Les vieux fourneaux de Lupano et Cauuet

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Après 50 ans de vie commune, Antoine doit dire adieu à sa femme Lucette. A la crémation doivent le rejoindre ses deux grands amis d’enfance : Pierrot et Mimile. Lucette et Antoine ont tous deux travaillé dans le laboratoire Garan-Servier. Elle quitta ce travail  pour créer le théâtre de marionnettes du loup en slip et parcourait la campagne avec sa camionnette rouge. Pierrot, anarchiste pur et dur, passa un an en prison pour avoir démoli une machine chez Garan-Servier. A contre-courant toute sa vie, il continue à être un activiste au sein de son groupe de non-voyants anarchistes « Ni yeux, ni maître » ! Émile, quant à lui, a fait plusieurs fois le tour du monde , a joué au rugby aux Iles Samoa et a fait des affaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lucette a laissé une lettre à Antoine chez le notaire. Lui qui vénérait sa femme, a la mauvaise surprise de découvrir qu’elle a eu une aventure avec le directeur de Garan-Servier. Sa jalousie le pousse à prendre la route pour le retrouver et le tuer. A sa suite, Pierrot et Mimile cherchent à l’arrêter à bord de la camionnette rouge de Lucette. C’est Sophie, la petite-fille d’Antoine, qui les conduit.

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Voilà une bande-dessinée extrêmement réjouissante et réussie. Les trois amis d’enfance sont des personnages haut en couleur et absolument attachants. Les trois caractères sont tout de suite bien croqués. Toujours en colère, toujours prêts à en découdre, les vieux camarades nous entraînent dans un road-movie joyeusement décalé.

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Le ton est truculent, impertinent et les dialogues sont savoureux. Mais il y a aussi beaucoup d’émotions, de sensibilité. Les flashbacks nous montrent nos trois amis enfants, jouant aux pirates, une amitié profonde et inébranlable. Il nous montrent également l’histoire d’amour de Lucette et d’Antoine nous permettant de mieux comprendre la réaction violente et viscérale d’Antoine. Cette bande-dessinée met également en avant l’engagement des trois hommes. Syndicaliste, anarchiste ou baroudeur, chacun à sa manière a su défendre ses idéaux et les appliquer. Et quel plaisir de voir ces trois vieillards indignes tenir la vedette d’une bande-dessinée !

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Le scénario, les dialogues, les dessins réalistes et précis contribuent à la réussite de cette bande-dessinée. Un véritable régal que je vous recommande de toute urgence. Vivement la lecture du tome 2 !

La blonde aux yeux noirs de Benjamin Black

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 « Un signal sonore m’annonça que quelqu’un avait ouvert la porte extérieure, puis une femme traversa la salle d’attente et fit une brève halte devant mon bureau. Le clac-clac des talons hauts sur le plancher ne me laisse jamais indifférent. J’allais l’inviter à entrer de ma voix spécialement grave, style Aie-confiance-cher-client, quand elle entra, sans frapper. » C’est ainsi que Clare Cavendish entra dans la vie du détective privé Philip Marlowe. Elle souhaite l’engager pour enquêter sur la mort de son amant Nico Peterson. Ce dernier s’est fait renverser par un chauffeur deux mois auparavant à la sortie d’un club. Riche héritière, Clare fascine tout de suite Marlowe grâce son élégance et son physique racé. Il accepte donc d’enquêter sur la disparition de Peterson. Ce dernier se révèle avoir eu une vie assez trouble, proche des milieux interlopes. Mais que faisait une femme comme Clare Cavendish avec cette petite frappe ? Philip Marlowe n’est pas au bout de ses surprises et encore moins de ses peines.

Benjamin Black, pseudo de John Banville lorsqu’il écrit des romans noirs, a décidé de faire revivre l’un des symboles du hardboiled américain : Philip Marlowe, le héros de Raymond Chandler. L’auteur lit les romans de Chandler depuis son adolescence et a souhaité lui rendre hommage. Son point de départ fut la liste de titres de futurs romans que Raymond Chandler établissait. Parmi eux figurait « La blonde aux yeux noirs ».

Le pari de Benjamin Black est parfaitement réussi. Le lecteur retrouve tout de suite ses marques. On est au début des années 50 à Bay City, au sud de la Californie. Hollywood est toute proche et attire les jeunes gens plein d’espoir et d’ambition. Les femmes ont des tailleurs cintrés, des chapeaux à voilette et des talons aiguille. Les hommes ont un chapeau mou vissé sur la tête, une cigarette au coin de la bouche et un verre de whisky à la main. Benjamin Black nous replonge immédiatement dans cette ambiance, l’imaginaire est en terrain conquis, la silhouette de Bogart se dessine devant nos yeux.

Et Philip Marlowe n’a pas changé. Il est toujours ce pessimiste loyal et au code de l’honneur impeccable. Les cuites lui font oublier les coups durs et les coups de poing. Derrière cette carapace de dur à cuire, bat un cœur sensible qui ne sait pas résister au beau minois d’une blonde aux yeux noirs. Comme toujours, l’intrigue, qui semble simple au départ, va s’avérer beaucoup plus complexe et dangereuse. Marlowe se trouve embarqué bien malgré lui dans une bien sombre affaire aux nombreuses ramifications. Et comme toujours, il aura bien du mal à se faire payer !

Derrière ce terrain bien balisé, Benjamin Black a disséminé tout au long du roman des clins d’œil à son Irlande natale. Vous croiserez à Bay City Michael Collins et la guerre d’Indépendance ou encore une citation d’Oscar Wilde. Il fallait que l’écrivain marque un peu de son empreinte l’univers de Raymond Chandler.

« La blonde aux yeux noirs » est un hommage au héros de Raymond Chandler par un très grand écrivain contemporain. L’univers de Marlowe est parfaitement reconstitué, l’intrigue tient ses promesses. J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver le privé le plus désabusé et alcoolisé de la littérature américaine.

Merci aux éditions Robert-Laffont.

Une photo, quelques mots (172ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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« Quand le matin le soleil venait de derrière l’hôtel, découvrant devant moi les grèves illuminées jusqu’aux premiers contreforts de la mer, il semblait m’en montrer un autre versant et m’engager à poursuivre sur la route tournante de ses rayons, un voyage immobile et varié à travers les plus beaux sites du paysage accidenté des heures. » Anne est loin, loin de ce bus qui la ramène chez elle après plus d’une heure de transport. Elle est sur une plage ensoleillée de Normandie, à Balbec avec le narrateur et sa grand-mère. La longueur du trajet d’Anne se noie dans le rythme des mots, leur poésie. Son temps devient celui de l’auteur, il est suspendu à chaque virgule, chaque point. Le vent vivifiant de la mer, son azur limpide nettoient la pluie, éclairent la nuit opaque.

Les bip bip répétés des touches d’un téléphone portable la ramènent par moments à la réalité de ce bus de banlieue. Elle s’en agace, fronce les sourcils. Comment peut-on se contenter de cette évasion numérique ?

La soif de rêve et de fiction d’Anne semble insatiable. Jamais éteinte, jamais assouvie, elle l’entraîne d’une page à l’autre, d’un livre à l’autre. Elle en oublie ses aller-retours dans des transports mal odorants, bondés, bruyants. Son esprit vagabonde, sautille de mot en mot. Il est libre.

« (…) Malheureusement ce n’était pas seulement par son aspect que différait de la « salle » de Combray donnant sur les maisons d’en face, cette salle à manger de Balbec, nue, emplie de soleil vert comme l’eau d’une piscine, et à quelques mètres de laquelle, la marée pleine et le grand jour élevaient comme devant la cité céleste, un rempart indestructible et mobile d’émeraude et d’or. » Ce soir, comme souvent, Anne manque son arrêt.

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7 femmes contre Edimbourg de Ely M. Liebow

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Au 19ème siècle à Édimbourg, sept jeunes femmes tentent de se faire admettre dans les cours de médecine. Leur scolarité fait débat avec des enseignants farouchement contre et d’autres plus ouverts comme le Dr Bell ou le Dr Watson. Les premiers estiment que les femmes n’ont pas l’intelligence nécessaire, que leur rôle est à la maison et que leur présence dans des cours d’anatomie est une grave atteinte à la décence et à la moralité. Les sept étudiantes sont durement mises à l’épreuve : insultées, couvertes de boue et autres projectiles, il leur faut beaucoup de courage pour continuer à se battre pour leurs droits. Mais la situation va changer lorsqu’elles vont être menacées physiquement et qu’un tireur les prendra pour cible.

Ely M. Liebow a fait des recherches dans le cadre d’une biographie sur Joseph Bell, médecin et professeur de médecine à Édimbourg (1837-1911). Conan Doyle s’est inspiré de ce médecin et de ses nombreuses recherches sur l’être humain pour créer le personnage de Sherlock Holmes. ELy M. Liebow s’est amusé à écrire  un roman où le Dr Bell est au centre et fait montre de talents intuitifs exceptionnels. La quatrième de couverture de « Sept femmes contre Édimbourg » est malheureusement trompeuse. Il est noté que le « récit ressemble à s’y méprendre à une aventure de Sherlock Holmes. Meurtres, énigmes, missives anonymes, flèches empoisonnées, émeutes d’étudiants, autant d’éléments qui semblent avoir pour dessein de décourager les jeunes femmes de poursuivre leur projet ». Le problème, c’est que le premier meurtre n’arrive qu’à la page 280 ! Avant cela, il s’agit plus de la situation des femmes au 19ème siècle à Édimbourg. Ce combat féministe pour rentrer à l’école de médecine n’est pas inintéressant. Il donne une bonne idée de la place de la femme à cette époque et quelle vision la société avait d’elles. L’auteur décrit également par le menu les quartiers pauvres de la capitale écossaise, les conditions de vie difficiles des ouvriers. Mais me fiant à la quatrième de couverture, ce n’est pas un livre historique que j’attendais. Le roman que je souhaitais lire ne dure que 120 pages sur 400.

L’idée de départ de Ely M. Liebow était vraiment plaisante, le parallèle entre le Dr Bell et Sherlock Holmes m’intéressait. Malheureusement, son roman est plus un livre d’histoire qu’un véritable roman policier et  à suspens à la Conan Doyle.

Amours de Léonor de Récondo

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Nous sommes en 1908 à St Ferreux-sur-Cher dans une grande maison bourgeoise. Victoire est mariée à Anselme Boisvaillant depuis cinq ans. C’est un remariage pour lui. Après le décès de sa première femme, Anselme met une petite annonce dans Le chasseur français. Ce sont les parents de Victoire qui y répondent, une belle manière de caser l’une de leurs sept filles. Victoire, bien entendu, n’a pas son mot à dire, la belle situation de son prétendant ne se refuse pas. Mais au bout de cinq ans, le mariage n’est pas une réussite. Anselme travaille tous les jours, même le dimanche, ses précieux dossiers de notaire ne peuvent attendre, il semble se cacher derrière eux. Il ne comprend pas Victoire et celle-ci finit par s’ennuyer, s’étioler. Et le pire, c’est qu’aucun enfant n’est venu couronner cette union. La naissance tant attendue, tant espérée ne vient pas au grand désespoir d’Anselme et Victoire. Il faut dire que le désir n’est guère au rendez-vous chez les Boisvaillant. Anselme passe alors ses pulsions sexuelles sur la jeune bonne Céleste qui, elle non plus, n’a pas son mot à dire. Les choses vont changer pour les habitants de la propriété lorsque Céleste tombe enceinte des œuvres d’Anselme.

« Amours », le beau roman de Léonor de Récondo, parle bien entendu de l’amour mais surtout de corps et plus précisément de l’acceptation, de la libération des corps de Victoire et Céleste. Ces deux femmes, pour des raisons différentes, sont dans la négation de leurs corps. Avant le mariage, Victoire n’a jamais vu son corps nu en pied. Elle ne s’habille pas seule, le corset ne peut être serré que par une servante. Cette mode vestimentaire infantilise les femmes en plus d’entraver leur corps. Certes à Paris, Poiret lance ses robes sans corset pour libérer les silhouettes. Mais la mode est loin d’arriver jusqu’au Cher. Sans grossesse, Victoire se sent vide, inutile. Une femme n’a pour seule mission que d’enfanter comme le martèlent l’Église et l’éducation bourgeoise.

Céleste, quant à elle, est invisible et l’a toujours été. Sa mère a mis au monde de très nombreux enfants et ne fait pas la différence entre les uns et les autres. Céleste n’a pas d’identité propre. Petite paysanne, elle a de la chance d’avoir une si belle position chez les Boisvaillant. Anselme abuse d’elle mais Céleste pense que cela fait partie de sa condition de bonne. La naissance de son fils la révèle à elle-même : « Céleste, plongée dans une multitude d’émotions inconnues jusque là, réalise qu’elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude : ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l’insuffle. Il est d’une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé par les corvées de la vie courantes – souvent celles des autres – prend une dimension nouvelle. » Cette naissance, le rapprochement avec Céleste, va permettre à Victoire de s’épanouir à son tour. Elle prend enfin conscience de son corps, se l’approprie et acquiert une identité.

« Amours » est un roman émouvant, tendre sur le cœur des femmes, sur le début de leur émancipation. Le style fluide, concis de Léonor de Récondo rend la lecture très plaisante et nous amène au plus près de l’âme de Victoire et Céleste.

Au temps de Klimt-La sécession à Vienne

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Le titre de l’exposition de la pinacothèque est essentiel à la compréhension, voire à l’appréciation de ce qu’elle renferme : « Au temps de Klimt – la Sécession à Vienne ». Bien évidemment, l’affiche peut tromper ou laisser espérer que Gustave Klimt sera largement à l’honneur. « Judith » est néanmoins bien l’œuvre phare de cette exposition et le travail de Klimt est représenté par une vingtaine d’œuvres (1/10ème de l’expo).

klimt-friseGustav Klimt-Frise Beethoven

La pinacothèque expose donc des œuvres allant des prémices de la Sécession à sa fin avec les débuts de l’Expressionnisme et le travail de Egon Schiele, Oscar Kokoschka et Koloman Moser. Le début de l’exposition recontextualise le mouvement artistique à naître. Vienne est alors une ville prospère, fleurissante et cosmopolite. L’art est essentiellement académique et on peut le constater dans les premières œuvres de Klimt et de son frère Ernst. De jeunes artistes viennois comme Carl Moll ou Josef Engelhart se frottent à l’art des Impressionnistes en venant à Paris et découvrent la modernité. Klimt abandonne l’académisme lorsque son œuvre « Philosophie, médecine et jurisprudence », destinée à l’université de Vienne, est rejetée et vertement décriée.

Engelhart-café-parisien-1891Josef Engelhart-Café parisien

C’est ainsi qu’en 1897, un groupe d’artistes se regroupe autour de Klimt pour former la Sécession dont la devise est « À chaque époque son art. À l’art sa liberté. » Comme l’art nouveau, la volonté première de la Sécession est l’art total, l’art partout et dans les moindres détails. Et l’exposition montre bien que tous les domaines artistiques participent à ce mouvement. On peut y voir du mobilier et des bijoux signés Hoffman, des photos des architectures de Otto Wagner, des céramiques créées par les ateliers des Wiener Werkstätte et l’art décoratif est mis à l’honneur avec le fac-similé de la fresque de Beethoven. Une œuvre inspirée de la 9ème symphonie et qui annonce la période dorée de Klimt. Les femmes, fragiles et fatales, occupent une importante section,  ainsi que les paysages et les portraits qui clôturent l’exposition.

josef-hoffmann-conception-broche-modele-c4d8-diaporamaJosef Hoffman-Broche, 1905

L’intérêt de l’exposition de la Pinacothèque est de montrer le bouillonnement, l’émulation des artistes de la Sécession viennoise. Les œuvres de Klimt présentées nous montrent les différents visages de l’artiste et sont différentes de celles qui étaient à l’exposition « Vienne 1900 » du Grand Palais. J’ai eu la chance de voir l’exposition dans de bonnes conditions mais il semble que la foule ait envahi les salles depuis. Une exposition à voir si l’on cherche à revenir aux fondements de ce beau mouvement artistique qu’est la Sécession.

 carl-moll-bosquet-bouleaux-a383-diaporamaCarl Moll-Bosquet de bouleaux

Le diable à Westease de Vita Sackville-West

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Lorsque Roger Liddiard découvre le village de Westease, il tombe rapidement sous le charme. Ce sémillant écrivain recherche le calme et la tranquillité. Quoi de mieux que la paisible campagne anglaise pour se poser et se reposer ? Roger achète un ancien moulin et fait connaissance du voisinage : le révérend Gatacre et sa séduisante fille Mary, le Professeur, un gentleman misanthrope logeant dans un manoir et le détestable mais réputé Wyldbore Ryan, peintre de son état. Quand le révérend est retrouvé assassiné, c’est la stupeur dans la petite communauté. La police est évidemment diligentée sur les lieux et les soupçons s’orientent vers la fille du révérend, la divine Mary qui est loin de laisser indifférent notre Roger.  C’est pour l’innocenter qu’il se lance dans l’enquête mais décidément tout concourt à accuser quelqu’un du village. « Car oui, le mystère restait entier. L’enquête n’avançait pas d’un pouce, aucune trace d’une personne étrangère au pays n’avait pu être signalée. Et il était confirmé qu’à l’heure supposée du crime tous les habitants du village étaient soit chez eux, soit au pub du Prince sans tête, ce qui n’avait rien d’étonnant vu le temps qu’il faisait ce soir-là. » Ne restent donc sur la liste des suspects que le Professeur, Wyldbore Ryan, Mary et Roger lui-même.

Vita Sackville-West s’essaie au roman policier, au whodunnit cher à Agatha Christie. L’atmosphère est éminemment anglaise grâce à ce décor de petit village de campagne en apparence bien inoffensif. Tout s’y passe de manière feutrée et élégante. Le drame ne fait  perdre son sang froid à personne. L’humour est caustique, piquant comme savent si bien le faire nos amis anglais.

Mais il me faut bien l’avouer, malgré mon admiration pour Vita Sackville-West, n’est pas Lady Agatha qui veut. Le suspens dans ce roman est des plus ténu, l’intrigue manque de complexité et de rebondissements. Malheureusement, j’ai rapidement identifié l’assassin. J’espérais me tromper, j’espérais une surprise qui n’est pas venue. Vita Sackville-West semble plus intéressée par l’histoire d’amour naissante entre Mary et Roger que par la résolution de son affaire criminelle.

Néanmoins, j’ai pris du plaisir à lire « Le diable à Westease », le style est fluide, les personnages bien croqués, l’atmosphère fort plaisante. Le roman se lit vite, facilement. Mais si vous vous attendez à un bon roman policier, passez votre chemin, Vita n’est pas Agatha !

 Une lecture partagée avec mes amies Eliza et Shelbylee.

Une photo, quelques mots (170ème) – Atelier d’écriture de Leiloona

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©Leiloona

C’est ici, place de la Concorde, que je suis tombé amoureux de toi. C’était en mai, il y a tout juste dix ans. Un joli mois de mai, lumineux et doux. Le soleil donnait des reflets argentés à l’eau qui jaillissait de la fontaine des mers. Le pyramidion de l’obélisque étincelait. J’étais jeune, je débarquais de ma province. J’étais ébloui. Tu étais là, tu étais mystérieuse et ensorcelante. Il me fallait te découvrir, apprendre à te connaître, à t’apprivoiser.

Tu étais changeante, troublante. La lumière modifiait sans cesse ton visage. Froide et sombre lorsque l’hiver venait, chaude et accueillante lorsque le soleil te caressait. J’étais perplexe devant tes mille réalités. Ton élégance, ta gouaille, ta modernité, tu t’adaptais toujours et encore. Rien ne semblait pouvoir te perturber. Solide et fière, tu résistais à tout et déjà j’avais du mal à te suivre.

Je cherchais à te comprendre, à te saisir. J’errais le long du quai des Grands Augustins, je vagabondais dans les allées sinueuses du parc des Buttes-Chaumont, je marchais dans les couloirs interminables et blêmes du métro, je parcourais les immenses percées haussmanniennes en quête d’une vérité, d’une identité.

Tu étais aussi dure que tu pouvais te faire légère. Tu me rejetais autant que tu m’enveloppais. Mon cœur se pinçait lorsque je te quittais, la vie même semblait s’arrêter loin de toi, ma palpitante ! Que d’énergie pourtant il m’a fallu déployer pour rester auprès de toi, tu ne supportais aucune faiblesse, aucune faille. J’ai grandi, mûri dans tes bras. Je me suis endurci, un peu, pas assez.

Mais aujourd’hui, je suis las de devoir batailler pour être à la hauteur. Je n’ai plus la force nécessaire. Je sais que je dois m’éloigner pour me préserver. C’est pour te dire adieu que je suis revenu place de La Concorde. Le temps est de circonstance. Le ciel est bas, couvert, morne. Il t’ôte tout éclat. Je suis là, je t’observe, résolu à partir et pourtant mon cœur est douloureux. Mes yeux se brouillent, le ciel s’assombrit. je pars. Je te quitte et je sais que tu vas me manquer. Toi, ma ville. Toi, Paris.

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Intempéries de Jésus Carrasco

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Un enfant se cache, des hommes sont après lui. Patient, il attend leur départ pour pouvoir fuir. Sous un soleil implacable et au milieu d’une terre desséchée, l’enfant veut couper les ponts avec sa famille et son village. Lors de son périple, il croise la route d’un vieux berger qui l’accepte auprès de lui. Ensemble, ils vont faire front face aux dangers qui les guettent : la sécheresse et leurs poursuivants.

Ce premier roman, très réussi, nous plonge dans un paysage totalement ravagé par une sécheresse inexpliquée. On ne saura pas s’il s’agit d’une catastrophe écologique, de la fin du monde, uniquement que les hommes ont déserté la région. On ne saura pas non plus à quelle époque se déroule l’histoire, ni le nom des différents protagonistes. A part la raison de la fuite de l’enfant, on ne saura rien non plus sur leurs vies. Deux solitudes, deux âmes fatiguées des hommes se trouvent et s’épaulent dans un paysage menaçant et dangereux. Cette terre brûlée ramène les hommes à des conditions de vie primitive. Le berger et l’enfant sont contraints à la transhumance pour trouver de l’eau et de la nourriture. Ils doivent lutter contre la violence des conditions climatiques, se protéger de la brutalité des autres hommes. Les deux personnages en sont réduits à l’assouvissement de leurs besoins vitaux.

La langue de Jesus Carrasco est au diapason de l’aridité de la plaine traversée par les deux personnages. Elle est âpre, rugueuse et tout en économie de moyens. L’intrigue est ramassée, réduite au strict minimum. Les dialogues sont quasiment inexistants et se font succincts comme pour épargner la précieuse salive du berger et du jeune garçon. La tension, la menace nous étreignent du début à la fin du roman.

« Intempérie » est un roman d’apprentissage fort, brutal, original qui marque la naissance d’un écrivain.

Un grand merci aux éditions Robert-Laffont pour cette découverte.

Bilan plan Orsec et films de mars

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Oh le joli mois de mars qui fut riche en lecture et fait un peu baisser ma pile de livres à lire ! En fait, il s’agit plutôt d’un statu quo puisqu’entre le swap « Un livre, un peintre » et le salon du livre, j’ai ramené cinq livres dans ma PAL et j’en ai lu cinq justement ! Je ne progresse pas mais je n’aggrave pas non plus la situation !

Beaucoup de films également en mars mais seulement deux coups de cœur :

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En 1941, l’épuration ethnique des pays Baltes est lancée par Staline. Les familles estoniennes sont envoyées en Sibérie, les hommes séparément des femmes et des enfants. Le film de Martï Helde retrace le parcours de Erna, son mari Heldur et leur petite fille Eliide. Erna fut envoyée en camp de travail et pendant quinze ans elle écrivit à son mari sans savoir où il se trouvait, s’il était encore en vie ou non. Ce film est absolument étonnant et bouleversant. Il est uniquement en noir et blanc et constitué de tableaux vivants, les acteurs sont totalement figés à partir du départ en Sibérie. La caméra se promène à l’intérieur de ces images, révélant toute l’horreur, le drame des situations. La vie se fige, les individus sont sidérés par ce qui leur arrive. Le choix esthétique est ambitieux et d’une grande beauté plastique. Le sujet est traité avec beaucoup de pudeur et de sobriété. Les lettres écrites et lues sont le fil rouge du film et disent toute la douleur de cette femme qui tente désespérément de survivre pour revoir son mari et le pommier en fleurs de leur jardin.

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A l’heure où l’on parle d’un Patriot Act à la française, il est nécessaire de voir ce documentaire de Laura Poitras. En janvier 2013, la journaliste reçoit des emails signés CitizenFour, nom de code d’Edward Snowden, afin de lui divulguer des informations sur la surveillance mondiale et intrusive mise en place par la NSA après le 11 septembre. Ce documentaire retrace les rencontres entre Laura Poitras et Edward Snowden et Glenn Greenwald, journaliste au Guardian. Le compte-rendu qui nous est donné est proche d’un roman de John Le Carré où règne la paranoïa. Et l’on se rend vite compte que celle-ci n’est pas exagérée. Il est intéressant de comprendre les motivations d’Edward Snowden qui risque la prison et de ne plus jamais revoir son pays. Il est également passionnant de voir le travail des journalistes face à de telles révélations et il faut ici souligner leur remarquable éthique.

Et sinon :

  • « Birdman » de Alejandro Gonzales Inarritu : Ce film nous parle des coulisses du métier d’acteur et du starsystem. Riggan Thomson (Michael Keaton) connut la gloire avec son rôle de Birdman, superhéros volant qu’il entend toujours lui adresser conseils et remontrances. Cherchant la crédibilité et à revenir sur le devant de la scène, il décide d’adapter Raymond Carver pour le théâtre. Le film est constitué d’un seul et unique plan séquence nous entraînant à la suite des acteurs et qui prouve la virtuosité du réalisateur. « Birdman » est un film sur la schizophrénie, sur le besoin de reconnaissance servi par d’excellents acteurs (Michael Keaton et Edward Norton en tête). Un peu long, un peu hystérique, « Birdman » est néanmoins un film qu’il faut voir pour son originalité et sa folie.
  • « L’art de la fugue » de Brice Cauvin : C’est l’histoire d’une famille et surtout de trois frères ; Antoine (Laurent Lafitte), Louis (Nicolas Bedos) et Gérard (Benjamin Biolay). Le film de Brice Cauvin est la chronique de leurs vies amoureuses, de leurs choix et de leurs regrets. C’est effectivement une jolie fugue sur la manière dont on construit nos vies, réalisée avec beaucoup de délicatesse, de douceur et avec une très belle brochette de comédiens.
  • « Hungry hearts » de Saverio Costanzo : Leur histoire d’amour commence dans les toilettes d’un restaurant chinois. Jude (Adam Driver) et Mina (Alba Rohrwacher) s’y trouvent coincés, entre gêne et fous rires ils font connaissance. Suite à cette rencontre incongrue, ils s’aiment, se marient et donnent naissance à un petit garçon. C’est là que l’idylle bascule à la manière de « Rosemary’s baby ». Mina refuse que son enfant sorte à cause de la pollution, le nourrit de produits végétariens , refuse de l’emmener chez le médecin lorsqu’il a de la fièvre. L’intrigue change de registre, nous plonge dans un thriller psychologique réussi. Les deux acteurs sont tous les deux parfaits et leur jeu est plein de nuances.
  • « Les merveilles » de Alice Rohrwacher : Voici une famille totalement atypique, une famille germano-italienne vivant dans une ferme proche du délabrement et qui essaie de vivre en accord avec la nature. Le père est colérique et infiniment tendre. Mais le chef de famille, celle grâce à qui la maison tient encore debout, c’est Gelsomina, l’aînée des quatre filles. Son père la voit reprendre l’exploitation du miel. Elle est adolescente, frémit de ses premiers émois et voudrait que sa famille participe à l’émission de tv « Les merveilles ». Le film de Alice Rohrwacher évoque ceux de Pialat, il a leur réalisme, leur sincérité. Un film lumineux et mélancolique sur l’adolescence et la vie qui change inexorablement.
  • « Réalité » de Quentin Dupieux : J’ai toujours apprécié et défendu le curieux univers de Quentin Dupieux. J’avais hâte de découvrir son nouveau film et j’avais tort. L’histoire et le casting étaient pourtant prometteurs. Jason (Alain Chabat) est cameraman et il souhaite réaliser son premier film d’horreur. Il en parle à un ami producteur (Jonathan Lambert). Ce dernier accepte de le financer à condition que Jason lui apporte sous 48h le cri de douleur le plus effroyable jamais entendu. D’autres intrigues se mélangent à celle-ci. On est sans cesse entre les rêves et la (les ?) réalité, on s’y perd et le rythme lent finit par nous achever.