L’art d’échouer de Elizabeth Day

L-Art-d-echouer

Elizabeth Day est journaliste, écrivaine et elle est aussi la créatrice d’un podcast qui a rencontré un énorme succès : How to fail with Elizabeth Day. Deux ans après un divorce douloureux à 36 ans, elle a décidé de créer son podcast pour discuter avec des personnalités des échecs qu’elles ont pu connaitre. Le constat est évident : tout le monde a connu l’échec dans sa vie professionnelle ou personnelle et chacun a pu en tirer des leçons, a pu apprendre de ses échecs pour mieux rebondir ou se réinventer.

Son livre est inspiré de son podcast et elle y raconte ses propres échecs à l’école, au travail, avec sa famille, ses amis, son couple. Le récit de ses expériences douloureuses est émaillé des exemples tirés de son podcast et de l’expérience de Jessie Burton, Phoebe Waller-Bridge, David Nicholls, Tara Westover, Sebastian Faulks, Nicole Kidman, Robert Pattinson pour n’en citer que quelque uns.

Dans une société de la performance, des réseaux sociaux aux images parfaites, l’échec ne semble pas avoir sa place. La société nous envoie des injonctions permanentes à la perfection, surtout aux femmes. Elizabeth Day a longtemps tout fait pour l’atteindre, elle était dans une volonté de plaire aux autres et de leur faire plaisir (c’est ainsi qu’elle se retrouva à manger du blaireau dans une maison isolée ou à essayer un sauna vaginal à la manière de Gwyneth Paltrow pour des articles). De siècles de misogynie institutionnalisée ont mené les femmes à vouloir être toujours plus parfaites, plus performantes dans de nombreux domaines. Ce qui est impossible à réaliser et donne un sentiment d’échec.

« L’art d’échouer »  est un livre d’une parfaite honnêteté, Elizabeth Day n’hésite pas à montrer ses failles, sa vulnérabilité, ses complexes. Elle le fait avec beaucoup d’humour et le recul nécessaire pour montrer à quel point ses échecs lui ont été utiles pour se construire et trouver sa voix. Son témoignage est précieux tant il permet de se décomplexer et de réfléchir sur son propre parcours.

Drôle, intelligent, déculpabilisant, « L’art d’échouer » dévoile les déboires douloureux du parcours d’Elizabeth Day mais également la manière dont elle a su les exploiter pour se reconstruire et s’épanouir.

Sara ou l’émancipation de Carl Love Almqvist

Carl-Jonas-Love-Almqvist-Sara-ou-l%u2019émancipation_COUV-680x1020

A bord du Yngve Frey au départ de Stockholm, Sara Videbeck se retrouve à voyager seule car sa tante a manqué l’embarquement. Depuis le pont, un beau sergent a vu la scène se dérouler et son regard est aimanté par Sara. « Un détail avait attiré son attention : au moment du départ, elle portait une coiffe de dame en toile de Cambrai, qu’elle avait retirée peu après et remplacée par un fichu de soie comme ceux que portent les femmes de plus modeste condition. Se posait alors une question : cette passagère était-elle une jeune fille du peuple ou une bourgeoise ? Et que ce soit l’une ou l’autre, pour quelle raison avait-elle changé de couvre-chef ? » Le sergent, Albert, mettra tout en œuvre pour approcher et faire connaissance avec Sara. Le mystère l’entourant ne se dissipera d’ailleurs pas après la rencontre tant la jeune femme est étonnante et indépendante.

« Sara ou l’émancipation » a été publié en 1838 et il fit scandale dans une Suède protestante et conservatrice. Il est aujourd’hui considéré comme un classique. Ce court roman est le récit d’une rencontre le temps d’un voyage. Nous partons de Stockholm en bateau pour rejoindre Lidköping où vivent Sara et sa mère. Durant ce laps de temps, nous faisons connaissance avec une jeune femme déterminée, réfléchie et d’une indépendance surprenante pour l’époque. Sara s’est déplacée à Stockholm pour affaires. Depuis le décès de son père, elle dirige seule sa boutique de maître-verrier. Elle peut le faire tant que sa mère est en vie mais Sara a déjà imaginé la suite : une petite boutique, la vente de sa recette de mastic, la location de pièces dans sa maison. Tout cela lui permettra de rester indépendante financièrement. Et elle y tient, pendant le voyage, elle tient toujours à payer sa part quand Albert l’invite à déjeuner ou lorsqu’ils partagent une calèche. Ses idées sont bien arrêtées et rien ne peut l’en faire changer. Il en est de même sur le fait d’avoir un mari, Sara ne voit pas l’intérêt de s’enfermer dans le mariage et de se priver de liberté. L’amour n’en a pas besoin, pas plus que d’une vie commune ! « A mon avis, on ne devrait jamais s’installer ensemble : ceux qui s’aiment sont plus enclins à s’agacer mutuellement, à se fâcher et à finalement se détruire, que ceux qui ne comptent pas l’un sur l’autre et voient les choses avec du recul.  » Il faudra bien le temps du voyage à Albert pour comprendre cet être singulier à l’esprit vif.

Avec une plume élégante, Carl Jonas Love Almqvist dresse le portrait d’une femme autonome et déterminée à le rester même si l’amour croise son chemin. Il fait, dans son roman, l’éloge de l’union libre et de l’émancipation de femmes.

Bilan du Grand Prix des lectrices Elle 2020

ebbcb-devenez-l-une-des-jurees-du-grand-prix-des-lectrices-2020-2

Fin juin 2019, je recevais un mail m’annonçant que je faisais partie du jury du Grand Prix Elle des lectrices 2020. 28 livres plus tard et une chronique publiée dans le magazine, voilà le prix qui s’achève. J’avais beaucoup d’appréhension avant de participer : peur de ne pas respecter les délais de lecture, peur de devoir lire autant d’essai alors que j’en lis peu. Après avoir longtemps tourné autour de ce prix, j’ai envoyé ma candidature, poussée par mes copines des Lectrices optimistes, Cécile et Manon. Et ce qui fut grandiose dans cette aventure, c’est que nous avons pu la partager toutes les trois.

Les gagnants ne sont pas encore connus à ce jour mais je vous présente mon palmarès personnel.

Elle

Catégorie roman :

« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena, un livre remarquable, d’une grande sobriété alors qu’il parle d’un immense traumatisme et qui m’a profondément émue. Lu pour le jury du mois d’octobre, il est resté mon chouchou tout au long du prix.

Et le roman de Santiago H. Amigorena a eu de très beaux concurrents : « Rien n’est noir »de Claire Berest qui rend un hommage vibrant et lumineux à Frida Kahlo, « Girl »de Edna O’Brien, monologue intérieur saisissant d’une jeune nigériane kidnappée par Boko Haram, « Et toujours les forêts » de Sandrine Collette qui rencontre de manière très réaliste et sombre la fin de notre monde. A part le calamiteux « Dévorer le ciel », la sélection des romans était passionnante et variée. Mon seul regret sera que l’extraordinaire « Ici n’est plus ici » de Tommy Orange n’ait pas été sélectionné par mon jury de janvier  (heureusement, ce fut au profit de « Girl »).

Catégorie polar :

« Mon territoire » de Tess Sharpe, le choix du meilleur polar ne fut pas aussi évident que pour le roman. Je n’ai pas eu de véritable coup de cœur dans cette sélection mais nous avons eu plusieurs excellents polars. J’ai choisi celui de Tess Sharpe parce qu’il allie une intrigue rythmée à un propos féministe. Mais j’ai également beaucoup aimé retrouver Harry Hole et l’efficacité de Jo Nesbo dans « Le couteau », « Une famille presque normale »de M.T. Edvardsson à l’habile construction qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière phrase et « Sacrifices »de Ellison Cooper, un polar totalement addictif.

Catégorie essai :

« Honoré et moi » de Titiou Lecoq, aucune hésitation pour le choix de mon essai préféré tant j’ai été enchantée par cette biographie de Honoré de Balzac. La vie flamboyante de ce perdant magnifique est rendue avec humour, tendresse et un style enlevé. Un régal ! Même s’il ne s’agit pas de ma catégorie favorite, j’ai été ravie de découvrir également « Le consentement » de Vanessa Springora dont j’ai apprécié la sobriété et la lucidité, « Le courage des autres » de Hugo Boris qui n’hésite pas à nous montrer ses failles et ses faiblesses et « Jouir » de Sarah Barmak qui dédramatise l’orgasme féminin et aide les femmes à se réapproprier leurs corps.

Je croise les doigts pour que l’un de mes chouchous soit dans le trio gagnant ! L’aventure du prix Elle fut passionnante, enrichissante et je suis prête à rempiler dès que cela sera possible !

 

 

 

La soustraction des possibles de Joseph Incardona

CVT_La-soustraction-des-possibles_9148

A Genève, en 1989, Aldo Bianchi est professeur de tennis pour de riches femmes oisives. Aldo ne s’arrête pas aux vestiaires, il exerce ses charmes sur ces riches femmes mariées. Lui aussi veut profiter de la gigantesque manne d’argent qui déborde en Suisse. Mais au fond de lui, Aldo sait qu’il est né petit et qu’il le restera. Pourtant, sa chance pourrait peut-être tournée grâce à une rencontre. Grâce à sa dernière conquête, Odile Langlois, Aldo devient porteur de valises de cash. Il dépose l’argent dans un casier et une femme vient le récupérer. Cette femme se nomme Svetlana, elle travaille dans la finance et elle espère également croquer une part du gâteau capitaliste. Aldo et elle vont lier leurs destinées pour profiter du système et enfin gagner le gros lot. Mais maitrisent-ils bien tous les rouages du système financier ?

« La soustraction des possibles » de Joseph Incardona est un roman ambitieux, dense, au scénario très élaboré qui se rapproche du roman noir. L’intrigue est foisonnante et réserve de nombreuses surprises et rebondissements. Au début du roman, l’auteur nous explique qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’argent, de truands, de bourreau, de copains, de désir, de trahison, d’ambition mais une histoire d’amour. Et pourtant « La soustraction des possibles » est tout ça à la fois. C’est également un roman profondément balzacien puisque l’argent en est le sujet central.

Joseph Incardona choisit de placer son intrigue en 89-90, les années de gloire de l’ultra-libéralisme et des golden boys tout droit sortis de « American psycho ». L’argent est roi, le système financier et les paradis fiscaux ne sont pas encore réglementés. « L’argent est devenu le « McGuffin » de l’Humanité. On ne sait même plus s’il est cause ou conséquence d’un certain fonctionnement économique. Les années 1990 préfigurent un système sur le point de perdre tout contrôle, où l’informatique s’apprête à révolutionner la planète, où les algorithmes  emballent la combinatoire des transactions boursières. Plus personne ne sait vraiment ce qu’est devenu l’argent, un moyen, un but, un prétexte, une dématérialisation de nos existences ». Ce que montre parfaitement Joseph Incardona, c’est à quel point ce système irradie tous les secteurs. L’argent relie entre eux, comme une gigantesque pieuvre, les banquiers suisses, les mafieux corses, la prostitution (les pages concernant le conditionnement de filles de l’est à la prostitution sont saisissantes) et bien d’autres choses encore.

Aldo et Svetlana viennent du même milieu social, ils ont connu les mêmes humiliations, ils ont la même rage de s’en sortir et, à deux, ils pensent être plus forts. Ils font tous les deux parties d’une impressionnante galerie de personnages mais ce sont ces deux-là que l’on suit du début à la fin. Ce sont eux, les petits, vers qui va notre sympathie.

Enfin, il faut parler du style de Joseph Incardona. Il est nerveux, cinématographique, fortement ironique. Le narrateur n’hésite pas à se moquer de ses personnages. Il nous interpelle, nous raconte sa vie et c’est d’ailleurs l’un de mes bémols car je ne comprends pas ce que viennent faire là les morceaux de vie de l’auteur. Le style est extrêmement original, vivant mais son côté un peu ostentatoire peut lasser sur la longueur.

« La soustraction des possibles » est un roman très ambitieux, au scénario dense sur l’argent-roi des années 89-90.

 

La fille sans peau de Mads Peder Nordbo

9782330130589

A Nuuk, Groenland, une découverte importante agite la petite communauté : le corps d’un viking a été retrouvé dans la glace. Le journaliste danois, Matthew Cave, veut être le premier sur le lieu de la découverte. Après avoir fait une première visite sur le site, il décide de revenir le lendemain pour avoir les résultats des analyses faites sur le corps. Mais à son retour, il découvre que le viking a disparu. Pire, le policier, chargé de surveiller le site, a été retrouvé mort. Il est nu et éviscéré. Ce cadavre en rappelle malheureusement d’autres. Quarante ans plus tôt, d’autres hommes avaient connu exactement le même sort. Matthew Cave décide de se plonger dans ces anciennes affaires non élucidées pour essayer de comprendre ce qui se passe à Nuuk.

« La fille sans peau » est le premier roman d’une trilogie. Le polar de Mads Peder Nordbo se lit sans déplaisir mais, une semaine après l’avoir lu, je dois reconnaître que je n’ai déjà plus beaucoup de souvenirs de l’intrigue. L’enquête policière mélange de manière assez classique le présent et le passé. L’enquêteur-journaliste est un solitaire qui a une histoire douloureuse. Nous l’explorons dans ce premier tome et j’imagine qu’elle continuera à se développer dans la suite. Matthew Cave va recevoir l’aide d’une jeune femme, sauvage, revêche, tatouée qui m’a beaucoup fait penser à Lisbeth Salander. l’intrigue est plutôt bien menée mais l’ensemble manque d’originalité. Ce qui est plus intéressant et singulier, c’est le Groenland. Les coutumes, le climat, le rapport avec le Danemark constituent le fond de l’intrigue.

« La fille sans peau » est un polar qui se lit aisément, l’intrigue se tient, les personnages sont plutôt attachants. Mais l’ensemble n’est malheureusement pas très original et s’oublie assez rapidement.

Le courage des autres de Hugo Boris

9782246820598-001-T

Il y a quinze ans, Hugo Boris obtient sa ceinture noire de karaté. Le lendemain, il est témoin d’une altercation dans le métro et, en état de sidération, il n’arrive pas à intervenir. Il réussit seulement à tirer le signal d’alarme. La situation le questionne et il se met à noter ce qu’il voit dans le métro, le RER pour composer un herbier de saynètes. « La communauté humaine qui se rassemble pour cette épopée quotidienne donne à voir le meilleur et le pire d’elle-même. Mais dans ce pire, il suffit du courage d’une seule personne pour la racheter. Il s’en trouve quelques uns dans cet herbier, des hommes ou des femmes, pour relever tous les autres. Qu’ils soient ici célébrés. »

« Le courage des autres » est constitué de scènes du quotidien dans les transports en commun. Elles révèlent le courage de certains face à des situations violentes, aux insultes, qui sont capables de s’interposer physiquement ou verbalement. Certains  osent prendre la parole et d’autres pas. Hugo Boris fait partie de cette deuxième catégorie et il en faut également du courage pour l’écrire, pour révéler ses faiblesses aux autres. Son honnêteté lui fait honneur : « Je n’ai pas envie d’emprunter ici le masque du lyrisme pour faire du beau avec du laid, des mots qui seraient des insultes à la vérité, ce soir-là, je suis une merde, une lavette, un faible, un infirme. Je suis malade de la peur. J’ai la maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. Ma propre réaction me terrorise, me dévirilise, me tend mon reflet authentique, celui d’un pauvre mec sans couilles au cul. Si lâche, si friable. » Et bien évidemment, c’est un miroir que Hugo Boris tend également à ses lecteurs. Qui n’a pas pas baissé les yeux devant un SDF ? Qui n’a pas changé de wagon en voyant une personne agressive ? Qui n’a pas écouté la conversation de ses voisins de métro ? Hugo Boris décrit, analyse nos petites lâchetés, nos évitements face à la violence du quotidien. La violence sociale est également présente avec ces salariés obligés de prendre un bus parce qu’il n’y a plus de métro ou de RER à l’heure où ils sortent du boulot. Ce sont des salariés pauvres (hôtellerie, gardiennage, restauration, etc…) qui vont devoir passer des heures dans le bus avant de rentrer chez eux.

Dans les pages de Hugo Boris, il y a aussi de la lumière, des moments de tendresse (comme cette femme qui ôte une peluche sur le foulard de sa voisine de métro). Tous ces instantanées sont un kaléidoscope d’humanité et Hugo Boris leur prête sa plume vive, précise et pleine d’empathie.

J’avais beaucoup « Police »et j’ai tout autant apprécié « Le courage des autres », hommage à ceux qui se lèvent, qui s’opposent et s’interposent dans le métro face à la violence, aux incivilités.

Tous les vivants de C.E. Morgan

unnamed

Aloma rejoint Orren dans sa ferme au fin fond du Kentucky. Tous les deux se sont connus et aimés à l’école de la mission catholique où Aloma se trouvait depuis l’âge de 12 ans. Elle perdit ses parents à 3 ans et vécut chez son oncle et sa tante. Les deux jeunes gens tombent amoureux et imaginent leur futur ensemble : « Elle lui raconta qu’un jour viendrait où elle quitterait ces montagnes et partirait jouer du piano, et il lui détaillait encore et encore la ferme qu’il posséderait un jour, et ni Aloma ni Orren ne semblaient remarquer que ces deux trajectoires ne pourraient jamais converger. » Et pourtant, quand Orren demanda à Aloma de venir le rejoindre, elle répondit oui sans hésitation. Elle n’imaginait pas qu’elle allait trouver un Orren très différent. En effet, il vient de perdre sa mère et son frère aîné dans un accident de voiture. Orren est plongé dans un deuil profond et il se renferme totalement sur lui-même.

« Tous les vivants » est le premier roman de C.E. Morgan et il fut écrit il y a dix ans. L’auteur dresse le portrait d’une jeune femme plongée dans une situation qu’elle n’arrive pas à maîtriser. Orren a besoin d’une femme qui s’occupe de son foyer, de ses repas alors qu’Aloma ne sait même pas cuire le riz. Tous deux sont dans l’incompréhension, dans l’incommunicabilité. Orren semble avoir une dette envers sa famille, il doit rester pour exploiter des terres arides pour leur rendre hommage. Aloma n’a pas de racines, pas de maison. Elle est aussi soumise à Orren qu’elle est en colère contre lui. Leurs deux âmes blessées ne font que s’affronter. Aloma ne trouve le calme et la liberté que lorsqu’elle joue du piano. Elle s’échappe alors des contraintes de son foyer, de ces étouffantes montagnes qu’elle ne supporte plus. Mais en s’échappant ainsi, elle s’éloigne dangereusement d’Orren. La plume de C.E. Morgan est remarquable d’âpreté, d’acuité dans la description de la psychologie des personnages.

« Tous les vivants » nous fait pénétrer dans l’intimité, la psychologie d’un couple et dresse le portrait de deux âmes blessées. La plume, juste et âpre, de C.E. Morgan fait merveille.

picabo-300x300

Chez nous de Louise Candlish

CVT_Chez-nous_8289

Au 91 Trinity Avenue à Londres vivent Fiona et Bram Lawson et leurs deux fils. Le couple est en cours de divorce mais Fiona et Bram continuent à partager leur maison pour ne pas perturber leurs enfants. Partie en week-end seule, Fiona doit rentrer plus tôt pour récupérer son ordinateur. Bram est supposé être chez eux avec les enfants. Mais ce n’est pas son mari que Fiona découvre dans sa maison. Un camion de déménagement est là et un couple installe ses affaires dans la maison. Tous les meubles, tous les vêtements des Lawson ont disparu. Le couple présent dans la maison se dit propriétaire. Fiona tente d’appeler Bram en vain. Leurs enfants ne sont ni à l’école ni à la maison. La journée de Fiona se transforme en cauchemar.

« Chez nous » est un roman diablement bien ficelé. L’histoire nous est racontée par différents biais narratifs : la période où Fiona découvre que sa maison a été vendue, un podcast, « La victime », consacré aux affaires criminelles où Fiona raconte ce qu’elle a vécu, un document word où Bram donne sa version des faits. Ces différents points de vue donnent de l’épaisseur, de la richesse au roman. L’entrée en matière, la découverte de Fiona en rentrant chez elle, est particulièrement réussie. Elle accroche le lecteur, l’intrigue terriblement. L’utilisation des différents types de narration nous offre progressivement des révélations sur les protagonistes. L’engrenage implacable qui mène à la vente de la maison est parfaitement maîtrisé. Et lorsque l’on pense avoir compris les tenants et les aboutissants de l’histoire, Louise Candlish nous réserve une fin inattendue et totalement scotchante.

« Notre maison nous abritait et nous protégeait, mais elle nous définissait également. » L’amour de Fiona pour cette maison est véritablement au cœur de ses problèmes. C’est parce qu’elle n’imagine pas vivre ailleurs qu’elle propose à Bram de la partager après leur séparation. Perdre la maison semble d’ailleurs être plus douloureux  pour elle que la fin de son mariage ! Au travers de leurs témoignages, Fiona et Bram ne paraissent pas se connaître si bien que ça, de nombreux secrets existent entre eux. Finalement, la maison de Trinity Avenue était peut-être le lien le plus fort entre eux. J’ai beaucoup aimé cette manière d’envisager le couple.

« Chez nous » est un polar addictif réservant des surprises, des rebondissements aux lecteurs jusqu’à la dernière ligne.

Merci à NetGalley et les éditons Sonatine pour cette lecture.

 

 

Le crépuscule du paon de Claire Bauchart

71yxnd+WEqL

Après avoir publié un scoop, Pascaline Elbert a été promue responsable du service politique de son journal En avant. Enviée par ses collègues, elle n’a pas le droit à l’erreur. Sa situation est d’autant plus compliquée qu’elle s’est séparée de son compagnon et doit gérer seule sa petite fille. Mais Pascaline a du flair et elle est tenace. Elle est bientôt lancée sur une nouvelle enquête suite à la grève des salariées d’une entreprise de BTP. L’usine Burier est menacée de délocalisation. Mais quelques jours plus tard, le marché public pour la rénovation de la Sorbonne doit être attribué. Cela pourrait sauver Burier et ses salariés. Pascaline se rend compte que les différents marchés publics de rénovation des grandes universités parisiennes ont tous été attribués à de grandes usines de BTP dont Burier fait partie. Dans le même temps, la vice-présidente du conseil régional d’Ile-de-France cherche à joindre Pascaline. Cela ne peut pas être une simple coïncidence.

Je ne connaissais pas Pascaline Elbert dont « Le crépuscule du paon » est la deuxième enquête journalistique. Claire Bauchart a travaillé aux services économiques de L’opinion et des Echos et cela se sent dans son roman. Cette histoire de collusion entre des entrepreneurs de BTP et des hommes politiques est parfaitement vraisemblable. Le montage financier de l’affaire est également expliqué de manière très claire. L’enquête de Pascaline réserve son lot de surprises, de rebondissements. Le ministre de l’économie, Stéphane Toxandrie, nous fait furieusement penser à quelqu’un… « Avec ses deux bras droits présents ce soir-là dans ce grenier mal isolé de la rue Mayet, loué à prix d’or par Michel Estourneau pour leurs réunions occultes, Stéphane Toxandrie avait lancé son propre mouvement, quatre années plus tôt, à un an à peine de l’élection. Le Grand Rassemblement, rapidement rebaptisé GraRass à la fois par la presse et son équipe de campagne, se voulait un parti du centre, ambitionnant de concaténer les envies de près de deux tiers des Français. » Ego démesurés, ambitions dévorantes, rancœur et vengeance vont émailler l’enquête rythmée de Pascaline.

J’ai eu un peu de mal à m’y retrouver dans les nombreux personnages présentés au début du roman. Mais cela ne dure pas et j’ai ensuite passé un bon moment de lecture en compagnie de l’audacieuse Pascaline.

Merci aux éditions du Rocher pour cette lecture.

Dans la gueule de l’ours de James McLaughlin

dans-la-gueule-de-l-ours

Après un séjour en prison, Rice Moore réussit à trouver un travail. Il devient le gardien d’une réserve dans les Appalaches. Vivant seul au milieu de la nature, il espère se faire oublier du cartel mexicain qu’il a trahi. Mais Rice prend son travail très à cœur et la découverte d’un ours abattu va le rendre imprudent. En tant que garde-forestier, il doit étudier et protéger la faune et la flore. Il semble que certains habitants des environs font du trafic avec les vésicules d’ours. Et cela, Rice ne peut le tolérer. Il se met donc en chasse des braconniers.

Le premier roman de James McLaughlin est surprenant. L’auteur est un photographe passionné de nature et cela se sent à travers son livre. « Dans la gueule de l’ours » est un hybride entre le polar et le nature-writing. Pour ceux qui apprécient les polars haletants, celui-ci n’est absolument pas pour vous ! L’intrigue prend son temps, elle se déploie lentement entre les descriptions de la nature, les balades de Rice et sa forte interaction avec le lieu où il se trouve. La préservation de la nature est l’une des grandes préoccupations du roman. Et James McLaughlin maîtrise totalement les descriptions de l’environnement de la réserve, elles sont extrêmement détaillées et visuelles.

Malgré tout, l’intrigue va s’accélérer de manière spectaculaire dans les cent dernières pages. Le braconnage d’ours va se retrouver entremêlé avec le cartel mexicain qui recherche Rice. Et finalement, cette partie du roman est réellement sombre, noire et fait de « Dans la gueule de l’ours » un polar à part entière.

« Dans la gueule de l’ours » est un premier roman qui se déploie lentement mais sûrement entre polar et nature-writing. Extrêmement bien écrit (et traduit par Brice Matthieussent), ce livre propose une réflexion sur la nature et notre cohabitation avec elle et un personnage central de plus en plus attachant au fil des pages.

picabo-300x300