Faire mouche de Vincent Almendros

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Pour le mariage de sa cousine Lucie, Laurent revient à Saint-Fourneau, un petit village de montagne où il n’a pas remis les pieds depuis longtemps. La famille Malèvre est assez réduite, il ne reste que la mère de Laurent et le père de Lucie. Ces deux-là partagent d’ailleurs le même toit. Les relations sont assez tendues depuis les morts accidentelles (ou pas) de la mère de Lucie et du père de Laurent. Ce dernier n’est pas venu seul à Saint-Fourneau, il est accompagné par une amie, Claire. Il la fait passer pour sa femme, Constance, auprès de ses proches. Le couple semble s’être gravement disputé, ce qui ne contribue pas à détendre l’atmosphère.

Je découvre Vincent Almendros avec « Faire mouche » et son univers avait vraiment tout pour me plaire. Dans ce roman, nous sommes chez Simenon, chez Chabrol avec une atmosphère trouble, ambigüe dans une petite ville de province en décrépitude. Dès le départ, un malaise insidieux s’installe. Cela tient à la froideur des relations entre les membres de la famille. Mais aussi aux rumeurs qui ont couru sur la mère de Laurent qui aurait empoisonné son mari et essayé de faire la même chose avec son fils. La mère devient une figure inquiétante, menaçante sans que l’on sache ce qui est véritablement advenu. Après tout, doit-on réellement croire ce que nous dit Laurent ? Il est aussi taiseux que le reste de la famille et son mensonge sur l’identité de Claire questionne.

Tout le talent de Vincent Almendros se trouve dans les non-dits, les double-sens. L’auteur s’applique à choisir avec une grande précision les termes qu’il emploie. Des thèmes sont développés tout au long du roman : la décomposition (les mouches, la charogne dans la forêt), la mort (l’oncle malade, les urnes funéraires du père et de la tante mises en évidence). Les protagonistes, l’intrigue et les mots eux-mêmes contribuent à l’inconfort du lecteur, à faire naître chez lui une certaine inquiétude.

« Faire mouche » est un roman noir parfaitement maîtrisé à l’ambiance et aux non-dits pesants. L’économie de moyen, les jeux sur les double-sens des mots m’ont enchantée. Un court roman à déguster avec un vin de noix !

Triste boomer d’Isabelle Flaten

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John est nouvellement retraité et le vit mal. Ancien star-uper, ancien workaholic, il déprime et s’ennuie dans son grand appartement parisien. Il passe beaucoup de temps sur son ordinateur, John, et c’est ainsi qu’il se met à chercher des nouvelles de ses ex. L’une d’elles titille tout particulièrement sa curiosité : Salomé. John découvre qu’elle a fait son chemin dans la vie. Salomé est devenue duchesse et vit dans un château. Magie d’internet, il est si simple de reprendre contact, mais le message de John obtiendra-t-il une réponse ?

Isabelle Flaten nous entraine dans un conte de fée romantique mais surtout ironique. Elle se moque gentiment de nos deux tourtereaux sur le retour : John qui est incapable de rester tranquille et imagine un nouveau projet par seconde, Salomé, transfuge de classe qui n’est plus si à l’aise dans son vaste domaine. A travers leurs retrouvailles, Isabelle Flaten traite de thèmes d’actualité : le rapport au travail, la réussite sociale, la vie en communauté sur un mode écolo, le grand âge. Sous la légèreté de l’intrigue, l’autrice souligne les excès, les stupidités de notre époque.

Ce qui fait le charme de « Triste boomer » est l’originalité de la narration. Ce ne sont pas John et Salomé qui nous content leur histoire mais l’ordinateur du premier et le portrait d’un ancêtre du mari de la seconde. Se rajoutent à ces deux objets, deux voisines de John qui cancanent et l’espionnent sans vergogne. Ces trouvailles narratives fonctionnent à merveille et donnent un ensemble des plus amusants.

Me voilà à nouveau séduite par un texte d’Isabelle Flaten, « Triste boomer » est un roman vif, enlevé, drôle et un brin mélancolique.

L’autre moitié du monde de Laurine Roux

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Espagne, années 30, la jeune Toya vit dans le delta de l’Ebre où ses parents s’épuisent à travailler pour la Marquise et sa famille. Le père travaille dans les rizières avec de nombreux paysans, corvéables et punissables à merci. La mère est cuisinière, son sort pourrait paraitre plus enviable si le fils de la Marquise ne la considérait pas comme sa chose. Mais la colère gronde et elle gagne de plus en plus de régions espagnoles. Toya entend des conversations, suit les paysans qui se réunissent la nuit autour d’Horacio, l’instituteur. La lutte anarchiste est en marche pour libérer les paysans du joug de leurs maîtres. Le combat sera sanglant, la vie de Toya en sera à jamais bouleversée.

Le troisième roman de Laurine Roux m’a totalement transportée grâce à son ampleur, son souffle romanesque. Encore une fois, son remarquable talent de conteuse se met au service de personnages attachants et incarnés. C’est tout particulièrement le cas avec les femmes du roman. Toya traverse un moment charnière de sa vie et de l’Histoire de son pays, elle sera à jamais habitée par les fantômes de ceux partis trop tôt. Et il y a également sa mère, Pilar, extraordinaire cuisinière dont l’infinie tendresse sera mise à mal par la brutalité des hommes. La révolution sociale comme la montée en puissance de Franco viennent fracasser la destinée des personnages du roman pour lesquels on tremble durant la lecture.

La nature reste au cœur du travail de Laurine Roux. La terre est bien évidemment essentielle pour les paysans qui la cultivent. Elle ne leur appartient pas et elle sera à l’origine de leur combat. Le delta est toujours présent, il accompagne, il entoure les protagonistes. Les descriptions précises et délicates de l’autrice donnent de l’épaisseur aux paysages qui ne sont pas un simple décor. « Luz se met en route au plus fort de la chaleur. Le ventre des nuages pendouille à crever. Elle passe devant des baraques aux volets cloués, des pergolas tordues par la végétation ; la poussière danse derrière la roue de son vélo. Petit à petit, les contours de la colline se précisent, on dirait que les plantes l’appellent – rejetons de broussailles, gourmands d’agrumes. » Entre la nature et la cuisine de Pilar, Laurine Roux nous entraine dans un univers de sensations, d’odeurs, de lumière.

Avec une plume fluide et vibrante, Laurine Roux nous conte la destinée de Toya, de sa jeunesse à sa vieillesse aux bords des rizières du delta de l’Ebre. L’intime et le politique s’entrecroisent pour nous offrir un roman fort et terriblement émouvant.

Felis Silvestris d’Anouk Lejczyk

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Felis a tout quitté pour s’installer dans une forêt qui est menacée de destruction par la Firme. Elle a laissé derrière elle une famille, inquiète, et son nom de naissance. Elle ne donne aucune nouvelle à ses proches et vit en communauté au cœur de la forêt. Sa sœur tente de comprendre Félis, jeune femme fragile et perpétuellement en révolte. « Être la même chaque jour : tu ne pouvais pas. Être celle qu’on attendait que tu sois : tu ne voulais pas. Te satisfaire de cette vie-là : impossible ! Plus rien ne te guidait hormis tes voix, trop nombreuses pour être d’accord, trop imprévisibles pour être domptées. Alors tu suivais celle qui parlait le plus fort, à tort ou à raison. Ton corps devenait une maison ambulante, des pilotis à la place des pieds. »

« Felis Silvestris » est le premier roman d’Anouk Lejczyk et il prend la forme d’un long monologue, celui de la sœur de Felis. Elle s’adresse à l’absente, tente de faire le lien entre celle-ci et leurs parents séparés. Felis, élément perturbateur de la tranquillité  familiale, a laissé un vide immense et douloureux en partant. Le monologue de la sœur tente de combler ce trou noir qu’est l’absence. Et pour ce faire, elle imagine la vie que mène Felis dans la forêt, les gens qu’elle côtoie. Elle parle également de sa vie dans un petit appartement, ses choix, ses questionnements sur son avenir, son enfance. Elle-même semble sur le départ. Les parents pallient l’absence de façon différente : la mère s’inquiète des conditions de vie de Felis, se documente sur les forêts, le père fait des recherches sur la maladie de Lyme qu’il est sûr que Felis va attraper. Les trois personnages sont figés dans leur solitude, leur tentative de compréhension en attendant un signe, un retour de Felis. Le texte d’Anouk Lejczyk est mélancolique, sensible. Il est ponctué par une question : « Et ta sœur, elle en est où, elle fait quoi ? » à laquelle la narratrice apporte une réponse différente à chaque fois, essayant ainsi d’expliciter le parcours de Felis.

« Felis Silvestris » est un beau premier roman qui nous plonge au cœur d’une famille déchirée et de la blessure béante créée par l’absence de Felis.

Toucher la terre ferme de Julia Kerninon

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« J’étais à bout de forces et je ne le savais pas. A 32 ans, j’avais un enfant d’un an et demi. J’essayais d’être une mère, je ne savais pas par où commencer, la maternité était un cercle de feu dans lequel je ne parvenais pas à me tenir. J’avais fait semblant. J’avais prétendu que tout allait bien, mais je sentais la tempête se lever. Il m’avait fallu tout ce temps pour me mettre à pleurer, et maintenant je n’arrivais plus à m’arrêter. » Dans « Toucher la terre ferme », Julia Kerninon questionne la maternité et la tempête qu’elle provoque. L’autrice se livre entièrement, sans peur du jugement (sur le parking de la maternité, l’envie de tout quitter l’étreint.) Elle y raconte son cheminement, ses histoires d’amour incandescentes. L’une d’elles fut essentielle dans sa construction : à 16 ans et demi, à Paris, elle tomba sous le charme d’un homme de dix ans son aîné. Leur relation a été tourmentée et passionnée.

Le mouvement me semble définir le récit de Julia Kerninon. « J’ai passé ma vingtaine à partir tout le temps. Une autre intéressante maxime de mon père : Ta liberté s’arrête là où commence celle des autres. J’avais bien compris. La première chose que j’ai faite quand j’ai pu, ça a été de fuir les autres. Je voulais me comporter dignement, mais je voulais aussi désespérément être libre, alors j’ai fui. J’ai fui et fui et fui, je n’étais jamais là, je voulais seulement être seule, travailler, poursuivre mon bonheur dans les livres (…). » C’est ce trait de caractère qui vient s’opposer à l’idée de maternité. Comment rester soi tout en étant mère ? « Toucher la terre ferme » entre en résonance avec le livre précédent de Julia Kerninon « Liv Maria ». J’aurais probablement plus apprécié ce roman si j’avais pu lire ce texte auparavant. J’ai mieux compris la nécessité de fuir de Liv Maria en lisant le parcours de son autrice.  Ce récit est celui d’une femme qui doit apprendre à concilier les différentes facettes de sa personnalité, apprendre aussi à aimer et à se laisser aimer.

« Toucher la terre ferme » est un texte d’une rare honnêteté sur le parcours d’une femme, d’une écrivaine libre et qui est porté par la splendide écriture de Julia Kerninon.

Merci aux éditions de L’iconoclaste pour cette lecture.

Le grand vertige de Pierre Ducrozet

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En 2016, une majorité de chefs d’État décide de mettre en place la Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel. A sa tête est nommé Adam Thobias, un pionnier de l’écologie. Il recrute de nombreux scientifiques, photographes, voyageurs pour parcourir le monde et en faire un état des lieux. Tous communiquent à travers le réseau Télémaque. Certains ont des missions autour de centrales nucléaires, d’usines ce qui finit par inquiéter certains services secrets. Les intentions d’Adam Thobias deviennent de plus en plus opaques, même pour les personnes qu’il a envoyées à travers le monde.

« Le grand vertige » de Pierre Ducrozet est un roman ambitieux et très dense sur l’urgence climatique. Contrairement à des romans comme « Dans la forêt » ou « Les sables de l’Amargosa » où la catastrophe a déjà eu lieu, Pierre Ducrozet a la bonne idée de ne pas choisir le genre de la dystopie et situe son action dans un futur très proche. Son livre se situe entre le roman d’aventures et le thriller. Il nous offre une incroyable variété de paysages, de situations et de personnages. Certains d’entre eux sont au premier plan comme Adam Thobias, Nathan Régnier un microbiologiste, Mia Casal une « anthropologue post-punk éco-féministe néo-sorcière », Arthur Bailly photographe et June, une amie d’enfance de la fille d’Adam. Tous sont amenés à se croiser à un moment de la narration et ils portent les questionnements sur l’État du monde. Pierre Ducrozet souligne bien dans son roman les enjeux climatiques qui sont principalement soumis à une réalité économique et à la lenteur des décisions politiques. « Le grand vertige » semble alors assez désespérant, il fait le constat d’une forme d’impuissance face à l’ampleur de la tâche. Même la meilleure volonté du monde (celle d’Adam) ne semble pas en mesure de sauver la planète où seulement d’amorcer le mouvement. Avons-nous encore assez d’imagination pour trouver des solutions ? Le roman s’achève néanmoins sur une mince lueur d’espoir.

« Le grand vertige » est un roman passionnant, à l’écriture fluide et vivante. Le propos oscille entre émerveillement face à la beauté du monde et désespoir face à ce que l’homme en a fait. Une fiction malheureusement si juste et réaliste.

Finir par l’éternité de Céline Curiol

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Je poursuis ma découverte de la collection « Récits d’objets qui met en valeur des objets exposés au musée des Confluences. Chiara, couturière de son état, s’est commandée sur internet une machine à écrire Olympia de 1965. Un objet sans finalité pour elle, sans utilité mais qui pourra parfaire sa décoration intérieure. Malheureusement, lorsqu’elle ouvre son colis, Chiara découvre un objet étrange qui n’a rien à voir avec sa commande initiale. En faisant des recherches, elle découvre qu’elle a entre les mains une machine à chiffrer qui aurait servi à sécuriser les communications au sein de l’OTAN durant la guerre froide. Forcément l’objet titille la curiosité de Chiara : la machine fonctionne-t-elle encore et si oui, osera-t-elle l’utiliser ?

Céline Curiol nous propose, avec « Finir par l’éternité », une courte intrigue qui flirte avec le roman d’espionnage. Le mystère de la machine à chiffrer s’y prête naturellement. Mais l’autrice ne se contente pas des aventures de Chiara et elle ouvre son texte à des réflexions plus larges portant sur les progrès technologiques et l’obsolescence de plus en plus rapide des machines ; les travaux d’Alan Turing et notamment son jeu de l’imitation ; Adonis et ses représentations. Le centre du texte est néanmoins le secret. Céline Curiol analyse et questionne l’essence même du secret et également sa disparition possible en raison des réseaux sociaux où tout se dévoile.

« Finir par l’éternité » est un texte intrigant qui mélange fiction et réflexion autour d’un objet chargé d’histoire et de mystère.

A la pointe de Pierric Bailly

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« Le bâtiment est cerné d’une vaste surface en béton brut. Je le contourne par la gauche et emprunte un escalier pour aller me réfugier sous son abdomen surélevé, à l’abri au sec.

C’est peu dire que la masse est imposante. Soutenue par une dizaine de poteaux compacts, dont aucun n’est vraiment d’aplomb. C’est ce qui frappe en premier : l’absence quasi totale d’angles droits. Tout est un peu de traviole. Même une simple rampe d’escalier est une ligne brisée. » 

Ce drôle de bâtiment, c’est le musée des Confluences à Lyon. Depuis son ouverture en 2014, la collection Récits d’objets propose à des écrivains de choisir un objet du musée et de créer de la fiction autour de celui-ci.

Le choix de Pierric Bailly est très original puisqu’il choisit d’écrire sur le musée lui-même où il refuse de rentrer. Ce qui intéresse l’auteur, c’est ce qui se déroule autour du bâtiment. « Je me sens mieux à tourner autour, à papoter avec les gens qui passent, qui dansent, qui pêchent, qui travaillent, qui font la manche. » L’auteur l’avoue, les musées l’intimident comme les bibliothèques. 

Pendant quatre mois, Pierric Bailly sillonne les alentours du musée, questionne les personnes croisées sur leur impression à propos de l’architecture du musée. Ce dernier ressemble tour à tour à une grenouille, un vaisseau spatial ou un tamanoir. Sur l’esplanade de béton brut se croisent des skateurs, des danseurs, des sportifs, des promeneurs, des pêcheurs (le musée est à la confluence du Rhône et de la Saône), des SDF. Ce lieu m’a fait penser à l’esplanade qui s’étend au pied du centre Pompidou où gravitent également des foules très diverses. 

Ses errances autour du musée sont aussi l’occasion pour Pierric Bailly d’évoquer l’histoire du quartier Confluence qui est passé de quartier malfamé à quartier moderne et donc cher, de la construction difficile du musée, de faire des rapprochements entre son enfance dans le Jura et sa nouvelle vie lyonnaise, d’inventer les vies des personnes croisées qu’il n’ose pas aborder.

En moins de quatre-vingt pages, Pierric Bailly réussit à rendre l’atmosphère, la vie qui entoure le musée des Confluences. La réflexion de l’auteur, son humanité, la diversité des thèmes abordés, valent que l’on se penche sur ce texte, accessible même si l’on ne connaît pas Lyon. 

Mon mari de Maud Ventura

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« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire je suis toujours amoureuse de mon mari. J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais 15 ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche. »  Et entretenir une telle flamme représente beaucoup d’efforts. La narratrice travaille sans relâche pour être la femme belle et idéale correspondant aux besoin de son mari. Rien n’est laissé au hasard : de sa tenue à sa coiffure, en passant par la musique écoutée ou les livres lus, tout est sous contrôle. Une maîtrise de soi qui tourne à l’obsession.

« Mon mari » est la premier roman de Maud Ventura et il a fait grand bruit à sa sortie en septembre. J’ai attendu pour le découvrir à mon tour et ainsi prendre de la distance avec les nombreux avis lus, qu’ils soient positifs ou négatifs. Et mon avis rejoint le concert de louanges car j’ai eu grand plaisir à lire ce roman où les personnages sont autant manipulés que le lecteur. Du lundi au dimanche, nous suivons le quotidien, à priori ordinaire, de ce couple uni depuis quinze ans, ayant deux enfants et vivant dans un pavillon de banlieue. Mais la narratrice est totalement dépendante à l’amour, elle ne pense qu’à son mari : ce qu’il a fait, ce qu’il a dit ou ce qu’il a omis. Ses enfants passent clairement au second plan chez cette femme rongée par ses névroses. La jalousie, la suspicion, la dramatisation, le ressentiment sont au cœur de sa psyché. Son attitude devient de plus en plus dérangeante et inquiétante au fil des pages. La narration du roman est parfaitement maîtrisée, les obsessions de la narratrice parfaitement dosées pour rendre la lecture addictive. La question qui s’impose aux lecteurs est : jusqu’où va-t-elle aller ? Et l’on se délecte à tourner les pages pour découvrir le fin mot de cette histoire !

Avec un humour grinçant, Maud Ventura décortique, avec talent, les névroses de sa narratrice et réussit ainsi son entrée en littérature.

Ainsi Berlin de Laurent Petitmangin

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Après s’être rencontrés pendant la seconde guerre mondiale, Käthe et Gerd se retrouvent au sein du Parti Communiste. Tous les deux vont s’engager pour la reconstruction de l’Allemangne et notamment de Berlin en ruines. Dans ce cadre, Gerd est en contact avec des ingénieurs, des architectes français, anglais et américains. C’est ainsi que Gerd rencontre Liz qui fait partie de la délégation américaine. Il la rencontre régulièrement au fil des années. A l’est, Käthe met en place un programme où les enfants des élites  intellectuelles seront éduqués dans des centres loin de leurs familles. Ils formeront une génération supérieure qui permettra de reconstruire le pays. Entre l’ouest et l’est, le cœur et les convictions de Gerd balancent.

Pour son deuxième roman publié, Laurent Petitmangin surprend par une intrigue très différente de celle de « Ce qu’il faut de nuit ». « Ainsi Berlin » est quasiment un roman d’espionnage au cœur de la guerre froide. L’auteur reprend les codes de ce type de roman avec des trahisons, des évasions de l’est vers l’ouest, la brutalité du régime communiste. Ce qui est commun aux deux romans de Laurent Petitmangin est la manière dont il imbrique l’intime et le politique. Gerd aime Käthe autant que Liz, ses convictions, ses choix se feront en fonction de ses inclinations pour ces deux femmes. L’évolution de l’engagement de Gerd, sa profonde indécision, sa culpabilité lorsqu’il trahit l’une ou l’autre, sont les thématiques qui sous-tendent ce roman. Laurent Petitmangin reste ici dans sa volonté d’étudier, d’analyser la complexité de la psyché masculine. La question de la filiation est également présente, un fils se glissera dans le trio politico-amoureux.

A nouveau, Laurent Petitmangin nous livre son intrigue dans un style épuré et des chapitres courts. Même si j’ai à nouveau apprécié le mélange entre les convictions politiques et les choix personnels, j’ai trouvé « Ainsi Berlin » moins intense, moins vibrant que « Ce qu’il faut de nuit ».