette bande-dessinée sont un enchantement visuel. On pourrait presque se contenter de les admirer !

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Mais David Sala a également réalisé un très beau travail de mise en scène, de découpage de l’histoire de Stefan Sweig. Au travers des pages, le motif de l’échiquier est sans cesse présent. On le retrouve dans les décors : les sols, les plafonds, les draps de la cellule du mystérieux Monsieur B. Mais ce motif est également décliné dans la forme même des planches, dans le découpage des images. Cette répétition du motif souligne l’obsession pathologique de Monsieur B pour les échecs en raison de son incarcération par les nazis. Ce jeu était devenu sa seule échappatoire durant cette période. David Sala met parfaitement en images la folie qui gagne peu à peu le personnage durant son emprisonnement. Le personnage se dédouble, il joue contre lui même, jusqu’à en perdre la raison. Une magnifique planche illustre parfaitement cette idée, le personnage, démultiplié, est enfermé dans une pièce-échiquier. David Sala rend également très palpable la tension qui augmente durant la partie d’échecs opposant le champion du monde à Monsieur qui semble véritablement au bord de l’implosion.

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« Le joueur d’échecs » est un immense coup de cœur. Le travail visuel, le découpage sont absolument extraordinaire. C’est une totale réussite, un véritable ravissement pour le lecteur.

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Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha Solomons

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Depuis qu’il est arrivé en Angleterre en 1937, Jack Rosenblum tient à suivre à la lettre le fascicule qui lui a été distribué à l’époque : « Pendant votre séjour en Angleterre : informations utiles et conseils amicaux pour tous les réfugiés. » Jack décide d’appliquer point par point le document qui se décline en liste : « Règle n°1 : Consacrez dès à présent tout votre temps à l’apprentissage de la langue anglaise. Règle n°2 : Toujours s’exprimer en anglais. Même un anglais hésitant vaut mieux que l’allemand. », etc… Jack va donc refuser de parler sa langue maternelle (sauf pour jurer), lire scrupuleusement le Times, se faire faire un costume sur mesure à Saville Row, acheter une Jaguar, écouter le bulletin météo de la BBC. Sadie, sa femme, a bien du mal à suivre et à comprendre l’anglomanie excessive de Jack. Elle ne vit, elle, que dans le souvenir de sa famille laissée à Berlin et dont elle n’a pas de nouvelles. Le malentendu s’installe dans le couple et le fossé s’agrandit lorsque Jack se met en tête d’accomplir la Règle n°150 : « Un véritable Anglais est membre d’un club de golf ».

« Jack Rosenblum rêve en anglais » est une fable, un conte délicieux qui enchante son lecteur par sa drôlerie, sa fantaisie. L’anglomanie de Jack Rosenblum prête à rire, il va trop loin, beaucoup trop loin et en devient par moment totalement ridicule. De même, lorsque Jack déménage dans le Dorset, les habitants se font volontairement caricaturaux et forcent le trait du local avec des légendes totalement farfelues (mais le cochon laineux existe peut-être…) pour se moquer du nouvel arrivant.

Mais derrière l’humour se cache un propos plus sérieux et plus sombre. Au travers du couple Rosenblum, l’auteur nous parle de l’immigration des juifs allemands avant et pendant la guerre. L’accueil n’est pas des plus cordial. Les réfugiés furent arrêtés en 1940 et mis en prison pour « menace potentielle pour la sécurité nationale ». Jack découvrira également le mépris et l’antisémitisme de la haute société. Natasha Solomons nous montre à travers le couple Rosenblum deux manières opposées de vivre dans ce nouveau pays : celle de Jack qui veut devenir plus anglais que les anglais et effacer ses origines (il change de noms plusieurs fois, il refuse de parler allemand), celle de Sadie qui ne peut pas oublier son passé et veut conserver le souvenir de la famille (par des photos, par les recettes transmises par sa mère). Chacun va s’apercevoir que chacune de leur manière de vivre est excessive. Ils seront aidés dans leur chemin par une savoureuse galerie de personnages dont le formidable Curtis, sorte de clochard céleste et alcoolisé du Dorset.

« Jack Rosenblum rêve en anglais » est un roman charmant, drôle, plein de tendresse envers ses personnages et qui subtilement évoque l’histoire des immigrés juifs allemands.

A year in England

Bilan livresque et cinéma de janvier

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Cinq livres et une bande-dessinée à mon compteur de janvier, c’est honorable pour débuter 2018 ! J’ai attaqué l’année avec une nouvelle auteure : Tessa Hadley, très respectée en Angleterre mais inconnue en France et c’est fort dommage. J’ai pris beaucoup de plaisir à retourner à Peyton Place même si ce deuxième tome n’a pas le ton acide du premier. J’ai enfin lu le premier tome des aventures de Daisy et Hazel, deux jeunes filles qui se prennent pour Sherlock Homes et le Docteur Watson, un roman jeunesse réussi et divertissant. Je vous parle très vite de ma lecture de Captive de Margaret Atwood que j’ai fini il y a peu. En revanche, je n’ai pas trouvé le temps de faire un billet sur La vérité sur Bébé Donge mais Simenon est une valeur sûre, ses romans noirs sont des bijoux. La BD du mois était un peu décevante mais on ne peut pas gagner à tous les coups !

Et côté cinéma, mes coups de coeur :

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Mildred Hayes loue trois panneaux à l’entrée de sa ville pour faire passer un message à sa communauté. Sa fille a été violée et tuée quelques mois plus tôt et la police n’a toujours trouvé son meurtrier. La colère de Mildred n’épargne personne, même pas le chef de la police atteint d’un cancer. Mildred veut faire bouger les choses, faire réagir. Mildred, c’est Frances McDormand qui mérite tous les prix du monde pour sa prestation. Elle est obstinée Mildred, courageuse mais aussi colérique et totalement égoïste dans sa souffrance. Elle semble complètement oublier que son fils est encore vivant et que son ex-mari a également perdu sa fille. Ce fort personnage est extrêmement bien entourée et ce sont également les personnages secondaires qui font le sel de ce film. Le chef de la police, Woody Harrelson, est un brave type, père exemplaire, qui essaie de s’occuper au mieux de ses concitoyens. Le flic interprété par Sam Rockwell, est encore plus marquant : raciste, homophobe, bête à manger du foin, est celui que les trois tableaux fera le plus évoluer. La douleur de Mildred provoquera une étincelle chez lui. « 3 billboards » est un film remarquable, une tragédie aux dialogues ciselées et emprunte d’humour noir.

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Marguerite Duras attend le retour de son mari, Robert Antelme, déporté. Nous sommes dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale. Marguerite, résistante, est prête à côtoyer l’inspecteur Pierre Rabier, collabo notoire, pour avoir des nouvelles. Une relation ambiguë se noue entre eux alors que le réseau résistant de Marguerite s’en inquiète. Tous les deux vont jouer au chat et à la souris. Après la libération, dans la seconde partie du film, Marguerite attend toujours, incapable de se réjouir de la victoire, rongée intensément par la douleur de l’attente. Je n’ai pas lu le roman-autobiographique de Marguerite Duras mais j’ai retrouvé dans le film l’atmosphère, le rythme de la langue de l’auteure. Emmanuel Finkiel reprend de longs passages du roman lus en voix-off. Les pensées de l’auteure portant sur l’absence de son mari tournent à l’obsession, elles deviennent hypnotiques, entêtantes et les mots prononcés par Mélanie Thierry restent longtemps dans la tête du spectateur une fois le film terminé. Il faut dire que l’actrice est admirable, toujours juste et intense, touchante et troublante. Sans masque, sans fard, elle est marquée par cette douleur, cette impatience à revoir son mari. Les hommes qui l’entourent sont à la hauteur de sa prestation : Benoît Magimel, mielleux et fielleux à souhait, Benjamin Biolay, grave et solide. La réalisation d’Emmanuel Finkiel colle parfaitement au texte et à l’état d’esprit de son héroïne passant poétiquement du net au flou.

  • L’échange des princesses de Marc Dugain : Afin de consolider la paix entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée de faire un échange de princesses. L’Infante d’Espagne, âgée de quatre ans, épousera Louis XV et la fille de Philippe d’Orléans, Mlle de Monpensier, adolescente, à Don Luis, le futur roi d’Espagne. Le mariages n’auront pourtant pas l’effet escompté. Marc Dugain adapte ici le roman éponyme de Chantal Thomas qui a travaillé au scénario. Les deux pauvres jeunes filles sont des objets, des pions dans ce décorum grandiose. L’Infante d’Espagne réagit comme une adulte, prête pour son rôle de reine mais elle ne pourra pas donner un héritier au trône avant de nombreuses années. Mlle de Montpensier réagit comme une adolescente, rejetant avec insolence et ironie son pauvre mari et toute la cour d’Espagne. Marc Dugain montre la grandeur et la décadence des cours européennes avec un grand savoir-faire et beaucoup de minutie (costumes, décors et images sont somptueux). Les acteurs sont impeccables à commencer par les deux princesses : Juliane Lepoureau et Anamaria Vartolomei. Il faut souligner également les prestations de Lambert Wilson en Philippe V d’Espagne hystérique de religion après avoir été un fou de guerre, et Catherine Mouchet qui joue la nourrice royale avec une infinie délicatesse.

 

  • Fortunata de Sergio Castellitto : Fortunata est coiffeuse à domicile dans la banlieue populaire de Rome. Elle travaille au noir essayant d’accumuler l’argent nécessaire à l’achat de son propre salon. Fortunata passe ses journées à courir en mini-jupe et talons hauts, s’occupant en plus de sa fille de huit ans, d’un ami tatoueur dépressif et en évitant la violence de son futur ex-mari. Sa fille, perturbée par le divorce et la vie trépidante de sa mère, se comporte mal. Fortunata doit l’emmener voir un psy, un homme bien qui s’intéresse sincèrement à l’histoire de cette famille bancale. Sergio Castellitto réalise une splendide comédie à l’italienne où le tragique affleure. Il réussit un très beau portrait de femme, une mamma Roma incroyablement énergique et résistante. Fortunata rêve d’une vie calme et heureuse mais elle est entraînée dans un véritable tourbillon. Son farouche désir d’indépendance se heurte à des réalités qu’elle ne maîtrise pas et qui font vaciller la bonne fortune qu’elle essaie de conquérir. Jasmine Trinca est absolument formidable dans le rôle de Fortunata, elle s’inscrit dans la belle lignée des actrices italiennes comme Anna Magnani, Monica Vitti ou Sofia Loren.

 

  • The Florida project de Sean Baker : Moonee, six ans, explore joyeusement son terrain de jeu pendant l’été : elle et sa mère vivent dans un motel bas de gamme. Mais peu importe pour Moonee et ses amis, tout ce qui les entoure est source de jeu, de découverte : un champ de vaches se transforme en safari, des lotissements abandonnés en maisons hantées.  Les enfants sont totalement livrés à eux-mêmes. Les parents sont dépassés par la pauvreté, la quête de l’argent nécessaire pour payer le loyer. Ce film de Sean Baker est un conte de fées cruel. Moonee et ses amis débordent d’énergie, d’envie. Le cinéaste montre parfaitement la puissance de l’imaginaire enfantin. La vie est pour eux un immense parc d’attraction. Mais la dure réalité les rattrape souvent. le gérant du motel (Willen Defoe, parfait) essaie d’éviter les ennuis à tous mais il ne peut rien faire quand certains dérapent. « The Florida project » est un très beau film sur l’enfance comme l’était « Les 400 coups », sur l’amitié et l’amour entre une mère et une fille.

 

  • El presidente de Santiago Mitre : Un sommet réunit les présidents d’Amérique latine en vue de la création d’une alliance pétrolière. Le Mexique voudrait voir les USA s’associer au projet et voudrait faire pencher l’Argentine de son côté. Le président argentin, Herman Blanco, est un homme qui se veut simple, normal. Mais le sommet va se compliquer pour lui avec un scandale qui implique sa fille. Santiago Mitre crée une ambiance inquiétante, une atmosphère étrange avec des images de routes en lacets complexes, des baies vitrées au-dessus du vide, des scènes d’hypnose. Ricardo Darin incarne également cette inquiétude sourde, son personnage est insondable. Mais je dois avouer ne pas avoir compris les interactions entre l’histoire privée et la décision politique prise à la fin par le président Blanco. Les deux volets ne m’ont pas semblé s’emboîter et j’ai eu l’impression de voir deux films différents.

Opération Copperhead de Jean Harambat

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Le Caire, octobre 1977, David Niven et Peter Ustinov tournent ensemble « Mort sur le Nil ». Les deux acteurs sont des amis de longue date, ils se sont connus pendant la seconde guerre mondiale. Entre les prises du film, il se remémorent ce qui les avait réunis à l’époque : l’opération Copperhead. Le lieutenant-colonel Niven et le soldat de deuxième classe Ustinov ont été engagés dans la réalisation d’un film de propagande. Parallèlement, David Niven est contacté par Churchill pour mener une opération top secret. Il doit trouver un sosie du général Montgomery  pour tromper l’armée allemande. Le sosie devra être vu en Afrique du Nord pour faire croire à l’imminence d’un débarquement dans cette zone. David Niven et Peter Ustinov se mettent donc en quête d’un sosie plausible.

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« Dans les pages qui suivent, tout n’est pas entièrement vrai, mais tout n’est pas entièrement faux ». Jean Harambat s’inspire librement des autobiographies de David Niven, Peter Ustinov et Clifton James, le sosie de Montgomery, pour écrire le scénario de sa formidable bande-dessinée. Les extraits de ce trois textes s’inscrivent aux côtés des dessins qui nous racontent cette rocambolesque aventure. Les services secrets anglais et allemands jouent à un poker menteur, à des coups de bluff pour gagner la guerre. L’intrigue est menée à un rythme trépidant. Cette histoire d’espionnage m’a rappelé les films anglais d’Alfred Hitchcock comme « The lady vanishes ». J’ai retrouvé dans la BD de Jean Harambat la même fantaisie, le même entrain et surtout le même humour anglais. Les répliques sont ciselées et empruntes de flegme. Jean Harambat saupoudre le tout d’un zeste de romantisme et d’amour impossible dans les rues londoniennes. Le graphisme de la BD est, de plus, extrêmement plaisant et coloré.

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« Opération Copperhead » est une bande-dessinée pétillante, drôle et pleine de rebondissements. Si vous appréciez l’humour anglais, ne vous en privez pas !

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A year in England

A murder most unladylike de Robin Stevens

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Daisy et Hazel sont meilleures amies et elles ont fondé un club de détectives privés. Après avoir résolu quelques affaires mineures, elles espèrent pouvoir exercer leurs talents sur un mystère plus consistant que la cravate manquante de leur camarade Lavinia. Mais au pensionnat de Deepdean, il ne se passe pas grand chose de palpitant. Et pourtant, c’est un crime majeur que les deux jeunes filles s’apprêtent à découvrir. Un soir, Hazel doit retourner au gymnase et elle y découvre le corps sans vie de Mrs Bell, l’enseignante de sciences. Hazel part chercher du secours mais lorsqu’elle revient, le corps de Mrs Bell a disparu. Hazel est-t-elle victime d’hallucinations ou le meurtrier est-il revenu pour faire disparaître le corps ? C’est ce que le club de détectives de Deepdean va tenter de découvrir.

Voilà déjà quelques temps que j’ai repéré cette série à la librairie Shakespeare & Co et je n’en ai entendu que du bien depuis. Il était donc temps que je lise le premier volet et j’ai été totalement séduite par le travail de Robin Stevens. Cette série pour la jeunesse joue parfaitement avec la tradition anglaise des romans policiers. Hazel et Daisy adoptent Sherlock Holmes et le docteur Watson comme modèles. Hazel est celle qui écrit le récit des aventures du club de détectives à la manière de Watson. La résolution du crime se fera à la manière d’Hercule Poirot avec l’ensemble des protagonistes réunis dans une même pièce. Miss Marple sera également citée ! Bien entendu, « A murder most unladylike » ne se contente pas d’être un hommage à Conan Doyle ou Agatha Christie. Robin Stevens a construit une intrigue haletante, pleine de fausses pistes, de retournements et la résolution du crime est surprenante.

L’ambiance et les personnages participent également à la réussite du roman. Nous sommes en 1934 dans un pensionnat anglais. Daisy est une fille d’aristocrate et elle est extrêmement populaire à Deepdean. Hazel vient de Hong Kong, elle est studieuse et discrète. Elle va devoir apprendre les us et coutumes de l’Angleterre et son regard décalé apporte beaucoup de charme et de fraîcheur au récit. Le duo fonctionne parfaitement entre la très sûre d’elle (et parfois agaçante) Daisy et la très réfléchie et raisonnable Hazel. Au fil des pages, elles deviennent très attachantes.

« A murder most unladylike » est un plaisir de lecture qui nous plonge dans une ambiance très anglaise et qui rend hommage à la tradition du roman policier. Les deux premiers tomes ont été traduits en français.

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Le passé de Tessa Hadley

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Trois semaines de vacances à la campagne, à Kington, c’est le programme de la famille Crane. Harriet, l’aînée, arrive la première et décide d’aller se promener. Alice arrive ensuite, elle a oublié ses clefs et n’est pas venue seule. Karim, le fils de son ex, l’accompagne. Puis, c’est au tour de Fran, la benjamine, de rejoindre la maison familiale avec ses deux jeunes enfants. Roland, le frère, arrivera le lendemain avec sa nouvelle femme, Pilar, d’origine argentine, et sa fille d’un précédent mariage, Molly. Comme chaque année, chacun reprend son rôle dans la fratrie. Comme chaque année, Kington devient le huis-clos où les rivalités, les tensions remontent à la surface malgré le cadre rassurant et idyllique. « Quand la famille se retrouvait à Kington, ils avaient pour habitude de rester cloisonnés à la maison, ne se rendant en voiture qu’en ville ou à un kilomètre ou deux, jusqu’au point de départ d’une de leurs promenades préférées, ou pour accomplir l’éternel pèlerinage à une librairie d’occasion qu’ils affectionnaient, à l’intérieur des terres. Ils donnaient comme excuse qu’ils ne se lassaient jamais des balades qui partaient du seuil de la maison. C’était bien plus que juste se retirer sur soi par paresse : dès leur arrivée, le passé de la maison les enveloppait, tous retournaient à ses habitudes, ses répétitions, absorbés par ce qu’on faisaient autrefois à cet endroit. Ils étaient ensuite incapables de distinguer une année de vacances à Kington d’une autre. » Cette fois, pourtant, le temps passé à Kington risque d’être mémorable.

Je ne connaissais pas du tout Tessa Hadley avant de lire « Le passé » et j’espère que le reste de son travail sera traduit. Ce roman évoque le théâtre de Tchékov (des sœurs et frère se retrouvent dans leur maison de campagne) mais aussi à Henry James pour l’aspect psychologique. Chaque personnage est finement étudié et caractérisé. Ce qui intéresse également Tessa Hadley est la manière dont ils interagissent les uns avec les autres. Cette réunion familiale fait remonter les rivalités, les jalousies, chacun mesure la réussite de sa vie à l’aune de celle de ses frère et sœurs. Chacun pousse les autres dans leurs retranchements et à s’interroger sur leurs choix de vie futurs. Les générations, les sexes s’affrontent dans la maison familiale. Et le passé, les souvenirs hantent les lieux, affleurent à chaque instant. Tessa Hadley nous aide à mieux comprendre la famille Crane avec un long flash-back inséré au milieu du livre. Le passé est au cœur du présent. Tessa Hadley sait magnifiquement décrire les tressaillements de  l’âme. Elle sait aussi rendre avec minutie les bruissements de la campagne qui entoure ses personnages.

Subtilement, finement, Tessa Hadley étudie les membres de la famille Crane au moment où ils pensent solder leurs comptes avec le passé. Un beau roman qui s’inscrit totalement dans la tradition de la littérature anglaise.

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Retour à Peyton Place de Grace Metalious

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Le roman d’Allison MacKenzie, « Le château de Samuel », va être publié à la plus grande joie de son auteur et de sa famille. La jeune femme va devoir séjourner à New York pour rencontrer son éditeur, Lewis Jackman. Rapidement, le roman connaît un énorme succès. Les journalistes veulent tous obtenir une interview de la jeune prodige qui a écrit ce roman sulfureux. Mais le succès a également un revers. Allison va s’en rendre compte à son retour à Peyton Place. Les habitants sont tous liés contre elle. Son beau-père a été licencié et la boutique de sa mère se vide de ses clients. Peyton Place a servi de modèle au « Château de Samuel » et la ville n’apprécie pas le portrait qu’Allison a fait d’elle. Et cette haine ne risque pas de faiblir car les droits du roman ont été achetés par Hollywood. Allison va devoir s’y rendre pour y défendre son oeuvre face aux producteurs et scénaristes. Heureusement Lewis Jackman est toujours présent pour épauler et soutenir la jeune femme.

Poussée par ses éditeurs, Grace Metalious a écrit une suite à son best-seller, « Peyton Place », où l’on retrouve tous les personnages principaux. C’est d’ailleurs l’un des plaisirs de cette lecture. On suit l’évolution des personnages, Selena notamment que l’on avait quittée au moment le plus dramatique de sa vie. On constate également que la ville n’a pas changé. Le quotidien est toujours fait de commérages, de jalousies et de terribles secrets.

Mais Allison nous entraîne également à l’extérieur de la ville, nous la suivons dans sa nouvelle vie d’auteur à succès entre New York et Hollywood. Cette partie est clairement autobiographique. Comme Grace Metalious, Allison connaît un succès fulgurant mais son roman choque et crée la polémique. Le travail d’Allison va rapidement être critiqué et attaqué. Elle connaît également des difficultés avec l’adaptation de son travail. Comme Grace Metalious, elle voit son livre dénaturé par les scénaristes et les producteurs. Son oeuvre ne lui appartient plus.

Ce deuxième volet est plaisant à lire mais il est moins piquant que le premier, le ton se fait moins acerbe. De plus, j’ai trouvé qu’il manquait de liant. les histoires des différents personnages semblent accolées les unes aux autres sans interagir véritablement. Il pourrait presque s’agir de nouvelles.

J’ai apprécié la lecture de « retour de Peyton Place » et mes retrouvailles avec les différents personnages même si l’ensemble manque de liant.

La forêt des renards pendus de Nicolas Dumontheuil

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Raphaël Juntunen revient sur les lieux de son enfance pour récupérer son butin : 36 kg de lingots d’or. Il s’installe dans une forêt, loin de tout, y plante sa tente pour réfléchir à la suite. Malheureusement pour lui, un militaire alcoolique va s’intéresser à son campement. L’intrus va se transformer en aubaine : Raphaël va l’emmener chercher de l’or dans la rivière et essayer de faire passer ainsi ses lingots sous forme de pépites.

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Cette Bande-dessinée est l’adaptation d’un roman de Arto Paasilinna. N’ayant pas lu le livre, je ne peux pas juger de la fidélité de l’adaptation. Elle a été sélectionnée dans le cadre du Prix Polar SNCF 2018. Ce qui est certain, c’est que la lecture de la BD ne m’aura pas donné envie de découvrir le roman. Il y a des moments amusants mais dans l’ensemble, je me suis plutôt ennuyée. J’ai trouvé la mise en route longue et fastidieuse. L’intrigue m’a semblé manquer totalement de suspens et le côté polar n’est pas du tout évident. Le dessin léger aux formes rondes m’évoque une comédie plutôt qu’un polar. La tonalité, certains personnages (les prostituées, la vieille dame perdue dans la forêt) confirment l’atmosphère humoristique et insouciante.

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Une bande-dessinée qui n’est pas désagréable à lire mais qui, à mon sens, n’a rien à faire dans une sélection pour un prix polar.

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